Hassan Nasrallah : Le Hezbollah est devenu la première puissance militaire de la région, devant Israël

Idées principales du discours

Nous commémorons le douzième anniversaire de la victoire historique sur la guerre israélienne contre le Liban en 2006, victoire qui a permis de changer la donne dans notre région. Nous en remercions Dieu et tous ceux qui y ont participé et l’ont rendue possible. Et dans quelques jours, nous allons célébrer à Hermel le premier anniversaire de notre victoire dans la seconde guerre de libération, guerre contre le terrorisme et les organisations takfiristes …  Cette guerre contre Daech au Liban, en Syrie et ailleurs est une extension de la guerre de juillet 2006, qui vise la réalisation des mêmes objectifs, dans le même projet, avec les mêmes aspirations. Très bientôt, nous en sortirons également vainqueurs.

Notre détermination à commémorer la victoire de 2006 sert à honorer tous ceux qui ont contribué à sa réalisation, à implanter cette victoire dans l’esprit, la conscience, la culture et la mémoire collective des peuples de la région, mais également à répandre l’espoir contre les campagnes d’affaiblissement,  de renoncement et de désespérance que l’ennemi cherche à semer dans notre région. Nous la fêtons pour ancrer la confiance en soi, la résilience et la foi.

La guerre de juillet 2006

La guerre de 2006 avait pour objectif la réalisation du projet américain, dirigé à l’époque par Georges W. Bush et son administration,  après l’occupation de l’Afghanistan et de l’Irak. Cette guerre était donc essentielle pour la réalisation de ce projet avec l’encerclement du Liban, de la Syrie et de l’Iran.  Notre victoire a provoqué l’échec de ce projet qui n’était autre que l’hégémonie américaine et la consolidation d’Israël comme élément essentiel et puissance régionale centrale dans le nouveau Moyen-Orient. Suite à cette défaite, les USA ont cherché un plan B auquel nous faisons face aujourd’hui encore. Ce plan est la guerre contre la Syrie …

Nous ne faisons pas de littérature, nous parlons de faits vécus. L’un des objectifs de la guerre de 2006 était l’éradication de la résistance, militairement ou par la reddition. D’ailleurs, c’est ce qu’on nous a demandé dès les premiers jours : qu’on renonce à nos armes comme condition pour mettre un terme à la guerre.

Pis encore, on nous a demandé d’accepter la présence de forces multinationales (comme celles qui ont envahi l’Irak) et non onusiennes sur les frontières avec Israël, mais aussi sur les frontières avec la Syrie et autour de l’aéroport international et du Port de Beyrouth ; autrement dit, on nous demandait d’autoriser une occupation multinationale du Liban, et de libérer sans conditions les deux prisonniers israéliens.

Avec la chute du Liban, les USA cherchaient à encercler la Syrie, à isoler l’Iran, à démoraliser la résistance palestinienne afin de la pousser à se résigner et se plier aux conditions israéliennes dans tout processus de paix. Notre résistance a non seulement empêché la réalisation de ces objectifs, qui ont été différés pour quelques années, mais a également provoqué des changements très importants dans la région, dont notamment le renforcement de la puissance de la résistance  au Liban, à Gaza, en Palestine,  en Syrie, en Irak et en Iran.

Nous devons cette victoire à notre foi, aux sacrifices de notre peuple, sa résilience, sa détermination, son attachement à sa terre, le sang de ses martyrs, le courage de ses combattants, à la persévérance et à la fermeté de notre posture politique. Personne ne nous a offert cette victoire, ni l’ONU, ni le Conseil de sécurité, ni la Ligue arabe, ni l’organisation de la conférence islamique, ni quelque régime arabe …

Voyons la nouvelle étape avec le déclenchement de nouvelles guerres confessionnelles dans la région afin de provoquer la chute des régimes de l’intérieur. Le noyau de ces guerres est et reste Israël, sa sécurité, ses intérêts, son renforcement, son enracinement, sa consécration en tant qu’hégémonie dans la région … Je vais donc en parler sous cette perspective. Sept ans après, où en sont-ils ? Et où en sommes-nous ? Nous en parlons parce que notre combat se situe aussi au niveau de la conscience, de la volonté, de l’espoir. Au cours de ces dernières années, nous nous battons aussi sur ces fronts.

Israël et le Liban

Depuis 2006,  l’entité israélienne est traumatisée par cette guerre et n’ose plus s’aventurer au Liban. Avant 1982, Israël agressait le Liban, partout et jusqu’au cœur de la capitale, comme bon lui semblait et pour les plus insignifiantes des raisons. Ça  n’arrive plus, non par bonté israélienne, mais parce que c’est la nouvelle équation.  Depuis 2006, Israël se reconstruit en fonction de sa défaite et ses conséquences sur le plan idéologique et au niveau de ses stratégies militaires ; elle restructure ses forces armées, renouvelle son armement et ses équipements, améliore sa technologie, multiplie les manœuvres … Pourquoi ? Parce que les Israéliens estiment qu’il existe au Liban une force réelle qui constitue une menace existentielle. Depuis quand Israël se comporte ainsi avec le Liban ?

Israël  se cache du Liban derrière ses murs et exprime ses craintes à l’intérieur. Dans tous ses plans, Israël tient compte de ses stations d’électricité et de gaz, du pétrole,  des stations d’essence, des colonies, des profondeurs …  Car Israël sait pertinemment qu’elle a en face un ennemi sérieux, fort, capable.

Depuis 2006, Israël nous observe et récolte des informations sur nos armes, nos ressources, nos hommes, notre expertise et cela même jusqu’en Syrie où elle cherche à savoir ce que nous accumulons comme expérience … Il n’y a eu jamais de mesures défensives au nord de la Palestine occupée, celles-ci doivent être au sud du Liban. Pour la première dans l’histoire de l’entité sioniste, Israël élabore aujourd’hui des plans de défense contre le projet de libération de la Galilée, effectue des manœuvres annuelles basées sur ces plans et prend des mesures opérationnelles pour les contrôler, à tel point qu’un officier israélien de haut rang a affirmé, il y a quelques jours et à la lumière de ces manœuvres, qu’au Moyen-Orient, l’armée du Hezbollah est la plus puissante après l’armée israélienne, parce qu’elle possède ceci et cela …

Je ne partage pas son évaluation bien sûr, car nous ne prétendons pas que le Hezbollah est le plus puissant après l’armée israélienne au Moyen-Orient, mais ceci exprime le regard que porte l’Israélien sur cette résistance qu’il a voulu écraser en juillet 2006. Aujourd’hui, en 2018, je répète ce que je vous disais tous les ans, et l’Israélien doit savoir la force de la crédibilité de ce que j’avance : oui, la résistance au Liban, avec ce dont elle dispose comme armes, équipement, moyens, matériel, cadres, capacité, experts, expérience, mais aussi de foi, détermination, courage, volonté, est plus puissante que jamais depuis son avènement dans la région.

L’Israélien peut menacer tous les jours. Rappelez-vous que quelques semaines après la fin de la guerre de 2006, il menaçait le Liban d’une prochaine guerre vengeresse rapide. Où est-elle cette guerre à laquelle il s’est préparé et a affirmé s’être restructuré pour la mener ? Comptez avec moi depuis 2007, 2008, 2009, 2010, 2011, 2012 … jusqu’ à 2018. Douze ans qu’il menace de partir en guerre, mais en même temps, il parle de l’accroissement de la force de la résistance et de l’expansion de ses capacités à un point tel qu’un officier supérieur la considère comme l’armée la plus puissante après celle d’Israël  !!!

Je voudrais lui dire que nous ne sommes pas l’armée la plus puissante dans la région après l’armée israélienne, et je ne voudrais pas soulever des problèmes avec les armées de la région, mais permettez-moi de dire ceci à cet officier supérieur israélien : « le Hezbollah est plus puissant que l’armée israélienne et la résistance au Liban est supérieure à l’armée israélienne. Car, en 2006 comme en 2000, il n’a jamais été question d’équipement, ni de matériel, ni de capacités, ni d’armement, ni de roquettes …  Aujourd’hui, notre foi en notre droit est plus grande que votre croyance à votre cause illégitime. Nous sommes plus disposés au sacrifice que votre armée et votre société misérable qui vit dans l’angoisse à plus d’un titre. Nous sommes plus confiants dans notre foi et la promesse de notre victoire, dans l’accumulation de notre expérience. La conviction, la sincérité et la patience qui animaient les combattants de la résistance et leurs familles en 2006 sont aujourd’hui plus enracinées que jamais. Alors non, vos calculs sont erronés. Nous ne sommes pas plus forts que les autres armées, mais nous sommes plus forts que vous ».

Israël et la Syrie

A travers la guerre de 2006, l’ennemi a tenté de briser l’un des piliers de l’axe de la résistance, la Syrie ; car si la résistance avait été vaincue en 2006, la Syrie aurait été alors encerclée par la présence aux frontières de forces multinationales composées d’Américains, d’Anglais, de Français … Or des années plus tard, soit en 2011, les USA et leurs alliés ont provoqué une guerre mondiale contre la Syrie pour renverser le régime syrien. Dans ce projet belliqueux, Israël est un partenaire à part entière, fait partie du centre décisionnaire et est au centre du plan américain, saoudien et occidental.  Sur le terrain, Israël a assuré aux groupes terroristes du sud syrien le soutien logistique, médical, militaire, alimentaire, voire même au niveau du renseignement, jusqu’à l’intervention militaire directe et calculée pour appuyer ces groupes.

Nous nous rappelons tous des déclarations de responsables israéliens qui prédisaient la chute du président Assad en termes de semaines et de mois, et qui affirmaient que l’intérêt d’Israël  est dans la chute de ce régime et son remplacement par une opposition qui avait présenté ses lettres d’allégeance à l’entité sioniste pour faire de Damas une capitale « amie ». Durant sept ans, Israël a fondé de grands espoirs sur la défaite de la Syrie et l’avènement d’un régime conciliant.  Israël a espéré que l’armée syrienne soit brisée pour ne jamais se relever, que l’opposition syrienne prenne le pouvoir et s’engage dans un processus de  règlement et abandonne le Golan que le monde reconnaîtra comme territoire israélien … Sept ans après, ces espoirs se sont effondrés. Le monde n’est pas prêt à donner le Golan à Israël, même si Trump aurait pu le lui promettre. Aujourd’hui, la communauté internationale et le monde font la queue aux portes de Damas pour rétablir les relations avec la Syrie et l’Etat syrien.

Pour votre gouverne, les services de renseignement du monde entier se tiennent dans des files d’attente, plus longues que celles des diplomates, espérant la collaboration de Damas, par crainte du retour chez eux des dizaines de milliers de terroristes qu’ils avaient amenés en Syrie et en Irak. Ils ont tous besoin de la coopération sécuritaire syrienne …

Aujourd’hui, l’Etat syrien n’est pas tombé, le régime n’a pas chuté, l’armée n’a pas été défaite, le peuple n’a pas été brisé … Tous ont tenu, sont restés debout et se sont même renforcés contrairement aux espoirs d’Israël. Pire encore, la guerre a amené le Hezbollah et l’Iran en Syrie et ça, c’est un grand échec pour Israël. Aujourd’hui et tous les jours, Netanyahou, qui reconnaît la victoire syrienne et de son président, mène une politique de « mendicité » et supplie le monde de l’aider à faire sortir l’Iran et le Hezbollah de Syrie …

Pour l’anecdote, j’ai lu dans certains journaux qu’on s’attendait à ce que j’annonce aujourd’hui le départ du Hezbollah de Syrie. Vous vivez dans quel monde ? Si quelqu’un vous a donné une telle  information, dites-vous qu’il s’est bien moqué de vous.

Donc, comment faire sortir l’Iran et le Hezbollah de Syrie est devenu le problème de Netanyahou.  Mais je vais vous dire jusqu’au où va son arrogance. Israël, qui a perdu en Syrie, veut dicter ses conditions et faire valoir ses revendications. Tu es défait, tu es vaincu, tu as échoué, tu as misé sur le mauvais cheval, tes espoirs se sont évanouis, et tu veux imposer des conditions ? Et à qui ? A l’autorité syrienne vainqueur ? ’A l’Iran, au  Hezbollah, à l’axe de la résistance ? Qui es-tu et pour qui te prends-tu ?

Israël vaincue ici, défaite là, préoccupée ici, effrayée là, mendiante ici, suppliante là … Voilà Israël. Au Liban et dans les coulisses, il y a des pressions américaines énormes qui s’exercent sur l’Etat libanais pour le règlement des frontières terrestres et maritimes, mais au profit de qui ? Sûrement pas le Liban. Les frontières terrestres et maritimes sont aussi une question de pétrole et de gaz. Ce temps où Israël dictait ses conditions à la Syrie ou au Liban est révolu, même si elle est soutenue par l’Amérique et par des centaines d’Amériques. Ce n’est pas un discours émotionnel ou sentimental, c’est un discours prouvé par les faits durant des années faites de confrontations, de résistance, de sacrifices, de sang …

Israël et Gaza

Malgré la guerre destructrice et le siège très strict, les Américains, les Israéliens et leurs alliés s’attendaient à la soumission de Gaza en échange de denrées alimentaires, médicaments, électricité, eau. Ils pensaient que Gaza allait tout leur donner, y compris le « deal du siècle » et accepter n’importe quel règlement. Gaza n’a pas plié et ne s’est pas rendue. Gaza, abandonnée par le monde. Au contraire, Gaza a rétabli l’équation de la résistance en rendant coup pour coup, feu contre feu, sang contre sang … Cette Israël qu’on veut nous vendre comme une force inébranlable est en difficulté face à Gaza. Dans les discussions du cabinet israélien, les ministres s’entre-déchirent et s’insultent, parce qu’ils sont perdus dans leurs options pour faire face à Gaza assiégée, affamée, abandonnée. Israël dont on dit qu’elle a l’armée la plus puissante du Moyen-Orient est en pleine confusion face à cette Gaza.

Dans le cabinet israélien, un ministre dit qu’il faut calmer le jeu quitte à accorder à Gaza certaines facilités, parce qu’on ne peut faire la guerre, un autre lui répond que préconiser la trêve et donner des faveurs pourrait aboutir à un renforcement de la résistance au fil du temps comme au Liban ; un autre propose la guerre totale, un autre lui demande s’il en a bien mesuré les conséquences au vu des guerres antérieures ; un autre propose l’invasion et l’occupation de Gaza, un autre lui rétorque qu’avoir quitté Gaza était ce qu’il y avait de mieux à faire …

C’est une perdition totale, de la perplexité, de l’embarras, de la confusion à propos de Gaza, parce que Gaza résiste et est solidaire malgré les différends, Gaza consent au sacrifice tous les jours et tous les vendredis. Cela vous donne la mesure du casse-tête  qu’Israël n’arrive pas à résoudre, et même si elle dispose d’une puissante armée, ça ne signifie pas qu’elle est en mesure de faire ce qu’elle veut et quand elle veut, que nous ne sommes rien, que nous sommes le néant, que nous disparaissons, que nous sommes en marge de l’équation.

Israël et le deal du siècle

Dès leur accès au pouvoir, Trump et Ben Salman, dans la perspective de l’écroulement de la région et de la disparition de l’axe de la résistance, ont rédigé le brouillon du deal du siècle, qui traduit le rêve d’Israël de s’accaparer enfin de Jérusalem comme capitale éternelle, en bafouant toute légitimité et les lois internationales, d’interdire aux réfugiés tout droit de retour et de donner aux Palestiniens un petit bout de terre comme Etat insignifiant. Durant deux années, ils ont essayé d’imposer aux peuples et gouvernements de la région ce deal du siècle comme une fatalité inévitable qu’il faut accepter sans broncher. Or, à la lumière des évolutions régionales, des stratèges, des politiques et des experts estiment que ce deal est mort et il n’y a plus qu’à l’enterrer. Personnellement, je préfère approfondir l’étude de la question, mais je peux déjà vous dire que ce deal du siècle, que Trump appuie de toute sa prétention et auquel il a consacré un état important dans la le monde islamique, l’Arabie Saoudite et d’autres pays du Golfe pour le promouvoir,  affronte de vrais problèmes et défis et risque de s’effondrer.

Pourquoi ? Nous appuyons notre argumentation par les preuves ci-après:

  • Le rejet unanime de cet accord par tout le peuple palestinien, toutes les factions, tous les responsables, toutes les tendances …
  • Pas un seul responsable palestinien n’est prêt à signer ce deal, et donc sans signature palestinienne, il n’y a pas de deal qui tienne.
  • La victoire de l’axe de la résistance en Irak, en Syrie, en Iran contre toutes les organisations terroristes daechistes wahhabites financées par les USA et le Royaume saoudien, la résistance du Yémen, la résistance du Liban.
  • Les crises américaines dans la région, les difficultés de l’actuelle administration même avec ses alliés notamment l’Europe et la Turquie, les problèmes avec la Russie et la Chine …
  • L’affaiblissement de l’axe saoudien dans la région. En effet, cet axe a perdu en Syrie (il reste Idlib), a échoué en Irak, a échoué à isoler l’Iran et lui imposer des sanctions, a échoué dans sa guerre contre le Yémen.

J’en profite pour m’adresser directement au peuple du Yémen depuis cette banlieue (dahia) libanaise à Dahian dans le Saada yéménite, pour lui dire : sachez que les criminels qui ont massacré vos femmes et vos enfants sont les mêmes qui ont massacré nos enfants et nos femmes dans la banlieue et à Qana, ce sont les mêmes armes, le même axe, les mêmes protagonistes, les mêmes décideurs, les mêmes objectifs, les mêmes méthodes criminelles … Comme nous avons vaincu, forts de notre peuple et nos leaders, vous vaincrez aussi, forts de votre peuple et vos leaders qui ne pardonneront rien à ces criminels sanguinaires, ces assassins inhumains, sans morale et sans honneur …  Lorsqu’ils commettent de tels massacres, c’est qu’ils s’avouent vaincus, militairement finis, mais ils se vengent de ce peuple qui les a défait.

L’Arabie est donc en crise interne,  mais aussi en crise externe avec le Conseil de Coopération du Golfe dont le Qatar n’est que l’aspect apparent, avec le Canada pour une broutille. Le Canada a soulevé le problème des droits de l’homme et des prisonniers politiques et voilà que c’est le branle-bas de combat en Arabie qui crie à l’ingérence dans ses affaires intérieures, qui rappelle son ambassadeur et renvoie l’ambassadeur canadien, qui retire ses étudiants et fait tout un ramdam …  L’Arabie, qui prétend être scandalisée par l’ingérence dans ses affaires, n’a aucun scrupule à s’ingérer, en plus de se battre et de soutenir les terroristes, dans les affaires internes de Syrie, d’Irak, d’Iran, de déclarer une guerre sans merci au Yémen, d’enlever le premier ministre du Liban, dans lequel elle se mêle de tout !… L’Arabie s’arroge donc le droit d’ingérence, mais le refuse à celui qui lui parle du respect des droits humains.

L’Arabie a en plus des problèmes avec la Turquie qui est convaincue que l’Arabie et les Emirats sont mouillés dans la tentative du coup d’état raté. Même dans le monde islamique, l’Arabie perd ses alliés musulmans. En Malaisie, le chef du gouvernement au pouvoir était un affidé pro-saoudien qui servait les intérêts de l’Arabie contre les pétrodollars. Il a perdu les élections et s’est trouvé derrière les barreaux pour corruption. Le nouveau gouvernement malaisien a des positions différentes envers l’Arabie Saoudite, la guerre contre le Yémen, les sanctions contre l’Iran, la relation avec les Etats-Unis, la cause palestinienne et Jérusalem … Au Pakistan, le pays où l’Arabie Saoudite a dépensé des milliards de dollars, l’ancien dirigeant affidé pro-saoudien est aussi derrière les barreaux pour corruption ; le nouveau gouvernement qui va se former, s’il n’est pas victime d’un putsch,  aura également une autre politique à l’égard de Jérusalem, la Palestine, Gaza, le Yémen, l’Iran et les Etats-Unis.

Voilà le tableau ! Cet axe est en train de s’affaiblir quoi qu’en dise la propagande. Aujourd’hui et partout dans le monde, l’image de l’Arabie, pour laquelle elle a dépensé des milliards et des milliards afin de la présenter comme le royaume du bien, est apparentée au terrorisme religieux takfiriste qui a détruit le monde arabo-musulman, qui a commis les pires massacres et qui menace le monde. Quelle image au vu de la guerre contre le Yémen ? Blocus, choléra, famine …  Des crimes inhumains qui ne laissent plus indifférents.

Et donc, l’Arabie se serait retirée du deal du siècle parce qu’elle a réalisé que c’est une mesure suicidaire.

Israël et l’Iran

Les crises internes en Israël, avec des accusations de corruption contre le premier ministre, l’absence de leaders historiques, les luttes entre les partis, l’anxiété, la peur de l’avenir … malgré les efforts médiatiques pour apaiser l’opinion et la convaincre de la nécessité de rester sur cette terre qu’ils ont spolié aux Palestiniens, jusqu’à la loi de l’état-nation dont on parlera une autre fois, sont réelles et auront des conséquences graves sur cette entité.

Au vu de ces faits, nous déterminons notre position. Ce qui s’est passé en 2006 et durant ces sept années avait pour objectif l’hégémonie américaine dans cette région et le renforcement définitif d’Israël pour imposer leurs règlements. En 2018, je peux vous assurer que c’est un échec en voie de devenir un échec définitif. Ils savent que les guerres ne mèneront nulle part et qu’ils perdront toute guerre. L’alliance américano-saoudienne, avec d’autres pays, qui échoue au Yémen, en face d’un peuple qui a des moyens très modestes mais qui possède de grands hommes, sait qu’elle a également échoué en Irak, en Syrie, au Liban, et qu’elle ne réussira jamais nulle part. Qu’on ne nous menace pas avec des guerres pour nous faire peur. Et si quelqu’un a envie de déclencher une guerre, nous l’attendons de pied ferme. Nous sommes prêts et nous vaincrons. C’est pour cela que leur option pour la guerre semble ne pas être à l’ordre du jour ; ils optent donc pour deux autres choix, l’un conduisant à l’autre :

  • Les sanctions : dans l’axe de la résistance, l’Iran est la base essentielle. C’est l’Iran qui a aidé l’Irak dans sa guerre contre Daech qui était un projet américano-saoudien ; c’est l’Iran qui a aidé la Syrie dans sa guerre contre toutes les organisations terroristes qui combattaient pour le projet américano-saoudien ; c’est l’Iran qui a aidé le Liban durant la guerre de 2016, avant et après même ; c’est l’Iran qui soutient la Palestine et Gaza ; la posture iranienne sur le Yémen est claire … Donc, il fallait cibler et sanctionner l’Iran, faute de lui déclarer la guerre, dans l’espoir de provoquer des tensions populaires suite à l’effondrement monétaire, des conditions sociales et économiques difficiles, des soulèvements populaires pour faire chuter le régime … et se présenter comme les sauveurs. Avec l’étranglement et l’isolement de l’Iran, tout l’axe s’affaiblirait. En outre, on inscrit le Hezbollah, des responsables syriens, des responsables irakiens sur les listes des sanctions pour les affaiblir financièrement et économiquement.
  • Les tensions internes : en Iran, en Irak, en Syrie, au Liban et ailleurs.

J’en profite pour souligner que certaines personnes actives sur les réseaux sociaux et dans les médias et qui accusent le Hezbollah d’être responsable des problèmes économiques au Liban ont des intentions douteuses.

Donc, tout ce qui reste à Trump et à l’Israélien et ceux qui gravitent dans leur axe est le pari sur les sanctions. La couverture médiatique n’a rien de factuel, et de par ma connaissance précise de la situation réelle en Iran, il est de mon devoir de vous dire que Trump & cie  se bercent  d’illusions  en misant sur les tensions sociales ou économiques.

Je vous rappelle les évènements de 1979 et la victoire de la révolution islamique en Iran ; le monde occidental avait prédit la chute du régime en six mois, puis en un an, puis en deux ans, et l’Iran a résisté malgré les sanctions et l’embargo.  Puis, ils lui ont imposé la guerre menée par l’Irak de Saddam Hussein soutenu alors par le monde entier, y compris la Chine et l’Union Soviétique, à l’exception de la Syrie et quelques états très peu nombreux ; l’Iran a résisté et combattu seul le monde entier, avec son peuple et ses seules ressources. L’Iran est confronté aux sanctions depuis 1979 mais perdure et se développe avec ses propres moyens. L’Iran est aujourd’hui plus puissant que jamais et est la  puissance régionale la plus importante. Le régime est solide et est protégé par son peuple. Ceux qui se construisent des espoirs et des chimères ne connaissent pas le peuple ni les responsables iraniens. Ils demeurent des ignorants, des imbéciles, des crétins qui, croyant affaiblir l’Iran, ne font que le renforcer. Toutes les idioties des administrations américaines et leurs serviteurs régionaux ont fait que l’Iran est plus solide à l’intérieur et plus puissant au niveau de la région.

Certes, les sanctions peuvent avoir un impact négatif, mais jamais elles ne mineront notre volonté, notre détermination et notre force, car nous possédons des capacités, des infrastructures, un capital humain et des moyens qui nous permettent de surmonter toutes les difficultés.

La leçon qu’il faut tirer douze ans après la guerre de 2006 est que la résistance est plus puissante. Personne ne doit s’imaginer que les difficultés peuvent nous ébranler ou influer sur notre stratégie. L’Amérique et Israël qui ont échoué dans leurs projets, leurs plans et leurs guerres ne peuvent s’engager dans une guerre comme autrefois. Avec la victoire en Irak, la victoire très prochaine en Syrie, la résistance mythique du Yémen, la détermination de l’Iran, nous sommes encore plus forts et sommes capables de réaliser beaucoup de changements.

Le Liban

Concernant la formation du gouvernement, nous soutenons le dialogue et nous insistons sur la préservation de la sécurité dans le pays.

Cela dit, si certains misent sur des changements régionaux pouvant influer sur la formation du gouvernement à leur avantage, ils se leurrent. Mais s’ils persistent, nous réviserons nos positions et reverrons à la hausse nos exigences, actuellement modestes.

Je conseille aux responsables politiques dont les attitudes envers la Syrie diffèrent des nôtres de ne pas s’obstiner dans des positions figées, car les évolutions et les intérêts et les contraintes pourraient les amener à changer de position et de discours. Qu’ils observent bien ce qui se passe en Syrie, au passage Nassib, aux frontières syriennes, Idlib, la Turquie et ses problèmes avec les Etats-Unis  et le rapprochement avec la Russie et l’Iran … Qu’ils se calment et fassent preuve de retenue pour qu’ils ne soient pas ridiculisés et exclus. C’est la loi de la géopolitique et le Liban n’est pas un ilot isolé qui peut vivre en dehors de la région.

La lutte contre la corruption est un projet sérieux mais sa mise en application ne commencera qu’avec la formation d’un nouveau gouvernement capable d’appliquer les lois anticorruption. Nous avons une vision, une stratégie et des tactiques bien définies afin de lutter contre la corruption, la réduire et mettre un terme au gaspillage des fonds publics. Nous n’avons aucune intention de nous venger de qui que ce soit, mais la lutte contre la corruption est un engagement national pris avec nos alliés et que personne ne vienne nous imposer sa conception et nous dire ce que nous devons faire …

Pour la question du développement et des services sociaux, ce n’est pas avec les accusations et les insultes qu’on peut réaliser le développement.  Que les gens se parlent plus et s’entraident pour ne pas entrainer le pays vers le chaos et recourir à une méthode agressive pour réaliser le développement …

Comme par exemple le débat qui a eu lieu autour de la présence des navires-centrales à électricité au Liban-sud.  Les opinions étaient divergentes, chaque partie avait ses arguments, alors pourquoi certains ont-ils enflammé les réseaux sociaux par des insultes ? Si certains veulent exprimer des critiques, qu’ils les expriment avec objectivité, évitant la vulgarité. Mais évitons de créer des tensions car dieu sait quelle armée électronique est responsable avec un seul tweet provocateur… Et les armées électroniques ennemies qui guettent foisonnent.

Avec Amal, nous nous sommes mis d’accord pour nous pencher ensemble sur tous les détails concernant les questions de développement. Sachez que celui qui demande et défend le développement doit exiger une coopération totale entre Amal et le Hezbollah…

Et je dis à tous ceux qui espèrent voir Amal et le Hezbollah s’entredéchirer, jamais vous ne verrez cela ! Jamais !

L’Alliance entre le mouvement Amal et le Hezbollah est une fusion organique existentielle et stratégique. Elle l’a prouvé durant la guerre de 2006 et personne ne peut nier le rôle de Nabih Berri dans cette victoire  que nous commémorons aujourd’hui, et donc si vous voulez le développement, il faut coopérer ensemble et non  se jeter des accusations et des insultes …

Source: AlManar

Relu, corrigé et étoffé par Rania Tahar – Version intégrale

Source : http://french.almanar.com.lb/1005666#

Source : https://www.youtube.com/watch?v=ZQRJhqH0bX8

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