La Russie et l’Islam, partie 1 : introduction et définitions

Russie et Islam

Aujourd’hui, je commence une série d’articles traitant  le sujet compliqué de la Russie et l’Islam, un sujet qui est souvent ignoré en Occident, ou quand il est abordé, est totalement incompris. J’ai analysé ce fabuleux sujet durant plusieurs mois déjà et il y tellement de choses à dire que j’ai décidé d’écrire une série de chapitres, chacun couvrant un aspect spécifique du sujet. La nature de la relation actuelle et l’interaction entre la Russie et l’Islam est très complexe variant d’aspects spirituels, politiques, économiques et sociaux. Tout en préservant mes conclusions, je dirais pour résumer que la relation dialectique entre la Russie et l’Islam est en train de passer par de profonds changements ce qui rend impossible de prédire son futur.

Mais d’abord il est primordial d’insister sur le fait que la Russie et l’Islam ne sont pas opposés mutuellement, ni des concepts qui s’excluent. Alors que peu de russes ethniques sont musulmans, la Russie a toujours été un état multi ethniques, même quand elle n’était qu’une toute principauté centrée sur la ville de Kiev (Rus’ de Kiev).

Le mot »russe » en français est utilisé pour exprimer des concepts russes pourtant très différents. Le mot « russkii » signifie «russe » comme membre de l’ethnie slave, de culture russe tandis que le mot « rossiiskie » signifient membre de la nation de Russie. Ainsi, quand les russes parlent de « russkii », ils se réfèrent à l’ethnicité russe et quand ils évoquent   »rossiiski », ils désignent l’état nation, une zone géographique. Prenons pour exemple l’actuel ministre de la défense russe, Sergei Shoigu, il est de l’ethnie des touvains de par son père et de l’ethnie slave russe du côté de sa mère. Si nous ignorons sa descendance maternelle, on pourrait dire qu’il n’est pas un russe ethnique (ruuski) mais plutôt un russe national (rossiiskii). A noter en passant que Shoigu n’est pas un chrétien orthodoxe comme la plupart des russes ethniques, mais un bouddhiste. Au même titre, le ministre des affaires étrangères russe de 2003 à 2011 était Rachid Nourgaliev, tatar, né musulman et converti à la foi orthodoxe. Il était considéré comme un « rossiiskii » (national russe) et non pas comme un « russkii ».

Ainsi alors que très peu de russes sont musulmans, il y a toujours eu de nombreux groupes ethniques peuplant la nation russe, dont de nombreux musulmans et ces groupes ethniques ont souvent joué un rôle crucial dans l’histoire de la Russie. Des vikings qui fondèrent le Rus’de Kiev aux mongoles (dont la plupart étaient musulmans) qui aidèrent saint Alexandre Nevsky à vaincre les chevaliers de l’ordre teutonique papiste. , en passant par les bataillons tchétchènes qui co organisèrent la contre-offensive russe contre l’armée géorgienne en 2008, les russes d’origine étrangère nt toujours joué un rôle important dans l’histoire de la Russie et l’existence d’un Islam russe légitime ne peut être niée. Si l’Islam « russkii » est un phénomène mineur, presque privé, l’Islam « rossiiskii » est une constante importante de ces 1000 dernières années. Il est vrai qu’une bonne partie de la noblesse impériale russe, qui était composée d’ethnie germanique, quasi entièrement membre actif de la franc maçonnerie, voulait que la Russie devienne partie intégrante de la civilisation occidentale. Cependant cela a toujours été une mode parmi une élite riche déjà occidentalisée, ce que Marx appelait la superstructure de la Russie. Les masses russes orthodoxes cependant sont culturellement bien plus proches de leurs voisins musulmans ou bouddhistes que de son élite occidentale qui prit le pouvoir au 18e siècle sous le tsar Pierre 1er.

Alors qu’avant cette date, personne n’aurait jamais considéré la Russie comme partie de la culture occidentale, après le 18e siècle, il y eu un effort constant de la part des membres de l’oligarchie russe pour « moderniser » la Russie ce qui revenait en fait à l’occidentaliser. Du tsar Pierre 1er aux francs-maçons décembristes, au régime de Kerensky jusqu’aux années Eltsine, les pro occidentaux russes n’abandonnèrent jamais leur lutte pour transformer la Russie en un état occidental. J’affirmerais aussi que le régime soviétique était aussi une tentative d’occidentalisation, ne suivant

Pas le modèle papiste ou maçonnique mais s’incarnant à travers le modèle marxiste. Ce que tous ces modèles ont en commun c’est un rejet, un dégout viscéral de la culture populaire russe et de sa spiritualité, et un désir obsessif de transformer la Russie en une « grande Pologne ». L’expression parfaite pour illustrer cette haine de la culture et de la nation russe prend son sens dans les mots de Napoléon qui disaient « Grattez le russe, vous trouverez le Tartare ». Venant de la bouche de cet empereur maçon qui utilisait les sanctuaires des églises orthodoxes russes comme étables pour ses chevaux et qui essaya de détruire le Kremlin entier, ces mots révèlent les racines du mépris élitiste pour le peuple russe.

Par opposition, 500 ans avant, les mongoles (la plupart musulmans) envahissaient la Russie fréquemment mais traitaient l’Eglise russe et le clergé orthodoxe avec beaucoup plus de respect Certainement, ils n’hésitaient pas à bruler un monastère et massacrer tous ceux qui s’y trouvaient, mais seulement si le monastère servait de base aux insurgents russes qui luttaient contre l’envahisseur. Et oui certains mongoles forçaient des princes russes à franchir le feu afin de « purifier leur athéisme » mais ils n’étaient pas musulmans mais païens. Le fait indéniable est que quand les russes étaient soumis à la domination musulmane, leur joug était moins cruel et barbare que ce que les Papistes, Maçons ou les envahisseurs nazis firent chaque fois qu’ils soumirent la Russie. C’est pour cela qu’il n’y a pas vraiment de courant anti Islam dans la culture populaire russe, du moins pas avant l’ère soviétique qui malheureusement, fragilisa un équilibre délicat qui avait été atteint en 1917.

Dans le passé, les forces occidentales se voyaient comme européennes, opposés aux asiatiques et c’est intéressant de voir comment elles sont devenues anti musulmane de nos jours. Alors qu’elles supportent la liberté des défilés de la Gay Pride ou les actions des Pussy Riots, ces forces « occidentalistes » sont opposés catégoriquement au droit des jeunes musulmanes à porter un foulard à l’école.

Franchement, Je ne veux passer plus de temps à parler des forces pro occidentales en Russie car elles ont été affaibli jusqu’ ‘au point de ne représenter moins de 2 à 3% de la population. Je me dois de mentionner ces forces ici, comme les restes des tentatives sans succès d’occidentaliser la Russie depuis presque 300 ans, mais ce n’est pas en leur sein que les choses importantes se déroulent. De nos jours, c’est le débat bouillant sur l’Islam qui a lieu dans les différents groupes anti occidentaux ou patriotes qui est très intéressant, et ce sera le sujet de mon chapitre prochain. Ensuite nous auront besoin d’analyser la condition spirituelle actuelle du peuple russe.

 

Le Saqr (The Saker)

Article original en Anglais :

http://vineyardsaker.blogspot.com/2013/02/russia-and-islam-part-one-introduction.html

Traduit de l’Anglais au Français par :

http://axedelaresistance.com/

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