Le Hezbollah en guerre : les surprises commencent (14 juillet 2006)

Discours de Sayed Hassan Nasrallah, Secrétaire Général du Hezbollah, le 14 juillet 2006, deuxième jour de la guerre contre Israël, au cours duquel une corvette Sa’ar V est détruite.

Traduit pour la première fois à l’occasion du 12ème anniversaire de l’événement. Tous les discours du Secrétaire Général du Hezbollah durant la guerre de 2006, inédits en français, seront intégralement publiés à leur date anniversaire cet été. 

« Nous n’allons pas être les seuls à payer un prix. Nos maisons ne seront pas les seules à être détruites. Nos enfants ne seront pas les seuls à être tués. Notre peuple ne sera pas le seul à être déplacé (et devenir réfugié). Ce temps-là est révolu : cela se passait ainsi avant 1982, avant 2000. Mais ce temps est maintenant révolu. » Hassan Nasrallah, 14 juillet 2006.

Le 13 juillet, Israël lança une agression à grande échelle sur le Liban, prenant prétexte de la capture de deux soldats israéliens par le Hezbollah la veille. Comme le révèlera le rapport Winograd lui-même, cette guerre était planifiée de longue date (« la guerre la plus longuement planifiée de l’histoire d’Israël, six années durant », souligne Norman Finkelstein), et fut seulement avancée de quelques mois par l’Etat-major israélien pour permettre à l’agresseur de plaider la légitime défense, un faux-semblant qui est la marque de fabrique de l’entité sioniste.

Jusqu’à aujourd’hui, cette falsification de l’Histoire reste tenace, mais la date du déclenchement de ce conflit est bel et bien le 13 juillet, et non le 12. C’est à dessein que le Hezbollah désigne ce conflit comme « La Guerre de 33 jours » (13 juillet-14 août), et non pas les 34 jours que la propagande israélienne, qui a malheureusement un quasi monopole en Occident (même chez les médias dits alternatifs, qui prennent trop souvent les éléments de langage de la propagande israélienne pour argent comptant), est parvenue à imposer.

Deux événements méconnus, alors soulignés par Robert Fisk avec l’emphase qu’ils méritent, ont marqué ces deux premiers jours :

« Il y avait des journalistes intégrés dans la marine israélienne, qui les regardaient bombarder la côte du Liban [pour la propagande de guerre], j’ai vu les images. Puis, soudainement, une de ces corvettes de classe Hetz a été touchée par un missile iranien [en fait, chinois]. Et dans la minute qui suit, la chaîne de télévision du Hezbollah, Al-Manar, qui avait été totalement bombardée, pulvérisée, pilonnée –elle continuait à diffuser, probablement depuis des bunkers situés ailleurs à Beyrouth– montre soudainement toutes les images à la télévision, comme pour dire ‘Voilà le navire de guerre. Sur ces images, vous le voyez frapper le sud du Liban. C’est le navire que nous venons de frapper.’ Une opération extraordinaire de propagande. Je veux dire, absolument et même outrageusement incroyable.

Comment diable sont-ils parvenus à monter et diffuser ces images à l’antenne quelques minutes à peine après l’attaque de la corvette ? Vous savez, Nasrallah s’est exprimé à la télévision à Beyrouth quelques minutes après que les Israéliens aient bombardé sa maison et essayé de le tuer –bien sûr, ils ont échoué– en disant : ‘Ne vous inquiétez pas pour moi, mais allez sur la plage de Beyrouth et regardez du côté de la mer, et vous verrez le navire brûler.’ Bonté divine, c’était une opération de propagande extraordinaire. »

Le deuxième événement est peut-être moins spectaculaire, n’ayant pas été diffusé en direct à la télévision, au moment de la réunion du commandement militaire israélien (qui a ainsi appris cela à la télévision, s’empressant de le démentir dans sa panique, avant de le reconnaître plus tard), mais peut-être plus révélateur encore des capacités du Hezbollah :

« Il y a un autre point dont les Israéliens n’ont pas parlé, parce qu’il est soumis à une censure militaire  stricte en Israël, à savoir que le Hezbollah, qui avait envoyé quelques semaines auparavant un drone de reconnaissance sans pilote sur Israël, fabriqué, bien sûr, en Iran, et prenant des photos, a repéré le quartier général du centre de contrôle de la circulation aérienne militaire le plus secret d’Israël à Meron, dans le nord d’Israël. C’est essentiellement là que les scientifiques militaires sont basés. C’est comme des grottes dans une montagne. Ils sont intouchables. Mais le drone a identifié l’antenne au sommet de la montagne et y a envoyé des missiles. […] Cela constituait une violation extraordinaire de la sécurité israélienne. Jamais, autant que je sache, depuis la guerre de 73, Israël n’avait été atteint si gravement. »

Ces deux exploits militaires ont clairement distribué les rôles dès le début de la guerre : d’une part, une armée dotée d’une puissance de destruction illimitée, déversant sa puissance de feu avant tout sur des civils qu’il s’agissait de châtier (en quelques jours, on comptait déjà plus de 300 morts, des milliers de blessés et près d’un million de déplacés), mais incapable de mener une véritable opération terrestre du fait de la faiblesse chronique de son infanterie, et d’autre part, une guérilla modeste mais redoutablement efficace, ciblant avant tout, avec un succès impensable pour Israël, des cibles militaires, et l’emportant même haut la main sur le plan du renseignement et de la guerre psychologique. Israël se voyait amputé dès le premier jour de tout un pan de sa triade militaire (aviation, marine, infanterie). Cette impulsion radicale donnée à ce conflit ne fera que se confirmer par la suite

Sayed Hasan

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