29 Novembre 1947 : Pourquoi le mystérieux Suédois qui a dressé la carte d’Israël a favorisé les Juifs

Soixante-dix ans après l’approbation du plan de partage de la Palestine par l’Assemblée générale des Nations Unies, un chercheur israélien a retrouvé l’homme oublié qui en a dressé la carte

Dans une archive lointaine située à environ 5 000 kilomètres de Jérusalem, la réponse à l’une des questions les plus intrigantes de l’histoire de l’État d’Israël a été trouvée : qu’avait en tête la personne qui a établi la carte de partition qui a ouvert la voie à la création de l’Etat juif ?

Le Dr. Paul Mohn (1898-1957), 1949.GPO

Le Dr. Paul Mohn (1898-1957), 1949.GPO

Malgré son rôle important dans la formation de l’histoire locale, l’homme – le Dr. Paul Mohn – est resté inconnu du public israélien. Aucune autorité locale n’a jamais pris la peine de donner son nom à une rue, un square ou un bâtiment public. S’il est mentionné dans les livres d’histoire, c’est seulement dans une note de bas de page. Il ne fait aucun doute qu’il a lui-même contribué à cette obscurité: c’était un personnage mystérieux, en retrait et taciturne et les gens qui travaillaient avec lui le décrivaient comme un individu qui suscitait «la perplexité et la peur».

Aujourd’hui, 70 ans après l’adoption par l’Assemblée générale des Nations Unies du plan de partage de la terre de Palestine le 29 novembre 1947, un chercheur israélien a jeté la lumière sur le diplomate suédois pro-sioniste oublié.

Le Dr Elad Ben-Dror, du département des études moyen-orientales de l’université Bar-Ilan, s’est rendu en Suède pour voir ce qu’il pourrait apprendre sur Mohn,  le représentant adjoint de la Suède à la Commission ad hoc chargée de la question palestinienne  (UNSCOP), établie en 1947.

À l’Université d’Uppsala en Suède, Ben-Dror a trouvé le journal personnel de Mohn. En le feuilletant, il s’est rendu compte qu’il contenait de précieuses informations provenant des «coulisses» du Plan de partage.

« J’ai essayé de réconcilier des idées inconciliables: l’espoir d’une coopération judéo-arabe et la peur de l’animosité judéo-arabe », écrit Mohn dans le journal. En d’autres termes, la partition du pays, dans le format qu’il proposait, était censée permettre aux Juifs et aux Arabes de vivre côte à côte à la fois comme amis en temps de paix et comme ennemis en période de tension. « Si les parties veulent vivre en paix, cela pourrait arriver avec mon plan de Partition », a-t-il expliqué. « S’ils veulent se séparer et se tourner les uns les autres – il y a aussi des possibilités théoriques pour cela. »

Un regard sur la carte qu’il a dessinée illustre ses mots. Selon la proposition de Mohn, le pays est divisée en sept parties: la région de Jérusalem, qui devait être placée sous contrôle international, et six régions triangulaires – trois pour l’État juif et trois pour l’État arabe. Tous ces territoires se touchaient par  leurs coins de manière à préserver la contiguïté territoriale de chacun des deux États. Ces « points d’intersection » permettraient de se déplacer sans friction dans les zones assignées à chacun des États.

Du point de vue des juifs, l’avantage de la carte de Mohn était clair: elle donnait au futur État juif 62% du territoire, même si la population palestinienne était deux fois plus nombreuse que celle des Juifs.

Qu’est-ce qui a conduit Mohn à favoriser les Juifs? Dans sa recherche pour une étude qui sera publiée dans un livre à paraître sur l’UNSCOP, Ben-Dror a appris que le père de Mohn, qui était un pasteur protestant, avait été profondément choqué par le procès Dreyfus en France à la fin du 19ème siècle et avait inculqué à son fils une prise de conscience « de l’histoire tragique du peuple juif ».

Les membres de l’ONU votent la fin du mandat britannique The Nathan Axelrod Newsreel Collection / YouTube

De plus, Mohn a dit de lui-même qu’il n’était pas particulièrement sympathique envers les aspirations nationales des Arabes, auxquelles il avait été exposé pendant son service diplomatique au Moyen-Orient pendant la Seconde Guerre mondiale.

Il parlait de la terre de Palestine comme «la terre sainte» et à ses heures perdues, il aimait parcourir la liste des lauréats juifs du prix Nobel  et sonder «l’intellect juif». Il fut également profondément affecté par ses visites dans les camps de personnes déplacées. en Europe, où il a rencontré des survivants de l’Holocauste qui attendaient la décision d’établir l’État juif.

Vers la fin d’août 1947, environ une semaine avant la date à laquelle l’UNSCOP était censée soumettre ses recommandations concernant l’avenir de la Palestine, «on apprit que le rapport était également censé inclure une projection quelconque des frontières»,  écrit Mohn dans son journal. Ainsi, presque à la toute dernière minute, il entreprit l’important travail de dessin d’une carte de la partition du pays.

«J’étais là pour sauver la situation», a-t-il noté, et a raconté comment il s’est retrouvé tout seul jusqu’à très tard dans la nuit pour donner à  sa «carte des taches» une forme plus lisible.

« Seul, il a déterminé le sort de villages et des villes », dit Ben-Dror, s’appuyant sur le témoignage de contemporains de Mohn. L’un deux, David Horowitz, l’émissaire de l’Agence juive à l’ONU, a écrit que Mohn était le personne «qui, plus que quiconque, a établi les frontières du futur État hébreu».

La vision pro-sioniste de Mohn est parfaitement évidente sur la carte. Ainsi, en partie, il voulait faire de l’ensemble du du Néguev  un territoire juif  ayant eu l’impression, comme il le note, que la colonisaition juive y était «un succès extraordinaire». En revanche, il écrit des Bédouins : «Ils pourraient même avoir été là pendant 1000 ans sans laisser de traces » .

En fin de compte, l’ONU adopta une version un peu plus complexe de la carte de Mohn mais celle-ci perdit aussi de sa pertinence avec le déclenchement en 1948 de ce que les sionistes appellent  la guerre d’indépendance. Mohn lui-même mourut dix ans plus tard sans pouvoir voir comment,  en 1967 un autre clou allait être planté dans  le cercueil du plan de partage qu’il avait concocté.

UN_Palestine_Partition_Versions_1947

Ofer Aderet

Traduit par  Fausto Giudice

Merci à Tlaxcala
Source: https://www.haaretz.com/israel-news/.premium-1.824757

Photo: Des juifs se rassemblent dans les rues de Tel-Aviv le 30 novembre 1947 pour célébrer l’annonce par la radio du plan des Nations Unies pour la partition de la Palestine et le nouvel État juif. Photo AP

via:http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=22128

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