Enfants kosovars disparus : mariages forcés ou trafic d’organes?

L’ex-Président albanais Sali Berisha a récemment écrit sur sa page Facebook qu’un policier lui avait fait part de cas de trafic de mineurs à travers de frontière albano-kosovare, près de la ville de Kukës, dans le but d’ultérieures «transplantations au noir». Sputnik a tenté de vérifier ces informations.

Ces derniers mois, quatre enfants de huit à douze ans, trois fillettes et un garçon, ont disparu, a annoncé à Sputnik sous couvert d’anonymat une source au sein de la municipalité de Dragas, commune du Kosovo à la frontière avec l’Albanie, non loin de la ville de Kukës, mentionnée par M.Berisha.

«Je ne sais pas si cela est lié à ce que M.Berisha a appris, mais tout est possible du fait que Dragas est entourée de montagnes et se situe à la frontière avec l’Albanie et la Macédoine, et que cette frontière n’est surveillée par personne. Les enfants ont disparu le matin, ce qui est plutôt étrange. Deux fillettes sont allées, par exemple, au magasin et n’en sont jamais revenues», a raconté l’interlocuteur de l’agence.

Selon ce dernier, nul n’ignore que les Albanais achètent des fillettes kosovares pour les épouser. Par ailleurs, les parents des familles pauvres de Dragas envoient souvent leurs enfants aux travaux agricoles en Albanie voisine où ce travail est mieux rémunéré qu’au Kosovo.

«Il y a des gens qui arrangent le travail pour les enfants du Kosovo ou les mariages avec eux. […] Pour ce qui est des enfants disparus — ont-ils été enlevés ou vendus — il revient à leurs parents et aux institutions compétentes de s’en occuper. S’il s’agit d’un kidnapping, il est peu probable que les parents fassent appel à la police. Ils essayeront sans doute de les retrouver par eux-mêmes», a estimé la source.

De son côté, l’ancien chef du renseignement militaire yougoslave Momir Stojanovic a rappelé à Sputnik que Sali Berisha se trouvait à la tête de l’Albanie pendant l’agression de l’Otan contre la Yougoslavie, ainsi qu’en 1998, quand son gouvernement soutenait et entraînait les terroristes de l’Armée de libération du Kosovo (UÇK).

«Berisha est bien au courant de ce qui se passait dans le nord de l’Albanie, dans les camps où étaient détenus les Serbes enlevés et les Albanais loyaux à Belgrade, ainsi que nos militaires et policiers capturés pas les hommes de l’UCK. Selon notre armée, les gens y disparaissaient sans laisser de traces. Il y a des preuves attestant que ces gens avaient été tués, et que leurs organes avaient été transférés en Europe occidentale où la demande en est grande. À l’heure qu’il est, Berisha est en mauvais termes avec le Premier ministre albanais Edi Rama et les autorités kosovares, et c’est la raison pour laquelle il a décidé de rappeler que le trafic d’organes s’y poursuivait toujours», a résumé M. Stojanovic.

Aucun des journalistes albanais interviewés par Sputnik n’a pu répondre à la question de savoir s’il s’agissait d’une information authentique ou d’une publication que M.Berisha utilisait à ses propres fins politiques.

L’Albanie et le Kosovo ont été mentionnés dans le rapport sur les «transplantations au noir» dans les Balkans du sénateur suisse Dick Marty. Quoi qu’il en soit, les événements décrits dans ce document remontent à la fin des années 1990 et au début des années 2000. Pour la première fois, les «transplantations au noir» qui pourraient impliquer des leaders kosovars, notamment l’actuel Président du Kosovo Hashim Thaçi, ont été évoquées par l’ex-procureur général du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) Carla Del Ponte dans son livre «La chasse, les criminels de guerre et moi».

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