Dix mythes utilisés pour justifier le massacre de la Première Guerre mondiale

Dix mythes utilisés pour justifier le massacre de la Première Guerre mondiale

A l’occasion du centenaire du déclenchement de la Guerre de 14-18, Dominic Alexander décrédibilise dix mythes exploités par les politiciens et les historiens pour  justifier le massacre de 20 millions de personnes Cet article donne une nouvelle image de l’histoire à explorer.

Le jour du souvenir va, sans aucun doute, voir certains développer des efforts vigoureux pour justifier le bain de sang inutile que fut la Première .

Les commentateurs révisionnistes ont depuis longtemps essayé de réhabiliter ce conflit, qu’ils jugent nécessaire et juste, mais leurs arguments sont infondés. La mémoire des n’est pas honorée, lorsque l’on entretient des illusions sur la justice et la nécessité des guerres, particulièrement lorsque ce précédent sera utilisé pour argumenter en faveur du prochain conflit indispensable. A propos des causes de la guerre, de sa perpétuation et de ses résultats, voici les contre-arguments à dix artifices communs employés par les partisans de la guerre.

         1-La guerre était menée pour défendre la démocratie.

C’est en contradiction avec les faits les plus élémentaires. L’Allemagne pratiquait le suffrage universel pour les individus majeurs, alors qu’en Angleterre, dont l’Irlande, près de 40 % des hommes n’avaient pas le droit de vote. En Allemagne, il y avait aussi  des tentatives de justifier la guerre par le fait qu’elle était menée pour défendre des vertus de civilisation contre un État militaire et répressif, sous la forme de l’autocratie .

          2-L’Angleterre est entrée en guerre à cause de l’obligation, inscrite dans un traité, de défendre l’indépendance de la Belgique.

Il n’existait pas d’obligation claire et acceptée de la part de l’Angleterre d’agir ainsi et, en fait, avant que le sujet de la Belgique n’apparaisse, le parti de la guerre soutenait une intervention britannique sur une base entièrement différente, celle d’obligations navales envers la France. Ces obligations avaient été développées lors d’accords secrets passés entre les militaires de ces deux pays et n’avaient jamais été soumises à une quelconque forme de responsabilité démocratique. Les offraient même des garanties vis_à-vis de la de la Belgique, que le gouvernement britannique refusait de prendre en considération.

          3-L’agression allemande fut la force motrice derrière le déclenchement de la guerre.

Quelque agressifs qu’aient pu être les dirigeants allemands en 1914, l’establishment britannique était au moins autant déterminé à saisir l’opportunité d’entrer en guerre avec son rival impérial. Pour justifier l’entrée en guerre contre l’Allemagne, le ministère des Affaires étrangères britannique (le Foreign Office) avait même avancé d’imaginaires incursions allemandes en France. La lettre de déclaration avait dû être reprise à l’ambassadeur d’Allemagne, et réécrite, lorsqu’il fut découvert que les histoires reportées étaient fausses. L’enthousiasme évident de la classe dirigeante britannique pour la guerre invalide toutes les justifications selon lesquelles la guerre aurait été déclenchée par l’agression allemande.

           4-L’Allemagne avait commencé une course à l’armement naval avec l’Angleterre.

Durant les quinze années précédant l’entrée en guerre et la course à l’armement associée, les deux États étaient en compétition pour régner sur les marchés et les ressources. La force navale de l’Angleterre était l’élément vital de sa capacité à restreindre l’accès des Allemands aux marchés et aux ressources de par le monde. A moins que l’Angleterre ne permette à l’Allemagne de s’étendre économiquement, la logique de la compétition impérialiste voulait que l’Allemagne remette en question la suprématie navale Britannique. La violence latente de la nation impériale dominante [ici l’Empire britannique, NdT] fournit toujours le contexte de remises en question agressives du statu quo, de la part de forces en expansion [ici l’Allemagne].

          5-L’impérialisme allemand était particulièrement vicieux et devait être remis en question.

Les atrocités commises contre les Herreros en Namibie furent en effet des crimes terribles, mais elles n’avaient rien d’unique : d’autres horreurs avaient été commises par tous ceux qui étaient impliqués dans l’industrie du caoutchouc au Congo Belge, pour ne prendre qu’un exemple. De plus, l’opinion européenne avait été horrifiée, quelques années seulement avant 1914, par la brutalité d’une autre force coloniale engagée à étendre impitoyablement sa domination sur des États indépendants en  : la Grande-Bretagne. Lors de ses guerres d’agression contre les États Boers en du Sud, elle utilisa, pour la première fois, des camps de concentration afin de contrôler une population civile.

          6-L’opinion publique était unie en faveur de la guerre, comme le montrent les images de foules en liesse en 1914.

Il est maintenant habituellement admis que le degré d’enthousiasme pour la guerre était très limité. La preuve en est que les foules rassemblées au moment du déclenchement de la guerre n’étaient en aucune manière unies dans un enthousiasme martial. En fait, des manifestations importantes et disséminées ont eu lieu, tant en Angleterre qu’en Allemagne. Si les dirigeants des partis socialistes et travaillistes d’Europe n’avaient pas cédé aux demandes émanant de leur classe dirigeante nationale pour soutenir l’entrée en guerre, il est très possible que le conflit aurait pu être arrêté.

          7-Le moral des troupes britanniques qui combattaient sur le front occidental resta intact jusqu’à la fin de la guerre.

La Grande-Bretagne n’a peut être pas souffert de mutineries aussi importantes que celles des armées françaises et allemandes. Mais, à certain moments, il y avait des zones de front entières où les troupes étaient devenues si peu fiables, que les généraux n’osaient pas leur ordonner de combattre. Les preuves de cynisme généralisé au sujet des stratégies, le mépris pour la hiérarchie militaire, les doutes graves au sujet des objectifs de la guerre, ne peuvent être effacées par les révisionnistes. Quand au sait que les soldats ont continué volontairement à se battre, la cause doit en être recherchée dans l’habitude d’obéir aux ordres, ainsi qu’aux exécutions ordonnées par les Cours martiales.

          8-La direction militaire, surtout le général Haig, n’était pas constituée d’une bande d’ânes incompétents.                                                                 

Les tentatives de réhabiliter les gens comme le général Haig s’effondrent devant quelques faits basiques relatifs aux tactiques qu’il a implacablement employées. Les assauts d’infanterie répétés contre les tranchées opposées ont constamment échoué à apporter quelque avantage que se soit, tout en causant des pertes colossales. Le premier jour de la bataille de la Somme, le 1er juillet 1916, 57 000 soldats sur 120 000 furent tués ou blessés. En dépit du carnage perpétré à une échelle sans précédent, Haig continua à ordonner toujours plus d’attaques. Lorsque tout espoir de percées dans les lignes allemandes fut perdu, l’objectif des batailles devint alors celui pur et simple de l’usure. Le plan était maintenant de tuer plus de soldats allemands qu’en avaient perdu les Britanniques. Comme il n’existait pas de méthode fiable pour mesurer les pertes ennemies, Haig se fiait à une estimation faite par rapport aux pertes de son propre camp. Il commença ainsi à être courroucé, lorsque l’armée avait eu trop peu de pertes, comme lorsqu’il se plaignit de ce qu’une division ait, en septembre, perdu moins de 1000 hommes. On ne peut défendre ce type de mépris pour la vie humaine.

          9-La fin de la guerre marqua le triomphe du capitalisme libéral sur les empires autocratiques en délitement.

En fait, tous les États impliqués dans la guerre furent profondément déstabilisés. Même les États-Unis, dont l’implication fut la plus limitée, connu un Été rouge en 1919, avec des révoltes ouvrières sans précédent, comme la grève générale de Seattle, ainsi qu’une répression sauvage contre les socialistes et les Afro-étasuniens. La Grande-Bretagne connut le début de la guerre d’indépendance irlandaise, ainsi que des troubles en Inde, événements qui marquèrent le début de la dislocation de l’Empire [britannique]. A l’intérieur du territoire, il y eut aussi une vague d’agitation ouvrière radicale, surtout dans la RedClydeside [la zone rouge de Clydeside, NdT], qui culminèrent avec l’arrivée de troupes à Glasgow pour instaurer la loi martiale.

          10-En dépit du massacre et des destructions, la guerre en valait la peine.

La guerre a ouvert une période de dislocation économique endémique, ainsi qu’une crise absolue. En Angleterre, il y a eu une décennie de déclin industriel, accompagnée d’un chômage important, et cela bien avant . En Effet, ce n’est que la Deuxième Guerre Mondiale qui fera sortir les principaux pouvoirs capitalistes des bidonvilles. La Première Guerre Mondiale fut le moment où le capitalisme commença à dépendre de la guerre et d’une économie permanente d’armement. La guerre a démontré la capacité du capitalisme à créer des destructions, des carnages, des gaspillages industrialisés à une échelle colossale. Le souvenir de la guerre est un moment approprié pour pleurer sur les horreurs, les pertes et le gaspillage, engendrés par tout cela. Mais il devrait aussi susciter une détermination à résister à l’insistance de nos dirigeants quand ils promeuvent la guerre pour parvenir à leurs fins. La guerre ne peut rien apporter d’autre que des conditions favorables pour toujours plus d’autres guerres.

Depuis la fin de la Première Guerre Mondiale, l’opinion publique s’en est toujours souvenue  comme d’une période de misère et de abominables, incarnant l’incompétence politique et militaire des dirigeants, ainsi qu’un manque total de respect de la vie humaine. Le jugement populaire, qui a contribué à retourner l’opinion publique contre la guerre, était correct et nous ne devons pas laisser les fauteurs de guerres faire fi de la sagesse des gens ordinaires.

Dominic Alexander
Traduit par Jean-Jacques pour vineyardsaker.fr

Source : Ten lies told about World War I (counterfire.org, anglais, 09-11-2014)

http://www.vineyardsaker.fr/2014/11/21/dix-mythes-utilises-pour-justifier-le-massacre-de-la-premiere-guerre-mondiale/#more-7766

 

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