Colombie : la maquerelle, les trafiquants de drogue israéliens et le réseau de prostitution de mineures

En Colombie, un réseau de prostitution de luxe dont la maquerelle proposait des mineures sur catalogue est sous les feux des projecteurs depuis quelques semaines. Les 15 agendas de la proxénète, alias « La Madame », font pas mal jaser ces derniers jours. Chose intéressante: une bande d’ex-soldats israéliens, dont un certain Assi Moosh, trafiquant de drogue international, étaient mêlés à ce réseau mais auraient certainement échappé à la justice si « La Madame » ne s’était pas fait prendre.

 

Prostitution et tourisme de luxe

Il y a quelques semaines encore, sur la côte nord à Carthagène, un réseau, soi-disant tenu par une mère maquerelle de 47 ans dénommée Liliana del Carmen Campos Puello, alias « La Madame », est tombé. Les autorités estiment que 250 mineures environ ont été embarquées dans ce réseau.

18 personnes ont été arrêtées (certains ont été vite libérés sous conditions, et on vient d’en retrouver un au Mexique), parmi lesquelles plusieurs fonctionnaires, comme Raul Danilo Romero Pabon, capitaine dans la marine [1], ou encore deux flics qui auraient seulement fermé les yeux contre de grosses sommes d’argent. Carmen Campos Puello, la maquerelle, avait déjà fait un peu moins de 3 ans de prison en Floride entre 2002 et 2005 pour trafic d’héroïne [2].

Elle a donc été arrêtée à nouveau fin juillet, juste après avoir montré son « catalogue « de prostituées, dont des mineures, à des types qui préparaient une sortie en yacht dans les Caraïbes. Son compagnon David Robles, qui se trimbalait dans les soirées avec une caisse de drogues qu’il vendait au détail, a été arrêté en même temps. On le soupçonne aussi d’avoir fait le lien avec les Etats-Unis.

 

 

 

Le réseau avait pour épicentre la ville de Carthagène, spécialement les zones ultra touristiques, et y développait la prostitution de mineurs. Il avait des rabatteurs qui allaient chercher les touristes en recherche de relations pédophiles dans les quartiers pauvres où ceux-ci vont chasser leurs proies, mais il opérait aussi via les réseaux sociaux (notamment WhattsApp).

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Deux gérants d’hôtels de luxe sont aussi dans la ligne de mire de la justice : Ana Torres et César Bernal, qui laissaient aller et venir les pédophiles accompagnés de mineures sans rien trouver à redire. Cinq hôtels étaient concernés par des perquisitions dans le cadre de ce réseau fin juillet 2018, trois ont été fermés, d’autres lieux de Carthagène où des abus sur mineures ont eu lieu devraient suivre dans le cadre de ce dossier.

Le procureur en charge du dossier parle de filles de moins de 14 ans exploitées dans ces hôtels [3], et beaucoup de victimes mineures sont des Vénézuéliennes « en situation de vulnérabilité ». Les patrons ne demandaient même pas que les types signent les registres des clients, pourtant exigés par la loi.

La « Madame », quant à elle, gérait sur les plages l’approvisionnement de divers yachts en chair fraiche ou adulte. Apparemment, les mineurs « étaient vendues sur catalogue« , selon le procureur. Des catalogues ont été saisis par la police lors des perquisitions. Ils disposent aussi de mails dans lesquels elle organise l’envoi de fillettes (« ninas ») pour des croisières dans les Caraïbes avec des hommes matures de pays étrangers.

Le réseau avait des extensions à l’international, vers les Bahamas et Miami notamment, où les prostituées étaient envoyées pour participer à des partouzes, dans des hôtels, donc, mais aussi sur des yachts. Del Carmen Campos recevait un virement dès que les filles arrivaient sur les lieux.

¿Quiénes estaban tras las fiestas sexuales con menores en Cartagena? | Noticias Caracol

Le tout, derrière une la façade d’une entreprise de tourisme, Dream Fantasy Cartagena. Au téléphone, elle proposait à un type des filles « bien dressées » pour 600 $ les 24 h. Elle donnait environ 130, 150 $ aux filles pour les 3 heures et gardait 500 ou 600. En fait, cette boîte était une école de prostitution, et del Carmen Campos n’hésitait pas à demander des prestations gratuites aux filles, histoire de monter en compétence. Sur le web, des vidéos de « La Madame » en train d’expliquer à des mineures, dont certaines de 14 ans, comment procéder avec les clients, ont été diffusées il y a quelques jours. La scène, filmée sur un yacht en plein milieu d’une fête, est assez révélatrice.

Le 17 juillet, elle a expédié trois adolescentes au Bahamas, dont une espagnole de 19 ans qui a été attrapée par les douanes US.

 

2018-08-13 23_58_38-Este es el rastro fotográfico de ‘La Madame’ - Opera

En lien avec Liliana del Carmen Campos, il y a plusieurs étrangers, dont deux texans [4], le dénommé Assi Moosh dont on va reparler plus bas, un allemand et un argentin. Tous sont sous le coup d’une demande d’extradition pour répondre devant la justice colombienne. Moosh, lui, n’a été gratifié d’un mandat d’arrêt que le 31 juillet 2018. On va voir si Israël accepte de l’extrader mais ce serait une première : les Israéliens peuvent faire ce qu’ils veulent à l’étranger, ils sont tranquilles tant qu’ils restent au pays.

Dans ce secteur touristique, où officiait la « Madame », on a justement attrapé un autre groupe d’israéliens, des militaires en vacances ou à la « retraite » le plus souvent, qui donnaient dans le trafic de drogue et organisaient des partouzes géantes avec des prostituées dans leurs hôtels de luxe, où seuls les israéliens étaient accueillis à bras ouverts. Des étrangers d’autres nationalités pouvaient cependant y séjourner à l’occasion.

On peut envisager que la maquerelle fournissait une partie des filles qui servaient aux « fêtes » des israéliens.

La « Madame » était semble-t-il la plus importante des proxénètes d’une ville où les mineurs sont amenés à se prostituer dans les lieux touristiques et les coins glauques pour quelques pesos. Il n’est donc pas compliqué de ramasser quelques gamines dans la rue, de les habiller en paillettes, de les maquiller, et de les prostituer auprès de pervers qui paient rubis sur l’ongle. Evidemment, elle garde la plupart de l’argent pour elle, mais les gamines n’ont jamais vu autant d’argent de leur vie de toute manière.

 

Israël Connection

2018-08-15 00_28_06-Ex-Israel soldier heading child prostitution ring deported from Colombia – Middl

Le propriétaire de la Casa Banjamin, l’ex soldat de Tsahal Assi Mosh, a été arrêté, et allez savoir pourquoi, expulsé le 17 novembre 2017[5]. Si les médias colombiens n’osaient pas trop évoquer la prostitution de mineurs, d’autres n’ont pas hésité : un média du Moyen-Orient a titré dès le 29 novembre « L’ex soldat israélien qui dirigeait un réseau de prostitution de mineurs est expulsé de Colombie« .

L’hôtel Benjamin a quant à lui été fermé il y a quelques semaines seulement. Dans ce dossier, la justice, les autorités et les médias ont tenté pendant plusieurs mois de mettre sous le tapis l’aspect « prostitution de mineurs » du portefeuille d’activités de ce réseau. Les enquêteurs ont établi en que Liliana del Carmer Campos amenait des filles à l’hôtel Benjamin

Aujourd’hui, alors qu’il circule librement en Espagne mais réclame de rentrer en Colombie, la justice colombienne voudrait lui poser des questions. En effet, le scandale de la maquerelle de Carthagène semble avoir remis un coup de fouet à l’enquête.

Trois autres israéliens ont été arrêtés avec lui [6], mais à l’époque il n’était question que de fiestas trop arrosées avec des drogues qu’ils fournissaient en quantité à leurs hôtes [7]. En fait, l’histoire a commencé suite à des troubles en ville, liés à l’abus de ces drogues par les israéliens en goguette sur les bords de mer, qui se croyaient tout permis et commençaient à faire peur aux habitants. Des israéliens défoncés ont insulté des flics, et cela de manière assez fréquente ces derniers mois, semble-t-il.

Tout cela a fini par énerver les forces de l’ordre, qui ont commencé à observer les débordements divers et variés de ces bandes de « touristes ». C’est alors qu’ils sont donc tombés sur le petit manège autour de la prostitution, dans la rue, dans des bars, et jusque dans des hôtels, appartenant à quelques-uns de ces israéliens. La situation était devenue telle que ce coin touristique, Taganga, était appelé par les gens du coin le « Petit Israël ». Deux maires de la ville avaient même demandé aux autorités nationales de faire intervenir l’armée pour rétablir l’ordre dans la station balnéaire.

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Moosh serait arrivé en 2009 en Colombie, aurait lancé son business et fait venir pas mal de ses compatriotes pour des fiestas débridées. Depuis quelques mois, une cinquantaine d’israéliens ont été sanctionnés pour être restés en Colombie au-delà du délai autorisé par leur visa. Par ailleurs, « plus de 20 natifs d’Israël ont été refusés, considérant que ces étrangers peuvent représenter un risque pour l’ordre social ou la sécurité nationale », explique le quotidien national El Tiempo, « Le niveau de préoccupation dans le célèbre centre de villégiature est tel que les autorités ont formé une équipe interinstitutionnelle pour « reprendre le pouvoir aux Israéliens et retrouver un tourisme sain et légal« . Ambiance.

En mai, plusieurs opérations ont été menées contre ce groupe dans la ville, visant à chaque fois des étrangers. Selon la police locale, cela faisait « des années » que ces israéliens faisaient n’importe quoi, et il était temps que cela cesse.

 

La « nébuleuse » à Moosh

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La Casa Benjamin a été visé en premier, car cet hôtel de luxe était considéré comme la base arrière de cette bande, où avaient lieu « les plus grandes fêtes illégales, en présence d’étrangers de différentes nationalités« . Les policiers ont établi une surveillance de l’hôtel pour observer les allées et venues de mineures : le type les faisait entrer par une maison jouxtant l’hôtel, qu’il avait rachetée, et elles passaient ensuite par un tunnel. La drogue prenait le même chemin. Deux autres hôtels où avaient lieu ce genre de « fêtes » ont été fermés dans la foulée.

Les opérations de police se sont étendues jusqu’à Bogota, dans des fermes appartenant à des israéliens qui organisaient des « fêtes » entre compatriotes, et au fil des semaines des témoins ont commencé à parler de réseau de prostitution impliquant des mineures, et que plusieurs des propriétaires de ces lieux étaient en lien avec Assi Moosh Ben Mush, de son nom complet.

L’hôtel Santa Marta, également propriété d’Assi Moosh, a été fermée début mai parce que les autorités y dénonçaient l’existence d’un réseau de prostitution de mineures.

Un certain Gabriel Kenigsberger est aussi dans le champ des investigations, car il est propriétaire d’un hôtel et proche de Moosh. En 1998 la France, via son ambassade en Colombie, avait demandé son arrestation car il avait été condamné à 20 ans de prison pour trafic de stupéfiants, et il avait déjà « des antécédents pénaux en Israël et aux Pays-Bas pour le même délit ». Les flics colombiens l’ont donc expédié en France et il est donc vite retourné dans ce pays, où il faut tout de même rappeler que les narcos colombiens des années 80 jusqu’à 2010 au moins avaient recours à des barbouzes israéliennes pour former les milices paramiliaires d’extrême droite telles que l’ELN, qui protégeaient le trafic et en assuraient le transport jusqu’aux frontières. Bref, Keningsberger a entamé une procédure pour invalider cette demande d’extradition, qui n’avait pas été formulée dans les règles de l’art et a donc été invalidée en 2002.

Si Moosh veut rentrer, c’est tant mieux : la presse explique qu’il doit désormais être entendu pour tentative de meurtre et menace de mort, ainsi que tentative de subornation et intimidation d’un policier. Selon ce fonctionnaire, Moosh aurait déclaré : « J’ai des avocats puissants. Je vous parie que je n’arrive pas en Espagne et que je retourne d’abord en Colombie. Ils se souviendront de moi, je sais où vivent leurs familles et ils reverront mon visage ». Cela ressemble assez au personnage, qui semble en tout cas très sûr de lui.

Mosh

Selon les autorités, Moosh, « l’intouchable de Taganga », proposait des forfaits touristiques pour les militaires retraités de son pays (qui ont 20-30 ans), avec un package de drogue, de partouzes y compris avec des mineures, et avec des succursales dans quatre pays et dans trois villes: Bogotá, Medellín et Carthagène. Les mêmes villes que le réseau de Liliana del Carmen Campos Puello.

L’ambassade d’Israël aurait déclaré aux autorités colombiennes que ce citoyen était connu, et avait déjà été arrêté à Amsterdam en 2003, pour son implication dans un réseau de trafic de diverses drogues : shit, cocaïne, ecstasy, LSD, ces deux derniers était des spécialités de la mafia israélienne dans la région Flandres-Pays-Bas notamment.

« La police israélienne a même dû se rendre en Thaïlande, en Nouvelle-Zélande, au Brésil, en Espagne, en Inde, en France et au Japon pour désarticuler la bande, liée à la mafia Yakuza », nous apprend la presse colombienne. En effet, en 2003, 14 israéliens ont été arrêtés aux Pays-Bas, en Nouvelle Zélande, en Australie, au Brésil et au Pérou pour leur participation à un trafic international de drogue. Ils transportaient des pilules d’XTC (ecstasy) depuis la Hollande où à l’époque elle était produite en quantité industrielle, et l’expédiaient partout dans le monde (Europe, Asie, Amérique Latine). Ces arrestations sont le fait d’une enquête conjointe de plusieurs pays, coordonnée par les israéliens.

Le type serait plein aux as, achetant des véhicules et des hôtels. Mais ce n’est pas tout : « Depuis 2009, le DAS [8] a ouvert une enquête sur la participation présumée de Mosh au réseau de tourisme sexuel, qui comprend des drogues, des mineurs et de la drogue dure, exclusivement pour les étrangers, en particulier les ex-soldats israéliens ». Puis il ne s’est plus rien passé : le DAS a été dissous et le parquet qui a repris le dossier n’a rien fait.

 

Magouilles politico-financières en vue

2018-08-14 21_07_50-La agenda de clientes de La Madame hace temblar a Colombia_ hay narcotraficantes

Derrière les hôtels et les packages touristiques, il y aurait deux entreprises, Assi SAS et Hadary SAS, ainsi qu’une fondation, appartenant à un certain Evyatar Hadary, qui l’aurait rachetée à Kenigsberger.

Le bras droit de Moosh à la Casa Benjamin, qui en était en fait le représentant légal et l’administrateur, un certain Itay Senior, a lui aussi été expulsé et officie désormais à l’Hôtel Benjamin… à Playa del Carmen, au Mexique. Un autre lieu ultra touristique dans un petit coin de paradis au sud du pays. On parle aussi de six voyages récents au Brésil, où il serait aussi question d’expulser ledit Itay Senior, ou encore du Pérou et de l’Equateur où il est allé cinq fois en peu de temps.

Dans les années 2000, Moosh a passé pas mal de temps à Tokyo, d’où il voyageait un peu partout. Puis il aurait eu un froid avec les Yakusas et s’est réfugié en Espagne. D’après les flics, c’est de là qu’il faisait venir les tablettes d’XTC pour les envoyer aux destinataires. Finalement, c’est en refaisant un saut aux Pays-Bas qu’il a été arrêté.

Moosh et son équipe bénéficiaient de faux passeports pour transporter la drogue sans problème, même après avoir été carbonisés par les autorités de presque tous les pays du monde.

Les autorités colombiennes cherchaient encore à minimiser les choses eau mois de mai, expliquant que la présence de mineurs n’était pas confirmée, et que tout cela n’avait probablement rien à voir avec un réseau organisé. Mais, l’arrestation de la bande de la maquerelle Liliana del Carmen Campos Puello semble avoir motivé la justice à instruire cette affaire.

Le média national Semana expliquait lors de l’expulsion de Moosh en novembre 2017 qu’à peine deux mois plus tôt, Netanyahou est venu en visite officielle en Colombie à la mi-septembre, avec une importante délégation, et que parmi les sujets abordés il y avait le cas Moosh, qui n’avait encore fait jaser que dans la presse locale. Mais, le sujet était semble-t-il assez important pour le président Colombien Juan Manuel Santos, et Netanyahou, prennent le temps de parler de ce type.

Colombie-CamposPuello-proxe

Apparemment, Netanyahou a fait le coup habituel : « oui, oui, ah là là, on sait il est vraiment affreux ce Moosh avec ses trafics de drogue. C’est vraiment pas bien. D’ailleurs, confiez-le nous et nous allons nous occuper de son cas ». En décembre, Moosh était interviewé par un média colombien alors qu’il était encore en Israël, et il expliquait que tout se passait bien pour lui : « Ca se passe très bien avec ma famille. Justement aujourd’hui on a une fête familiale. Je n’ai aucun problème, personne ne me recherche, je ne suis pas un criminel. Je n’ai jamais commis de crime en Colombie, et pas en Israël non plus » [9].

Il est donc assez clair que le cas Moosh relève des préoccupations de l’Etat, et ce n’est manifestement pas dans le but de stopper son trafic, qui continue aux quatre coins du monde depuis plus de 15 ans.

Au passage, on apprend qu’il y a des centaines de constructions illégales à Santa Marta (justement dans le secteur où Mooshe et sa bande ont des propriétés, tels que la Casa Benjamin), dont beaucoup appartiendraient à des étrangers.

Pour en revenir à la « Madame » aux catalogues remplis de mineures à vendre, elle bénéficiait, toujours selon la police, de la complicité de fonctionnaires qui lui permettaient d’obtenir de faux papiers pour faire voyager les filles mineures.

Cette « Madame » serait la plus grosse proxénète de Carthagène, ville de 1 million d’habitants, ce qui ne peut se faire sans protections. Et justement, selon El Tiempo du 6 août, on a retrouvé 15 agendas appartenant à Liliana del Carmen Campos Puello, avec toutes les infos sur les clients, les tarifs, les lieux de rencontre : « Dans ces agendas, les autorités ont réussi à démontrer que certains des hommes qui cherchaient leurs services étaient membres du réseau criminel «la Oficina de Envigado »[10] (le bureau des envoyés) et qu’ils aidaient également à de hautes personnalités de la vie nationale qui cherchaient des femmes lors de leurs voyages à Carthagène ».

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En effet, il y aurait dans ces carnets de quoi faire trembler pas mal de monde, selon certains médias. Dedans, selon le bureau du procureur, il y aurait des noms de politiciens, de narcotrafiquants, des gens de la jet set, locale mais pas seulement puisque des gens de la « farandula » de Bogota sont inclus dans ses carnets d’adresses. Un enquêteur parle également de noms de juges et « employés de la justice », d’entrepreneurs, de commerçants, les propriétaires de plusieurs agences immobilières Finca Raiz, de dépôts ventes, de restaurants, des députés, conseillers et même « des médecins reconnus ».

Cela doit faire du monde, car « La Madame » avait au moment de son arrestation 200 filles en catalogue. Un média local rapportait le 13 août que « Ce qui a le plus surpris le front de l’accusation, ce sont les noms des fonctionnaires des institutions de l’État, dont certains ont accédé à leurs positions par des élections populaires ».

Si déjà la moitié de ce petit monde a été filmé en présence de mineures avec une paille dans le nez, ceux qui tiennent le réseau peuvent être tranquilles, et deux ou trois lampistes prendront probablement une peine ridicule tant qu’ils se taisent.

Paraît-il que lors de son arrestation, quand elle a été amenée devant un juge « sous haute escorte, elle a fait des gestes obscènes, et menacé de révéler les noms des politiciens et des hommes puissants qui étaient des clients de son réseau » [11]. Espérons qu’il ne lui arrive pas une bricole avant qu’elle parle, et qu’elle finira par balancer, mais ce serait étonnant. On va plutôt lui proposer une peine ultra light et étouffer au maximum l’affaire des mineures si elle se tait.

En tout cas, ce serait croustillant, puisque sa petite entreprise de « fêtes sexuelles » prospérait jusqu’à l’étranger, et ses catalogues étaient « diffusés internationalement ».

Elle avait d’ailleurs la main sur des bordels dans plusieurs villes de Colombie, mais aussi dans d’autres pays, principalement au Venezuela [12]. Dans tous ses bordels, il y avait des caméras de vidéosurveillance dans tous les coins.

Pour l’heure, elle se dit totalement innocente, bien que bizarrement le trafic de mineurs ait disparu des charges[13].

 

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Cette affaire est très intéressante car elle soulève plusieurs points qui posent question :

  • La présence d’ex soldats israéliens restés illégalement sur le territoire, autour d’un trafiquant de drogue international notoire. Comme je l’ai dit, les liens entre Israël et les nacos colombiens sont très anciens. Cela passait par la formation des paramilitaires d’extrême droite, mais aussi de nacros : par exemple Carlos Castano, leader des AUC (Autodefencias Unidas de Colombia), un groupe paramilitaire qui collaborait jusque dans les années 2000 avec les cartels de Cali ou Medellin et massacrait les villageois et les indiens rétifs, les syndicalistes, les communistes, les journalistes et tout ce qui se mettait sur le chemin des narcos et de leurs alliés politiques et économiques. Castano a admis avoir été à en Israël pour s’entrainer à commettre ses exactions, et cela avant même le début de sa carrière de tortionnaire. Il y aussi l’exemple, au hasard, du mercenaire israélien Yair Klein, qui a formé en Colombie lesdites AUC. Même officiellement, les liens militaires entre la Colombie et Israël remontent au début des années 80, et durant toute cette période, l’armée –complètement corrompue comme la police- a souvent été le bras armé des narcos et des mafias locales. La Colombie des années 80 à 2000 était le plus gros producteur de coca au monde.
  • L’existence d’un réseau de prostitution de mineures, avec juste derrière un business de trafic de drogue de la part des israéliens. Il faut comprendre, d’un point de vue purement stratégique, que mettre en place un réseau de pédophilie, ou en l’occurrence de prostitution de mineures, un peu comme Jeffrey Epstein, est un bon préalable pour installer ensuite d’autres trafics. En effet, les personnes bien placées prises dans les filets du réseau de pédophilie/prostitution de mineurs (car c’est presque toujours filmé) se tairont ensuite sur les autres trafics (armes, drogue, blanchiment d’argent en quantité, voir les organes aussi, autre spécialité israélienne). Le réseau pédophile/de prostitution de mineures sert aussi d’écran de fumée pour les diverses enquêtes : on sait que la police, et surtout la justice, n’iront pas plus loin tellement ces dossiers sentent le souffre.
  • L’implication de politiciens locaux comme clients, puis très probablement comme protecteurs de ce système. Ces réseaux ne se privent pas pour faire chanter leurs cibles, en leur demandant des services, ou en les extorquant. Au Cambodge, une mafia française similaire a étendu son emprise depuis plus de 20 ans sur les réseaux de pouvoir et de business locaux.


[1] Ce taré payait des familles pauvres pour prendre la virginité de leur fille, et après ils les tatouait avec son nom.

[2][2] Elle avait 26 lors de cette première arrestation aux Etats-Unis, avec quatre autres types. La peine la plus élevée fut 5 ans de prison pour un dénommé Juan Manuel Rodríguez Ocampo.

[3] La Casa Benjamín, l’hôtel Artun de San Agustín et l’hôtel Central Los Tropicales.

[4] Michyel Edward Fanade et Terrance Wayne Griffin ont été enregistrés par des caméras de surveillance alors qu’ils entraient à l’hôtel avec des mineures, dont on présume qu’elles étaient sous la coupe de Liliana del Carmen Campos.

[5] Il paraît qu’il a été expulsé car il représente un « danger pour la sécurité nationale ». Certes, mais pourquoi ne pas l’avoir d’abord jugé, et au moins gardé sous la main le temps de faire une enquête ? Il a interdiction de revenir pendant 10 ans, mais a entamé une procédure pour rentrer, juste avant que l’enquête sur « La Madame » ne revienne vers lui et que la police demande à le voir.

[6] Golan Ben Baruch, Sali Brami et Saúl Grami.

[7] En 2013 déjà, la presse locale relatait les crispations du voisinage de la Casa Benjamin à cause du tapage nocturne et diurne « tous les jours de la semaine », sans se préoccuper des autres.

[8] Le Departamiento Administrativo de Seguridad, les services secrets colombiens, dissous en 2011 suite à divers scandales de collusion avec les narcos, les paramilitaires etc.

[9] Dans la même interview, il déclare qu’il veut rentrer en Colombie et qu’il n’a « jamais eu aucun lien avec les Yakuzas » quand il était au Japon.

[10] C’est une bande de narcos paramilitaires (deux en un) qui s’est formée à l’origine autour de Pablo Escobar, et serait aujourd’hui plutôt axée sur le « recouvrement de dettes » et les assassinats. Et dont plusieurs chefs ont été arrêtés début 2018.

[11] Elle aurait dit exactement, selon plusieurs médias présents lors de cette courte audience : « Déjenme de joderme la vida porque voy a echar al agua a todos los políticos que me contrataban ».

[12] Rappelons que Maduro, le président Vénézuélien, a essuyé une attaque par drone lors d’une cérémonie début août et qu’il a directement accusé le président Colombien d’être derrière cette tentative d’attentat.

[13] Elle serait donc aujourd’hui poursuivie pour « incitation à la prostitution », « association en vue de commettre un crime » et « trafic d’êtres humains ».

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