Le Roi Edouard VII de Grande-Bretagne : Demiurge maléfique de la Triple Entente et de la Première Guerre Mondiale (Partie 2)

Partie 2 : L’oncle meurtrier de l’Europe : Le réseau d’Edouard VII

Au cours de ces années, Édouard VII a constitué un réseau personnel inégalé de politiciens et d’autres personnes qui lui devaient leur carrière. Ces personnalités sont historiquement caractéristiques parce qu’elles ont constitué le Parti de la guerre internationale jusqu’en 1914 et sont restées au pouvoir pendant les deux guerres mondiales et la guerre froide, jusqu’ à la crise des Balkans dans les années 1990.

La famille Churchill

Lord Randolph Churchill est l’un des habitués d’Edward’s Marlborough House, un des députés montants de l’ère Disraeli des années 1870. Randolph se dirigeait clairement vers une grande carrière politique quand il est mort de la syphilis. Le fils de Randolph était Sir Winston Churchill, qui a été promu par Edouard VII à un poste au Conseil privé. Winston se considérait comme le protégé du roi Edouard; le Roi l’avait encouragé à poursuivre une carrière de politicien et d’écrivain. Pendant un certain temps, Winston envoya au Roi une lettre quotidienne résumant les activités de la Chambre des communes.

Les Chamberlains

Un autre des agents politiques les plus importants d’Edouard était Joseph Chamberlain. Chamberlain avait été maire de Birmingham et était connu pour sa rhétorique anti-royaliste, mais il est rapidement devenu membre de la Marlborough House set. Lorsqu’Edouard VII voulut lancer la guerre des Boers, il le fit par l’intermédiaire de Joseph Chamberlain, qui était Secrétaire aux Colonies entre 1895 et 1903, siégeant pendant des années au cabinet de Lord Salisbury. Chamberlain fut un architecte de la crise de Fashoda avec la France et de la guerre des Boers. Chamberlain fut aussi son homme de main dans la tromperie d’Edouard au sujet d’une alliance avec l’Allemagne. Edouard a également utilisé Chamberlain pour proposer l’Entente Cordiale aux Français. Ceux qui ne connaissent pas Joseph Chamberlain connaissent peut-être son fils, le futur Premier ministre Sir Neville Chamberlain, l’auteur de la trahison de Munich de 1938.

Sir Edouard Grey

e_greyUn des serviteur de la famille d’Edouard VII était Sir Edouard Grey, le ministre britannique des Affaires étrangères qui fut le véritable artisan de la Première Guerre Mondiale. Le père de Grey était un officier de l’armée qui avait rejoint la maison d’Edouard VII quand il était Prince de Galles. L’aîné des Grey était un écuyer, ou maître des chevaux royaux. Edouard VII était le parrain d’Edouard Grey, et, pendant qu’il voyageait, Grey restait au ministère des Affaires étrangères pour faire le greffier. Bien  plus tard, en août 1914, le problème de Grey aura donc été d’amener l’Allemagne à croire, tant que la guerre n’aura pas éclaté, que l’Angleterre n’irait pas à la guerre . En même temps, Grey aura eu à convaincre les Russes et les Français que la Grande-Bretagne honorerait la Triple Entente et irait en guerre pour soutenir l’agression contre la Russie. Pour tenter de déclencher la guerre, Grey mentira également à son premier ministre et à son cabinet. Il vendra finalement le tout à la Chambre des Communes. Grey symbolisait la Perfide Albion avec un pedigree édouardien.

Comment Edouard Grey a déclenché la Première Guerre Mondiale

En 1914, même après des décennies de machinations géopolitiques britanniques, il fallut encore toute la perfidie et la ruse de sir Edward Grey pour déclencher le plus grand incendie de l’histoire du monde en exploitant la crise diplomatique entourant l’assassinat de l’héritier autrichien, l’Archiduc François Ferdinand, le 28 juin 1914 à Sarajevo, en Bosnie.

Sir Edouard Grey avait appris une leçon importante dans la crise marocaine de 1911, quand l’Allemagne envoya le navire de guerre Panther à Agadir pour y protéger les intérêts allemands, qui étaient en conflit avec ceux de la France. Cette leçon était que si l’Allemagne percevait clairement dans une crise qu’il y avait un risque direct de guerre anglo-allemande, Berlin reculerait, frustrant le parti de la guerre à Londres. Dans la crise d’Agadir, le ministre britannique Lloyd George avait lancé publiquement un avertissement clair à Berlin, et l’Allemagne avait immédiatement répondu qu’elle ne cherchait pas une présence permanente sur la côte atlantique du Maroc; la crise avait été rapidement résolue.

Le chancelier allemand de 1909 à 1917, le docteur Theobald von Bethmann-Hollweg, était un anglophile et un copain de l’époque estudiantine du Kaiser, désireux de faire des concessions à Londres pour assurer la paix. Sir Edward Grey déclara en 1912 qu’aucune divergence entre l’Angleterre et l’Allemagne ne prendrait jamais des proportions dangereuses « tant que la politique allemande était dirigée par » Bethmann- Hollweg « .

Pendant les guerres des Balkans et l’affaire Liman von Sanders de 1913, Grey cultiva l’illusion de bonnes relations avec l’Allemagne. Vers le milieu de l’année 1914, Sir Edward Goschen, l’ambassadeur britannique à Berlin, jugeait les relations anglo-allemandes « plus amicales et cordiales qu’elles ne l’avaient été depuis des années », mais ce n’était qu’un piège de la Perfide Albion.

Quelques semaines après l’assassinat de l’Archiduc François Ferdinand, le gouvernement autrichien, accusant Belgrade, a adressé un ultimatum très sévère à la Serbie le 23 juillet, réclamant des concessions radicales pour enquêter sur le crime et la répression de l’agitation anti-autrichienne. Les slavophiles de la cour russe exigeaient la guerre contre l’Autriche et l’Allemagne pour défendre la Serbie; ces slavophiles réclamaient à cors et à cris une offensive stratégique qui déclencherait une guerre européenne générale. A Vienne, le premier ministre, le comte Berchtold, et le chef d’état-major, Conrad von Hoetzendorff, étaient déterminés à utiliser la crise pour écraser la Serbie, qu’ils considéraient comme une menace pour la survie de leur empire. Berchtold et Hoetzendorff étaient obsédés par la défense stratégique, même s’ils assumaient l’offensive tactique contre la Serbie. Leurs intentions agressives visaient la Serbie, mais pas d’autres grandes puissances. Lorsque la Serbie répondit de manière conciliante à l’ultimatum autrichien, le Kaiser Guillaume II et d’autres furent soulagés et pensèrent que le danger de guerre s’était estompé; mais les enragés de Vienne profitèrent de refus mineurs de la Serbie pour déclarer la guerre le 28 juillet.

Si Sir Edouard Grey avait sincèrement voulu éviter la guerre, il aurait pu poursuivre l’une des deux options suivantes. La première aurait été d’avertir l’Allemagne au début de la crise qu’en cas de guerre générale, la Grande-Bretagne se battrait aux côtés de la France et de la Russie. Cela aurait obligé le Kaiser et Bethmann à faire les plus grands efforts pour contenir les enragés viennois, en les forçant probablement à reculer. L’autre voie aurait été d’avertir Paris et surtout Saint-Pétersbourg que la Grande-Bretagne n’avait pas l’intention d’être impliquée dans la guerre mondiale à cause des querelles balkaniques et qu’elle resterait neutre. Cela aurait découragé les militaristes de Saint-Pétersbourg, et aurait motivé Paris à agir comme une influence modératrice.

Grey, disciple d’Édouard VII, n’en fit rien. Au lieu de cela, il maintint une posture de tromperie conçue pour faire croire à l’Allemagne que l’Angleterre resterait neutre, tout en faisant croire à Paris que l’Angleterre soutiendrait la Russie et la France. Ces indices furent ensuite transmis au ministre russe des Affaires étrangères Sazonov, un agent britannique, et au Tsar Nicolas II. De cette façon, les revanchistes français et les slavophiles russes étaient subtilement encouragés sur le chemin de l’agression.

La tromperie de Grey envers l’Allemagne signifiait adopter le rôle de médiateur plutôt que celui d’une partie possible au conflit. Au début et à la mi-juillet, Grey proposa des discussions directes entre Vienne et Saint-Pétersbourg pour éviter la guerre, mais abandonna cette idée lorsque le président français Poincaré, un va-t-en guerre, répondit que ce serait  » très dangereux « ; le 24 juillet, Grey se tourna vers une proposition de médiation par d’autres grandes puissances du conflit austro-russe. Le 26 juillet, il proposa une conférence des ambassadeurs d’Angleterre, de France, d’Italie et d’Allemagne, qui fut déclinée par l’Allemagne pour diverses raisons. Les bobards de Grey dans le but d’éviter la guerre ont contribué à l’excès d’optimisme à Berlin et à l’incapacité de faire quoi que ce soit pour contenir les enragés de Vienne, puisque, pensait le Kaiser, si l’Angleterre ne se battait pas, la France et la Russie ne le feraient probablement pas non plus.

Le fils d’Édouard VII, le roi George V, a apporté une contribution essentielle à la tromperie britannique. Tard, le 26 juillet, le roi George V a dit au frère de l’empereur, le prince Henry, qui se rendait en Angleterre, que la Grande-Bretagne n’avait  » aucune querelle avec qui que ce soit et j’espère que nous resterons neutres « , ce que le pathétique Kaiser a saisi comme un gage  de neutralité britannique pour lequel il a dit :  » J’ai la parole d’un roi ; et cela me suffit « . Le crédule Kaiser Guillaume a été complètement désorienté durant la dernière période critique où l’Allemagne aurait pu forcer Vienne à reculer et à éviter la guerre générale, avant les funestes mobilisations russes et autrichiennes des 30 et 31 juillet.

La déclaration de guerre

Ce n’est que tard le 29 juillet que l’on a reçu à Berlin l’avertissement d’une intervention armée britannique dans le conflit imminent. Lorsque les forces allemandes entrèrent en Belgique dans le cadre du Plan Schlieffen (le plan allemand pour une guerre à deux fronts contre la France et la Russie), Grey déclara la guerre à minuit du 4 au 5 août 1914.

Les Britanniques furent les premiers des grandes puissances à mobiliser leur machine de guerre, en l’occurrence la Grande Flotte de la Marine royale. Le 19 juillet, les Britanniques avaient déjà organisé une formidable démonstration navale avec une revue de la Grande Flotte à Portsmouth. L’après-midi du 28 juillet, Winston Churchill avait ordonné à la flotte de se rendre de nuit à grande vitesse et sans feux de signalisation de Portsmouth, en passant par le détroit de Douvres, à sa base d’opérations en temps de guerre, Scapa Flow, dans le nord de l’Écosse. Le 29 juillet, le « télégramme d’alerte » officiel fut envoyé de l’Amirauté; la flotte britannique était maintenant sur le pied de guerre.

Le premier État continental à s’être mobilisé a été la Serbie, le 25 juillet. Les mobilisations générales furent dans l’ordre la Serbie, la Grande-Bretagne, la Russie, l’Autriche, la France et enfin l’Allemagne.

L’amiral Jackie Fisher

L’un des principaux partisans de la guerre préventive contre l’Allemagne était le protégé d’Edouard, l’Amiral Jackie Fisher, l’homme qui a lancé le nouveau cuirassé appelé le Dreadnought. Fisher doit toute sa carrière au patronage d’Edouard. En tant que premier seigneur des mers après 1904, Fisher parlait constamment de la nécessité d’une attaque sournoise pour détruire la marine allemande. Il appelait cela la nécessité de « Copenhaguer » la flotte allemande, faisant référence aux attaques britanniques contre la flotte danoise dans le port de Copenhague pendant les guerres napoléoniennes. Fisher avait provoqué une peur de la guerre en novembre 1904, lors de frictions avec l’Allemagne concernant la guerre russo-japonaise. À ce moment-là, sa demande de « Copenhaguer » avait échoué. Pendant la première crise marocaine de 1905, Fisher avait remis ça, disant à Edouard que la Royal Navy pouvait  » avoir la flotte allemande, le canal de Kiel et le Schleswig-Holstein dans les quinze jours « . (Magnus, p. 340). Dans la crise balkanique de 1908, Fisher réclama à nouveau « Copenhague ». Fisher avait alors exprimé sa gratitude à Edouard pour l’avoir protégé de ses nombreux ennemis qui, dit-il, «m’auraient mangé, si votre Majesté n’était pas là pour les en empêcher».

Personne en Europe, ni les fous autrichiens Berchtold et Hoetzendorf, ni le  Grand-Duc russe Nikolaï Nikolaïevitch, encore plus fou que les autres, n’était aussi véhément belliciste que Fisher.

Sir Ernest Cassel

Sir Ernest Cassell faisait partie d’un autre groupe que Edouard VII cultivait assidûment: les banquiers juifs. En tant que prince de Galles, Edouard devait vivre avec une allocation limitée, et il était profondément endetté. Il a donc permis à des banquiers juifs de payer le droit d’être présentés à la cour par leur gestion bienveillante de ses finances personnelles, à la condition que lui-même en retirerait toujours un bon profit. Le premier conseiller financier d’Edouard fut le baron von Hirsch de Vienne. Puis vint Sir Ernest Cassell, fait chevalier par Edouard. Il a aussi cultivé des relations avec les familles Rothschild et Sassoon. Bref, l’agence financière personnelle d’Edouard était identique aux grandes figures du sionisme du tournant du siècle. Cassell a également été un agent politique pour Edouard, devenant le chef de la Banque nationale ottomane – la Banque Ottomane – à la demande du  régime des Jeunes Turcs en 1909.

Les Battenberg et les bâtards

Edouard a également été un ami proche du prince Louis de Battenberg, qui a épousé la princesse  Victoria, la fille de Alice, la sœur défunte de Edouard, en 1884. Cela marque l’entrée de la famille Mountbatten, dont Lord Louis et le prince Philip, sur la scène royale britannique. Asquith, Balfour et Lloyd George étaient tous plus ou moins les larbins d’Edouard.

L’influence d’Edouard a également survécu à travers ses bâtards, dont l’un d’entre eux, Sir Stewart Menzies, était un patron des services secrets britanniques qui a trahi des secrets américains vitaux aux Soviétiques.

Clémenceau

09ebab6d1ecde6ed0efe161aaf11e1acLe réseau français d’Edouard était vaste et comprenait des royalistes et des oligarques. Le dénominateur commun de son réseau était la revanche, la nécessité pour la France de se venger de l’Allemagne pour la perte des provinces d’Alsace et de Lorraine en 1871. La figure centrale était un radical de gauche, Georges  Clemenceau  » Le Tigre », premier ministre de la France en temps de guerre et président de la Conférence de paix à Versailles. Les talents de Clemenceau pour renverser les gouvernements ont donné à la Troisième République française une partie de son instabilité proverbiale. Clemenceau a été accusé à partir de 1892 d’être un agent britannique et un espion payé par l’embassade britannique.

L’ancien ministre français des Affaires étrangères Emile Flourens a compris que l’affaire Dreyfus avait été concoctée par Edouard VII et ses agents afin de briser la résistance institutionnelle française à un régime dictatorial de Clemenceau. Il a écrit: « Clemenceau est le pro-consul du roi anglais, chargé de l’administration de sa province de Gaule. » (Flourens, 1906) Flourens soutenait que les amis du défunt leader français Léon Gambetta étaient déterminés à résister à Clemenceau. En même temps, de l’avis de Flourens, l’armée française détestait tout simplement Clemenceau. Selon lui, Edouard VII a utilisé le scandale de Panama des années 1890 pour détruire la machine politique de Gambetta, puis a déclenché l’affaire Dreyfus afin de briser la résistance de l’armée française à Clemenceau.

Flourens a également montré comment Edouard VII était le cerveau de l’hystérie anti-cléricale en France après 1904, qui comprenait la confiscation des biens de l’Église catholique et la rupture des relations diplomatiques avec le Saint-Siège. Pour Flourens, Edouard VII cherchait à fermer les missions étrangères catholiques françaises, qui s’étaient avérées être un obstacle à l’expansion coloniale britannique. Le but ultime d’Edouard VII était de créer une église schismatique en France sur le modèle anglican ou presbytérien, écrit Flourens. « Comme le schisme en Angleterre date du règne d’Henri VIII, et le schisme en France date du règne d’Édouard VII. » (Flourens, pp. 155-156)

Théophile Delcassé

Delcassé était le partenaire d’Edouard dans l’Entente Cordiale franco-britannique de 1903-1904. Delcassé avait pris ses fonctions lors de la confrontation franco-britannique autour de la crise de Fachoda, alors que Londres et Paris étaient au bord de la guerre. Le point de vue de Delcassé était que la France ne pouvait survivre qu’en tant que partenaire très subalterne des Britanniques.

Lorsque l’empereur Guillaume fit sa célèbre visite à Tanger, au Maroc, en mars 1905, la France et l’Allemagne furent au bord de la guerre. A cette époque, Edouard VII était en vacances à bord de son yacht en Méditerranée. Au cours du débat sur la question marocaine à l’Assemblée Nationale française en avril 1905, Delcassé subit de lourdes attaques en raison de son refus de rechercher un modus vivendi avec l’Allemagne; l’un de ses critiques les plus sévères était le dirigeant socialiste Jean Jaurès. Alors que Delcassé s’apprêtait à démissionner, Edouard VII fit accoster son yacht, le Victoria and Albert, à Alger, et demanda au gouverneur général français d’envoyer un télégramme à Paris. Il s’agissait d’un message personnel à Delcassé daté du 23 avril, dans lequel Edouard annonçait qu’il serait  » personnellement bouleversé  » si Delcassé quittait ses fonctions. Il « exhortait vivement » Delcassé à rester au pouvoir, en raison de sa grande influence politique mais aussi à cause de l’Angleterre. Comme dans le cas d’Alexander Izvolski, Edouard VII n’hésitait pas à défendre ses propres marionnettes.

Mais il devint clair que Delcassé avait été ministre d’Edouard, et non de la république, et qu’il avait menti à ses collègues ministres sur le danger réel de la guerre avec l’Allemagne. Delcassé est tombé en tant que ministre des Affaires étrangères, mais il est resté à d’autres postes. Parmi les autres membres du réseau d’Edouard en France figuraient Paul Cambon, pendant de nombreuses années ambassadeur de France à Londres, et Raymond Poincaré, le président au moment de la guerre et un grand va-t-en-guerre.

Alexandre Izvolski

« Homme dodu et charnu, il portait une épingle à perles dans son gilet blanc, des guêtres blanches et une lorgnette, et traînait toujours une légère touche d’eau de Cologne violette. » Ainsi écrivit un contemporain d’Alexander Petrovitch Izvolski, le ministre russe des Affaires étrangères qui fut le partenaire d’Edouard dans l’Entente anglo-russe de 1907, qui compléta l’encerclement de l’Allemagne. Edouard proposa pour la première fois l’Entente anglo-russe à Izvolski en 1904, et c’est à ce moment-là que celui-ci entra au service personnel d’Edouard. Izvolski a été nommé ministre russe des Affaires étrangères en mai 1906, après la défaite de la Russie dans la guerre russo-japonaise ; il a servi sous le Premier ministre Pyotr Stolypin. Avec Izvolski, la diplomatie russe renonce à tout intérêt pour l’Extrême-Orient, conclut des accords avec les Britanniques pour l’Iran, l’Afghanistan et le Tibet, et concentre tout sur l’expansion dans les Balkans – l’approche qui devait mener directement à la guerre mondiale.

Lorsque la position d’Izvolski en tant que ministre russe des Affaires étrangères s’affaiblit à la suite de son aventure du marchandage de Buchlau, Édouard VII prend la décision singulière d’écrire au Tsar Nicolas II pour cautionner le mandat futur de son propre agent. Edouard a écrit: « Vous savez à quel point je suis soucieux des relations les plus amicales entre la Russie et l’Angleterre, non seulement en Asie mais aussi en Europe, et je suis confiant qu’à travers M. Izvolski, ces espoirs seront réalisés. » (Middlemas, p. 170)

Izvolski doit se contenter de l’ambassade de Russie à Paris, où il utilise un fonds spécial destiné à corrompre la presse parisienne pour écrire que la France devrait entrer en guerre. En juillet 1914, Izvolski courut de tous côtés en clamant que c’était sa guerre. Comme le confiait Lord Bertie, ambassadeur britannique à Paris, dans son journal intime: « Quel imbécile cet Izvolski! Au début de la guerre, il prétendit en être l’auteur: « C’est ma guerre! » (Fay, I, p. 29)

Izvolski a été remplacé comme ministre russe des Affaires étrangères par Sazonov, un autre agent britannique qui a joué un rôle clé dans le lancement de la fatidique mobilisation russe de Juillet 1914.

Théodore Roosevelt

Theodore_RooseveltLe correspondant préféré d’Edouard VII était le président américain Theodore Roosevelt, qui a été manipulé au jour le jour par Cecil Spring-Rice du Foreign Office de Sir Edward Grey. Edouard peut difficilement ignorer le rôle des Britanniques dans l’assassinat du président William McKinley. A partir de 1904, Edouard écrit des lettres à Teddy sur la façon dont ils avaient été placés à la tête « des deux grandes branches de la race anglo-saxonne ». Teddy répondit à propos du besoin de  » compréhension entre les peuples anglophones  » et discuta de ses théories raciales sur  » notre souche « . Roosevelt écrit à Edouard qu’il était d’avis que « les véritables intérêts des peuples anglophones sont un, tout comme dans l’Atlantique et le Pacifique ». Il a servi les objectifs d’Edouard dans sa médiation de la guerre russo-japonaise, dans son soutien aux Britanniques lors de la Conférence d’Algesiras, et dans le désarmement naval lors de la Conférence de La Haye. Derrière son dos, les envoyés d’Edouard se moquaient du président américain comme d’un demi-sauvage qui donnait des déjeuners primitifs à Oyster Bay. Plus tard, Sir Edward Grey exerça une influence décisive sur Woodrow Wilson par l’intermédiaire de son conseiller principal, le Colonel Edouard House.

Edouard a été appelé l’oncle de l’Europe – Oncle Bertie – parce que plusieurs autres enfants de la reine Victoria se sont mariés dans les diverses maisons royales, ce qui en fait une seule famille royale européenne. Le Kaiser Guillaume d’Allemagne était le neveu d’Edouard. Le Tsar Nicolas II était aussi son neveu, marié à la nièce de la femme d’Edouard. Après 40 ans comme Prince de Galles, Edouard connaissait l’Europe comme sa poche. Il connaissait personnellement toutes les têtes couronnées, tous les hommes d’État et tous les ministres éminents, et  » il pouvait mesurer avec précision leur influence, leurs processus de pensée, leur action probable dans une situation d’urgence donnée « .

Manipulation idéologique

Emile Flourens a trouvé que Edouard devait ses triomphes avant tout à lui-même, à sa  » connaissance profonde du cœur humain et à la sagacité avec laquelle il pouvait utiliser les vices et les faiblesses des individus et des peuples et en faire la pire et la plus destructrice des armes contre eux « . L’empire d’Edouard s’est construit sur « l’éternelle folie humaine », sur la « dégradation intellectuelle et morale » des populations concernées. M. Flourens a loué sa compréhension pratique de l’idéologie française. Edouard a su exploiter le chauvinisme des revanchards Alsace-Lorraine pour exciter la France contre l’Allemagne. Il a su jouer sur la fascination des slavophiles russes au sujet de l’agitation de la Grande Serbie dans les Balkans. Il a su utiliser la haine de l’irrédentisme italien contre l’Autriche pour détacher l’Italie de la Triple Alliance pro-allemande. Il a su créer des clivages entre l’Allemagne et l’Autriche en évoquant les ressentiments viennois de la guerre de 1866 et la prééminence prussienne, et leur peur de la Serbie. Il a su exploiter l’empressement d’un raciste américain à être, comme le roi, membre d’une mythique race anglo-saxonne. Il a su utiliser les aspirations des militaristes japonais, pour la plus grande gloire de l’Empire britannique. Une grande partie du magnétisme personnel d’Edouard a été exercé au cours de ses incessantes visites d’État, où il a été en mesure de déclencher des explosions hautement orchestrées de « Bertiemania ». Ceux qui se rappellent la Gorbymania tout aussi improbable d’il y a quelques années trouveront le phénomène familier.

Le Kaiser Guillaume II

Kaiser-1La maîtrise d’Edouard de la manipulation psychologique et idéologique se manifeste surtout dans sa relation avec son neveu pathétique et instable, le Kaiser Guillaume. Edouard a fait une étude détaillée du profil psychologique de Willy, qu’il savait envahi de sentiments d’infériorité et d’anglophilie incurable. Comme Flourens a noté: « Édouard VII a fait une étude approfondie des défauts de Guillaume II. Il les comptait comme ses alliés les plus précieux. » (Flourens, p. 58)

La diabolisation de Guillaume par les Britanniques et l’Entente, le présentant comme le chef guerrier du monde, a toujours été absurde. Guillaume se sentait en infériorité face à la royauté britannique. Son plus grand désir secret était d’être accepté par la  famille royale britannique. Edouard pouvait adapter son propre comportement pour obtenir du Kaiser le résultat désiré. S’il voulait une crise de colère publique, il pouvait l’avoir. Un écrivain britannique, Legge, rapporte qu’Edouard a frappé le Kaiser et l’a assommé lors d’une réunion.

Mais si Edouard avait besoin d’être amical, il pouvait le faire aussi. Pendant la guerre des Boers, en novembre 1899, lorsque l’isolement diplomatique de la Grande-Bretagne était à son apogée, Edouard a été en mesure d’inciter le Kaiser à faire une visite d’État en Grande-Bretagne. La Rébellion des Boxers en Chine, avec sa connotation de solidarité raciale blanche contre le  » risque jaune « , a également été commandée pour tromper le Kaiser.

Dans la harangue de Guillaume sur le quai au contingent allemand qui se dirigeait vers Pékin, il exhorte ses soldats à la cruauté envers les Chinois: « Pas de quartiers! Ne faites pas de prisonniers! Tuez-le quand il tombera entre vos mains! Même si, il y a un millier d’années, les Huns sous le règne de leur roi Attila se sont fait un tel nom qu’ils inspiraient encore la terreur dans la légende et la fable, le nom des Allemands retentira dans l’histoire chinoise dans mille ans. » (Cowles, p. 177) Ce discours des « Huns » a fourni des arguments pour la propagande londonienne pendant près d’un siècle, de la Première Guerre Mondiale à l’hystérie de Margaret Thatcher – Nicholas Ridley Hystérie du « Quatrième Reich » de 1989. Pas juste une fois, mais encore et encore, le Kaiser avait négligé les occasions de vérifier les plans d’Edouard.

Edouard a également joué avec le Kaiser pour saboter le train Berlin-Bagdad. Au château de Windsor en 1907, Edward a exigé que les Britanniques gardent le contrôle d’une section du chemin de fer entre Bagdad et le golfe Persique comme une « porte », censée bloquer les troupes allemandes se rendant en Inde. Le Kaiser était prêt à accorder une telle porte. Seulement, Edouard a exigé que tous les pourparlers sur le chemin de fer de Bagdad se fassent à quatre, en impliquant la France, la Russie, la Grande-Bretagne et l’Allemagne, de sorte que les propositions allemandes soient toujours rejetées à 3 contre 1.

Lorsque la guerre fut enfin terminée, et que le Kaiser perdit son trône, la première chose qu’il voulut  de son hôte hollandais, pendant son exil, fut une tasse de vrai thé anglais.

Edouard plaisanta avec ses amis français sur le fait que, si beaucoup priaient pour un père éternel, lui seul semblait avoir une mère éternelle. La reine Victoria mourut finalement en 1901, et Edouard commença son chemin vers la guerre mondiale.

Webster G. Tarpley, Ph.D.

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BIBLIOGRAPHIE

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Stanley Weintraub, »Victoria: An Intimate Biography » (New York: E. P. Dutton, 1987)

Table des matières – Contre l’oligarchie

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source:http://tarpley.net/online-books/against-oligarchy/king-edward-vii-of-great-britain-evil-demiurge-of-the-triple-entente-and-world-war-1/

Traduction Martha pour Réseau International

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