Le Tour de France de l’intoxication médiatique

Ils perdent chaque jour des lecteurs, des auditeurs, des téléspectateurs, des croyants. Mais ça ne les arrête pas. Jour après jour, ils nous assomment et nous intoxiquent avec leurs nouvelles qui ne sont jamais nouvelles, car elles ont toujours le même centre : les intérêts de l’oligarchie, dont ils sont les gardiens, les avocats, les informateurs. Ces médias ne sont là que pour informer les dominants de ce que pensent les dominés et de ce que les dominés doivent penser, afin de mieux leur mentir et de mieux les spolier. Le seul progrès des médias ces dernières décennies a eu lieu dans le domaine du mensonge : il s’est modernisé, formaté, car tous s’y sont mis. Mais cette unanimité a provoqué leur chute, pas une chute brutale, non, une chute inexorable, au ralenti.

Quand on arrête les images, quand on prend un instantané de la France qui ment, de cette fausse France, on prend la mesure du mensonge, de l’entreprise incroyable de destruction de la lucidité, de l’intelligence et de la culture. Rien d’étonnant alors que tout parte en vrille, dans les écoles, dans les entreprises, dans les partis, dans les têtes. Inversement, tout ce qui va dans le sens de la réparation du désastre est dénoncé, amplifié, criminalisé. Les Français sont alors pris entre deux feux : celui du mensonge qui a la puissance de la communication oligarchique, et celui de la vérité, qui n’a rien d’autre qu’elle-même. Chaque Français hésite entre la force du mensonge et la faiblesse de la vérité. Dans les périodes troublées, on en revient toujours au combat entre le Bien et le Mal. Maintenant, passons aux choses bien terrestres.

 

 

Regard anxiogène, couteau tiré, ces Palestiniens du Hamas sont vraiment des monstres. On croirait une couverture du Détective israélien mais on est bien dans Le Monde, le journal des Marchés et des Lobbies. L’inversion de la réalité est totale, ce qui n’exonère par le Hamas de ses injustices : Israël devient le mur contre la barbarie, alors que la torture et le meurtre sont érigés en politique d’État dans l’entité israélienne. Les violations du droit international ne sont plus à compter.

« Chacun sur son territoire applique des méthodes répressives au mépris du droit et des engagements pris, afin de contraindre les voix critiques au silence, persécuter les militants de l’adversaire, ou bien extorquer des aveux. Le paradoxe est le suivant : les services de sécurité palestiniens commettent à l’égard de leurs citoyens les mêmes abus dont ils accusent régulièrement leurs homologues israéliens. “La torture pratiquée à la fois par l’AP [Autorité palestinienne, NDLR] et le Hamas peut constituer un crime contre l’humanité, étant donné sa pratique systématique au cours de nombreuses années”, note HRW. »

Renversant ! Là, nous étions dans un journal à capitaux privés, dont les journalistes ont le droit de dire ce qu’ils veulent. Voici maintenant le travail de journalistes d’État, en l’occurrence Les Observateurs de France 24 dont le slogan figure sur cette photo de une :

 

« Des selfies avec un tigre domestique, une Ferrari ou un sac à main à 3 200 euros, voilà ce que vous pourrez voir sur les profils Instagram des enfants de l’élite politique iranienne. Ces images suscitent, notamment ces dernières semaines, la polémique en Iran, alors que la monnaie nationale a perdu 70 % de sa valeur en un an et que les prix s’envolent. »

Comprendre que les rejetons de l’élite iranienne se foutent bien du peuple, qui souffre d’une terrible crise économique. Il y a bien sûr une réalité des « fils et filles de », ce nouveau népotisme que l’on voit partout dans le monde, et pas seulement dans le monde occidental. Mais pas une fois dans l’article n’est nommée la grande responsable de la crise de ce pays de 80 millions d’habitants, arrêté en plein développement.

« Avec la crise économique, le nombre de manifestations augmente et les tensions sociales s’accroissent en Iran depuis le mois de janvier. Alors que des faits de corruption concernant des membres des gouvernements actuels et passés ont été dévoilés, les dépenses folles des enfants de responsables politiques ne font qu’ajouter de l’huile sur le feu dans une république fondée sur un mélange de valeurs islamiques et d’extrême gauche. »

Les responsables sont évidemment les États-Unis et Israël, dont les efforts conjoints ont pour but d’isoler politiquement et économiquement l’Iran dans le monde. Les banques gèlent leurs avoirs ou ferment leurs portes, les exportations de pétrole sont limitées sous peine de sanctions lourdes pour les acheteurs, et le pays est accusé de tous les maux au Proche-Orient, dans une guerre déclenchée par la coalition anglo-américano-israélo-saoudienne.

Dans le même ordre d’idées tordues, Les Échos se font l’écho d’une nouvelle alarmante venue du paradis socialiste, à savoir la Corée du Nord.

 

« Selon les analyses du parti conservateur [de Corée du Sud, NDLR], qui a toujours été favorable à une ligne dure vis-à-vis de Pyongyang, le clan du dictateur nord-coréen a, entre 2012 et 2017, dépensé pas moins de 4 milliards de dollars en achat de biens de luxe ou assimilés. Souvent pour son usage personnel, mais aussi pour “récompenser” les proches et apparatchiks. »

Là aussi, comme en Iran, népotisme et privilèges à tous les étages de l’élite, rien à voir avec chez nous, où tout est transparent et démocratique.

On continue notre Tour de France de la propagande avec une magnifique manchette du Parisien qui nous prévient d’une menace grave pour le pays :

 

« Sylvain Kahn, auteur d’“Histoire de la construction européenne depuis 1945” (Ed. PUF) et professeur à Sciences-po, confirme l’arrivée d’une vague populiste après les propos d’Emmanuel Macron dans Ouest-France, pour qui l’Europe est actuellement en train de vivre une situation comparable à celle des années 1930. »

Écoutons l’échange savoureux entre le journal et le prof à Sciences Po :

« Emmanuel Macron exagère-t-il quand il parle de la “lèpre populiste” ?

Comme dans l’entre-deux-guerres, il y a aujourd’hui, un peu partout en Europe, aux États-Unis, en Russie, en Turquie ou au Brésil, une vague qui arrive ou qui tente d’accéder au pouvoir en affirmant que les valeurs de la démocratie libérale et le pluralisme sont secondaires au regard de l’essentiel qu’est la cohésion nationale. Cette priorité débouche sur la recherche de boucs émissaires, qui sont par nature louches ou dangereux car susceptibles de diviser le corps national. Ce sont notamment, selon les pays, les migrants, les musulmans, les juifs, les Roms, les francs-maçons, les fonctionnaires.

Et la France serait menacée elle aussi ?

La France aussi est menacée. Si nous n’avions pas les institutions de la Ve République mais un système parlementaire, il serait très possible que la France ait à sa tête un gouvernement à l’italienne. Mais, même avec nos institutions, qui donnent une prime énorme au parti en tête, la menace est réelle. Ce sera le cas le jour où le Rassemblement national, parti qui se rapproche le plus des partis d’extrême droite des années 1920 et 30, arrivera en tête à la présidentielle ou aux législatives, seul ou en faisant des alliances avec LR, par exemple. Or, le RN est sur une trajectoire ascendante. À la présidentielle de 2002, le FN n’avait gagné aucune voix entre les deux tours. L’an dernier, il est passé de 22 % à 34 % des votants, soit quelque 4,5 millions d’électeurs supplémentaires. »

Le message est clair : si nous votons pour le camp national, nous allons revenir 80 ans en arrière et exterminer toutes les minorités. On ajoutera une chose à la dramatisation conjointe du quotidien et du prof de propagande, c’est que personne, comme dans Les Échos ou au Monde, ne va chercher les raisons profondes de ces événements ou changements majeurs. Par exemple, et là les mots sont importants, à la fois ceux qu’on dit et ceux qu’on ne dit pas, Le Parisien parle de vague populiste mais pas une seule fois de vague migratoire. Or les deux sont liées, et si le journal quasi officiel du ministère de l’Intérieur critique les effets, il ne touche pas aux causes.

On se demande parfois d’où vient ce mensonge par omission, omission de l’information profonde ou causale. Comme les médias français sont très influencés par le sionisme, on a été chercher un article d’i24news, la chaîne internationale en français de Patrick Drahi, totalement alignée sur la politique d’expansion territoriale israélienne.

 

« « La chirurgie cardiaque n’est pas très avancée à Gaza », explique le docteur Bashir Abujarad. « En ce moment, les conditions dans lesquelles les gens vivent sont très mauvaises : 80% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté », explique le médecin. « Ces enfants font face à la mort, si Save A Child’s Heart n’était pas là, ils mourraient », indique le cardiologue pédiatrique avec franchise. »

On appréciera l’insolite « La chirurgie cardiaque n’est pas très avancée à Gaza », sans autre commentaire. Détruire massivement d’un côté et soigner trois petits cœurs de l’autre résume parfaitement la politique israélienne de destruction qui se cache derrière une « com » pour imbéciles ou aveugles. Ici, on leur tire dessus, là on les soigne. Le pays colonisateur n’est-il pas atteint d’une dangereuse schizophrénie ?

 

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Légende : Des enfants Palestiniens mais aussi venus du monde entier sont soignés par SACH

 

Revenons chez nous pour finir, car on pourrait en citer des centaines de ce genre, avec les exploits de la paire Plenel-Arfi qui fait les beaux jours du pure player Mediapart. Ceux qui ont douté de la congruence entre l’Empire et ce journal en ligne auront du mal à avaler ce qui suit, un tweet très éloquent de la maison trotskiste :

 

 

Eh oui, les révolutionnaires ne sont pas où l’on croyait. Le tropisme bien américain de Mediapart saute aux yeux dans les moments difficiles, et difficiles pour les Vénézuéliens. Déjà, en 2001, après l’effondrement contrôlé des trois immeubles de New York, le patron du Monde, dont la rédaction était alors dirigée d’une main de fer par Plenel, titrait « Nous sommes tous des Américains ». Edwy et son boy Fabrice ont semble-t-il repris le flambeau de l’Oncle Sam, pardon, de la statue de la Liberté.

Notre dernier exemple émane du titre Valeurs actuelles, dénationalisé en douce pour faire la promotion du retour du messie atlanto-sioniste Nicolas Sarkozy aux affaires. Et là nous allons vous demander de bien vous accrocher, car cela va tanguer dans les galeries cérébrales de la logique.
Figurez-vous que le destructeur de la Libye, Nicolas Sarkozy en personne, il est vrai bien conseillé par BHL à l’époque et soutenu par les bombes et les raids anglo-américains, qui ont laissé le « Français » se salir à jamais à leur place, a osé cela :

 

 

Oh la belle omission de Valeurs actuelles, qui voit la vague migratoire mais pas celui qui a ordonné de bombarder la digue qui retenait les millions de migrants subsahariens candidats au voyage dans l’Eldorado des aides européennes !

 

Paille, poutre et information

Ce que nous appelons l’information profonde, sur E&R, c’est justement la partie manquante de l’information qui permet de l’expliquer, et que les médias officiels ne fournissent jamais car leur sort est lié de manière indirecte à cette non-divulgation.

Pas la peine de vous faire un dessin : les fabricants d’armes français tiennent une partie de la presse, qui ne peut donc avouer ces intérêts dérangeants dans les conflits meurtriers. Mais il n’y a pas que l’armement, il y a aussi les lobbies qui arrivent à influencer la justice, la politique et les médias.

Nos gouvernants pondent loi sur loi pour non pas protéger ces pseudo-minorités qui se cachent derrière le statut de victimes – et qui doivent en cela entretenir cette légende ou cette illusion –, mais pour donner plus de pouvoir si c’était possible à ces groupes de pression. Là encore, les médias en restent à la surface des choses car dès qu’on gratte un peu, on tombe toujours sur la même manipulation, le même noyau.

L’information profonde n’est que l’explication qui manque. C’est pourquoi la presse de dominance, qui coupe l’explication de son noyau explicatif, s’effondre sur elle-même, comme les tours du 11 Septembre. Sauf que là, l’effondrement n’est pas contrôlé.

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