Le pétrole et l’Iran

Il ne faut pas grand-chose de nos jours pour rappeler aux négociants en pétrole que le risque géopolitique au Moyen-Orient peut faire grimper les prix du pétrole. Les troubles dans les villes iraniennes en sont le dernier exemple. Les nouvelles et les enregistrements vidéo des principales manifestations en Iran ont poussé les prix du Brent à 67 dollars le baril avant que les analystes commencent à souligner que le risque pour l’approvisionnement en pétrole du simple fait de ces manifestants était faible. Cette analyse pourrait être trop optimiste. Les manifestations en Iran soulignent un risque croissant dans le golfe Persique : les populations mécontentes sont prêtes à saboter les installations pétrolières pour se faire entendre.

Khouzistan

Khouzistan

L’Iran a été le théâtre de telles attaques ces derniers temps, en particulier dans la province du Khuzestan, riche en pétrole, connue pour son mouvement séparatiste arabe. Signe que l’Iran prend au sérieux le potentiel de sabotage, un dirigeant séparatiste arabe connu pour ses attaques contre les installations pétrolières iraniennes a récemment été abattu en Europe.

À la fin de l’année dernière, Bahreïn a accusé l’Iran d’être à l’origine d’une attaque terroriste contre un pipeline qui achemine du pétrole de l’Arabie saoudite à Bahreïn. Saudi Aramco a également renforcé la sécurité de ses installations pétrolières offshore sur sa frontière maritime avec l’Iran. Ces champs, y compris le champ de pétrole de Marjan qui est partagé à travers la frontière avec l’Iran, sont prévus pour être étendus par Aramco. L’Iran augmente également la production de son côté du champ, appelé Foroozan. La province du Khuzestan abrite également des champs qui sont importants pour la capacité de l’Iran à augmenter sa production de pétrole domestique en utilisant les investissements chinois. L’Arabie saoudite a accusé l’Iran d’être impliqué dans les récentes attaques de missiles venant du Yémen visant l’aéroport de Riyad et le palais royal.

L’exactitude de la thèse selon laquelle les protestations iraniennes ne se propageront pas aux travailleurs du pétrole comme elles l’ont fait à la fin de 1978 dépendra dans une large mesure de la capacité du gouvernement iranien à réprimer l’insurrection, comme ce fut le cas en 2009. Il est important de se rappeler que la séquence des événements qui a conduit à la chute du Shah d’Iran a pris des mois à se dérouler. Les protestations étaient incessantes à la fin de 1978 et les travailleurs du pétrole ont finalement été motivés par le chaos pour empêcher les militaires d’avoir accès au carburant pour les empêcher de tuer encore plus de citoyens iraniens. Alors que le conflit s’intensifiait dans les rues, les travailleurs du secteur pétrolier ont abandonné le travail, ramenant finalement les exportations pétrolières iraniennes à zéro.

Le gouvernement iranien est bien conscient de ce risque. En 2010, à la suite de l’instabilité interne en 2009, il a renforcé la présence de la garde révolutionnaire dans le secteur pétrolier pour empêcher une répétition des évènements de 1979. Le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, n’a jamais semblé accepter l’idée avancée par les réformistes que l’économie iranienne bénéficierait de l’intégration à l’économie mondiale. Plutôt, Khamenei a préconisé avec véhémence que l’Iran doit maintenir le cap sur une économie de « résistance » où les capacités économiques indigènes font partie du champ de bataille et où les individus sacrifient leurs besoins personnels comme consommateurs en faveur des élites dominantes dirigeant l’État. Ce point de vue semble accréditer les commentaires selon lesquels les extrémistes iraniens eux-mêmes ont commencé les manifestations au départ pour affaiblir les réformateurs en soulignant l’échec de l’accord sur le nucléaire à apporter des avantages économiques tangibles. Si les slogans de protestation sont corrects, la population pourrait être fatiguée de l’idée qu’il est préférable de rester coupés de l’économie mondiale pour financer la sécurité des compatriotes chiites via les guerres en Syrie, au Liban, au Yémen et en Irak. Au contraire, comme les citoyens de nombreux pays du monde, en particulier les pays pétroliers, certains Iraniens se demandent pourquoi ils devraient faire de tels sacrifices pour un gouvernement qui manque à ses responsabilité et qui est excessivement corrompu.

Les marchés pétroliers surveilleront attentivement si l’administration de Donald J. Trump utilise la répression iranienne contre son propre peuple comme une raison pour refuser de délivrer la dérogation pour empêcher les États-Unis de violer les termes de l’accord sur le nucléaire ou si le président américain, une fois de plus, refusera de certifier le respect de l’accord par l’Iran, renvoyant le problème à un Congrès réticent. Les marchés chercheront des signes montrant que l’action américaine rendra plus difficile pour l’Iran de vendre son pétrole ou de lever de nouveaux investissements pétroliers et gaziers pour l’industrie iranienne.

Mais aussi séduisante que puisse être cette imposture, les États-Unis ne devraient probablement pas prendre des mesures hâtives sur ce point afin de pouvoir donner au peuple iranien une chance d’être pleinement entendu.
Si les rapports sont exacts, le concept déjà ancien de Khamenei selon lequel ses concitoyens devraient continuer à se sacrifier dans une économie de résistance pour garder l’avantage dans les conflits régionaux pourrait perdre du terrain. Les États-Unis ne devraient rien faire pour empêcher cette dynamique.
Agir de manière à reconfirmer l’histoire sur le temps long que les États-Unis seront toujours un ennemi de l’Iran serait une erreur en ce moment. Au contraire, les États-Unis devraient reprendre leur souffle et, avec une patience inhabituelle, ne rien faire en ce qui concerne les sanctions avant de pouvoir voir si les jetons tombent dans un endroit plus favorable.

Amy Myers Jaffe

Note du Saker Francophone

Le CFR, think tank globaliste devant l’Éternel, pris en flagrant délit de promotion de ZeroHedge pour sourcer ses textes. Qui l’aurait cru ? C’est notre président qui va couiner avec son détecteur à Fake News. Sur le contenu, l’auteur annonce clairement et presque innocemment les enjeux, transformer les Iraniens en consommateurs comme les autres. Au moins c’est clair.

Ensuite le CFR tente assez habilement de remettre en place la stratégie d’Obama, faciliter l’intégration économique de l’Iran pour à terme affaiblir son organisation politique avant de passer à des formes plus agressives de Guerre Hybride et faire basculer l’Iran dans le camp occidental avec tout le monde chiite.

Trump, de ce point de vue, et probablement les Israéliens derrière, n’ont semble-t-il pas la patience du serpent…

Article original de Amy Myers Jaffe, publié sur le site Council on Foreign Relation
Traduit par le blog http://versouvaton.blogspot.fr

source:http://versouvaton.blogspot.fr/2018/01/le-petrole-et-liran.html

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