La Révolution bolchévique – XXème partie

Un autre livre intéressant, qui nous parle des objectifs réels de la révolution bolchevique, a été publié en Espagne en 1952: Sinfonia en rojo mayor ( Symphonie en rouge majeur ).

Ensuite le livre a été publié dans d’autres Pays, en plusieurs langues.

Ce livre-document a été écrit par le Dr J. Landowsky. Les écrits, qui ont été publiés d’abord en Espagne, ont été trouvés sur le corps de Landowsky par un volontaire espagnol, corps retrouvé gisant dans une cabane sur le front de Pietrograd (Leningrad).

Landowsky obtint son diplôme en médecine en Russie avant la révolution, puis il étudia pendant deux ans à Paris à la Sorbonne. Il s’était spécialisé dans l’étude des effets des drogues sur les êtres humains. C’était un chercheur très talentueux, mais après la révolution, sa survie et celle de toute sa famille était devenue très difficile. Pour obtenir de l’argent il a permis à ses collègues de publier ses propres recherches avec leurs noms. Le NKVD, un département de la Russie soviétique, opérationnel de 1917 à 1930, réorganisé et activé de 1934 à 1946, département chargé des centres de détention, y compris les infâmes Goulag, commença à être très intéressé par les recherches scientifiques du Dr Landowsky. En 1936, il a été enlevé de sa maison sans avoir jamais pu revoir sa famille et forcé de travailler dans le laboratoire de chimie du NKVD près de Moscou. Il était pratiquement détenu et très surveillé. Ses yeux voyaient des tortures et des crimes et il était témoin de nombreux interrogatoires. Il souffrait beaucoup,c’était un homme religieux, et même pour ne pas être passif devant tant d’horreurs, il commença à noter tout ce qu’il voyait et entendait. Jusqu’à la Seconde Guerre Mondiale, il travaillait dans le laboratoire de chimie, en prenant note courageusement de toutes les atrocités auxquelles il devait assister. Personne ne sait comment il est arrivé à Pietrograd et son assassin est inconnu.

Landowsky a correctement noté tous les interrogatoires de Christian Rakovsky, un bulgare qui a eu une vie aventureuse.

Christian_Rakovsky_1924Christian Rakovsky est né en Bulgarie, issu d’une famille riche. Depuis qu’il était jeune, il était attiré par la Russie et tout ce qui concerne la Russie. Il a étudié en Bulgarie alors que sa famille est allée vivre dans le Royaume de Roumanie. Pendant ses études au lycée, il est devenu marxiste et a été expulsé de l’école pour ses activités politiques. Il ne pouvait plus étudier en Bulgarie et en septembre 1890 Rakovsky est allé vivre à Genève. A la fin de ses études en Suisse il est devenu médecin. À Genève, il a rencontré Plechanov et a travaillé avec Rosa Luxemburg, Pavel Axelrod et Vera Zasulich. Il était très actif, écrivait des articles pour les journaux et faisait de la propagande socialiste. En 1893 il s’était inscrit dans une école de médecine  à Berlin et puis il a été expulsé aussi de l’Allemagne pour ses contacts avec les révolutionnaires russes. Il a terminé ses études à Zurich, Nancy, Montpellier. Rakovsky s’intéressait à la politique de divers Pays européens. Toutefois  il avait toujours une attention particulière pour le Pays dans lequel il était né et la région des Balkans. Après avoir été pour une courte période dans l’armée roumaine, il est allé vivre avec sa femme à Saint-Pétersbourg pour prendre part aux motions révolutionnaires. Expulsé aussi de la Russie, il est allé à Paris. En 1900 il est retourné en Russie, où il est resté jusqu’à 1902; la mort de sa femme, et la répression des partis révolutionnaires l’ont forcé à retourner en France, d’où il suivait les développements de la guerre russo-japonaise. Ayant hérité d’une propriété de grande valeur en Roumanie, il retourna s’occuper de la région des Balkans en révolte continue et de la Roumanie, mais à la fin de 1907 il a été également expulsé de la Roumanie avec d’autres socialistes. Il était présent dans de nombreux pays et avait des activités innombrables. Au printemps de 1917 il retourna en Russie. Il fut arrêté en tant qu’activiste contre la guerre mondiale, mais libéré à nouveau, cette même année il a participé à la troisième Conférence de Zimmerwald, mieux connue sous le nom de Conférence de Stockholm. La première conférence a eu lieu à Zimmerwald en 1915, la deuxième à Kienthal en 1916, en Suisse. C’étaient des conférences organisées par des partis socialistes antimilitaristes dans divers pays du monde.

Il est intéressant de lire le premier paragraphe du Manifeste de Zimmerwald, une déclaration produite à la fin de la première conférence:

“Voici plus d’un an que dure la guerre! Des millions de cadavres couvrent les champs de bataille. Des millions d’hommes seront, pour le reste de leurs jours, mutilés. L’Europe est devenue un gigantesque abattoir d’hommes. Toute la civilisation qui était le produit du travail de plusieurs générations est détruite. La barbarie la plus sauvage triomphe aujourd’hui de tout ce qui faisait la fierté de l’humanité.

Quelles que soient les responsabilités immédiates du déchaînement de cette guerre, une chose est certaine: la guerre qui a provoqué tout ce chaos est le produit de l’impérialisme.“

Les socialistes antimilitaristes ont-ils compris que  » l’aristocratie de l’argent  » avait voulu la guerre et que l’impérialisme était entre les mains de certains seigneurs depuis le dix-huitième siècle? Probablement oui, mais ce n’était pas convenable de le dire, peut-être … Le Tsar Nicolas II s’était exprimé exactement comme eux au sujet de cette guerre, et en ce qui concernait toutes les guerres.

Une certaine hypocrisie accompagnait les bonnes idées des socialistes antimilitaristes. En effet Rakovsky restait à Stockholm pour faire de la propagande en faveur des révolutionnaires russes.

Il avait également de la sympathie pour les mencheviks, et il a décidé de les soutenir. On tient à parler de cet homme parce qu’il incarne toutes les contradictions typiques des révolutionnaires bolcheviques qui voulaient s’imposer principalement pour des ambitions et des intérêts personnels.

Rakovsky a essayé d’  »exporter » la révolution bolchevique en Roumanie mais il n’a pas obtenu de bons résultats.

Rakovsky devint le chef du gouvernement bolchevik en Ukraine. C’était un gouvernement qui a mené aux conflits ethniques, aux famines et à l’effondrement de l’économie. Les tortures et les fusillades étaient à l’ordre du jour. L’Ukraine était ingouvernable, Rakovsky a dû recourir à l’intervention militaire pour calmer les émeutes, principalement provoquées par le social-démocrate Petljura, qui a réussi à occuper Kiev avec l’armée ukrainienne. En  1919 Rakovsky a été nommé encore une fois chef du gouvernement ukrainien. Le 28 Décembre 1920, il a signé un traité avec la République Socialiste Fédérative Soviétique Russe. Ce traité établissait une fédération entre les deux pays, Kiev a gagné plus de pouvoirs en ayant un commissariat aux affaires étrangères.

Rakovsky aurait voulu l’indépendance de l’Ukraine. Lénine semblait favorable à l’autonomie de l’Ukraine, mais à cause des jeux de pouvoir au sein du parti bolchevik, Rakovsky n’a pas pu avoir de soutien. Avec le XIIe Congrès du parti, en avril 1923, la rupture entre Lénine et Staline est devenue évidente, Staline soutenait la politique de la nationalité, qui ne respectait certainement pas l’autonomie locale. Il y avait un accord secret entre Lénine, qui était très malade, et Trotzky, qui aurait dû s’opposer à Staline pour protéger les minorités ethniques. Le parti aurait dû adopter un code de conduite dans les relations entre le centre et la périphérie du pays.

Trotsky a amplement donné l’occasion d’agir à son ami Rakovsky, qui a menacé de déclencher une guerre civile si les minorités ethniques n’étaient pas respectées, mais Staline, à une assemblée du parti, a vigoureusement défendu ses positions. Le leadership de Staline était en train de devenir une réalité plutôt génante pour Rakovsky. En 1923, Vlas Cubar remplaça Rakovsky à la tête du gouvernement ukrainien. Après la 13ème conférence du parti en mai 1924, de nombreux partisans de Trotzky furent envoyés à l’étranger en tant que diplomates. Rakovsky a été envoyé en Grande-Bretagne. En 1925, il a été nommé ambassadeur en France. Mais en France, quand il a commencé à faire pression sur le gouvernement français de Poincaré, qui n’avait pas respecté l’accord avec les Soviétiques pour fournir du pétrole en échange de crédits pour 450 millions de roubles, en essayant d’impliquer les citoyens français, Rakovsky a ressenti l’hostilité non seulement du gouvernement français, mais aussi du gouvernement soviétique. Le 21 octobre 1927, il fut remplacé par l’ambassadeur Valerian Savel’evich Dovgalevsky. C’était le début de la fin pour Rakovsky, il n’était plus apprécié par la direction soviétique. Un homme qui avait tant d’initiatives ne pouvait pas être toléré par un régime  » préemballé  » par les puissances mondiales. Pour se réhabiliter à l’égard du Parti communiste soviétique, Rakovsky a écrit une lettre en automne 1927, pendant qu’il était encore Ambassadeur en France. Il faisait son autocritique en se soumettant aux autorités, déclarait qu’il aurait lancé un appel aux soldats des pays impérialistes, afin qu’ils disertassent s’il y avait eu une guerre contre l’Union Soviétique. Encore des initiatives trop personnelles d’un homme qui n’avait pas été prédestiné par les puissances mondiales à être un leader soviétique. Après cette déclaration, le gouvernement français a demandé l’expulsion définitive de Rakovsky de France et même les relations diplomatiques entre les deux pays se sont détériorées jusqu’à la rupture.

On raconte en détail la vie de cet homme, car outre qu’il représente le bolchevik typique à la recherche du pouvoir personnel, son action avec détermination en faveur d’une Russie communiste est emblématique. Rakovsky était intelligent, actif et loyal au parti, mais il n’était pas choisi par les puissances » underground  », qui surveillaient attentivement le régime soviétique. Il fallait donc l’éliminer inexorablement. Le leadership de Staline, dont nous avons déjà parlé des origines, ne devait en aucun cas être contesté. En Novembre 1927, Trotzky et Zinov’ev ont été expulsés du comité central. Rakovsky, Trotzky, Zinov’ev et beaucoup d’autres étaient dans l’opposition et à l’occasion du dixième anniversaire de la révolution, ils ont manifesté dans diverses villes de Russie contre le parti. Rakovsky a manifesté à Charkiv en Ukraine.

Le quinzième Congrès du Parti communiste a été convoqué sur proposition d’une commission spéciale dirigée par Ordzhonikidze; Rakovsky a été expulsé du parti avec Karl Radek, Pjatakov et d’autres signataires de la déclaration des 75. Le courageux Ivan Smilga a lu une déclaration de principe, le document ayant également été signé par Rakovsky, les accusations de vouloir diviser le parti faites contre eux par Staline ont été réfutées. Tout était vain, Staline était  » l’élu  » et sa politique était voulue par qui gouvernait le monde. Rakovsky a été déporté en Asie centrale à Astrachan. En 1934, il s’est soumis à Staline et à sa politique, mais son autocritique et sa désolidarisation de Trotsky n’ont servi à rien … . En 1938 Rakovsky a été accusé au troisième grand procès de Moscou d’être un  » ennemi du peuple  » et d’avoir participé aux attentats manqués contre Lénine et Staline, et également accusé d’être au service des impérialistes britanniques.

Des hommes comme des marionnettes dans le régime soviétique et des farces à répétition.

Rakovsky s’est déclaré coupable et il a été condamné à des peines définitives. À l’automne de 1941 Staline a décidé d’éliminer tous ses opposants. Il y eut un nouveau procès – farce en septembre et ce fut la fin de Rakovsky et de beaucoup d’autres. Rakovsky a été fusillé. La vie de Rakovsky nous intéresse parce qu’en plus d’être l’emblème de l’activiste  »non élu », la raison pour laquelle il a été éliminé, c’est qu’il était le protagoniste des écrits de Landowsky.

Le document de Landowsky fait référence aux questions adressées à Rakovsky en tant qu’ex- Ambassadeur en France pendant la période des procès des Trotskystes en 1938. Les questions adressées à Rakovsky ont été dictées par Staline à ses agents. Landowsky fait également une description détaillée des agents. La personnalité de René Duval, mieux connu sous le nom de Gavriil Gavriilovitch Kus’min est très intéressante. Il venait d’une famille française très riche. Il a été  » attiré  » par les communistes bolcheviques, et a immédiatement apprécié ces personnages louches. Afin de devenir un agent il est allé étudier à Moscou et il a fréquenté les écoles sévères du NKVD (une police secrète). À un certain moment de ce voyage étrange et dangereux qu’il avait entrepris, Duval réalisa que sa nature humaine avait été complètement bouleversée, mais malheureusement il ne pouvait plus s’éloigner des  » hauteurs du démon  », ainsi les définissait Duval.

Daniela Asaro

Merci au professeur Saber Othmani pour sa collaboration dans la traduction.

revu par Martha pour Réseau International

Photo: Christian Rakovsky à gauche, Léon Trotsky au centre et Constantin Dobrogeanu-Gherea à droite en 1913

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