L’effroyable imposture Éric Zemmour

Éric Zemmour : assimilation ou dissimulation ?

 

En quelques années, Éric Zemmour, porte-parole autoproclamé de la France éternelle, est devenu le chantre d’un assimilationnisme prétendu français. Or, le discours assimilationniste de Zemmour trouve sa source dans une autre tradition, qui est double : républicaine/jacobine et juive. Et il ne s’agit pas d’une coïncidence, mais d’une fusion symbiotique opérée entre judaïsme et républicanisme en rupture et en opposition au catholicisme et à l’Ancien Régime qui respectait les cultures locales et régionales. 

 

Genèse de l’assimilationnisme juif

Le mouvement assimilationniste juif né en 1780, appelé Haskala (Les Lumières juives), aussi connu sous le nom allemand d’Aufklärung, a été initié par un juif allemand de Berlin, Moses Mendelssohn (1729-1786), promoteur d’un judaïsme réformé adapté à la modernité européenne. Ce mouvement avait un lien de parenté direct avec le frankisme ; Moses Mendelssohn était par ailleurs proche de la loge frankiste L’Ordre des frères de Saint-Jean du cousin du faux messie Jacob Frank (1726-1791), Moses Dobruschka (1753-1794).

Membre de la secte de Frank, Moses Dobruschka, est issu de la haute bourgeoisie juive, il fut anobli par l’empereur d’Autriche Joseph II et prit le nom de Franz Thomas von Schoenfeld. Frankiste militant, il se convertit faussement au catholicisme en 1775. Lorsque éclata la Révolution française, Moses Dobruschka, alias Franz Thomas von Schoenfeld, se rendit à Strasbourg, prit le nom de Junius Frey, et devint l’un des jacobins parmi les plus influents. Et ce, en demeurant toujours en relation avec son groupe frankiste, le bruit ayant d’ailleurs couru qu’il devait prendre la direction de la secte après la mort de Jacob Frank. À peine arrivé en France en 1792, Junius Frey acquiert la nationalité française et marie sa sœur Léopoldine (Esther de son vrai nom) à un révolutionnaire jacobin important (et député de la Convention) avec lequel il s’est lié d’amitié : François Chabot (1756-1794).

Tel un Zemmour avant l’heure, Junius Frey proclame son amour à la France, mais surtout à la Révolution, alors qu’il vient tout juste de fouler le sol français :

« Je suis un étranger dans vos demeures. Le ciel de ma maison natale est loin d’ici, mais mon cœur s’est enflammé au mot de liberté, le mot le plus grand et le plus beau du XVIIIe siècle, j’ai été entraîné à sa suite, et à ses mamelles je me suis abreuvé. »

Gershom Scholem fait remarquer que « ce Frey qui parle comme le héraut de la liberté de l’homme ne tarda donc pas à sa familiariser avec les invectives des patriotes français contre les tyrans et n’hésita pas à vouer aux gémonies le souvenir de l’empereur Joseph que, quelques années plus tôt, il glorifiait encore dans ses poèmes. C’est un renversement complet. »

Les exemples historiques de renversements complets comme celui-ci sont innombrables. Pensons à Alain Finkielkraut, qui nous en a offert un bel exemple récent ; venant de l’extrême gauche antiraciste, ce fils d’immigrés juifs polonais est devenu du jour au lendemain un conservateur français de droite qui, comme Zemmour, explique aux autochtones ce qu’est être français. Mais lorsque Finkielkraut est en Israël, la France n’a plus droit à des mots d’amour… Se confiant au journal israélien Haaretz (18 novembre 2005), il lâche :

« Je suis né à Paris et suis fils d’immigrants polonais, mon père a été déporté de France, ses parents ont été déportés et assassinés à Auschwitz, mon père est rentré d’Auschwitz en France. Ce pays mérite notre haine. »

Mais revenons à Junius Frey, dont la principale contribution à la Révolution française – et par suite à la République – fut littéraire et philosophique. Dans un traité théologico-politique qu’il rédige à la demande de ses camarades jacobins, il élabore les bases d’une religion pour la République. Il articule, dans ce traité, la philosophie des Lumières, la kabbale frankiste et la kabbale chrétienne.

Ce caméléon aux noms et aux allégeances multiples, passé maître dans l’art de la dissimulation, a, en toute logique fait l’éloge du père de l’assimilationnisme Moses Mendelssohn, dans un poème adressé « aux fidèles de la Muse sacrée ». La Muse sacrée en question est appelée par Frey « Siona » (en référence à Sion). Frey était déjà converti au catholicisme lorsqu’il écrivit ce poème qui révèle son indéfectible attachement au judaïsme. Le poème commence ainsi :

« Mendelssohn, L’initié, le familier du bois sacré de Socrate… »

Et se termine par ces vers tout à fait évocateurs quant à la « sincérité » du « chrétien » Junius Frey :

« Vers le tombeau des Ancêtres Il s’accompagne du son de la harpe, Pudiquement il se joint au chœur des chantres : ‘‘Que ma droite s’oublie, Si je t’oublie ô Jérusalem ! »

Gershom Scholem a bien exposé cette jonction entre le frankisme et l’assimilationnisme de Mendelssohn :

« Les théories nihilistes (du frankisme) se présentaient sous un aspect beaucoup plus restreint, et très bientôt il se réalisa une jonction étroite, même un amalgame entre les idées de l’émancipation juive (Aufklärung) venues de Berlin (le mouvement initié par Moses Mendelssohn) et celle de la métamorphose frankiste de la Kabbale hérétique. Cette jonction dont nous trouvons la preuve dans certains manuscrits frankistes de Bohême et de Moravie encore conservés en langue judéo-allemande, appartient cependant déjà à la génération de la Révolution française… Le frankisme peut en fin de compte se laisser définir comme un essai prématuré d’intégrer le judaïsme dans une forme de vie européenne sécularisée, en renonçant à son contenu spécifique, mais sans renoncer à sa vocation, quoi qu’il dût en rester. »

Et la vocation du judaïsme à laquelle ne renonce pas le frankisme est « le rêve de domination d’Israël qui s’élèvera à la grandeur et à la richesse (note de Scholem : l’allusion à la domination universelle), quand bien même ce serait au prix de la séparation d’avec Israël et ses coutumes ».

Le frankisme, il faut le souligner avec insistance, préconisait l’assimilation en apparence, c’est-à-dire la dissimulation des juifs d’Europe, et ce afin de conduire à la destruction d’Edom (le nom que donne la tradition juive rabbinique à l’Europe chrétienne), comme l’explique Scholem :

« D’un côté Jacob Frank exige d’adopter réellement et avec sincérité les pratiques des gentils (les non-juifs) dont l’observance est la voie vers la délivrance qui aura lieu après la révolution finale ; d’autre part, cette même observance doit servir de paravent à l’abolition secrète et à la destruction clandestine des institutions et de la morale qu’elle met en pratique. »

Jacob Frank a clairement exposé à ses disciples la finalité de l’assimilation ainsi que ses instructions dans un sermon :

« … Moi, Jacob, parachèvement du tout, élite des patriarches, je suis contraint de passer par la religion nazaréenne (le christianisme)… Nous devons adhérer en apparence à la religion chrétienne et l’observer aux yeux des chrétiens plus scrupuleusement qu’ils ne l’observent eux-mêmes… Pour frayer la route devant le Messie véritable… C’est seulement pour cette raison qu’il nous est imposé d’observer strictement leurs préceptes, mais il nous est interdit d’épouser une femme chrétienne… Aussi bien ne devons-nous pas nous mêler de quelque façon que ce soit à une autre nation, même si nous adoptons le christianisme et en observons les préceptes… »

Contrairement à l’idée répandue, les frankistes ne forment pas un bloc de faux convertis au catholicisme. Certains d’entre eux ne se convertissent pas et s’assimilent en apparence sans abandonner leur judaïsme, ce que prônait Moses Mendelssohn. Les frankistes de Bohême-Moravie ou d’Autriche qui viennent de familles aisées ne se convertissent pas au christianisme, tandis que les frankistes polonais issus des pauvres Shtels ou bourgades, se convertissent et connaissent des ascensions sociales fulgurantes. Les premiers prépareront le terrain au judaïsme réformé, et les seconds à un conservatisme teinté de réforme, mais les deux resteront constamment en parallèle.

 

L’émancipation juridique des juifs

On peut tout à fait comprendre qu’Éric Zemmour et nombre de ses coreligionnaires soient attachés à la République, puisque c’est l’Assemblée constituante qui a voté en 1791, dès le lendemain de la Révolution, la pleine égalité des droits des juifs.

L’émancipation des juifs dans les années 1780 en Europe résulte directement du mouvement assimilationniste : l’édit de tolérance de Joseph II d’Autriche (1781) accorde la liberté de culte aux protestants et aux juifs ; Louis XVI (1787) émet lui aussi un édit de tolérance en faveur des protestants et des juifs ; en Prusse, le Leizboll (péage corporel que les juifs devaient lors de leurs déplacements dans les différents pays européens) est aboli en 1787…

En France, l’émancipation juridique fait suite à une demande des juifs eux-mêmes. Le 28 janvier 1790, les députés juifs de France et le Syndic Général des Juifs adressent une pétition à l’Assemblée nationale, en vue de leur émancipation, c’est-à-dire la jouissance des droits de citoyenneté : « Pétition des juifs établis en France adressée à l’Assemblée nationale, le 28 janvier 1790, sur l’ajournement du 24 décembre 1789, par les députés Mayer-Marx, Ber-Isaac-Berr, David Sintzheim, Lazare-Jacob, Trenelle, et le Syndic-Général des Juifs Théodore-Cerf-Berr ».

Le 16 avril 1790, le Roi Louis XVI proclama :

« Sur un Décret de l’Assemblée Nationale, concernant les Juifs : L’Assemblée Nationale met de nouveau les Juifs de l’Alsace & des autres provinces du Royaume, sous la sauvegarde de la Loi : défend à toutes personnes d’attenter à leur sûreté ; ordonne aux Municipalités & aux Gardes nationales de protéger, de tout leur pouvoir, leurs personnes & leurs propriétés »

Dans le même temps que les Révolutionnaires français émancipaient les juifs, ils soumettaient l’Église avec la Constitution civile du clergé votée par l’Assemblée constituante, le 12 juillet 1790. Un texte qui prévoyait l’élection des curés et des évêques par les fidèles, éliminant ainsi le pouvoir du pape. Ce qui revenait à soumettre les églises françaises à la République, tandis qu’on affranchissait la Synagogue…

C’est ce qui explique que, depuis 1808, les juifs de France récitent une prière pour la République française dans les synagogues consistoriales. Une prière récitée durant l’office public du Chabat matin, entre la prière Cha’arit et celle de Moussaf.

 

L’émancipation, arme du judaïsme

Si l’émancipation a « libéré » les masses juives d’Europe et les a fait sortir des ghettos, expliquait Bernard Lazare (1865-1903), « il lui était impossible d’abolir en un jour l’œuvre législative des siècles, elle ne pouvait défaire leur œuvre morale, et elle était surtout impuissante à briser les chaînes que les juifs eux-mêmes s’étaient forgées. Les juifs étaient émancipés légalement, ils ne l’étaient pas moralement ; ils gardaient leurs mœurs, leurs coutumes et leurs préjugés que conservaient aussi leurs concitoyens des autres confessions… »

En effet, l’émancipation et la montée de l’athéisme n’ont pas rompu le lien entre les communautés juives et leurs membres ; car ce lien ne tient pas exclusivement à la religion, mais à une conscience raciale et tribale remontant à l’Antiquité, laquelle est codifiée dans la Bible hébraïque.

Au cours du XIXe siècle, le grand historien juif allemand Heinrich Graetz (1817-1891) a laïcisé l’ethnocentrisme biblique pour rétablir ce lien que l’assimilation tendait à rompre. Dans les années 1850, il fait paraître un ouvrage sur l’histoire des juifs, L’Histoire des juifs depuis les temps anciens jusqu’à nos jours.

Graetz diffusa, sous une forme laïcisée, le concept biblique de peuple-race juif en tant que nation. Il postule dans son ouvrage une continuité historique du peuple juif, afin de maintenir un lien – que pouvait rompre l’émancipation – entre toutes les communautés juives. Il défend l’idée que les juifs constituent un seul et même peuple, une seule et même race qui ont une seule et même origine. Il laïcisa également l’idée proprement biblique de la supériorité du peuple juif sur les autres. Graetz préconisait donc une mise à l’écart vis-à-vis du reste du peuple allemand ; les juifs ne devaient en aucun cas s’assimiler aux Allemands et aux autres peuples, sous peine d’en être souillés. Jacob Frank ne prônait pas autre chose.

En cela, l’assimilationnisme juif reste fidèle au séparatisme biblique et talmudique. Un séparatisme, qui se traduit notamment par l’endogamie (mariage dans la même famille, la même tribu).

Et ce séparatisme juif est scrupuleusement appliqué par Éric Zemmour.

 

Éric Zemmour, un juif dissimulé

Éric Zemmour est l’incarnation du juif assimilé, son attitude est celle préconisée par Moses Mendelssohn, qui a pour fin, comme le frankisme, d’intégrer le judaïsme dans une forme de vie européenne sécularisée.

À l’instar des anciens frankistes bourgeois, Zemmour s’assimile en apparence, sans abandonner le tribalisme juif.

C’est ce qui explique pourquoi il confond « assimilation » et « dissimulation » ; et il se trahit lorsqu’il déclare :

« C’est comme moi, je m’appelle Eric, Justin, Léon. Mais, à la synagogue, je m’appelle Moïse. ».

L’on comprend dès lors que la polémique qu’il a déclenchée autour des prénoms étrangers relève de la pure démagogie, voire de la fourberie. Il exige des immigrés, et plus généralement des musulmans, qu’ils adoptent la culture française en se dépouillant de leurs cultures d’origine, sachant bien que c’est une impossibilité. De plus, la dissimulation, pratiquée à travers les siècles par nombre de communautés juives (marranes, sabbataïstes, frankistes, assimilés…), ne fait pas partie des traditions musulmane, maghrébine et africaine.

Et le comble, c’est que ce Moïse dissimulé se rend à la synagogue, non par obligation religieuse, mais par appartenance tribale et raciale, puisqu’il est athée.

La journaliste Anna Cabana rapporte :

« Il a deux vaisselles séparées, une pour la viande, l’autre pour le lait, car dans la Torah il est dit : « Tu ne mangeras pas l’agneau dans le lait de sa mère ». Jean-François Copé n’en revenait pas, lorsque Zemmour lui a raconté les deux vaisselles. Dehors, notre homme mange de tout. Sauf du porc. « Je n’aime pas. » Ah ? Même le Bellota ? « Je pense que j’ai sublimé l’interdit par le goût. » Il ne croit pas en Dieu, mais il fait quand même la prière à la synagogue. Et les fêtes religieuses. Et les bar-mitsva des garçons. On aperçoit une chaîne en or jaune sous sa chemise, on lui demande ce qui y pend, il sort un petit Sefer Torah, les rouleaux du texte saint. »

Éric/Moïse Zemmour, juif dissimulé, célébrant les fêtes juives et les bar-mitsva de ses fils, est marié à une juive séfarade. N’est-il pas alors étonnant d’entendre ce tribaliste pointer du doigt l’endogamie des musulmans maghrébins ?

À ce propos, Emmanuel Todd écrit :

« Les jeunes d’origine musulmane ont été l’objet de tant de procès et de condamnations idéologiques qu’il paraît nécessaire et juste de se demander s’ils sont vraiment moins bien assimilés… que certains de leurs juges. On évoque parfois aujourd’hui une ‘‘zemmourisation’’ de la société, transformant le porteur de ce patronyme en icône culturelle. Soyons anthropologue jusqu’au bout, et appliquons à Éric Zemmour les critères usuels d’évaluation du degré d’assimilation… Je suis certain que Zemmour, adepte du politiquement incorrect, ne nous en voudra pas de noter que le nom de jeune fille de son épouse suggère qu’il s’est lui-même satisfait d’un mariage endogame, dans sa communauté d’origine, juive d’Afrique du Nord, alors qu’il est lui-même né à Montreuil. Le Grand Inquisiteur des jeunes d’origine maghrébine est donc moins avancé dans son assimilation que la moitié des beurs d’origine algérienne qui vivent en union mixte… Un détour par l’Académie française, où un corps électoral âgé en moyenne de 78 ans vient d’élire Alain Finkielkraut nous fournit l’exemple complémentaire d’un idéologue, lui-même d’origine juive polonaise, toujours prompt à détecter la dimension ‘‘arabe’’ ou ‘‘noire’’ de nos problèmes sociaux, mais qui n’a pas non plus fait le grand saut dans le mariage mixte, au contraire de jeunes d’origine algérienne, marocaine, tunisienne ou africaine noire. »

Trôner dans les institutions françaises et dans les grands médias, occuper les postes stratégiques et désigner les ennemis, font partie des privilèges accordés par la République française à cette aristocratie illégitime. Et Zemmour a d’autres bonnes raisons d’être attaché à la République :

- Outre le fait que la République naissante émancipa ses coreligionnaires français, c’est grâce à ce régime que sa famille, juive algérienne, est devenue française. En effet, dès l’instauration de la IIIe République, en 1870, les Israélites vivant en Algérie acquièrent la nationalité française avec le décret Crémieux. Un décret émis par le ministre de la Justice de l’époque, Isaac-Jacob Adolphe Crémieux, qui fut également un haut dignitaire de la Franc-Maçonnerie et le Président de l’Alliance israélite universel.

- Une autre raison de son amour pour la République anti-catholique a été exposée par Zemmour lui-même, le 27 novembre 2011 lors d’une interview sur Radio Courtoisie :

« Je pense qu’Israël a une pratique de la souveraineté qui est exactement celle qu’avait la France pendant des siècles, c’est ça qui m’intéresse, c’est-à-dire une défense farouche de sa souveraineté, comme la France jusqu’au général de Gaulle, et qu’ils n’hésitent pas à employer la guerre comme moyen de défendre une politique et une souveraineté, exactement comme l’a fait la France pendant mille ans, c’est ça qui m’intéresse. Et je pense que le rapport complexe des Français vis-à-vis d’Israël vient de là. Moi je pense toujours que l’armée israélienne, c’est 1792, c’est le peuple en arme qui se bat avec les généraux de trente ans qui discutent et tutoient les soldats… Je pense que l’armée des Français de 1792 à 1805, c’était ça, exactement la même chose… Les Israéliens ont été installés sur une terre où il y avait déjà des gens, je dis des gens parce que je ne dis pas un peuple, vous savez bien un peuple il faut un sentiment d’appartenance et un destin commun qui n’existait pas chez les Palestiniens de 1948, puisqu’ils se sentaient arabe et c’est tout… »

 

 

Le rôle d’Éric Zemmour dans la stratégie du choc des civilisations

J’expliquais déjà en septembre 2016 que le rôle d’Éric Zemmour était de ramener les Français dans le giron d’Israël – d’où le parallèle, qu’il établit, avec une chutzpah (outrecuidance éhontée) incroyable, entre les armées révolutionnaires et Tsahal, entre la pratique de la souveraineté de la France et celle d’Israël.

Zemmour était, jusqu’à une période récente, très discret sur son sionisme. Il axait son discours sur la France, son indépendance, l’assimilation, l’immigration… pour glisser ensuite vers un discours anti-musulman. Tout ce qui était à même de séduire le français de droite, accessoirement catholique. Une fois la confiance de la France de droite acquise, une fois devenu son leader d’opinion, il a, en 2016, commencé à faire ouvertement la promotion d’Israël, en expliquant, dans son livre Un quinquennat pour rien, que « L’état major de l’armée sait qu’un jour viendra où il devra reconquérir ses terres devenues étrangères sur notre propre sol. Le plan est déjà dans les cartons, il a pour nom Opération Ronces. Il a été mis au point avec l’aide des spécialistes de l’armée israélienne qui ont transmis à leurs collègues français leur expérience de Gaza. La comparaison vaut tous les discours ».

Le message de Zemmour envoyé aux Français peut se résumer en une phrase : « Si vous ne suivez pas la politique israélienne, à savoir la discrimination raciale, la ratonnade et le bombardement des populations civiles, votre pays disparaîtra ». Par la tignasse des cheveux, Zemmour veut entraîner les Français dans la guerre civile planétaire.

Mais Éric Zemmour se garde bien d’expliquer que les groupes terroristes qui sévissent au Proche-Orient (sauf en Israël) sont soutenus et armés par l’État hébreu depuis le début de la guerre contre la Syrie.

D’ailleurs, en mai 2018, alors que les Israéliens tirs sur des manifestants palestiniens, Zemmour défend Israël qui est, selon lui « la cible privilégiée des médias occidentaux qui ne cessent de dénoncer la brutalité des méthodes de la démocratie illibérale », et il en profite pour rattacher Israël et sa politique aux droites européennes (conformément à la stratégie national-sioniste) : « Mais à Budapest comme à Varsovie, à Moscou comme à Jérusalem, les peuples votent massivement pour des gouvernements que ces grands médias vilipendent. »

Dans son tout nouvel ouvrage Destin français (paru en septembre 2018), Zemmour amalgame sans vergogne Israël et la France :

« Israël a été pendant des siècles le modèle de la France. La France devient à son tour le modèle d’Israël. Mais leurs temporalités se désaccordent. Israël est aujourd’hui la nation que la France s’interdit d’être. La nation farouche, sûre d’elle-même et dominatrice, pour qui la guerre est la continuation naturelle de la politique, pour qui la gloire des armes est une forme suprême d’art. Tsahal renoue avec l’enthousiasme des soldats de l’an II…

Les deux nations sont condamnées sous peine de mort à retrouver leur intimité ancestrale. Sans l’universalisme chrétien, Israël s’enferme dans un nationalisme ethnique et ségrégationniste qui trouve sa légitimité rationnelle dans le déséquilibre démographique. Sans le nationalisme juif, la France s’abîme dans la sortie de l’Histoire d’une nation millénaire dépossédée de son État, de son passé, de ses racines, de son territoire même, au nom de la religion abstraite et aveugle des droits de l’homme.

Ce n’est pas un hasard si Israël est haï depuis des décennies par une gauche française postchrétienne et postnationale qui, après avoir vénéré l’Union soviétique de Staline et la Chine de Mao (certains de leurs aînés n’avaient pas hésité à collaborer avec l’Allemagne de Hitler), s’est soumise à l’Islam comme ultime bannière impériale pour abattre les nations. C’est la France qu’ils vomissent en Israël. La France d’antan et la France éternelle. La France, son État-nation, son histoire millénaire et sa terre sacrée. Israël est le miroir d’une France qu’ils haïssent tant qu’ils veulent en effacer jusqu’à son reflet. »

Et pour faire accepter l’idée de convergence d’intérêts entre la France (où il s’est enkysté) et Israël, Zemmour travaille à nous entraîner tous, par des prophéties (juives) auto-réalisatrices, dans une guerre civile. Sa partition s’intègre ainsi parfaitement dans le cadre de ce que j’ai appelé « une vaste division du travail » en faveur du choc des civilisations et de la guerre civile planétaire.

Dans ce partage des rôles, chacun occupe une place bien déterminée :

- Le géopolitologue anglo-israélo-américain Bernard Lewis (père de la version laïcisée de la stratégie rabbinique et messianique du choc des civilisations), accompagnant le lobby pro-israélien aux États-Unis, a contribué à pousser l’Amérique de Bush dans la destruction du monde musulman.

- Bernard-Henri Lévy a contribué à la destruction de la Libye, en se vantant lui-même qu’il l’avait fait en tant que juif.

- La destruction des pays arabo-musulmans, et en particulier la Libye qui constituait un verrou, a permis à Georges Soros (milliardaire juif américain) d’organiser et financer, l’arrivée en masse de migrants en Europe.

- Éric Zemmour et Alain Finkielkraut, quant à eux, s’occupent de déclencher le chaos à l’échelle française.

La destruction des pays arabo-musulmans, du fait du lobby pro-israélien, est justifié par le discours et l’idéologie du choc des civilisations ; et par suite, les déferlantes migratoires qui en résultent constituent un levier et un argument qui alimentent le discours des Zemmour et des Finkielkraut, pour déclencher une guerre civile en Europe et en France.

C’est ainsi que le piège se referme sur les Français, dont une partie plébiscite ceux qui les mènent à leur perte.

Youssef Hindi

 

Destin français : des médiévistes dénoncent les mensonges d’Éric Zemmour

Dans Destin français. Quand l’histoire se venge, son dernier ouvrage, sorti cet automne, Eric Zemmour parle abondamment de l’histoire de France. Si l’auteur prend soin de ne jamais se poser en historien, on ne l’entend pas moins affirmer dans un entretien au Point qu’il fait une « synthèse historique » et que « l’histoire n’appartient pas aux historiens ». Nous ne chercherons pas ici à disséquer la vision politique qui sous-tend son travail : d’autres le feront, et mieux que nous.

Nous nous contenterons de faire notre travail de médiévistes, donc de parler du chapitre qu’il consacre à la première croisade ; et notre travail d’historien.ne.s, qui est de nous concentrer sur les faits, la seule chose qui distingue un travail sérieux d’une compilation de fake news. Et pour la peine, en hommage au travail magnifique qu’ils font chaque jour, on emprunte leur visuel aux Décodeurs du Monde.

 

En parlant d’Urbain II, Éric Zemmour note  que « on n’apprend plus aux écoliers qu’il fut le premier à appeler à la croisade » (p. 64)

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Éric Zemmour reprend ici une idée reçue souvent avancée dans le débat public et dont l’un des plus illustres défenseurs est Dimitri Casali.

On ne parle pas de la première croisade à l’école primaire, en effet : mais on parle de Louis IX (saint Louis) en CM1, et le programme officiel précise qu’il faut l’aborder comme « un représentant de la chrétienté de son temps », notamment pour ce qui est de ses deux croisades. On imagine donc que les enseignant.e.s définissent, au moins rapidement, ce qu’est la croisade.

En 5ème, le programme d’histoire s’ouvre par un thème consacré à « Chrétientés et islam, VIe-XIIIe siècle : des mondes en contact ». Les croisades occupent une place fondamentale dans cette partie du programme.

Et enfin, en 2nde, le premier chapitre du programme d’histoire porte sur la vie religieuse dans l’Occident médiéval. La quasi-totalité des manuels (notamment le Nathan collection Le Quintrec et le Belin collection Colon, qui représentent à eux deux plus de 40 % du marché) consacrent une double-page à la première croisade, dans laquelle Urbain II est largement cité.

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La première croisade dans les manuels scolaires de 2nde (respectivement Nathan Le Quintrec, Nathan Cote et Hachette)

Bref, au cours de leur parcours scolaire, les « écoliers » ont eu au moins trois occasions d’apprendre qui était Urbain II : on est très loin d’une damnatio memoriae.

 

« Selon le mot du grand historien René Grousset, spécialiste reconnu des croisades… » (p. 68)

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René Grousset est, sans aucun doute, un spécialiste reconnu des croisades, et plus encore un grand historien. Éric Zemmour « omet » simplement de rappeler qu’il écrivait… dans les années 1930. Or, depuis, on dispose de très nombreuses nouvelles sources que Grousset n’avait pas : de nouvelles chroniques, notamment arabes, des recherches archéologiques, etc. Surtout, depuis, il y a eu de nombreux autres historiens qui se sont penchés sur les croisades : Joshua Prawer, Jean Flori, Jonathan Riley-Smith, Claude Cahen, pour ne mentionner que quelques défunts… Leurs travaux ont considérablement amendé et corrigé les vues de René Grousset.

En effet, celui-ci était très influencé par l’utopie coloniale de son époque. Son Histoire des Croisades et du Royaume Franc de Jérusalem sort en 1934, quelques années seulement après la grande Exposition Coloniale de 1931. Il cherche en réalité à faire des croisades le reflet idéalisé de la colonisation française du Liban et du Maghreb. Il insistait donc avant tout sur la bonne administration des Latins, sur les exemples de contacts apaisés entre Latins et musulmans, quitte à laisser de côté certaines sources. Bref, il s’agit d’une vision historique extrêmement orientée politiquement.

En outre René Grousset développe, au fil de son œuvre, une vision extrêmement pessimiste de l’histoire : il parle déjà d’invasion venue de l’Asie, menaçant la civilisation européenne – sauf qu’à l’époque il pense davantage au Japon et à la Chine, pas réellement au monde musulman…

 

« La vague islamique déferle… Les Turcs seldjoukides […] se sont jetés aussitôt sur l’empire byzantin […] Urbain II sait la suite, car il connaît le passé des invasions musulmanes » (p. 67)

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Carte - Le Proche-Orient en 1095

C’est le leitmotiv du chapitre : les Seljoukides menacent l’Europe, qui n’est sauvée que par la première croisade. Là encore, il s’agit d’une affirmation au minimum réductrice. Certes, les Seljoukides, une dynastie turque, relancent dans les années 1055-1075 une vague de conquêtes territoriales dont la manifestation la plus spectaculaire est la victoire de Manzikert, en 1071. Mais, en 1095, au moment où Urbain II appelle à la croisade, la dynastie seljoukide, à la mort du grand sultan Malik Shah, s’est déjà elle-même morcelée en plusieurs branches rivales, ce qui met un terme à ces entreprises conquérantes.

À l’échelle de l’ensemble du monde musulman, il faut rappeler que l’islam est alors extrêmement divisé, en plusieurs califats rivaux qui s’opposent souvent plus violemment les uns aux autres qu’ils ne s’opposent aux pouvoirs chrétiens. Ajoutons en outre que le jihad n’est pas du tout à l’ordre du jour à l’époque : au contraire, ce sont les croisades qui réactiveront, en Orient, un discours du jihad. Il est donc extrêmement fallacieux de parler de vague islamique, comme si l’islam formait un océan uni prêt à déferler sur l’Europe. Au moment où la première croisade atteint son objectif, les musulmans sont au contraire politiquement divisés et très surpris par l’irruption d’armées venant de l’autre bout du monde.

« La culture grecque, c’est l’Europe » (p. 67)

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ConquestOfConstantinopleByTheCrusadersIn1204
Prise de Constantinople en 1204

Deux contre-vérités dans une simple phrase. D’abord, cette « Europe » autour de laquelle Éric Zemmour construit tout son propos n’existe pas à l’époque : en particulier, le monde byzantin, de culture grecque, et le monde latin sont déjà largement distincts, voire opposés. À cet égard, il est très significatif de voir qu’Éric Zemmour gomme totalement la quatrième croisade (1204). Au cours de celle-ci, les croisés occidentaux finissent par prendre et par piller la ville de Constantinople elle-même.

À ce moment il existe de vraies tensions au sein de la Chrétienté et les Grecs sont perçus très négativement par les Latins, devenant l’incarnation de la perfidie, de la couardise et de l’avarice. Les Grecs, quant à eux, considèrent les Latins comme des envahisseurs dangereux, voire comme des barbares : la chronique d’Anne Comnène, fille de l’empereur Alexis Comnène, souligne bien que Grecs et Latins ne partagent pas la même culture.

De fait, l’Europe n’émerge véritablement comme concept que dans la pensée des humanistes au XVe siècle, qui, inquiets de la montée de l’Empire ottoman, vont opposer l’Europe chrétienne à l’Asie musulmane.

Deuxième erreur : l’assimilation entre culture grecque et l’Europe. En effet cette culture grecque – il faudrait d’ailleurs plutôt parler de culture gréco-romaine – a également été reçue par le monde musulman. C’est d’ailleurs, dans la quasi-totalité des cas, via des textes arabes que l’Occident latin va redécouvrir le corpus grec (les textes médicaux, scientifiques ou philosophiques, notamment Aristote).

L’affirmation d’Éric Zemmour ne sort pas de nulle part. Il semble en effet reprendre la vision avancée en 2008 par Sylvain Gouguenheim, qui provoqua à l’époque une très vive réaction du monde universitaire européen. En plus de sa vision politiquement orientée, l’auteur fut accusé d’avoir manipulé, voire inventé des sources pour soutenir ses idées.

 

« Depuis des siècles, l’Église s’est pourtant attachée à contenir les pulsions belliqueuses des seigneurs […] multipliant les « paix de Dieu » […] et autres « trêves de Dieu » » (p. 65)

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Affirmation maladroite pour le moins : la Paix de Dieu n’a été lancée que lors du Concile de Charroux, en 989. Au moment de la première croisade, ça fait donc 106 ans qu’elle existe, et pas « depuis des siècles ». En outre, à la suite notamment de Dominique Barthélemy, la tendance actuelle de la recherche historique est de relativiser l’impact de la paix de Dieu, pour souligner que la violence féodale était déjà extrêmement régulée et normalisée et que, dans une certaine mesure, diverses institutions ecclésiastiques ont pu au contraire exacerber les violences locales.

 

« La croisade est une immense victoire. Une victoire française. Le salut de l’Europe chrétienne est venu de France » (p. 68)

« Godefroy de Bouillon était (pratiquement) français » (p. 71)

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Éric Zemmour confond volontairement le terme de Francs, qui désigne les croisés, et celui de Français. Il suffit d’en revenir aux sources, qui affirment clairement le caractère plurinational des troupes de la première croisade : le chroniqueur Foucher de Chartres, qui a participé à la croisade, parle ainsi d’« une multitude infinie parlant des langues différentes, et venue de pays divers ».

Il mentionne notamment des Français, mais aussi des Italiens, des Anglais, des Bretons, des Lorrains, des Normands, des Teutons, des Gascons, des Espagnols, des Bourguignons, des Provençaux,… Or tous ces peuples ne sont pas français et ne se définissent pas comme français : si certains finiront par le devenir (comme les Provençaux ou les Bretons), ce n’est que bien des siècles plus tard et il est donc extrêmement fallacieux de coller sur le XIe siècle des identités qui n’existent pas à l’époque. Godefroy de Bouillon, duc de Basse-Lotharingie, n’est « français » ni par la langue qu’il parle, ni par ses fidélités politiques (puisqu’il est vassal de l’empereur du Saint-Empire romain germanique).

Ce qui est fascinant, c’est que cette confiscation de la croisade par les Français et pour les Français commence dès l’époque médiévale. Un pèlerin allemand (Jean de Würzburg) note en effet vers 1170 que les Français ont, à Jérusalem, changé l’épitaphe de la tombe d’un croisé de la première heure, un Allemand bien connu, pour en faire un Français : avec colère, il rappelle que cette croisade a été faite par bien des peuples et que Godefroy de Bouillon et Baudouin, les deux premiers souverains de Jérusalem, étaient des « Franconiens » et pas des « Francs ».

Au XIXe siècle, une violente querelle opposa de même érudits français et belges, les deux cherchant à s’approprier la figure prestigieuse de Godefroy de Bouillon, dans un contexte de construction des identités nationales.

Éric Zemmour apparaît donc comme l’héritier de cette longue volonté de confisquer la gloire de la croisade, quitte à réécrire une épitaphe ou à fausser l’histoire.

 

« La croisade aura duré moins de deux siècles » (p. 68)

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Il est faux de parler de « la croisade », comme s’il s’agissait d’un mouvement unique. Durant toute la période médiévale, le pape lance des croisades en direction de la Terre sainte bien sûr, mais aussi de l’Espagne, de l’espace balte (croisades des Chevaliers Teutoniques), contre les Albigeois (les cathares) dans le Languedoc ou encore contre un ennemi politique en Occident… Il n’y a donc pas qu’une seule croisade.

En outre, Éric Zemmour confond (là aussi, volontairement) les États latins d’Orient et les croisades. Les premiers disparaissent en 1291, avec la prise d’Acre par les Mamelouks : notons cependant que le royaume de Chypre dure jusqu’en 1489. Par contre, les croisades, au sens strict de pèlerinage armé sanctionné par la papauté romaine, durent bien plus longtemps : des bulles de croisade sont promulguées en 1478, 1479, 1481, 1482, 1485, 1494, 1503 et 1505, pour soutenir la Reconquista espagnole ; puis très souvent au XVIe siècle contre l’Empire ottoman. L’esprit de croisade est très fort aux XVe-XVIe siècle et il joue un rôle clé dans le processus des « Grandes Découvertes » : c’est en pensant à la reprise de Jérusalem que Christophe Colomb part vers l’ouest. Et ce n’est qu’en 1847 que la papauté reconnaît officiellement que l’argent levé pour la croisade sera désormais utilisé pour l’entretien des églises, et non pour faire la guerre aux infidèles.

 

« Le pape Urbain II avait reçu la visite d’un Picard qu’on nommait Coucou Piètre, ou Pierre l’Hermite » (p. 65)

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Le surnom « Coucou Piètre » sort littéralement de nulle part : on le trouve pour la première fois, à notre connaissance, chez Jules Michelet, que d’ailleurs Éric Zemmour cite juste après. Avec tout le respect dû à ce grand écrivain du XIXe siècle, il faut préciser que ce n’est pas une source de l’époque des événements (ce qu’on appelle une source primaire), mais un romancier qui écrit des siècles plus tard. Les historien.ne.s contemporain.e.s n’ont pas repris ce surnom que l’on ne trouvera jamais dans un bon livre d’histoire sur les croisades.

Pierre l’Ermite, lui, a bien existé et il a joué un rôle fondamental durant toute la première croisade, même si sa visite à Urbain II n’est absolument pas attestée. Dans un bel article sur le sujet, Jean Flori note très clairement que la grande majorité des sources dont on dispose ne font de Pierre l’Ermite que le chef d’un des premiers contingents de la croisade. Il a probablement été un prédicateur très populaire, prétendant avoir reçu une vision divine ; mais il apparaît historiquement très peu probable qu’il soit à l’origine de la première croisade.

 

« On ne peut juger du bien-fondé des croisades qu’à la lueur de la chute de Constantinople devant les troupes turques en 1453 » (p. 69)

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Un.e historien.ne n’a pas à « juger du bien-fondé » de quoi que ce soit : son rôle n’est pas de distribuer bons et mauvais points ni de siéger dans une sorte de tribunal de l’histoire…

Plus grave encore, la méthode que propose Éric Zemmour s’appelle une approche téléologique : cela consiste à voir un événement en fonction de ce qui s’est passé après lui. C’est l’un des gros biais qui guettent toujours l’historien.ne, puisqu’évidemment, quand on raconte l’histoire, on en connaît la fin : on a donc toujours tendance, parfois inconsciemment, à considérer que les événements devaient forcément déboucher sur cette fin-là. Or un événement a des causes, puis des conséquences, dans cet ordre, et on ne peut pas lire un événement à partir de ses conséquences (ou, en tout cas, pas seulement).

Écrire que la première croisade ne se comprend que par rapport à la chute de Constantinople en 1453 peut sembler fondé : en réalité, c’est tout aussi absurde que si on écrivait « la politique fiscale du cardinal de Richelieu est entièrement justifiée par le krach boursier de 2008 ».

 

« L’affaiblissement de l’esprit de croisade ne fut pas une marque de progrès moral mais une preuve de décadence » (p. 70)

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Aux dernières nouvelles, la « décadence » n’est pas un outil d’analyse historique, mais un pur fantasme pseudo-historique, qui cache en réalité un jugement d’ordre moral. Il est donc faux de présenter cette affirmation comme une vérité générale : il faudrait écrire : « à mes yeux, l’affaiblissement de l’esprit de croisade est une décadence… ».

 

« Pour fonder et justifier leurs attaques meurtrières sur le sol français en 2015, les propagandistes du Califat islamique sonnèrent l’heure de la revanche contre les « croisés ». Cette appellation fit sourire nos esprits laïcisés et incrédules. Nous avions tort. Cette histoire longue est encore très vivante en terre d’Islam, alors que notre présentisme consumériste et culpabilisateur a tout effacé de nos mémoires » (p. 71)

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Contrairement à ce qu’écrit Éric Zemmour, on trouve bel et bien un discours de la croisade appliqué au monde contemporain en Occident : le 16 septembre 2001, George W. Bush parlait ainsi de la « croisade » contre le terrorisme. Le mot provoqua alors un tollé de protestations, notamment venu du monde musulman, et le président américain tenta de s’en excuser et de rattraper sa bourde. On aurait également pu citer le « bon mot » du général Gouraud, devant la tombe de Saladin à Damas en 1920 : « nous voilà de retour, monsieur le sultan ! » (probablement apocryphe, mais révélateur). En plus proche de nous encore, comment oublier qu’Anders Breivik, juste avant de tuer 77 personnes se présentait comme un Templier et un croisé… ?

Bref, il n’y a donc pas d’oubli occidental : le vocabulaire de la croisade n’a jamais véritablement déserté les imaginaires contemporains, en Orient comme en Occident. Depuis la période médiévale, il a sans cesse été reconvoqué, réutilisé, remobilisé, et gageons qu’il le sera encore pendant très longtemps.

 

Ce fact-checking a été conçu et écrit par Florian Besson et Simon Hasdenteufel, spécialistes des États latins en Orient.
L’ensemble d’Actuel Moyen Âge est solidaire de cet article.

Les anachronismes de Zemmour

 

Éric Zemmour n’en rate pas une pour s’en prendre à l’islam et s’en réfère à l’histoire pour appuyer sa démonstration. Le problème c’est qu’il s’emmêle les pinceaux quand il aborde certains épisodes historiques.

Voici ce qu’il répond dans un tout récent entretien, accordé à Boulevard Voltaire, lorsqu’on lui demande si 2019 sera Lépante ou Constantinople (en référence aux batailles historiques des Européens contre les Ottomans) :

« D’ailleurs vous ne croyez pas si bien dire, vous avez vu que les seuls pays qui se révoltent contre cette islamisation c’est les pays de l’est. Et ces pays de l’est, pourquoi ils se révoltent ? Parce que la Hongrie a connu trois siècles d’occupation ottomane et que c’est un général polonais, Piłsudski, qui a arrêté les Ottomans à Vienne en 1683. »

 

 

Or, si Piłsudski est bien une figure politique et militaire polonaise, il a vécu entre 1867 et 1935, pas au 17ème siècle. Zemmour confond probablement ce personnage, qui a été un des principaux hommes d’État de la Deuxième République polonaise (1918-1939), avec Jean Sobieski, héros national polonais qui a effectivement battu les Turcs à Vienne en 1683.

Cette confusion relève le peu d’intérêt de la part d’Éric Zemmour pour l’histoire des peuples d’Europe centrale. Imaginez si un essayiste polonais se mettait à clamer que c’est Charles de Gaulle au lieu de Charles Martel qui a stoppé les armées omeyyades à Poitiers en 732.

L’erreur ne fait pas réagir le journaliste de Boulevard Voltaire, qui manque probablement de culture historique puisque les propos de Zemmour sont retranscrits sans vergogne sur le site de BV.

La narration de Zemmour convenait probablement à cette plateforme, lancée par Robert Ménard et Dominique Jamet en 2012, très focalisée sur la question de l’islam.

La thèse zemmourienne prétend que les pays de l’est se révoltent contre l’immigration principalement à cause du traumatisme des invasions ottomanes. Or, ce sont surtout les exemples de ghettoïsation, de sociétés parallèles, de terrorisme, de criminalité, de parasitisme, vécus dans certains pays d’Europe occidentale qui agissent comme facteur de dissuasion pour ces pays.

Curieusement, Zemmour n’aborde jamais la question de l’aversion des Hongrois pour George Soros. Si l’on applique la méthode zemmourienne à ce cas, on pourrait dire que les Hongrois puisent leurs racines judéophobes à l’égard de Soros dans les expériences historiques négatives de la Hongrie au XXème siècle. De mars à août 1919, le pays a effectivement expérimenté une République des conseils de Hongrie, d’inspiration communiste. Une grande partie des membres de ce gouvernement, à l’instar de Béla Kun, étaient juifs, de même que les principaux responsables de la Terreur rouge hongroise (ensemble des actions de répression politique exercée par ce régime), Tibor Szamuely et Otto Korvin.

Alimuddin Usmani

 

***

Rappel : en 1995, Éric Zemmour travaillait déjà à « l’union des droites » sous dominance communautaire…

 

 

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Rappel contre l’arnaque Zemmour : non au national-sionisme !

 

– Parce que le premier « grand remplacement » fut d’abord celui qui s’est opéré partout dans les médias…

- Parce que pas de « grand remplacement » sans grand remplaceur…

- Parce que la communauté juive de gauche est la principale responsable de l’immigration de masse et la communauté juive de droite la principale responsable de la radicalisation communautaire…

- Parce que les racailles ne sont pas les enfants de l’islam mais de SOS Racisme…

- Parce que le « suicide français » est une tentative d’assassinat et qu’Éric Zemmour connaît parfaitement l’assassin !

- Parce que si Renaud Camus veut lutter contre le « grand remplacement », qu’il commence déjà par faire des gosses !

- Parce que ceux qui nous poussent aujourd’hui à la guerre civile sont les mêmes qui ont détruit le Liban et la Yougoslavie…

- Parce qu’un patriote authentique doit tout faire pour éviter la guerre civile !

- Parce que le « terrorisme islamique » est une création américano-saoudienne supervisée par Israël, pour détruire en premier lieu les nations arabo-musulmanes…

- Parce que le nationalisme arabe est le meilleur rempart contre l’islamo-mondialisme…

- Parce que les crises migratoires actuelles sont aussi la conséquence des guerres pour Israël…

- Parce que Netanyahou et Goldnadel ne sont pas l’alternative à George Soros…

- Parce qu’Israël n’est pas un rempart contre l’immigration mais un État d’immigrés-colons…

- Parce que le sionisme est un nationalisme pour les juifs, mais un antinationalisme pour tous les autres…

- Parce qu’Israël n’est pas un rempart contre le terrorisme mais un État terroriste qui prospère sur l’insécurité et le mépris du droit international…

- Parce que la « terre promise » ce n’est pas seulement Israël mais la terre tout entière…

- Parce que prendre Israël pour modèle, c’est vraiment ne rien comprendre au mondialisme !

- Parce qu’un patriote chrétien digne de ce nom ne peut avoir aucune admiration pour une armée qui tire sur des femmes et des gosses, poussés à la misère et au désespoir, après leur avoir volé leur terre…

- Parce que les premiers arabes à s’opposer au projet sioniste étaient des Palestiniens chrétiens, avant la création de comités islamo-chrétiens refusant l’expropriation de leur terre…

- Parce que le « judéo-christianisme » est une escroquerie théologique et un mensonge historique !

- Parce que dès la naissance du christianisme les tenants du judaïsme ont persécuté le Christ et ses disciples…

- Parce que les juifs considèrent le Christ comme un faux prophète et un sorcier (Sanhédrin 43a) et la Vierge Marie comme une prostituée (Sanhédrin 106a)…

- Parce qu’en France ce ne sont pas les musulmans qui attaquent le catholicisme mais les laïcards…

- Parce que la laïcité est une escroquerie maçonnique et que derrière la loge se tient la synagogue…

- Parce que nous n’avons pas besoin de la permission de Finkielkraut pour relire Maurice Barres !

- Parce qu’Attali ne nous aura pas non plus avec son nouveau national-mondialisme !

- Parce que nous ne sommes pas obligés de choisir entre Christine Angot et Élisabeth Lévy, entre LGBT et LDJ, entre Tel Aviv et Jérusalem !

- Parce que la crise sociale actuelle nous vient de la politique de la dette exercée par Wall Street et pas de la Mecque ni de la Bande de Gaza…

- Parce que la question raciale doit toujours s’articuler avec la question sociale…

- Parce que la minorité des racailles et des djihadistes ne doit pas nous faire oublier l’immense majorité des OS1 et des OS2 qui bossent au côté des autres ouvriers français sur les chaînes de montage…

- Parce que nous sommes les nationalistes français authentiques et légitimes…

 

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