« Il n’y a plus de solution, à part se mettre hors la loi » : le désarroi des parents réfractaires aux nouveaux vaccins obligatoires

Nous vivons dans un monde totalement surréaliste en France concernant l’obligation vaccinale puisque des familles se voient dans l’obligation d’entrer dans l’illégalité afin de protéger leurs enfants, pire encore, certains parents ne veulent plus faire d’enfants afin de ne pas avoir à se justifier et à combattre l’administration au quotidien. Cela semble irréel, complètement fou et c’est pourtant ce que nous vivons.


Les enfants nés après le 1er janvier 2018 devront recevoir non plus trois mais 11 vaccins pour pouvoir intégrer la crèche ou l’école.

Franceinfo a interrogé des parents qui refusent de se plier à cette obligation.

La France est le pays où l’on enregistre le plus haut taux de défiance envers les vaccins. Selon le Vaccine Confidence Project (« Projet confiance dans les vaccins ») dont les résultats ont été publiés sur EBioMedicine en septembre 2016, 41% des Français interrogés estiment que les vaccins ne sont pas sûrs, un record mondial.

En France, en 2017, trois vaccins sont obligatoires : ceux contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite. Mais, pour les enfants nés après le 1er janvier 2018, seront aussi obligatoires les huit vaccins recommandés jusqu’alors, à savoir ceux contre la coqueluche, la rougeole, les oreillons, la rubéole, le méningocoque C, le pneumocoque, l’haemophilus influenzae B et l’hépatite B. « Quand les vaccins sont obligatoires, les gens sont en confiance, personne ne doute de la sécurité du DT-Polio, que tout le monde fait », avait expliqué sur BFMTV Agnès Buzyn, la ministre de la Santé, qui espère que la réforme aura un impact sur la défiance française.


« Je supprime les sanctions spécifiques liées à l’obligation vaccinale. Mais une clause d’exemption est juridiquement impossible. » 


Si cette nouvelle obligation se veut être un gage de la sûreté des vaccins, elle a eu, pour certains, l’effet inverse. Franceinfo a interrogé ces parents, qui souvent ne se définissent pas comme des « antivaccins », mais qui comptent tout mettre en œuvre pour contourner cette obligation.

Fatima : « J’essaierai de trouver un pédiatre qui exemptera mes enfants »

Fatima* ne compte vacciner ni son premier enfant de 18 mois, qui couvre sa voix au téléphone de gazouillements et de cris, ni son deuxième, qui doit naître en juin. « Je ne les vaccinerai pas, pas tant qu’on n’aura pas de vaccins sans aluminium », assène cette jeune maman de 26 ans, qui travaille dans le secteur du community management en Ile-de-France. Parmi les nouveaux vaccins obligatoires pour les enfants, tous en contiennent, à l’exception du ROR (rougeole-oreillons-rubéole).

Les sels d’aluminium sont « un sujet hautement polémique », reconnaît Liliane Grangeot-Keros, de l’Académie nationale de pharmacie. C’est le plus ancien adjuvant utilisé dans les vaccins pour accroître leur efficacité, en augmentant la réponse immunitaire. Et leur dangerosité est régulièrement mise en avant par les antivaccins pour justifier leur choix.

La communauté scientifique insiste pourtant sur le fait qu’aucune étude n’a prouvé que l’aluminium des vaccins pouvait être toxique. Le professeur Romain Gherardi, chef de service à l’hôpital Henri-Mondor de Créteil (Val-de-Marne), estime néanmoins que les particules d’aluminium pourraient être à l’origine de la myofasciite à macrophages chez des personnes génétiquement prédisposées. Toutefois, « il y a très très peu de patients qui font état de myofasciite à macrophages à la suite d’un vaccin. Nous n’avons aucun signalement depuis 2015. Au long cours, on en a eu assez peu : moins de 10 cas diagnostiqués depuis 2006 », a expliqué l’Agence nationale de sécurité du médicament à franceinfo. 

Fatima est engagée comme bénévole auprès de l’association Ensemble pour la liberté vaccinale depuis plusieurs années. Son cheval de bataille est le droit de choisir.

« J’estime qu’on est dans un pays libre, que certains vaccins sont plus utiles que d’autres, et que cela doit être décidé au cas par cas et, pour l’instant, mon fils se porte très bien.» Fatima à franceinfo

Problème : certains enfants, comme ceux atteints de leucémie, ne peuvent pas être vaccinés. Ils risquent donc d’attraper des virus au contact d’enfants qui n’auraient pas été vaccinés. « C’est un argument que je peux entendre, reconnaît Fatima, mais pas aux dépens de la santé de mes enfants. »

Mais quelle stratégie adopter pour contourner l’obligation de vaccination ? Pour Fatima, il n’est pas question de falsifier le carnet de santé de ses enfants. « Cela ne sert pas la cause de la liberté vaccinale, et je n’ai pas du tout envie de gonfler leurs chiffres, explique la jeune maman. Si je n’ai vraiment pas d’autre solution, j’essayerai de trouver un pédiatre qui pourra exempter mes enfants. »

Les médecins réfractaires à la vaccination risquent des « sanctions pénales pour faux et usage de faux » s’ils falsifient des certificats, explique l’Ordre des médecins. Ils s’exposent aussi à une radiation : le 22 décembre, le Conseil d’Etat a confirmé celle d’un généraliste qui n’avait pas injecté les vaccins obligatoires à un enfant et avait inscrit « des mentions mensongères » sur son carnet de santé.

Cindy : « Le soir même du vaccin, mon fils a vomi »

Le fils de Cindy* reçoit un vaccin Meningitec contre le méningocoque C le 11 septembre 2014. Peu après, le laboratoire CSP (centre spécialités pharmaceutiques), responsable de l’exploitation du Meningitec en France, retire du marché tous les lots en cours de validité. Plusieurs seringues défectueuses, avec de la rouille sur le bouchon, ont été découvertes.

Le fils de Cindy avait 18 mois lorsqu’il a reçu le Meningitec. « Le soir même du vaccin, il a vomi et s’est endormi en tressautant, raconte Cindy. Et du jour au lendemain, pendant trois mois, il a eu une diarrhée terrible », qui le conduira à deux reprises aux urgences. Ensuite, son fils commence à développer des troubles autistiques.

« C’était un bébé éveillé, en bonne santé, et là il n’avait plus de regard.» Cindy à franceinfo

« Quand on voit qu’ils mettent en vente des vaccins contaminés, ça ne donne pas envie d’avoir d’autres enfants », explique Cindy. Plus de 600 familles ont à ce jour porté plainte contre le laboratoire CSP. Nombre d’enfants vaccinés avec ces lots frelatés souffriraient depuis de réactions en chaîne : diarrhées aiguës, fortes poussées de fièvre, troubles du sommeil, irritabilité, éruptions cutanées… Des adultes également vaccinés ont pour leur part développé des maladies auto-immunes. Les premières expertises ont débuté à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) début 2017. En 2016, l’Agence nationale de sécurité du médicament avait de son côté décrété « l’absence de risque lié au défaut qualité pour les personnes ayant été vaccinées par le vaccin Méningitec ». 

Âgé de 5 ans aujourd’hui, le fils de Cindy « sait faire du vélo, de la trottinette, il sait marcher, mais il ne parle pas, souffle sa mère. À l’école, ils nous disent qu’ils communiquent avec lui via des images. Depuis cet épisode, je ne suis plus trop en faveur des vaccins ».

Cependant, il importe de rappeler qu’il n’y a pas de liens scientifiquement établis entre vaccins et autisme. Les origines de la maladie sont « multifactorielles, avec une forte implication de facteurs génétiques », rappelle l’Inserm.

Laetitia : « Nous sommes face à un mur »

Le bébé de Laetitia doit naître en mai 2018. Une grande joie pour sa famille, si ce n’est qu’avec ce timing, l’enfant devra recevoir les 11 vaccins prochainement obligatoires. Or, pour Laetitia, il n’est pas envisageable d’inoculer à son bébé le vaccin contre l’hépatite B.

Cette infirmière assure ne pas être une « antivaccin ». D’ailleurs, son aînée de 13 mois a été vaccinée contre la DT-Polio, la coqueluche, la rubéole, les oreillons et la rougeole. Mais le vaccin contre l’hépatite B la fait frémir. Elle s’est elle-même fait vacciner contre l’hépatite B à l’âge de 16 ans. « A la suite de cette vaccination, ma vie a complètement changé, raconte-t-elle. J’ai eu de grosses difficultés de concentration, de mémoire, de fatigabilité et de multiples douleurs. Selon les médecins, c’était l’adolescence… »

La fibromyalgie de Laetitia est détectée dix ans plus tard. Cette maladie, qui provoque des douleurs chroniques et diffuses dans tout le corps, a longtemps été considérée comme un trouble psychiatrique et reste aujourd’hui difficile à diagnostiquer. Son origine demeure un mystère, comme le rappelle à France 2 la professeure Françoise Laroche, rhumatologue au centre anti-douleur de l’hôpital Saint-Antoine à Paris, l’une des rares spécialistes de la fibromyalgie. Et il n’existe aucun traitement spécifique pour la soigner. « Vu le retard du diagnostic, je ne pourrai jamais prouver ce lien de cause à effet entre cette vaccination et la fibromyalgie », raisonne Laetitia. Mais, preuve ou pas, elle croit dur comme fer à la responsabilité du vaccin. 

Si elle souhaite contourner la nouvelle obligation, Laetitia ne sait pas encore comment s’y prendre. Les 11 vaccins seront indispensables à son futur enfant pour être admis en collectivité, que ce soit à la crèche ou à l’école. « Nous souhaiterions que notre enfant soit accueilli en crèche comme sa grande sœur, sans ce vaccin contre l’hépatite B, mais ça nous semble impossible, car notre médecin de famille est aussi le médecin responsable de la crèche, glisse Laetitia. Nous sommes face à un mur et ne trouvons pas de solution pour l’instant. »

« Nous ne sommes pas du genre à contourner la loi, mais là il s’agit de la santé de nos enfants…»  Laetitia à franceinfo

Tiphaine : « Il n’y aura pas de troisième enfant » 

Âgé de 19 ans aujourd’hui, le premier enfant de Tiphaine a été vacciné contre la DT-Polio, la rubéole, les oreillons et la rougeole. « Je pense que les vaccins peuvent être pertinents », affirme cette mère de 39 ans. Mais elle aussi ne veut pas entendre parler de celui contre l’hépatite B.

Selon l’étude du Vaccine Confidence Project, le puissant scepticisme qui entoure ces vaccins en France trouve son origine dans les controverses sur les effets secondaires de ce vaccin. La vaste campagne de vaccination en 1994 avait fait naître des soupçons de lien avec des maladies neurologiques comme la sclérose en plaques. Mais ces soupçons n’ont jamais été étayés scientifiquement. Après plus de dix-sept ans d’instruction, la justice a conclu l’enquête sur un non-lieu dans ce dossier en mars 2016.

Quand son médecin a prescrit à son deuxième fils, né en mai 2017, deux vaccins contre 19 maladies au total, dont l’hépatite B, Tiphaine dit s’être sentie « menacée et trahie ».  Elle n’y retournera plus jamais, et amène son fils chez un homéopathe qui le vaccine uniquement contre la DT-Polio et la coqueluche.

« Si on veut y aller mollo avec les vaccins, on est tout de suite ‘antivaccins, c’est un débat extrêmement clivant.» Tiphaine à franceinfo

À cause des conditions imposées par la nouvelle obligation vaccinale, Tiphaine ne veut plus avoir d’enfants. « Il n’y aura pas d’autre bébé parce que je n’ai pas envie de me battre contre tout, de ne pas pouvoir le mettre en crèche ou à l’école. Maintenant que la loi est passée, il n’y a plus de solution, à part se mettre hors la loi, et je ne suis pas militante à ce point, donc je préfère prendre cette décision », conclut-elle.

* Les prénoms ont été changés


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