Le Hezbollah en guerre : frappes sur Haïfa (16 juillet 2006)

Discours du Secrétaire Général du Hezbollah, Sayed Hassan Nasrallah, le 16 juillet 2006, au 4e jour de la guerre contre Israël.

Traduit pour la première fois à l’occasion du 12ème anniversaire de l’événement. Tous les discours du Secrétaire Général du Hezbollah durant la guerre de 2006, inédits en français, seront intégralement publiés à leur date anniversaire cet été.

Traduction : http://sayed7asan.blogspot.fr

« Nous avons concentré nos tirs de missiles/roquettes exclusivement sur des positions militaires, sans frapper aucune colonie ou lieu de peuplement israéliens au nord de la Palestine occupée. Mais l’armée de l’ennemi, incapable de faire face aux combattants du Hezbollah, a commencé dès le premier jour à cibler les villes, les villages, les civils et les installations civiles, ainsi que l’infrastructure. […] Nous n’avions donc pas d’autre choix aujourd’hui que de tenir la promesse que nous nous étions faite, et nous avons frappé la ville de Haïfa. [..] Nos armes ne sont pas des armes de vengeance, mais des armes de dissuasion, des armes (dont l’objectif est de) ramener à un peu de raison et de bon sens les fous (furieux) du gouvernement Olmert, pour qu’ils mettent fin à leur arrogance, à leur hybris, et je peux même dire à l’imbécilité et à la stupidité par lesquelles ils se distinguent tout particulièrement. » Hassan Nasrallah, 16 juillet 2006.

Sans surprise, Israël a déversé dès les premiers jours sa furie destructrice sur le Liban et la population libanaise, frappant à dessein l’infrastructure (ponts, centrales électriques, aéroport…) pour paralyser le pays, ainsi que les centres urbains pour infliger une punition collective au peuple libanais –notamment les zones à majorité chiite de la banlieue sud de Beyrouth, pour faire payer le plus grand prix à la base populaire du Hezbollah–, n’épargnant ni les habitations, ni les convois de civils fuyant les zones bombardées et en particulier le sud, ni les ambulances, ni les refuges, ni l’industrie alimentaire, soumettant le pays à un véritable blocus. Robert Fisk avait notamment rapporté le crime de guerre de Marwaheen, évoqué par Hassan Nasrallah dans ce discours :
Et toutes ces morts civiles, je ne crois pas qu’elles soient dues au hasard. Je ne crois pas que c’était une erreur quand ils ont frappé cette caserne militaire de soldats de l’unité logistique, qui essayaient de réparer [un pont et de rétablir l’électricité dans] leur propre pays, ce qu’ils ont le droit de faire.
Marwaheen est un cas particulier. C’est un village dans le sud du Liban, que le Mossad, les Israéliens, ont ordonné aux villageois de quitter. Je dois ajouter que c’est le village le plus proche de la scène où les soldats israéliens ont été capturés et tués mercredi. Ils ont reçu l’ordre de quitter le village. Ils l’ont fait dans un convoi de voitures, une vingtaine de véhicules. Ils se sont rendus auprès de l’ONU, qui les a renvoyés –un bataillon ghanéen, honteusement– et se sont dirigés vers Tyr. Mais un F-16 est venu et les a brûlés vifs sous un tapis de bombes. C’est un massacre révoltant.

En quelques jours, on comptait plus de 300 morts, presque uniquement civils, des milliers de blessés et près d’un million de déplacés. L’armée nationale libanaise, scandaleusement neutre dans ce conflit –on apprendra plus tard que le Premier ministre Fouad Siniora, qui appelait le Hezbollah à restituer les soldats à Israël et lui faisait de facto porter la responsabilité de la guerre, avait donné des instructions pour que l’armée entrave les activités de la Résistance–, ne sera même pas épargnée dans ses actions civiles. Soucieux de maintenir autant que possible la cohésion nationale et de ne pas faire le jeu de l’ennemi, Hassan Nasrallah n’évoquera ces faits que bien après la guerre, de même que la collusion des monarchies du Golfe, et en particulier de l’Arabie Saoudite, avec l’agression israélienne.

Mais si Tsahal s’est révélé comme l’armée criminelle qu’elle a toujours été, le Hezbollah, pour sa part, a fait la démonstration tant de son éthique, ne ciblant les civils israéliens qu’après plusieurs jours de retenue, car il n’avait pas d’autre choix pour protéger sa propre population (le ratio final civils/militaires des victimes du Hezbollah sera inverse à celui d’Israël, 1/10 contre 10/1) que de sa grande expertise sur le plan militaire : face aux exploits de la guérilla libanaise (corvette israélienne détruite, bases militaires du nord localisées et frappées…), Israël a dévoilé au grand jour l’incapacité de son infanterie, dont les tentatives d’incursion ont été  immédiatement stoppées, et même de ses services de renseignement, auxiliaires indispensables de la force aérienne. Dès le premier jour, Olmert avait annoncé pompeusement la destruction de la quasi totalité de la capacité balistique du Hezbollah, mais il a reçu un démenti cinglant par la pluie de roquettes et de missiles incessante et toujours plus drue qui s’est abattue quotidiennement sur Israël, jusqu’au dernier jour de la confrontation, jusqu’à Haïfa et, comme le montrera la prochaine étape, bien au-delà de Haïfa. Ce discours dans lequel la victoire et la reconstruction sont évoquées comme des perspectives prochaines et certaines montre bien que le Hezbollah a toujours été en position de force dans ce conflit.

Sayed Hasan

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