Le Roi Edouard VII de Grande-Bretagne : Demiurge maléfique de la Triple Entente et de la Première Guerre Mondiale (Partie 3)

Partie 3. Confection et préparation de la Tunique de Nessus

Le problème d’Edouard au début du XXe siècle était enraciné dans la politique du « splendide isolement » britannique du vieux Lord Salisbury. Sur le continent européen il y avait deux alliances principales, la Triple Alliance de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie avec l’Italie comme partenaire adultérin, et à l’opposé la Double Alliance de la France de Gabriel Hanotaux avec la Russie du Comte Witte. La Grande-Bretagne n’était membre d’aucune des deux. Les relations britanniques avec toutes les puissances continentales étaient mauvaises. La Russie était traditionnellement hostile depuis la guerre de Crimée du milieu du siècle. Avec la France, la Grande-Bretagne venait d’être au bord de la guerre dans l’affaire Fachoda. La guerre avait été évitée, mais le ressentiment des Français était très fort. Les relations entre la Grande-Bretagne et les États-Unis du président Grover Cleveland étaient traditionnellement mauvaises aussi; une flambée dangereuse s’était produite dans le différend frontalier de 1895 entre le Venezuela et la Guyane britannique, lorsque les États-Unis avaient invoqué la doctrine Monroe et forcé les Britanniques à accepter l’arbitrage. Edouard avait essayé de faire taire ce président avec l’aide de son agent Joseph Pulitzer.

La crise de la guerre des Boers

Au milieu de tout cela, Edward et Joseph Chamberlain avaient commencé la guerre des Boers contre le Transvaal et l’État libre d’Orange, deux petits États dominés par les colons néerlandophones de la région du Cap en Afrique du Sud. La tentative britannique de forcer les Afrikaners à se battre mena à la célèbre « Semaine Noire » de décembre 1899, avec une série époustouflante de défaites militaires britanniques sur le terrain.

Une vague de haine anti-britannique s’abattit sur le monde, tandis que les comptes rendus de presse du front montraient que le colosse impérial intimidant avait des pieds d’argile. Les journaux allemands, français et russes s’en prirent à Londres. Le gouvernement russe demanda à Paris et Berlin s’ils ne pourraient pas envisager une intervention pour arrêter les Britanniques. L’agitation augmenta lorsque les Britanniques avaient réagi à leurs défaites en multipliant les atrocités. Les Britanniques avaient mis sur pied les premiers camps de concentration du siècle où les enfants Afrikaner étaient systématiquement affamés jusqu’à la mort.

Un danger de Cambrai pour l’Empire britannique

En tant que bon vénitien, Edouard reconnut ce à quoi il avait affaire. C’était un moment Cambrai. En 1509, l’oligarchie vénitienne, après des siècles de perfidie géopolitique, était confrontée à un front uni de presque toutes les autres puissances d’Europe (Ligue de Cambrai –Ndt), voulant toutes détruire Venise. Edouard lui-même avait vu quelque chose de semblable en 1863, lorsque la Russie et les États-Unis semblaient sur le point de s’unir pour écraser l’Empire britannique. Entre 1899 et 1902, l’opinion publique dans tous les pays, y compris aux Etats-Unis, réclamait des mesures contre le Lion britannique. La Grande-Bretagne risquait une ligue continentale ou une coalition continentale, une nouvelle Ligue de Cambrai contre les nouveaux Vénitiens à Londres. Le biographe officiel d’Edouard, Sir Sidney Lee, rend assez explicite le danger perçu à l’époque par Londres:

« L’année 1901 et la première partie de 1902 trouvèrent toute l’Europe officieuse sympathisant avec les ennemis de la Grande-Bretagne en Afrique du Sud, et toute grave erreur diplomatique de la part de la Grande-Bretagne à cette époque aurait pu avoir pour conséquence de jeter les épées européennes dans la balance contre elle. » [Lee II. 731] »…. il y avait toujours une chance, bien qu’elle fût faible, que la jalousie envers la Grande-Bretagne, dont aucune grande puissance européenne ne pouvait se considérer comme exempte, puisse être stimulée par les circonstances au point de réunir les membres des deux alliances dans un défi concerté contre la place de la Grande-Bretagne dans le monde. La Grande-Bretagne était ainsi isolée, sans amis, et engagée dans une guerre sans trop de succès et impopulaire quand le roi Edouard monta sur le trône… Lord Salisbury, premier Premier Ministre du roi Edouard, était depuis longtemps attaché à cette politique du « splendide isolement » qui avait été la tradition britannique constante au cours des quarante-cinq dernières années du long règne de la reine Victoria. La persistance de cette politique offrait peu d’occasions d’améliorer la situation étrangère telle qu’elle existait en 1901, et aurait pu exposer la Grande-Bretagne au risque d’une combinaison hostile à une échelle presque écrasante. » [Lee, II. 116-117]

Gasparo Contarini et les patriciens vénitiens de son temps avaient répondu à la guerre de la Ligue de Cambrai en lançant la Réforme protestante et les guerres de religion. Edouard réagit à l’isolement de l’Empire britannique en lançant la Première Guerre Mondiale.

La perfide Albion

Le premier impératif pour Edouard était une opération de tromperie, conçue pour duper et neutraliser l’Allemagne, pièce maîtresse naturelle de toute coalition continentale contre l’Angleterre. C’était la mission de Joseph Chamberlain, membre du cabinet de Lord Salisbury. Dans son célébre discours à Leicester en novembre 1899, Chamberlain dit: « Aucun homme d’État visionnaire ne saurait se contenter de l’isolement permanent de l’Angleterre vis à vis du continent européen… ». L’alliance naturelle est entre nous et l’empire allemand…… L’intérêt et le sentiment racial unissent les deux peuples, et une nouvelle Triple Alliance entre l’Allemagne, l’Angleterre et les Etats-Unis correspondrait au lien sentimental qui lie déjà Teutons et Anglo-Saxons. » [Lee, II. 117]

La rhétorique d’une alliance raciste a été conçue pour séduire le Kaiser, si désireux d’être accepté par les Anglo-saxons. Guillaume a été conseillé par le chancelier, le prince von Bülow, qui était glissant comme une anguille, et par l’éminence grise du ministère allemand des Affaires étrangères, le baron von Holstein. Ces hommes étaient-ils des agents britanniques ou des dupes britanniques? Faisaient-ils partie d’une cabale homosexuelle? Quoi qu’il en soit, Berlin cherchait un accord anglo-allemand, mais avec de dures négociations. Le consensus de Berlin consistait à dire que la Grande-Bretagne avait besoin de l’Allemagne, et au fil du temps, le prix que Londres devrait payer pour l’aide allemande ne ferait qu’augmenter. La politique du Kaiser était d’avancer lentement vers un accord avec Londres. Von Bülow et Holstein soulignaient qu’une alliance britannique avec la France ou la Russie était tout simplement impossible, compte tenu des frictions existantes.

C’est ainsi que Guillaume et ses conseillers laissèrent échapper la grande opportunité d’un bloc continental, qui aurait pu se greffer aux efforts de Hanotaux et de Witte. Guillaume poursuivait la chimère d’un accord avec Londres qui n’était rien d’autre qu’un stratagème raciste. En janvier 1901, au cours des funérailles de la reine Victoria, le Kaiser proposait toujours une « alliance anglo-allemande, [les Britanniques] pour garder la mer et [l’Allemagne] la terre; avec une telle alliance, pas une souris ne pourrait remuer en Europe sans notre permission… ». Même après 1918, le Kaiser répétait encore qu’il avait sauvé la Grande-Bretagne d’une combine franco-allemande-russe pendant la guerre des Boers.

La guerre russo-japonaise et la révolution russe de 1905

Le Kaiser ne cessait de parler du  » risque jaune  » en Extrême-Orient, mais le premier allié que Edouard obtint pour lui-même fut le Japon. Edouard souhaitait utiliser le Japon comme torpille asiatique contre la Russie. Les Japonais voulaient que la Russie cesse d’empiéter sur ce qu’ils considéraient comme leur sphère d’influence en Chine et en Corée. Mais des pans de l’oligarchie russe hostile à Witte refusaient de respecter la Corée, et les Japonais cherchaient un allié. Le moment critique est survenu lorsque l’ancien premier ministre, le marquis Ito, s’est rendu à Londres en décembre 1901. Edouard veilla à ce que Ito soit célébré et décoré, et un traité anglo-japonais fut signé en moins d’un mois. Les deux partenaires étaient pressés parce que le chemin de fer transsibérien de Witte arrivait à son terme, ce qui augmenterait considérablement la puissance russe en Extrême-Orient. La clause clé était que si le Japon allait à la guerre en Extrême-Orient contre une seule puissance, la Grande-Bretagne observerait une neutralité bienveillante. Cela signifiait que si le Japon et la Russie en venaient à la guerre, les Britanniques empêcheraient tout autre Européen d’aider la Russie. Cela donna au Japon les mains libres pour l’attaque sournoise de l’amiral Togo sur la base russe de Port Arthur au début de 1904.

Le roi Edouard a tout fait, sauf aller en guerre contre la Russie. Lorsque la Russie a perdu sa flotte en Extrême-Orient, elle s’est lancée dans le pari désespéré d’envoyer son escadron balte à travers le monde pour combattre les Japonais. En octobre 1904, les navires russes, naviguant à la vapeur dans la mer du Nord, tirèrent sur des chalutiers de pêche britanniques, dont l’un coula. L’amiral russe pensait que c’était des torpilleurs japonais. Dans cet incident du Dogger Bank, Edouard fut, dans un premier temps, à deux doigts d’entrer en guerre en exigeant que la Marine Royale arrête les navires russes, saisisse l’amiral russe et le punisse. Plus tard, il recula.

Pour atteindre l’Extrême-Orient, la flotte russe avait besoin d’une assistance logistique, puisqu’il n’y avait nulle part où trouver du charbon. Le Kaiser était maintenant d’humeur à courtiser la Russie, de sorte que les navires allemands donnèrent le charbon. La presse britannique exigea alors que la Royal Navy empêche les Allemands de livrer le charbon. Au même moment, l’amiral Fisher commenàa à parler d’agresser les Allemands. Mais ce n’était qu’un cirque, monté par Edouard à des fins diplomatiques. Les Russes sont sortis de la guerre avec un seul vaisseau. Mais Edouard voulait un désastre, pas seulement une défaite, pour la Russie – un désastre que le Japon ne pouvait pas infliger. Pour obtenir le désastre qu’il voulait, Edouard lança les renseignements britanniques et tous ses agents – boyars, démocrates, communistes, sionistes, ouvriers. La guerre civile éclata en 1906, paralysant la Russie en tant que puissance militaire.

Entre-temps, Edouard avait scellé son pacte avec la France.

Le roi d'Angleterre Edouard VII en visite en France, le mai 8 avril 1904 : signature de l'Entente cordiale entre la France et l'Angleterre.

Le roi d’Angleterre Edouard VII en visite en France, le mai 8 avril 1904 : signature de l’Entente cordiale entre la France et l’Angleterre.

L’Entente Cordiale anglo-française de 1904

Au début, Edouard n’était pas populaire en France, en raison de siècles de conflits, et à cause de Fachoda, dont il a été personnellement rendu responsable. En effet, pendant un temps, l’image d’Edouard dans la presse parisienne était décidément mauvaise. Joseph Chamberlain, qui avait terrifié les Français avec sa ligne pro-allemande, avait transmis un message aux Français: le Roi était prêt à échanger l’Egypte contre le Maroc pour obtenir un accord avec la France. C’était un troc très inégal. Depuis les années 1880, la présence britannique en Egypte était officiellement temporaire, soi-disant pour rétablir l’ordre au nom des autres puissances européennes; les Britanniques en partiraient ensuite. Ils n’avaient pas l’intention de partir, mais voulaient la vallée entière du Nil. Mais les Français, les constructeurs du canal de Suez, avaient encore des droits. Cependant, si les Français cédaient, la position britannique en Egypte serait inattaquable, du moins par les Européens. Pour le Maroc c’était très différent. Le gouvernement marocain était plus fort, et l’Allemagne et l’Espagne avaient de fortes revendications concurrentes. En fait, l’idée de la prééminence française au Maroc a une fois de plus placé la France sur la voie de la confrontation avec l’Allemagne.

Mais la société française avait été affaiblie par l’affaire Dreyfus d’Edouard, et avec l’aide de Delcassé, Clemenceau et Cambon, l’accord avait été signé. Edouard a également contribué à un tour de force de diplomatie personnel, sa visite à Paris au printemps de 1903. C’est là que Bertie a conquis les Français par son charme, avec des discours en français sur l’amitié tout en rappelant son association sentimentale avec Paris, Biarritz et la Côte d’Azur. Avec la presse sans doute bien payée, les dandies et le gratin parisiens devinrent anglophiles du jour au lendemain dans une explosion de Bertiemania qui fut couronnée par l’apparition d’Edouard à Longchamp, le champ de course, avec le Président Loubet, la marionnette de Clemenceau. Cette Bertiemania a mis la France sur la route qui mena à Verdun, avec 6 millions de victimes, proportionnellement le nombre le plus élevé pour tous les belligérants.

Edouard avait conçu le gambit marocain dans l’espoir que l’Allemagne sauterait rapidement sur l’occasion et défierait la nouvelle domination française au Maroc. Le Prince von Bülow fournit à Edouard exactement la crise dont il avait besoin. Il dit au Kaiser que l’Allemagne devait défier la France au Maroc, à la fois pour défendre ses intérêts commerciaux et pour montrer à la France que l’alliance britannique était sans valeur. Si la France était maintenant  le poignard continental entre les mains de l’Angleterre, déclara von Bülow, il était temps de le faire tomber des mains des Britanniques. Il convainquit le stupide Kaiser d’entreprendre l’aventure folle d’une visite – comme oncle Bertie – mais à Tanger, au Maroc, où le Kaiser débarqua en mars 1905. Cela conduisait à une confrontation prévisible entre la France et l’Allemagne. Delcassé décida de ne pas lâcher et d’aller jusqu’au bout. Lorsque le risque immédiat d’une guerre avec l’Allemagne est devenu évident pour ses collègues du gouvernement, Delcassé fut congédié. Mais cette crise réussit à relancer le syndrome de revanche en France, et à diriger toute la haine contre l’Allemagne. Surtout parce que leur allié, la Russie, était paralysée, et toujours en guerre avec le Japon, les Français se jetèrent dans les bras d’Edouard. En même temps, des conventions secrètes furent signées pour une division du travail entre les flottes britannique et française, et la planification du futur Corps Expéditionnaire britannique commença.

Cette première crise marocaine fut une tentative sérieuse d’Edouard de déclencher la guerre, malgré le fait que l’allié de la France, la Russie, était paralysée. Edouard avait peut-être aussi reçu une promesse de soutien du Danemark. Il est certain qu’il pressait la France d’aller jusqu’au bout. Dans le cadre de la Double Alliance, la Russie aurait dû se joindre à la France en guerre, qu’elle le veuille ou non. Mais le cabinet français s’était retiré.

Bjoerkjoe : La révolte sans lendemain de deux neveux maudits

Au milieu de tous ces événements, l’empereur Guillaume et le Tsar Nicolas II se rencontrèrent à Bjoerkjoe, un fjord balte de Finlande. Ce fut un moment poignant, la dernière révolte avortée des deux neveux maudits d’Édouard VII – la révolte du cousin Willy et du cousin Nicky. Nicholas était très mécontent de son alliance française, puisque la France n’avait rien fait pour l’aider contre le Japon et s’était tournée vers la cour de l’oncle Bertie. Le Kaiser était revenu à son slogan de champion continental. Au fur et à mesure que les deux hommes conversaient, il devenait clair pour le Kaiser qu’ils partageaient un point commun de ressentiment contre l’oncle Bertie. Voici le récit du Kaiser, envoyé à son chancelier, von Bülow:

« Notre conversation a ensuite tourné sur l’Angleterre, et il est apparu très vite que le Tsar ressentait une profonde colère personnelle contre l’Angleterre et le Roi. Il a dit d’Edward VII qu’il était le plus grand  » magouilleur  » et l’intriguant le plus dangereux et le plus trompeur du monde. Je ne pouvais qu’être d’accord avec lui, ajoutant que j’avais particulièrement souffert de ses intrigues ces dernières années. Sa passion c’est de de comploter contre toutes les puissances et de concocter quelques « petits pactes », sur quoi le Tsar m’a interrompu, frappant sur la table avec son poing: « Eh bien, je peux seulement dire qu’il n’en obtiendra pas de moi, et jamais, tant que je vivrai, contre l’Allemagne ou contre toi, ma parole d’honneur! ». [Fay 175]

Le Kaiser proposa que les deux cousins se joignent dans un « petit accord » entre eux pour contrecarrer Edouard. Le Tsar accepta, et signa un projet de traité de défense mutuelle que le Kaiser avait tiré de sa poche. En larmes les deux souverains se déclarèrent amis. Mais ces deux cousins limite psychotiques étaient incapables d’imaginer une communauté de principes fondée sur le développement économique, car cela aurait contrecarré l’oligarchie, et ces déments étaient oligarchiques.

Pourtant, si l’idée de la coopération russo-allemande avait été exploitée, la guerre mondiale n’aurait pas pu se dérouler sous la forme qu’elle prit finalement en 1914. Mais quand le Kaiser parla à von Bülow de ses pourparlers, le chancelier menaça de démissionner, sur quoi le Kaiser menaça de se suicider s’il était abandonné. La réponse russe fut plus compliquée, mais l’occasion s’était éloignée. Avant 2 ans, la Russie serait l’alliée de l’Angleterre.

Tout pour l’encerclement

Edouard VII n’a pas ménagé ses efforts pour isoler l’Allemagne. Il fut l’un des principaux instigateurs de la dissolution de l’union des couronnes de Norvège et de Suède, qui donna naissance à une Norvège indépendante sous le patronage britannique en 1905. Pour souligner son point de vue, Edouard veilla à ce que son beau-fils, le prince danois Charles (qui avait épousé la troisième fille d’Edouard, Maud), devint roi de la Norvège nouvellement indépendante sous le nom de Haakon VII. En raison de son mariage avec la princesse anti-allemande Alexandra, Edouard était confiant qu’aucun soutien pour l’Allemagne ne viendrait de Copenhague.

L’Espagne était un pays important avec un vieux grief contre les Britanniques : Gibraltar, que les Tuniques Rouges occupaient depuis 1704 et la guerre de succession espagnole. Dans une guerre générale européenne, il y avait une possibilité évidente pour que l’Espagne rejoigne l’Allemagne contre l’Entente. Face à l’artillerie moderne, les Britanniques auraient eu du mal à défendre Gibraltar. Si l’Espagne menait également des hostilités contre la France, il y avait la menace que de nombreuses divisions françaises puissent être bloquées dans des attaques coûteuses contre la forteresse naturelle des Pyrénées. Dans ce dernier cas, la France aurait été encerclée et confrontée à une guerre sur deux fronts. Edward VII pacifia l’Espagne en mariant une de ses nièces au Roi d’Espagne; cette nièce se convertit pour l’occasion au catholicisme.

Au Portugal, le plus vieil allié de la Grande-Bretagne, Edouard fit des promesses sans valeur sur le soutien britannique à l’intégrité de l’empire colonial portugais. Le Portugal est entré en bonne et due forme dans la Première Guerre Mondiale aux côtés des Britanniques.

L’accord anglo-russe

Le même jour d’avril 1904, date d’entrée en vigueur de l’accord anglo-français, Edouard VII avait rencontré son agent Izvolski pour proposer une combinaison anglo-russe. Les grandes crises de la guerre russo-japonaise étaient encore à venir, mais Edouard agit rapidement. Avec l’aide d’Izvolski, il conclut un accord avec la Russie qui divisait l’Iran en sphères d’influence, tandis que l’Afghanistan et le Tibet étaient tous deux neutralisés, au détriment de la Russie. Les slavophiles russes n’ont rien trouvé de tangible dans leur éternel objectif de Constantinople.

L’entente anglo-russe fut signée en septembre 1907. En juin 1908, Edouard VII se rendit à Reval pour une visite d’État au Tsar Nicolas. L’amiral Jackie Fisher était là, pressant Stolypin de renforcer ses forces terrestres face à l’Allemagne. La rencontre de l’oncle et du neveu fut le plus sinistre des présages, préfigurant les neuf millions de victimes russes de la Première Guerre Mondiale – la plupart des belligérants – avec plus des trois quarts des soldats russes tués, blessés ou disparus. Cela a ouvert la voie aux révolutions de 1917 et au régime bolchévique.

Mais pour Edouard, l’important était que l’Allemagne soit maintenant encerclée. La boucle avait été bouclée. L’ancien cauchemar des coalitions de Bismarck et une guerre sur deux fronts était maintenant une réalité. Avec l’aide d’Izvolski, Edouard se lança immédiatement dans une nouvelle tentative de guerre générale. Cela  commença avec le marchandage de Buchlau d’Izvolski avec l’Autriche, fait en septembre 1908, et révélé un mois plus tard. Dans le cadre de cet accord, l’Autriche était autorisée à annexer officiellement la Bosnie-Herzégovine, qui avait été occupée par l’Autriche après le Congrès de Berlin, mais non annexée. En échange, la Russie était censée obtenir le droit d’envoyer des navires de guerre à travers les détroits, mais cela fut bloqué par les Britanniques. Mais lorsque l’Autriche annexa la Bosnie-Herzégovine, la Serbie, qui voulait la Bosnie-Herzégovine, protesta. L’Autriche et la Serbie étaient au bord de la guerre, mobilisant leurs armées. L’Allemagne retint l’Autriche, et la Russie se sentait trop faible pour la guerre. L’Allemagne fit office de médiateur. Mais les agents d’Edouard concoctèrent bientôt une légende selon laquelle l’Allemagne avait humilié la Russie avec le risque de guerre.

A la suite de cette crise balkanique de 1908-1909, les Slaves russes avaient de plus en plus tourné leur rage contre l’Allemagne, qu’ils considéraient comme un obstacle à leur expansion souhaitée dans les Balkans. Les plus grands agitateurs serbes se déchaînèrent. Le gouvernement autrichien conclut que la Serbie menaçait son existence et devait être écrasée. C’est le schéma qui, après une deuxième crise marocaine en 1911, un peu comme la première, et les guerres des Balkans, conduisit à la guerre en 1914.

Derrière le marchandage de Buchlau et la crise balkanique de 1908-1909 se trouvait le Roi Edouard. La guerre russe avec l’Allemagne avait été dans son ordre du jour avec le Tsar à Reval. En août 1908, Edouard avait rencontré Izvolski et Clemenceau à Marienbad, juste avant qu’Izvolski ne passe le marché. Au cours du même mois, Edouard a également rencontré François-Joseph, l’Empereur autrichien, à Bad Ischl. Edouard avait toutes les raisons de déclencher une crise. Si l’Allemagne avait répudié l’Autriche, elle serait sortie totalement isolée, sans alliés. Si l’Allemagne soutenait l’Autriche, il en résulterait soit une guerre immédiate, soit des tensions accrues qui pourraient se transformer rapidement en guerre.

Scinder la Triple alliance

Victor Emmanuel

Victor Emmanuel

L’une des dernières sorties mémorables d’Edouard fut sa visite en 1909 au roi Victor Emmanuel, à Baïes près de Naples le 29 avril 1909. Ici, Edouard VII informait son agent, le ministre italien des Affaires étrangères Tittoni de ce qu’il considérait comme la croissance alarmante de la flotte austro-hongroise, la marine d’une puissance à laquelle l’Italie était théoriquement alliée, mais avec laquelle elle était en réalité rivale.

C’était la rencontre au cours de laquelle Édouard VII porta un célèbre toast à l’ »alliance » entre l’Italie et la Grande-Bretagne. Les érudits pédants modernes ont dépeint cela comme une gaffe maladroite d’Edouard VII, prouvant prétendument que le roi était un boulet dans la diplomatie. À la lumière postérieure de l’histoire, il est clair que le toast porté par Édouard VII à une alliance anglo-italienne était peut-être une indiscrétion prétentieuse, mais c’était une erreur qui venait du fait, non pas d’en savoir trop peu, mais d’en savoir trop. Il est probable qu’au cours de cette visite, Édouard VII avait obtenu du monarque et des ministres italiens des engagements qui rendaient la participation de l’Italie à la Triple Alliance totalement inopérante – des engagements qui ont résisté à l’épreuve de 1914, et qui ont été suivis par l’entrée de l’Italie dans la guerre aux côtés des Alliés en mai 1915, en échange de compensations fournies par Théophile Delcassé. Le succès d’Edouard signifiait que la Première Guerre Mondiale serait faite non pas par trois puissances contre trois, comme les modèles d’alliance pouvaient l’avoir suggéré, mais par quatre puissances contre deux.

Si Edouard VII avait eu raison, cela aurait fait cinq puissances contre une Allemagne isolée. Il n’abandonna jamais l’option autrichienne qui, si elle avait réussi, n’aurait laissé à Berlin aucun allié. Un officiel de l’entourage de l’empereur autrichien François-Joseph était le baron Albert Margutti, présent à chacune des rencontres de Bad Ischl entre François-Joseph et Édouard. Margutti a écrit que, à partir de la réunion de 1905, Edouard VII a commencé à essayer éloigner François-Joseph de son alliance allemande, offrant une série vaguement définie de compensations s’il acceptait. [Voir Margutti, L’Empereur François-Joseph et Son Temps, pp. 259-261.] La dernière réunion de Bad Ischl eut lieu en août 1908, juste avant le marchandage de Buchlau. Lors de cette conférence, Edouard aurait pressé François-Joseph d’intercéder auprès de Berlin pour arrêter l’expansion de la flotte allemande. Après cette rencontre, François-Joseph aurait marmonné: « Après tout, je suis un prince allemand. »

La guerre allait bientôt éclater, mais pas assez tôt pour Edouard. Le vieux roué est mort en mai 1910. À l’époque, un journal de Leipzig écrivit qu’il avait habilement tissé la tunique de Nessus pour détruire l’Hercule allemand. Rappelez-vous que dans l’ancien mythe grec, le héros Hercule ne pouvait être tué par aucun homme vivant. Dejanire le fit plus tard, et le sang empoisonné de Nessus, le vieux centaure pervers sexuel, finit par tuer Hercule.

Les neufs souverains européens qui assistèrent aux funérailles d’Édouard VII du Royaume-Uni photographiés au château de Windsor le 20 mai 1910. Debout, de gauche à droite : Haakon VII de Norvège, Ferdinand Ier de Bulgarie, Manuel II de Portugal, Guillaume II d’Allemagne, Georges Ier de Grèce et Albert Ier de Belgique. Assis, de gauche à droite : Alphonse XIII d’Espagne, George V du Royaume-Uni et Frédéric VIII du Danemark.

Les neufs souverains européens qui assistèrent aux funérailles d’Édouard VII du Royaume-Uni photographiés au château de Windsor le 20 mai 1910.
Debout, de gauche à droite : Haakon VII de Norvège, Ferdinand Ier de Bulgarie, Manuel II de Portugal, Guillaume II d’Allemagne, Georges Ier de Grèce et Albert Ier de Belgique.
Assis, de gauche à droite : Alphonse XIII d’Espagne, George V du Royaume-Uni et Frédéric VIII du Danemark.

Pendant quelques instants au début d’août 1914, le Kaiser se rendit compte de ce qui s’était passé:

« L’Angleterre, la Russie et la France se sont mises d’accord entre elles… après avoir jeté les bases du casus foederis pour nous par le biais de l’Autriche… pour prendre le conflit austro-serbe comme excuse afin de mener une guerre d’extermination contre nous…. C’est la situation réelle mise à nu lentement et astucieusement mise en place par Edouard VII et…. finalement menée à terme par George V….. Le fameux encerclement de l’Allemagne est donc finalement devenu un fait, malgré tous les efforts de nos politiciens et de nos diplomates pour l’empêcher. Le filet a soudain été jeté par-dessus notre tête, et l’Angleterre récolte sournoisement le succès le plus brillant de sa politique mondiale anti-allemande qu’elle a poursuivie sans relâche, contre laquelle nous nous sommes avérés impuissants, tandis qu’elle sapait notre fidélité à l’Autriche en dénouant les liens politiques et économiques que nous avions avec cette dernière, pendant que nous étions en train de nous entortiller tous seuls dans le filet. Une grande réalisation, qui suscite l’admiration même de celui dont la destruction doit en être le résultat! Edouard VII est plus fort après sa mort que moi qui suis encore vivant! Et il y a eu des gens qui croyaient que l’Angleterre pouvait être conquise ou pacifiée, par telle ou telle pitoyable mesure!!! » [note ajoutée; dans Cowles, p. 347, extrait de Kautsky Documents]

En 1915, une brochure a été publiée à Berlin par l’écrivain militaire Reinhold Wagner. Le pamphlet s’intitulait « The Greatest Criminal Against Humanity in the Twentieth Century: King Edward VII of England ». Avec une admirable concision, Wagner a formulé son acte d’accusation contre le défunt monarque britannique: « Le plus grand criminel contre l’humanité que le XXe siècle ait vu jusqu’ à présent était le roi Edouard VII d’Angleterre. « Car c’est lui qui a déclenché la guerre mondiale d’aujourd’hui. » Malgré tout ce qui s’est passé dans ce monde tourmenté depuis 1915, le texte de Wagner est toujours aussi fascinant.

De l’époque d’Edouard à la nôtre, la monarchie britannique a réussi à surmonté trois tempêtes. L’une était l’agitation « républicaine » des environs de 1870, reflétant l’insatisfaction à l’égard de Victoria en tant que recluse royale, et d’Edouard, l’héritier évident, en tant que râteau. Puis vint 1916-1918, lorsque les troupes britanniques commencèrent à mourir en grand nombre sur le front occidental pendant la Première Guerre Mondiale du roi Edouard, ce qui provoqua une vague de haine contre tout ce qui était allemand, y compris contre la famille royale, qui dut prendre le nom absurde de « Windsor » pour couvrir ses origines allemandes. C’est à ce moment-là que George V a refusé de recevoir le Tsar, craignant une réaction politique encore plus forte. Puis vint la crise d’Edouard VIII de 1937, qui montra le fait que le Roi était un Nazi. Aujourd’hui, depuis 1991-1992, il y a la crise Charles-Diana, qui marque une rupture plus profonde du système de Versailles. Il n’y a aucune raison de supposer que la monarchie britannique, ayant surmonté toutes ces tempêtes, sera facilement balayée. Nous devons plutôt conclure que la famille royale ne s’arrêtera devant rien, y compris un coup d’état militaire, une dictature fasciste ou la Troisième Guerre Mondiale, pour éviter de perdre le pouvoir.

La vérité historique au sujet d’Édouard VII simplifie la question de ce qui et qui a causé la Première Guerre Mondiale. La guerre mondiale a été causée par Edouard VII, sa géopolitique, sa diplomatie, ses agents et son système d’alliance. Une clause du traité de Versailles précise que l’Allemagne est entièrement responsable de la Première Guerre Mondiale. C’est une absurdité flagrante. La guerre mondiale a été provoquée par Edouard VII, comme nous l’avons vu. Le démantèlement du système de Versailles doit donc inclure la révision du traité pour préciser que la culpabilité de la guerre britannique revient à la personne d’Edouard.

La France, la Russie, le Japon, les États-Unis et d’autres grandes nations ont été utilisés par Édouard VII comme des pions géopolitiques, et ils en ont souffert de façon incommensurable. Quatre-vingt-dix ans après les ententes d’Edouard, les citoyens et les hommes d’État doivent apprendre comment la monarchie et l’oligarchie britanniques ont orchestré la catastrophe de 1914.

La clause de responsabilité de la guerre incluse dans le Traité de Versailles en 1919

Traité de Versailles Lloyd George, Orlando, Clemenceau et Wilson

Traité de Versailles
Lloyd George, Orlando, Clemenceau et Wilson

Tout l’ordre public international de l’après-1919, y compris la Société des Nations et, par extension, les Nations Unies, repose sur le mensonge absurde selon lequel l’Allemagne était la seule responsable du déclenchement de la Première Guerre Mondiale. Cette constatation a été officiellement rapportée à la Conférence de paix de Paris à la fin de la guerre par une « Commission sur la responsabilité des auteurs de la guerre », présidée par le secrétaire d’État américain, Robert Lansing. Lansing a refusé de permettre à tout Allemand de prendre part à ses délibérations, et la commission a ignoré un nouveau « Livre blanc allemand » compilé en 1919 par Hans Delbrueck, le professeur Mendelssohn-Bartholdy, le comte Montgelas, et Max Weber, qui contenait suffisamment de preuves pour démontrer que la thèse de la culpabilité exclusivement allemande de la guerre était intenable. Le noyau des conclusions de Lansing était le suivant:

« La guerre était préméditée par les Puissances Centrales avec leurs alliés, la Turquie et la Bulgarie, et était le résultat d’actes délibérément commis pour la rendre inévitable. L’Allemagne, en accord avec l’Autriche-Hongrie, s’est délibérément employée à défaire toutes les nombreuses propositions conciliatrices faites par les Puissances de l’Entente. »

Ce faux verdict a ensuite été repris dans le tristement célèbre article 231 du traité de Versailles, qui allègue:

« Les gouvernements alliés et associés affirment, et l’Allemagne accepte, la responsabilité de l’Allemagne et de ses alliés pour avoir causé toutes les pertes et tous les dommages subis par les gouvernements alliés et associés et leurs ressortissants du fait de la guerre qui leur a été imposée par l’agression de l’Allemagne et de ses alliés. »

Les délégués allemands ont été contraints de signer le Traité de Versailles par les menaces d’une nouvelle guerre et par le blocus économique encore imposé à l’Allemagne après l’armistice par les flottes de l’Entente. La thèse de la culpabilité exclusive allemande de la guerre était exigée par l’Entente comme prémisse de la paix carthaginoise imposée aux Puissances Centrales, qui comprenait la demande de plus de 32 milliards de dollars de réparations de guerre, en particulier pour la France, plus les intérêts pour le service de cette dette pendant des décennies.

Dans les années d’après-guerre, des preuves documentaires furent publiées qui sapèrent encore plus le grand mensonge de Versailles. Il s’agit notamment du « Out break of the World War » de Karl Kautsky (New York, 1924), du « Materials for the History of Franco- Russian Relations from 1910 to 1914″ (Moscou, 1922), du « Austrian Red Book of 1919″ et du journal du Baron Schilling du ministère russe des Affaires étrangères (édité par W. C. Bridge, Londres, 1925).

Le faux verdict de Versailles était déjà devenu un scandale en Amérique dans les années 20, quand des historiens comme S. E. Barnes et d’autres demandèrent la révision de la clause de culpabilité de guerre. Typique est cette conclusion de l’historien universitaire Sidney B. Fay de Harvard en 1930:  » … le verdict du Traité de Versailles selon lequel l’Allemagne et ses alliés étaient responsables de la guerre, au vu des preuves maintenant disponibles, est historiquement peu solide. Il convient donc de le réviser. Cependant, en raison du sentiment populaire largement répandu dans certains pays de l’Entente, il est douteux qu’une révision formelle et juridique soit encore possible. Il faut d’abord une nouvelle révision par les historiens, et à travers eux, de l’opinion publique. »

Maintenant, après le fascisme, un deuxième conflit mondial, la guerre froide et la chute des régimes communistes en Europe, le temps est venu de rouvrir le Traité de Versailles. Le Traité doit être révisé pour préciser la culpabilité de guerre d’une conspiration internationale orchestrée d’abord par le Roi Édouard VII d’Angleterre, et ensuite par Sir Edward Grey, auquel participaient des personnalités comme Izvolski, Sazonov et Clemenceau. Le centre de la culpabilité de guerre doit être fixé à Londres.

Webster G. Tarpley, Ph.D.

————————————–

BIBLIOGRAPHIE

David Abrahamsen, »Murder and Madness: The Secret Life of Jack the Ripper » (New York: Fine, 1992)

Theo Aronson, »Le roi amoureux: Maîtresses d’Edward VII: Lillie Langtry, Daisy Warwick, Alice Keppel et autres » (New York: Harper & Row, 1988)

Gordon Brook-Shepherd, »Uncle of Europe: The Social & Diplomatic Life of Edward VII » (New York: Harcourt Brace Jovanovich, 1975)

Virginia Cowles, »The Kaiser » (New York: Harper & Row, 1963)

J.A. Farrer, »England Under Edward VII » (Londres: George Allen et Unwin, 1992)

Sidney Bradshaw Fay, »The Origins of the World War » (New York: Macmillan, 1930)

Emile Flourens, »La France Conquise » (Paris: Garnier, 1906)

Christopher Hibbert, »The Royal Victorians: King Edward VII, His Family and Friends » (New York: J. B. Lippincott, 1976)

Sir Sidney Lee, »King Edward VII: A Biography » (New York: Macmillan, 1927)

Keith Middlemas, »The Life and Times of King Edward VII » (New York: Doubleday, 1972)

Philip Magnus, »King Edward the Seventh » (New York: E. P. Dutton, 1964)

Frank Spiering, »Prince Jack » (New York: Doubleday, 1978)

Reinhold Wagner, »Der Groesste Verbrecher an der Menschheit im Zwanzigsten Jahrhundert: Koenig Eduard von England – Eine Fluchschrift » (Berlin: Verlag Karl Curtius, 1915)

Stanley Weintraub, »Victoria: An Intimate Biography » (New York: E. P. Dutton, 1987)

Table des matières – Contre l’oligarchie

—————————————————-

source:http://tarpley.net/online-books/against-oligarchy/king-edward-vii-of-great-britain-evil-demiurge-of-the-triple-entente-and-world-war-1/

Traduction Martha pour Réseau International

0.00 avg. rating (0% score) - 0 votes
Share

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

*