La Russie et l’Islam, partie 4 : l’ « Islam » en tant que menace

novembre 25, 2013 dans Non classé, Russie, Saqr par axedelaresistance

Russie et Islam

Le premier point sur lequel je voudrais attirer votre attention est que dans le titre la Russie et l’Islam, partie quatre : « l’Islam » en tant que menace, j’ai mis le mot « Islam » entre guillemets. Ceci est très important, comme la plupart des questions dont je discuterai aujourd’hui ne sont pas  directement liées à l’Islam. Cependant, dans l’esprit de beaucoup de russes, ces questions sont liées à l’Islam et il est donc impossible d’analyser le sujet « de la Russie et l’Islam » sans regarder les connections qui poussent les russes à identifier l’Islam comme la cause de ces problèmes.

L’utilisation de mots peut prêter à confusion dans ce contexte. Prenez le mot « Musulman », que signifie-t-il vraiment ? En Bosnie, le mot « Musulman » a été vraiment utilisé pour décrire un Bosnien non-orthodoxe et non-catholique puisque autant de Croates que de Serbes habitaient en Bosnie et puisque les Bosniens-Croates, les Bosniens-Serbes et des Musulmans bosniens proviennent du même groupe ethnique (d’où l’idée fausse « de purification ethnique » dans le contexte bosnien). Plus tard, le terme inapte « Bosniac » a été inventé, par opposition « au Bosnien » parce qu’utiliser « le Musulman » ou « le Bosniaen » n’a juste aucun sens. Quand même, par le décret de quelques politiciens, ce que l’on avait l’habitude d’appeler Musulman » est devenu « Bosniac » dans la nuit même.

De même, en Irlande, les troubles opposait soi-disant les Catholiques aux Protestants, mais est ce que l’IRA ou les Ulster Volunteers se souciaient ils vraiment de la Papauté ou de Martin Luther ? Ces dénominations ont-elles vraiment joué un rôle pertinent dans ce conflit ?

Ce n’est pas un problème nouveau. Dans le passé, l’Empire russe ou l’Empire ottoman assimilaient les groupes religieux aux minorités ethniques, d’ici on ne considérait pas les Karaïtes en Russie comme des Juifs tandis que le Patriarche Orthodoxe de Constantinople était désignés par les Ottomans comme « le Millet-Bâchi » ou « ethnarque ». En France moderne il y a un problème avec l’immigration musulmane et ses effets dans les banlieues de beaucoup de villes françaises. Mais en regardant de plus près ces immigrants (la plus part algériens) on peut légitimement se demander à ce quel degré ceci est un problème « Islamique ». Cette confusion entre « l’Islam » (comme une foi, une religion) et « le Musulman » (en tant que signe religieux et souvent d’affiliation ethnique) est aussi fréquente en Russie moderne qu’en France. En gardant tous ces avertissements à l’esprit, regardons pourquoi beaucoup de russes identifient l’Islam à une menace.

a) Immigration et crime.

Depuis la dissolution de l’ancienne Union soviétique, il y eu un flot d’immigration conséquent vers les grandes villes russes provenant des anciennes républiques soviétiques (l’Azerbaïdjan, le Tadjikistan…). En parallèle à cela, un grand nombre d’immigrants provenant du Caucase (Tchétchènes, Daghestanais…) émigra vers le Centre de la Russie. La combinaison de ces flux migratoire a abouti à une vaste augmentation des immigrants dans les villes majeures de Russie. Comme il est souvent le cas, tandis que certains de ces immigrants vinrent pour trouver du travail, il y avait assez d’éléments criminels parmi eux pour lier fortement l’immigration au crime. Typiquement ces immigrants du sud étaient composés d’un mélange de quatre groupes :

a) Des travailleurs respectueux de la loi et travaillant dur, souvent impitoyablement exploités et traités comme des quasi-esclaves par leurs employeurs locaux.
b) Les jeunes hommes arrogants et très mal instruits qui, bien que n’étant pas nécessairement des criminels, agissent de manière provocatrice et offensive.
c) Les petits voyous qui combinent un travail officiel avec des petites activités criminelles.
d) Les criminels endurcis qui sont profondément impliqués dans la drogue, la prostitution, les casinos illégaux, etc.
Typiquement le premier groupe est plus grand que le deuxième qui, à son tour, est plus grand que le troisième, tandis que le quatrième groupe est le plus petit de tous. Et pourtant, cette combinaison explosive crée en Russie exactement le même effet qu’en France : elle permet l’association du crime et de l’immigration dans l’esprit des gens.

De plus, puisque la plupart de ces immigrants viennent de pays historiquement musulmans et puisque beaucoup d’entre eux se considèrent comme musulmans, beaucoup de russes expérimentent leur première interaction (ou la plupart du temps) avec ces supposé musulmans dans une situation criminelle. Dans la majorité des cas, le fait que ces voyous ne connaissent absolument rien de l’Islam n’est pas du tout apparent, en particulier du point de vue russe.

L’auteur et philosophe français Alain Soral, qui est très activement engagé dans des efforts de réconciliation et d’unification des citoyens français contre le NWO, incluant chrétiens et musulmans, parlent d’ »Islamo-racaille: de jeunes voyous forts, portant la tenue typique « du rappeur-gangsta », avec des chapeaux de base-ball de NYC et qui parle d’Allah et de  Kouffars (hérétiques) en conduisant des voitures de sport – souvent défoncé ou ivre – à la recherche de quelqu’un à voler, violer ou abuser. Comme Soral l’indique – ces gens ne sont pas exactement le type que vous verrez sortir d’une mosquée et le même phénomène se produit en Russie. Ainsi, il est indéniable que beaucoup de russes fassent toujours l’association entre l’Islam et le crime.

b) Wahhabisme – interne

Les guerres dans la Tchétchénie et le terrorisme Islamique au Daghestan et beaucoup d’autre partie de la Russie ont eu un impact énorme sur l’opinion publique russe. Les deux étaient en Tchétchénie, résultant par une aversion profonde pour les insurgés Tchétchènes et tout autre groupe de terroristes islamiques qui pourrait être décrit comme wahhabite. Initialement, le tsunami de propagande venant des médias occidentaux combinés à celui des médias libéraux russes laissèrent les gens confus sur ce qui se passait vraiment, mais bientôt les événements horribles sur le terrain devinrent impossibles à occulter : les insurgés tchétchènes combinèrent le pire de l’extrémisme wahhabite avec le pire de la brutalité tchétchène. Des milliers de gens ont été sommairement exécutés, les femmes  violées, des soldats russes et même les civils ont été torturés à mort, crucifiés, pelés vivants, violés et décapités. Des otages ont été enlevés de partout en Russie du sud et un marché d’esclave prenait vie chaque jour dans le centre-ville de Grozny. Et toutes ces horreurs ont été commises par des barbus, brandissant des drapeaux verts et noirs brodés de sourates du Coran et aux cris perçants constants d’Allah Akbar. Et puisque les insurgés Tchétchènes aimaient utiliser leurs téléphones portables pour filmer leurs atrocités, on ne put empêcher que certaines vidéos sanglantes soient diffusées sur la télévision russe et sur internet. En 2000, l’opinion publique russe était mûre pour ne donner aucun répit aux terroristes islamiques et quiconque les soutenant.

Pour empirer les choses, l’insurrection Tchétchène avait le soutien de la grande majorité du monde musulman qui, tout comme en Bosnie et au Kosovo, se rangea automatiquement du côté du parti musulman, quoi qu’il arrive. Ce soutien bête et aveugle au parti musulman, même s’il est en grande partie composé de terroristes wahhabites et de criminels entache l’image de l’Islam en Russie et donne un poids considérable au paradigme du conflit de civilisations que l’Ouest et ses partisans en Russie, veulent imposer à l’opinion publique russe.

Si sous Eltsine l’état russe était incapable de prendre de bonnes mesures pour gérer cette situation, sous Poutine, les choses changèrent rapidement comme le montra la 2ème Guerre de Tchétchénie qui a littéralement écrasé l’insurrection. Par la suite, les efforts combinés d’un établissement de sécurité russe, complètement réorganisé, et l’arrivée au pouvoir d’Akhmad et, plus tard, Ramazan Kadyrov ont complètement changé la situation. Grozny fut reconstruit dans un temps record et la Tchétchénie devint l’une des républiques les plus sûres du Caucase entier (au détriment du Daghestan où la situation s’empira). Le coût de vies humaines et de souffrance fut absolument affreux, à la fois pour les russes (presque tous ceux qui ont réchappé de la Tchétchénie) et pour les tchétchènes qui sont morts en très grand nombre. La cicatrice principale laissée par cette guerre, est que la Russie est devenue une société de tolérance zéro vis-à-vis du Wahhabisme et que le peuple russe a entièrement approuvé ce que j’appelle « la doctrine de Poutine » de négociation avec les Wahhabites : « changez vos manières ou attendez-vous à être annihilés ». Ceci, à propos, s’applique à la fois aux individus et aux groupes ethniques : contre un ennemi wahhabite, le peuple russe soutiendra les méthodes militaires les plus dures possible, ce dont sont conscientes beaucoup de communautés musulmanes.

En Tchétchénie même, Ramzan Kadyrov a institué une politique anti-wahhabite encore plus dure que dans le reste de la Russie. Pendant la 2ème Guerre de Tchétchénie, des mercenaires étrangers et des prédicateurs ont été interrogés et ensuite sommairement exécuté par les forces russes et tchétchènes, et depuis les prédicateurs saoudiens, yéménites ou pakistanais sont simplement défendus d’entrer en Tchétchénie.

Contrairement aux prédictions de la plupart des « experts », le Kremlin a vraiment gérer avec succès la situation en Tchétchénie avec comme conséquence inévitable, le retrait inévitable des extrémistes de Tchétchénie vers le Daghestan voisin et même le reste de la Russie. Et ce problème est loin d’être résolu. Tandis que les USA et le Royaume-Uni ont maintenant adouci leur rhétorique pro-tchétchène, les Saoudiens poussent toujours l’Islam wahhabites en la Russie, bien que d’une façon plus discrète.

D’abord, ils forment des prédicateurs en Arabie Saoudite et les renvoient en Russie. Alors ces prédicateurs forment de petites communautés, souvent à l’intérieur des mosquées, ou les fidèles sont recrutés pour des activités sociales et religieuses. Pendant cette phase, les candidats à la prochaine étape sont soigneusement examinés, examinés de près et choisis pour la phase suivante : l’établissement de cache d’armes, de lieux sûrs, de terrains d’entraînement, et d’autres actions de ce genre. Finalement, les nouvelles recrues sont utilisées pour attaquer des commissariats de police, des banques, assassiner des ecclésiastiques traditionnels (anti-wahhabite) et opposer les groupes mafieux. Les services de sécurité russes ont observé ce type de séquence au Daghestan, au Kazan ou à Stavropol (des régions avec de grandes minorités musulmanes), mais aussi à Saint Petersburg, une ville avec une population musulmane très réduite et très traditionaliste. Jusqu’ici, les services de sécurité ont toujours eu un coup d’avance mais ceci est loin d’être terminé et ce type d’efforts de pénétration peut durer très longtemps.

Un des aspects cruciaux de cette dynamique est la réaction des leaders spirituels locaux, musulmans traditionnels. D’abord, comme j’ai mentionné susdit, aucun musulman russe ne veut avoir « une 2ème Guerre de Tchétchénie » dans sa propre ville ou région, parce qu’ils n’ont aucun doute sur le résultat d’une telle situation. Deuxièmement, les leaders spirituels musulmans traditionnels sont les premières victimes des infiltrés wahhabite qui commencent souvent leur phase « active » d’opérations en assassinant les imams locaux. Troisièmement, les musulmans russes sont souvent très rapidement désillusionnés de la version saoudienne de l’Islam qui évalue non islamique, un certain nombre de coutumes et traditions qui sont au cœur de l’identité culturelle de beaucoup de groupes musulmans en Russie. Quatrième, tous les voyous du Caucase se comportant de manière obscène et vulgaire en Russie centrale, proviennent de communautés musulmanes souvent très conservatrices et paisibles dont la plus vieille génération désapprouve profondément ce type de comportement qui, à leur avis, apporte la honte sur leur peuple. Cinquièmement on ne devrait pas sous-estimer l’héritage de la période soviétique qui a promu la laïcité et le modernisme, laissant un impact fort sur les élites locales. Ces élites sont à la fois outragées et horrifiés quand des prédicateurs wahhabites leur disent qu’ils doivent complètement abandonner leur mode de vie et commencer à vivre selon des préceptes médiévaux. Finalement, il y a une tension inhérente entre n’importe quelle forme de nationalisme et le style saoudien wahhabite importé en Russie. Cette tension est un des éléments clés qui a retourné le clan Kadyrov contre les divers chefs militaires wahhabite en Tchétchénie  qui ont été vus par la plupart des leaders tchétchènes nationalistes comme des étrangers arrogants, ennemis des traditions héréditaires tchétchènes. Pour toutes ces raisons, il y a une forte opposition de la part des communautés musulmanes locales et de ses leaders  contre le type d’Islam wahhabite que les saoudiens essayent d’exporter en Russie.

c) wahhabisme – externe

Le wahhabisme est non seulement une menace interne pour la Russie, c’est aussi une agression extérieure majeure. Selon des analystes russes, l’administration Obama a apporté un nouvel ensemble de politiques impérialistes qui sont maintenant mises en œuvre. Pendant l’ère de Bush, les USA ont exercé un contrôle direct, surtout au moyen d’interventions militaires, sur le Moyen-Orient et l’Afrique. Cette approche « directe » est la manière dont le lobby juif et les néoconservateurs ont cru que les USA devaient maintenir leur empire mondial. Obama représente un type très différent d’électeurs (le vieil « Anglo- » argent) qui s’oppose avec véhémence aux néoconservateurs et qui consentira à manifester un intérêt de pure forme pour Israël, mais, qui en réalité, place les intérêts stratégiques américains loin devant n’importe quelle priorité sioniste. En termes pratiques, cela signifie que l’administration Obama retirera autant de troupes américaines que possible et abandonnera le contrôle direct de régions contestées et qu’il garantira sa domination sur un pays ou une région au moyen du chaos. Ceci est une politique de contrôle impérial indirect.

Après tout, pourquoi envahir et occuper un pays, perdant ainsi le sang et l’argent américain, quand on peut utiliser des mandataires pour créer une situation de chaos absolu à l’intérieur de ce pays ? Dans le meilleur des cas, le chaos mène à un changement de régime de style libyen, et dans le pire des cas, à une guerre civile comme celle ayant lieu en Syrie. Mais dans les deux cas, les chefs d’État indésirables comme Kadhafi ou Assad ont été « rendus inoffensif » et leurs pays déviés de toute alliance possible anti US. Quant « aux bons types » du jour (Abdullah en Jordanie ou Hamad à Bahreïn), ils sont protégés du chaos environnant à des coûts très limités.

Selon des analystes russes, le wahhabisme et al Qaeda sont les fantassins de cette nouvelle politique impériale américaine. Les EU « les injectent » simplement la société qu’ils veulent renverser et ensuite ils se positionnent sur le côté avec rien d’autre à faire que d’envoyer des forces spéciales pour aider çà et là, selon les besoins du moment. Dans cette situation, l’agent de C.I.A. est le marionnettiste et le wahhabite, la marionnette, qu’ils en soient conscients ou pas.

La grande crainte des analystes russes est que cette stratégie américaine soit utilisée pour renverser Assad et ensuite qu’elle soit utilisée contre l’Iran. Il est vrai que la Syrie compte une grande population de sunnites, tandis que l’Iran est principalement chiite, ce que les wahhabites détestent par-dessus tout. Cependant, l’Iran possède de petite communauté de kurdes, de turkmènes et de baloutches (sunnites), minoritaires mais associées avec les révolutionnaires Gucci pro-occidentaux des classes supérieures, cela peut poser un risque réel pour le régime. Et, sinon, il y a toujours l’option de déclencher une guerre entre l’Iran et des pays sunnites. La plupart des analystes russes croient que l’Iran est assez fort pour résister à de telles tentatives de déstabilisation, mais ils restent très attentifs à la situation parce qu’ils reconnaissent que si l’Iran devait être embourbé dans un chaos orchestré par les États-Unis, cela affecterait directement les régions du sud de la Russie.

Quelques analystes voient cette stratégie américaine indirecte de contrôle par le chaos comme une situation de « gagnant-gagnant » pour les USA, même si leurs mandataires wahhabites sont battues. Ils posent une question simple : Que se passerait-il si Assad remporte de façon convaincante la guerre en Syrie ? Où les wahhabites iront-t-ils ensuite ? De retour au Mali, qu’ils ont quitté temporairement pour éviter que les français ne s’engagent dans le conflit ? Ou en Algérie, pour y commencer une guerre civile ? Ou peut-être au Kosovo ou dans le sud de la France ? Et si ces wahhabites décidaient « de tester des eaux territoriales » au Kazakhstan ?

Ce type de préoccupations amène quelques spécialistes de sécurité russes à voir un aspect positif à la guerre en Syrie. Simplement dit – Assad tue beaucoup d’éléments d’al-Qaïda et chaque fou wahhabite tué en Syrie est un candidat de moins à la guerre sainte dans une autre partie du monde.

Nous pouvons maintenant clairement distinguer le raisonnement derrière la politique russe de ne pas menacer de fermer les lignes de ravitaillement de L’OTAN en la Russie, indépendamment des déclarations désagréables et hostiles et des actions provenant du camp US: les russes veulent que les Américains restent en Afghanistan aussi longtemps que possible pour donner le temps à la Russie et ses alliés tel que le Tadjikistan, de préparer un retour du régime taliban à Kaboul. En attendant, la Russie renforce sa puissante base militaire 201 (ex – 201 Motor-Rifle division) au Tadjikistan et fournit l’aide technique aux gardes-frontières tadjiks.

Dans le cadre des réformes récentes des forces armées de la Fédération de Russie,  l’armée entière russe a été réorganisée dans quatre commandements stratégiques, chacun capable d’organiser indépendamment une guerre défensive régionale par un contrôle quasi direct des forces militaires et des ressources de la zone concernée. Il est intéressant de noter que tandis que le centre de commande stratégique du Sud est le plus petit de tous, c’est de loin le plus réactif au combat. S’il y a quelque chose que la guerre de Géorgie du 08.08.08 a démontré, c’est la vitesse éclaire à laquelle le 58ème régiment armée et la Flotte de la Mer Noire étaient prêts à intervenir (et ceci alors que le Kremlin ait pris un certain temps pour finalement réagir). Il est tout à fait clair qu’après les succès russes en Tchétchénie et en Géorgie, Moscou n’est pas prête de baisser sa garde, et demeure disposée à  s’engager dans un large spectre d’opérations militaires s’étendant de heurts locaux à une guerre régionale grandeur nature.

d) Islam à travers le prisme « du choc des civilisations »

Cet aspect « de la menace Islamique » diffère fondamentalement de tous les autres puisqu’il est basé sur une thèse jamais vraiment testée, mais proclamée seulement : celle « du choc de civilisations » ayant lieu entre, grossièrement, entre « l’Europe chrétienne » d’un côté et l’Islam « Oriental » ou « arabe » de l’autre. Peu importe que l’Europe ait perdu tous signes de Christianisme il y a bien longtemps, peu importe si l’Islam n’est ni principalement « Oriental », ni principalement « Arabe », peu importe si l’Islam inclut des civilisations très différentes (du Maroc à l’Indonésie) et peu importe qu’aucune « civilisation » musulmane ou Islamique n’ait attaqué l’Occident depuis très longtemps. Par cette voie – les partisans de cette théorie incluront un pays théocratique et raciste comme Israël dans « l’Occident », soi-disant chrétien et européen, ignorant de fait le rôle clé joué par la Turquie musulmane dans l’OTAN. Simplement dit – cette vision est 100 % idéologique, les faits ne comptent pas. Et pourtant, il y a un bon nombre de groupes en Russie heureux de promouvoir cette vision du monde :

a) Les Communistes. Dans la vieille mentalité soviétique, l’Islam est, au même titre que toute religion, un ennemi idéologique. Si  Ziouganov et sa bande ne parlent pas « d’opium du peuple » c’est parce qu’ils ont peur de contrarier leurs membres chrétiens orthodoxes, en particulier depuis que de nos jours, être « orthodoxe » vous donne une légitimité patriotique. Mais être musulman ne vous donne absolument aucune légitimité avec les Communistes. Le cas échéant, ils seraient enclins à voir l’Islam et les musulmans comme des agents d’intérêts étrangers.

b) Sionistes : contrairement à la croyance populaire, il y a toujours beaucoup de sionistes en Russie, y compris dans les médias et ils ne manquent jamais l’occasion de jeter de l’huile sur le feu de l’islamophobie. Un de leurs tours préférés est de toujours et délibérément assembler toutes formes d’Islam, avec les actes de n’importe quel musulman qu’il soit religieux ou pas, et de dessiner la conclusion que l’Islam est notre ennemi moral commun. Pour ces gens, la Russie et Israël sont des alliés naturels contre l’adversaire islamique commun et même l’Iran ne mérite aucune confiance. Inutile de dire que les israéliens se donnent du mal pour courtiser les différents groupes russes et pour promouvoir l’image  suivante : vous avez les Tchétchènes, nous on a les Palestiniens ».

c) les néonazis russes : Ce n’est qu’un tout petit groupe, mais extrêmement vocal. Composés des célèbres skinheads russes  qui estiment défendre la Race Blanche alors qu’ils tabassent un tadjik dans le métro. Certains d’entre eux prétendent être Orthodoxes, quoiqu’une majorité aime chercher leurs racines dans la distante Russie païenne, peuplée de guerriers blancs aux yeux bleus. Ces groupes existent surtout sur Internet, mais ils se réunissent dans des lieux isolés pour s’entrainer pour le conflit à venir.

Récemment un groupe de vrais patriotes russes s’est réuni et a commencé tranquillement à enquêter sur ces groupes. Il en est ressorti que les plus bruyants et racistes d’entre eux possédaient tous une adresse IP aux Etats-Unis, au Canada et en Israël. Des services de sécurité russes soupçonnent fortement que ces groupes reçoivent le soutien des États-Unis et autres services secrets Occidentaux pour créer des tensions ethniques en Russie. Sans surprise, depuis que Poutine est arrivé au pouvoir, la plupart des leaders de ces groupes ont atterri en prison, ou se cachent à l’étranger.

d) Catholiques romains et œcuménistes orthodoxes : ces deux groupes partagent une croyance commune : peu importe les différences mineures qu’ils ont pu avoir dans le passé, la Russie orthodoxe appartient à l’Occident chrétien, spécialement depuis qu’ils sont menacés par un ennemi commun. Ces gens évitent de mentionner soigneusement le fait indéniable que la Russie a toujours choisi l’Asie plutôt que l’Europe et  l’Islam plutôt que la Papauté, ne serait-ce qu’à cause de toutes les guerres de conquête faites par l’Ouest contre la Russie. Ce groupe n’a aucune emprise sur les foules, mais il a un certain succès dans les cercles pro-américains des grandes villes.

Individuellement, ces groupes ne sont pas très puissants, à l’exception notable du mouvement sioniste. Et ils ne travaillent pas officiellement ensemble. Mais s’il n’y a aucun signe de conspiration, il y a une collusion objective entre ces groupes lorsqu’il s’agit de diaboliser l’Islam dans toutes ses formes, même les plus modérées. Ceci, à son tour, signifie qu’il y a une minorité de la population russe qui verra toujours en l’Islam une menace, peu importe que.

Les bonnes nouvelles sont que ces groupes sont contrebalancés par des forces de loin plus influentes qui voient en l’Islam un allié naturel potentiel (si pas encore réel)  de la Russie. Ceci sera le sujet du chapitre suivant.

 

voyous tchétchenne

Voyous Tchétchènes types

 

Typiquement le premier groupe est plus grand que le deuxième qui, à son tour, est plus grand que le troisième, tandis que le quatrième groupe est le plus petit de tous. Et pourtant, cette combinaison explosive crée en Russie exactement le même effet qu’en France : elle permet l’association du crime et de l’immigration dans l’esprit des gens.

De plus, puisque la plupart de ces immigrants viennent de pays historiquement musulmans et puisque beaucoup d’entre eux se considèrent comme musulmans, beaucoup de russes expérimentent leur première interaction (ou la plupart du temps) avec ces supposé musulmans dans une situation criminelle. Dans la majorité des cas, le fait que ces voyous ne connaissent absolument rien de l’Islam n’est pas du tout apparent, en particulier du point de vue russe.

L’auteur et philosophe français Alain Soral, qui est très activement engagé dans des efforts de réconciliation et d’unification des citoyens français contre le NWO, incluant chrétiens et musulmans, parlent d’ »Islamo-racaille: de jeunes voyous forts, portant la tenue typique « du rappeur-gangsta », avec des chapeaux de base-ball de NYC et qui parle d’Allah et de  Kouffars (hérétiques) en conduisant des voitures de sport – souvent défoncé ou ivre – à la recherche de quelqu’un à voler, violer ou abuser. Comme Soral l’indique – ces gens ne sont pas exactement le type que vous verrez sortir d’une mosquée et le même phénomène se produit en Russie. Ainsi, il est indéniable que beaucoup de russes fassent toujours l’association entre l’Islam et le crime.

b) Wahhabisme – interne

Les guerres dans la Tchétchénie et le terrorisme Islamique au Daghestan et beaucoup d’autre partie de la Russie ont eu un impact énorme sur l’opinion publique russe. Les deux étaient en Tchétchénie, résultant par une aversion profonde pour les insurgés Tchétchènes et tout autre groupe de terroristes islamiques qui pourrait être décrit comme wahhabite. Initialement, le tsunami de propagande venant des médias occidentaux combinés à celui des médias libéraux russes laissèrent les gens confus sur ce qui se passait vraiment, mais bientôt les événements horribles sur le terrain devinrent impossibles à occulter : les insurgés tchétchènes combinèrent le pire de l’extrémisme wahhabite avec le pire de la brutalité tchétchène. Des milliers de gens ont été sommairement exécutés, les femmes  violées, des soldats russes et même les civils ont été torturés à mort, crucifiés, pelés vivants, violés et décapités. Des otages ont été enlevés de partout en Russie du sud et un marché d’esclave prenait vie chaque jour dans le centre-ville de Grozny. Et toutes ces horreurs ont été commises par des barbus, brandissant des drapeaux verts et noirs brodés de sourates du Coran et aux cris perçants constants d’Allah Akbar. Et puisque les insurgés Tchétchènes aimaient utiliser leurs téléphones portables pour filmer leurs atrocités, on ne put empêcher que certaines vidéos sanglantes soient diffusées sur la télévision russe et sur internet. En 2000, l’opinion publique russe était mûre pour ne donner aucun répit aux terroristes islamiques et quiconque les soutenant.

Pour empirer les choses, l’insurrection Tchétchène avait le soutien de la grande majorité du monde musulman qui, tout comme en Bosnie et au Kosovo, se rangea automatiquement du côté du parti musulman, quoi qu’il arrive. Ce soutien bête et aveugle au parti musulman, même s’il est en grande partie composé de terroristes wahhabites et de criminels entache l’image de l’Islam en Russie et donne un poids considérable au paradigme du conflit de civilisations que l’Ouest et ses partisans en Russie, veulent imposer à l’opinion publique russe.

Si sous Eltsine l’état russe était incapable de prendre de bonnes mesures pour gérer cette situation, sous Poutine, les choses changèrent rapidement comme le montra la 2ème Guerre de Tchétchénie qui a littéralement écrasé l’insurrection. Par la suite, les efforts combinés d’un établissement de sécurité russe, complètement réorganisé, et l’arrivée au pouvoir d’Akhmad et, plus tard, Ramazan Kadyrov ont complètement changé la situation. Grozny fut reconstruit dans un temps record et la Tchétchénie devint l’une des républiques les plus sûres du Caucase entier (au détriment du Daghestan où la situation s’empira). Le coût de vies humaines et de souffrance fut absolument affreux, à la fois pour les russes (presque tous ceux qui ont réchappé de la Tchétchénie) et pour les tchétchènes qui sont morts en très grand nombre. La cicatrice principale laissée par cette guerre, est que la Russie est devenue une société de tolérance zéro vis-à-vis du Wahhabisme et que le peuple russe a entièrement approuvé ce que j’appelle « la doctrine de Poutine » de négociation avec les Wahhabites : « changez vos manières ou attendez-vous à être annihilés ». Ceci, à propos, s’applique à la fois aux individus et aux groupes ethniques : contre un ennemi wahhabite, le peuple russe soutiendra les méthodes militaires les plus dures possible, ce dont sont conscientes beaucoup de communautés musulmanes.

 

Prisonnier arabe

Forces d’intervention Spetsnaz GRU avec un prisonnier Arabe

 

En Tchétchénie même, Ramzan Kadyrov a institué une politique anti-wahhabite encore plus dure que dans le reste de la Russie. Pendant la 2ème Guerre de Tchétchénie, des mercenaires étrangers et des prédicateurs ont été interrogés et ensuite sommairement exécuté par les forces russes et tchétchènes, et depuis les prédicateurs saoudiens, yéménites ou pakistanais sont simplement défendus d’entrer en Tchétchénie.

Contrairement aux prédictions de la plupart des « experts », le Kremlin a vraiment gérer avec succès la situation en Tchétchénie avec comme conséquence inévitable, le retrait inévitable des extrémistes de Tchétchénie vers le Daghestan voisin et même le reste de la Russie. Et ce problème est loin d’être résolu. Tandis que les USA et le Royaume-Uni ont maintenant adouci leur rhétorique pro-tchétchène, les Saoudiens poussent toujours l’Islam wahhabites en la Russie, bien que d’une façon plus discrète.

D’abord, ils forment des prédicateurs en Arabie Saoudite et les renvoient en Russie. Alors ces prédicateurs forment de petites communautés, souvent à l’intérieur des mosquées, ou les fidèles sont recrutés pour des activités sociales et religieuses. Pendant cette phase, les candidats à la prochaine étape sont soigneusement examinés, examinés de près et choisis pour la phase suivante : l’établissement de cache d’armes, de lieux sûrs, de terrains d’entraînement, et d’autres actions de ce genre. Finalement, les nouvelles recrues sont utilisées pour attaquer des commissariats de police, des banques, assassiner des ecclésiastiques traditionnels (anti-wahhabite) et opposer les groupes mafieux. Les services de sécurité russes ont observé ce type de séquence au Daghestan, au Kazan ou à Stavropol (des régions avec de grandes minorités musulmanes), mais aussi à Saint Petersburg, une ville avec une population musulmane très réduite et très traditionaliste. Jusqu’ici, les services de sécurité ont toujours eu un coup d’avance mais ceci est loin d’être terminé et ce type d’efforts de pénétration peut durer très longtemps.

Un des aspects cruciaux de cette dynamique est la réaction des leaders spirituels locaux, musulmans traditionnels. D’abord, comme j’ai mentionné susdit, aucun musulman russe ne veut avoir « une 2ème Guerre de Tchétchénie » dans sa propre ville ou région, parce qu’ils n’ont aucun doute sur le résultat d’une telle situation. Deuxièmement, les leaders spirituels musulmans traditionnels sont les premières victimes des infiltrés wahhabite qui commencent souvent leur phase « active » d’opérations en assassinant les imams locaux. Troisièmement, les musulmans russes sont souvent très rapidement désillusionnés de la version saoudienne de l’Islam qui évalue non islamique, un certain nombre de coutumes et traditions qui sont au cœur de l’identité culturelle de beaucoup de groupes musulmans en Russie. Quatrième, tous les voyous du Caucase se comportant de manière obscène et vulgaire en Russie centrale, proviennent de communautés musulmanes souvent très conservatrices et paisibles dont la plus vieille génération désapprouve profondément ce type de comportement qui, à leur avis, apporte la honte sur leur peuple. Cinquièmement on ne devrait pas sous-estimer l’héritage de la période soviétique qui a promu la laïcité et le modernisme, laissant un impact fort sur les élites locales. Ces élites sont à la fois outragées et horrifiés quand des prédicateurs wahhabites leur disent qu’ils doivent complètement abandonner leur mode de vie et commencer à vivre selon des préceptes médiévaux. Finalement, il y a une tension inhérente entre n’importe quelle forme de nationalisme et le style saoudien wahhabite importé en Russie. Cette tension est un des éléments clés qui a retourné le clan Kadyrov contre les divers chefs militaires wahhabite en Tchétchénie  qui ont été vus par la plupart des leaders tchétchènes nationalistes comme des étrangers arrogants, ennemis des traditions héréditaires tchétchènes. Pour toutes ces raisons, il y a une forte opposition de la part des communautés musulmanes locales et de ses leaders  contre le type d’Islam wahhabite que les saoudiens essayent d’exporter en Russie.

c) wahhabisme – externe

Le wahhabisme est non seulement une menace interne pour la Russie, c’est aussi une agression extérieure majeure. Selon des analystes russes, l’administration Obama a apporté un nouvel ensemble de politiques impérialistes qui sont maintenant mises en œuvre. Pendant l’ère de Bush, les USA ont exercé un contrôle direct, surtout au moyen d’interventions militaires, sur le Moyen-Orient et l’Afrique. Cette approche « directe » est la manière dont le lobby juif et les néoconservateurs ont cru que les USA devaient maintenir leur empire mondial. Obama représente un type très différent d’électeurs (le vieil « Anglo- » argent) qui s’oppose avec véhémence aux néoconservateurs et qui consentira à manifester un intérêt de pure forme pour Israël, mais, qui en réalité, place les intérêts stratégiques américains loin devant n’importe quelle priorité sioniste. En termes pratiques, cela signifie que l’administration Obama retirera autant de troupes américaines que possible et abandonnera le contrôle direct de régions contestées et qu’il garantira sa domination sur un pays ou une région au moyen du chaos. Ceci est une politique de contrôle impérial indirect.

Après tout, pourquoi envahir et occuper un pays, perdant ainsi le sang et l’argent américain, quand on peut utiliser des mandataires pour créer une situation de chaos absolu à l’intérieur de ce pays ? Dans le meilleur des cas, le chaos mène à un changement de régime de style libyen, et dans le pire des cas, à une guerre civile comme celle ayant lieu en Syrie. Mais dans les deux cas, les chefs d’État indésirables comme Kadhafi ou Assad ont été « rendus inoffensif » et leurs pays déviés de toute alliance possible anti US. Quant « aux bons types » du jour (Abdullah en Jordanie ou Hamad à Bahreïn), ils sont protégés du chaos environnant à des coûts très limités.

Selon des analystes russes, le wahhabisme et al Qaeda sont les fantassins de cette nouvelle politique impériale américaine. Les EU « les injectent » simplement la société qu’ils veulent renverser et ensuite ils se positionnent sur le côté avec rien d’autre à faire que d’envoyer des forces spéciales pour aider çà et là, selon les besoins du moment. Dans cette situation, l’agent de C.I.A. est le marionnettiste et le wahhabite, la marionnette, qu’ils en soient conscients ou pas.

La grande crainte des analystes russes est que cette stratégie américaine soit utilisée pour renverser Assad et ensuite qu’elle soit utilisée contre l’Iran. Il est vrai que la Syrie compte une grande population de sunnites, tandis que l’Iran est principalement chiite, ce que les wahhabites détestent par-dessus tout. Cependant, l’Iran possède de petite communauté de kurdes, de turkmènes et de baloutches (sunnites), minoritaires mais associées avec les révolutionnaires Gucci pro-occidentaux des classes supérieures, cela peut poser un risque réel pour le régime. Et, sinon, il y a toujours l’option de déclencher une guerre entre l’Iran et des pays sunnites. La plupart des analystes russes croient que l’Iran est assez fort pour résister à de telles tentatives de déstabilisation, mais ils restent très attentifs à la situation parce qu’ils reconnaissent que si l’Iran devait être embourbé dans un chaos orchestré par les États-Unis, cela affecterait directement les régions du sud de la Russie.

Quelques analystes voient cette stratégie américaine indirecte de contrôle par le chaos comme une situation de « gagnant-gagnant » pour les USA, même si leurs mandataires wahhabites sont battues. Ils posent une question simple : Que se passerait-il si Assad remporte de façon convaincante la guerre en Syrie ? Où les wahhabites iront-t-ils ensuite ? De retour au Mali, qu’ils ont quitté temporairement pour éviter que les français ne s’engagent dans le conflit ? Ou en Algérie, pour y commencer une guerre civile ? Ou peut-être au Kosovo ou dans le sud de la France ? Et si ces wahhabites décidaient « de tester des eaux territoriales » au Kazakhstan ?

Ce type de préoccupations amène quelques spécialistes de sécurité russes à voir un aspect positif à la guerre en Syrie. Simplement dit – Assad tue beaucoup d’éléments d’al-Qaïda et chaque fou wahhabite tué en Syrie est un candidat de moins à la guerre sainte dans une autre partie du monde.

Nous pouvons maintenant clairement distinguer le raisonnement derrière la politique russe de ne pas menacer de fermer les lignes de ravitaillement de L’OTAN en la Russie, indépendamment des déclarations désagréables et hostiles et des actions provenant du camp US: les russes veulent que les Américains restent en Afghanistan aussi longtemps que possible pour donner le temps à la Russie et ses alliés tel que le Tadjikistan, de préparer un retour du régime taliban à Kaboul. En attendant, la Russie renforce sa puissante base militaire 201 (ex – 201 Motor-Rifle division) au Tadjikistan et fournit l’aide technique aux gardes-frontières tadjiks.

 

carte commandement russie

Commandements militaires régionaux de Russie

 

Dans le cadre des réformes récentes des forces armées de la Fédération de Russie,  l’armée entière russe a été réorganisée dans quatre commandements stratégiques, chacun capable d’organiser indépendamment une guerre défensive régionale par un contrôle quasi direct des forces militaires et des ressources de la zone concernée. Il est intéressant de noter que tandis que le centre de commande stratégique du Sud est le plus petit de tous, c’est de loin le plus réactif au combat. S’il y a quelque chose que la guerre de Géorgie du 08.08.08 a démontré, c’est la vitesse éclaire à laquelle le 58ème régiment armée et la Flotte de la Mer Noire étaient prêts à intervenir (et ceci alors que le Kremlin ait pris un certain temps pour finalement réagir). Il est tout à fait clair qu’après les succès russes en Tchétchénie et en Géorgie, Moscou n’est pas prête de baisser sa garde, et demeure disposée à  s’engager dans un large spectre d’opérations militaires s’étendant de heurts locaux à une guerre régionale grandeur nature.

d) Islam à travers le prisme « du choc des civilisations »

Cet aspect « de la menace Islamique » diffère fondamentalement de tous les autres puisqu’il est basé sur une thèse jamais vraiment testée, mais proclamée seulement : celle « du choc de civilisations » ayant lieu entre, grossièrement, entre « l’Europe chrétienne » d’un côté et l’Islam « Oriental » ou « arabe » de l’autre. Peu importe que l’Europe ait perdu tous signes de Christianisme il y a bien longtemps, peu importe si l’Islam n’est ni principalement « Oriental », ni principalement « Arabe », peu importe si l’Islam inclut des civilisations très différentes (du Maroc à l’Indonésie) et peu importe qu’aucune « civilisation » musulmane ou Islamique n’ait attaqué l’Occident depuis très longtemps. Par cette voie – les partisans de cette théorie incluront un pays théocratique et raciste comme Israël dans « l’Occident », soi-disant chrétien et européen, ignorant de fait le rôle clé joué par la Turquie musulmane dans l’OTAN. Simplement dit – cette vision est 100 % idéologique, les faits ne comptent pas. Et pourtant, il y a un bon nombre de groupes en Russie heureux de promouvoir cette vision du monde :

a) Les Communistes. Dans la vieille mentalité soviétique, l’Islam est, au même titre que toute religion, un ennemi idéologique. Si  Ziouganov et sa bande ne parlent pas « d’opium du peuple » c’est parce qu’ils ont peur de contrarier leurs membres chrétiens orthodoxes, en particulier depuis que de nos jours, être « orthodoxe » vous donne une légitimité patriotique. Mais être musulman ne vous donne absolument aucune légitimité avec les Communistes. Le cas échéant, ils seraient enclins à voir l’Islam et les musulmans comme des agents d’intérêts étrangers.

b) Sionistes : contrairement à la croyance populaire, il y a toujours beaucoup de sionistes en Russie, y compris dans les médias et ils ne manquent jamais l’occasion de jeter de l’huile sur le feu de l’islamophobie. Un de leurs tours préférés est de toujours et délibérément assembler toutes formes d’Islam, avec les actes de n’importe quel musulman qu’il soit religieux ou pas, et de dessiner la conclusion que l’Islam est notre ennemi moral commun. Pour ces gens, la Russie et Israël sont des alliés naturels contre l’adversaire islamique commun et même l’Iran ne mérite aucune confiance. Inutile de dire que les israéliens se donnent du mal pour courtiser les différents groupes russes et pour promouvoir l’image  suivante : vous avez les Tchétchènes, nous on a les Palestiniens ».

c) les néonazis russes : Ce n’est qu’un tout petit groupe, mais extrêmement vocal. Composés des célèbres skinheads russes  qui estiment défendre la Race Blanche alors qu’ils tabassent un tadjik dans le métro. Certains d’entre eux prétendent être Orthodoxes, quoiqu’une majorité aime chercher leurs racines dans la distante Russie païenne, peuplée de guerriers blancs aux yeux bleus. Ces groupes existent surtout sur Internet, mais ils se réunissent dans des lieux isolés pour s’entrainer pour le conflit à venir.

Récemment un groupe de vrais patriotes russes s’est réuni et a commencé tranquillement à enquêter sur ces groupes. Il en est ressorti que les plus bruyants et racistes d’entre eux possédaient tous une adresse IP aux Etats-Unis, au Canada et en Israël. Des services de sécurité russes soupçonnent fortement que ces groupes reçoivent le soutien des États-Unis et autres services secrets Occidentaux pour créer des tensions ethniques en Russie. Sans surprise, depuis que Poutine est arrivé au pouvoir, la plupart des leaders de ces groupes ont atterri en prison, ou se cachent à l’étranger.

d) Catholiques romains et œcuménistes orthodoxes : ces deux groupes partagent une croyance commune : peu importe les différences mineures qu’ils ont pu avoir dans le passé, la Russie orthodoxe appartient à l’Occident chrétien, spécialement depuis qu’ils sont menacés par un ennemi commun. Ces gens évitent de mentionner soigneusement le fait indéniable que la Russie a toujours choisi l’Asie plutôt que l’Europe et  l’Islam plutôt que la Papauté, ne serait-ce qu’à cause de toutes les guerres de conquête faites par l’Ouest contre la Russie. Ce groupe n’a aucune emprise sur les foules, mais il a un certain succès dans les cercles pro-américains des grandes villes.

Individuellement, ces groupes ne sont pas très puissants, à l’exception notable du mouvement sioniste. Et ils ne travaillent pas officiellement ensemble. Mais s’il n’y a aucun signe de conspiration, il y a une collusion objective entre ces groupes lorsqu’il s’agit de diaboliser l’Islam dans toutes ses formes, même les plus modérées. Ceci, à son tour, signifie qu’il y a une minorité de la population russe qui verra toujours en l’Islam une menace, peu importe que.

Les bonnes nouvelles sont que ces groupes sont contrebalancés par des forces de loin plus influentes qui voient en l’Islam un allié naturel potentiel (si pas encore réel)  de la Russie. Ceci sera le sujet du chapitre suivant.

 

Le Saqr

Articles à venir :

 

La Russie et l’Islam, partie 5 : « L’Islam » comme un allié

La Russie et l’Islam, partie 6 : Le Kremlin

La Russie et l’Islam, partie 7 : Prévisions météo

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