Des idées américaines pour combattre le Hezbollah… après la Syrie

combattant_hezb1Le Hezbollah est devenu un acteur régional essentiel grâce à la nature de son rôle et son influence profonde sur la guerre en Syrie, un rôle qui s’ajoute à sa résistance contre Israël et ses projets expansionnistes. La guerre israélienne de 2006 fut une menace stratégique pour le parti libanais, mais il a réussi à la contrecarrer et à la transformer en une opportunité pour confirmer sa force et sa présence sur la scène libanaise et régionale.

Du point de vue de l’influence dans l’équilibre de forces régional, la force du Hezbollah dépasse celle de nombreux pays arabes. Ceci a permis au secrétaire général Sayed Hassan Nasrallah de tracer une ligne rouge en mai dernier au sujet du refus de la chute des autorités syriennes officielles et de l’Etat syrien. Il est impossible de trouver actuellement un parti politique, au niveau du monde et de la région, possédant la même influence que le Hezbollah.

Danielle Pletka et Frederick Kagan qualifient la branche armée du Hezbollah de la « force terroriste la mieux équipée et armée dans le monde » (L’Iran vs les Etats-Unis : le concours sur l’avenir du Moyen Orient, American Enterprise, janvier 2014).

Ce rapport évoque la nécessité de la mise en place une stratégie américaine compétitive dans le domaine de la «soft power», contre Téhéran qui utilise des stratégies de la force souple, appuyée par la « hard power ».

Selon ce rapport, Washington manque d’une stratégie pareille de nos jours. Les deux chercheurs évaluent la compétition américano-iranienne au Moyen Orient à partir de deux groupes de pays, répartis selon leur niveau d’importance pour l’Iran.  Le premier groupe regroupe la Syrie, le Liban et l’Irak,  alors que le deuxième groupe réunit l’Egypte, la Bande de Gaza, la Cisjordanie, l’Afghanistan et les pays de coopération du Golfe.

Selon Matthew McLins, auteur de la préface du rapport, l’objectif de cette stratégie est de transformer l’Iran d’un pays révolutionnaire en un pays ordinaire. Ceci contribue à changer la hiérarchie centrale du régime, à diminuer par la suite la menace iranienne et à transformer la dynamique des relations.

Il faut souligner que les deux auteurs du rapport et la maison d’édition sont proches des néoconservateurs, qui sont d’habitude opposés à tout accord avec l’Iran. Ce rapport reflète cet esprit, mais le plus attirant c’est que le rapport insiste sur le recours à la « soft power » américaine, bien que ce courant politique se soit toujours moqué de ce concept et ait insisté sur la priorité de la force militaire.

 Ce qui caractérise le Hezbollah n’est pas seulement ses ressources matérielles mais sa capacité à transformer ces ressources en des opportunités politiques qui influencent les équilibres au Moyen Orient rempli de forces internationales en compétition. Cette force de transformation chez le Hezbollah revient à deux facteurs majeurs : «une stratégie intelligente» basée sur une lecture précise «du contexte» dans lequel se déroule le conflit de la force, ainsi qu’un  leadership sage et courageux.

Les chercheurs dans le domaine de la force ont remarqué récemment que le facteur de la force ne concerne pas seulement les ressources matérielles disponibles, mais l’efficacité de commandement et la stratégie qui exploite les ressources pour réaliser les objectifs escomptés. Cette caractéristique inquiète les Américains quant à l’expansion du « modèle du Hezbollah », c’est-à-dire la mise en place de groupuscules avec des compétences militaires et civiles très élevées, dans des points hautement stratégiques, de sorte qu’ils deviennent capables de poser un défi aux Etats-Unis et à leurs alliés comme au Yémen, en Irak, en Afghanistan, en Palestine, et dernièrement en Syrie.

Donc, face à la forte présence du Hezbollah, les Américains doivent renforcer leurs efforts en face de ce parti. Ce besoin s’explique via deux stratégies complémentaires, la stratégie de confinement et la stratégie de la « force douce contre les mouvements des rebellion ».

La stratégie de confinement possède un volet extérieur à travers le déploiement des efforts régionaux pour faire face aux effets du Hezbollah, et ce, à travers la coopération des services de renseignements, les restrictions sécuritaires et économiques sur les communautés chiites, l’intimidation des minorités chiites en accusant continuellement le Hezbollah, la confessionnalisation du conflit régional, et l’inclusion du dossier du Hezbollah dans le cadre de tout consensus avec les Iraniens.

Concernant le volet interne  du confinement du Hezbollah, il est question d’appels incessants à distancier le Liban des problèmes de la région, soit la mise à l’écart du Hezbollah pour restreindre son influence et attaquer ensuite tranquillement la Syrie avant de passer à l’Iran.

Au sujet de la stratégie  de la « force douce contre les mouvements des rebellions », c’est une version renouvelée des stratégies « de la lutte contre les mouvements de rébellion » dans plusieurs scènes régionales et internationales, surtout dans les pays où les Etats-Unis ont une présence militaire directe comme dans le cas de l’Afghanistan et de l’Irak avant 2009.

Kagan et Pletka ont appelé à adopter la « stratégie souple pour lutter contre les rebellions envers le Hezbollah, à condition que les efforts de Washington se basent sur « la population et non sur les projets ».

Cette stratégie doit se concentrer sur les domaines de la sécurité intérieure, du contrôle civil, des services primordiaux, du gouvernement, de l’infrastructure économique et enfin du  développement. Ces éléments constituent d’après ce rapport les éléments clairs figurant dans les programmes du Hezbollah au Liban. Pour cette raison, il faut y faire face à travers des éléments similaires inverses.

Les deux chercheurs ont critiqué largement les programmes d’aides américaines au Liban. Ces programmes sont dispersés, caritatifs, sans aucune rentabilité politique directe (comme la campagne des boisements), non soumis à des évaluations ni à un quelconque contrôle, le tout, avec des chiffres énormes, ce  qui rend ces programmes insignifiants (l’un des projets souligne la participation de plus de 300 milles libanais).

Alors que ce qui est demandé du point de vue américain est de défier l’Iran dans des domaines de grande influence au Liban comme les projets sociaux, sanitaires et les projets de développement du Hezbollah dans les milieux chiites.

Kagan et Pletika concluent que sans ce changement de stratégie américaine, les Etats-Unis continueront à perdre la bataille au Liban.

Traduit du site Arabi-press

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