Les réseaux pédocriminels n’existent pas | Réseau Lambeth

Angleterre: zoom sur un réseau pédophile

niché dans des orphelinats

En Angleterre, les affaires de réseaux pédophiles impliquant des politiciens font vraiment tâche, et personne n’a envie que le scandale n’éclate.

Il ne se passe donc rien depuis des mois au sujet de la grande enquête sur l’étouffement des affaires de réseaux VIP.

Pendant ce temps, la police continue, elle, d’enquêter sur plusieurs de ces dossiers, qui n’arriveront probablement jamais sur le bureau d’un juge.

La grande enquête a sérieusement pris l’eau depuis que la ministre de l’Intérieur Theresa May (actuelle premier ministre) en a ait éjecté les victimes et les citoyens.

Mais de toute manière, elle n’a jamais tenu compte de leurs remarques.

Quant à la nouvelle juge nommée pour s’occuper de ça, elle vient de Nouvelle Zélande et strictement personne ne pense qu’elle mènera le dossier à son terme.

Tout le monde a bien compris que là n’est pas le but de la première femme conseillère de la Reine en Nouvelle Zélande…

Par contre, les choses remuent encore du côté de la police.

Six semaines après sa mort, deux des résidences de l’ex ministre de l’Intérieur Leon Brittan ont été perquisitionnées, en même temps que les demeures de trois autres types cités dans de vieux dossiers de réseaux VIP.

Leon Brittan est grandement soupçonné d’avoir fait disparaître des dizaines de dossiers de réseaux VIP pendant qu’il était au Home Office.

Il est aussi cité comme l’un des visiteurs d’Elm Guest House, ce bordel fréquenté par des pédophiles conservateurs, par des stars du show biz et des agents des renseignements, notamment.

Brittan est également cité par une victime comme étant l’un des témoins du meurtre d’un mineur lors d’une partouze.

Il avait deux appartements à Pimlico, un complexe de 1.215 appartements de standing où un tas de pédophiles vivaient et où des partouzes avaient lieu régulièrement, selon plusieurs anciennes victimes.

Ces domiciles ont été perquisitionnés récemment ainsi que d’autres.

Juste après la police a parlé d’une espèce de donjon retrouvé à Pimlico.

Ils se demandent si une des cellules de l’appartement en question ne servait pas à enfermer les enfants avant les partouzes.

Les domiciles de lord Bramall, un vétéran du débarquement en 1945 et ancien plus haut officier de l’armée anglaise, et de Harvey Proctor, un autre client d’Elm Guest House ont aussi été perquisitionnés en même temps.

 

Le réseau de Lambeth

En 1997, la presse de ce grand arrondissement du sud de Londres, situé pas très loin de Pimlico, a relaté la découverte d’un donjon de tortures au sein même du commissariat.

Ledit donjon était tout équipé, avec menottes, chaînes, lumière rouge et instruments divers.

Ce sont des employés civils de la police qui avaient raconté l’histoire avant de tous se faire virer.

Scotland Yard est quand-même passée voir de quoi il retournait.

On a donc regardé les nombreux contenus pédopornographiques qui étaient conservés dans le commissariat, ce qui a permis de voir que des enfants des orphelinats des alentours étaient amenés dans ce commissariat pour y subir diverses agressions.

Apparemment, plusieurs officiers prostituaient carrément ces enfants dans le commissariat [1].

Le policier Clive Driscoll a alors été nommé sur cette affaire, mais quand son enquête l’a mené sur la piste de politiciens, il a été muté hors de Lambeth.

Mais, il avait eu le temps de comprendre que les 25 orphelinats de Lambeth étaient tenus depuis une vingtaine d’années par un gros réseau pédophile [2].

Quand il a cité certains politiciens au cours d’une réunion confidentielle, Driscoll a reçu une sanction disciplinaire.

 

Au moins 50 enfants ont disparu de ces orphelinats et leur famille n’en a plus jamais entendu parler.

On sait aussi que 124 enfants de Lambeth ont été envoyés dans les tristement célèbres orphelinats du Pays de Galles, où des viols ont eu lieu à une échelle industrielle.

Sporadiquement, quelques éducateurs des foyers de Lambeth ont été condamnés pour pédophilie, toujours comme des cas isolés, et des contenus pédopornos ont été saisis en quantité.

Dans les années 80, un groupe d’anciens pensionnaires du home de Lambeth a expliqué à la police qu’ils y étaient violés, dans un appartement, par un groupe de pédophiles.

Mais là aussi, l’enquête a vite été close.

En 1993, un certain Bulic Forsythe, un responsable des services sociaux de Lambeth, a été assassiné.

Un meurtre qui reste irrésolu mais sur lequel la police a décidé d’enquêter à nouveau, soupçonnant qu’il soit lié au réseau pédophile local et à Carroll.

En effet, juste avant d’être assassiné, Forsythe a dit à des proches qu’il voulait faire éclater le scandale du réseau pédophile en question.

Une enquête menée à ce sujet par des journalistes a permis d’apprendre que quelques heures avant la mort de Forsyth, battu à mort dans son appartement ensuite incendié, des types ont été vus par un voisin alors qu’ils emmenaient des dossiers depuis l’appartement du travailleur social.

Deux autres types ont été vus dans une voiture en bas de l’immeuble.

Une autre enquête, menée durant cinq ans à partir de 1998 par la Metropolitan Police à ce sujet, a mené à l’identification de 200 victimes des années 60 aux années 80 [3].

Mais étrangement aucun des 19 suspects n‘a été identifié.

Les enquêteurs, en tout cas, avaient compris que plusieurs travailleurs sociaux et responsables des services sociaux pédophiles étaient en lien entre 1974 et 1994.

En 1999, c’est un certain Michael John Carroll, ex employé des services sociaux de Lambeth qui dirigeait des orphelinats (malgré une condamnation antérieure pour des faits de pédophilie [4], qui a enfin été inquiété pour quelques agressions sexuelles [5] pour lesquelles il a pris 10 ans de prison – et il est sorti en 2004.

Mais quand il a été arrêté, un député travailliste a tenté de faire pression sur la police pour que l’enquête soit abandonnée.

Le “Angel Roads Children Home” est l’un des orphelinats qui étaient sous la responsabilité de Carroll.

Plusieurs personnes ont témoigné que des visiteurs du soir, parmi lesquels des politiciens, s’y rendaient régulièrement.

Une partie des viols avaient lieu dans un appartement privé situé dans l’orphelinat.

 

Des protections évidentes

Des travailleurs sociaux qui ont tenté de dénoncer Carroll aux flics ont été royalement ignorés.

Leurs témoignages sont restés lettre morte et aucune enquête n’a été ordonnée.

Carroll était aussi ami avec John Allen, qui dirigeait plusieurs orphelinats au Pays de Galles [6], dans lesquels de nombreux abus ont eu lieu, et qui eux aussi étaient visités par divers VIP dont très certainement un des bras droits de Thatcher, Peter Morrison qui est aussi l’un des amis du pédophile US Jeffrey Epstein [7].

John Allen aussi a manifestement été protégé pendant de longues années, avant d’être condamné en 2014 seulement pour quelques uns de ses actes, et en tant que prédateur isolé.

Ces liens, les flics qui ont enquêté sur Carroll les connaissaient dès 1998 [8].

Mais on a soigneusement évité de parler de cette amitié, qui remontait au moins jusqu’aux années 80, lors du procès de Carroll.

A l’époque, certains travailleurs sociaux qui avaient enquêté sur Carroll savaient bien que l’affaire des orphelinats de Lambeth ne se limitait pas à Lambeth, et avait des ramifications au Pays de Galles et d’autres orphelinats du pays.

Les enfants étaient envoyés d’une région à l’autre, entre des orphelinats aujourd’hui connus pour avoir été des lieux d’abus à grande échelle.

Mais, pour protéger les politiciens impliqués, toute l’affaire a été étouffée.

En janvier 2011, un flic de Lambeth a été condamné pour production et diffusion de pédopornographie.

On ignore combien de films ont été tournés à Lambeth ou même dans le commissariat, et le type, Jordan Janssen, a refusé de donner les noms des autres flics impliqués.

A Lambeth, une femme a expliqué récemment avoir été victime d’abus sexuels très violents dans les sous-sols du conseil local.

Elle a dit que des enfants étaient présents et violés aussi, ainsi que des animaux.

La responsable des services sociaux de Lambeth dans les années 80 était Janet Boateng, la femme d’un député travailliste qui est cité comme membre d’un réseau pédophile et satanique par plusieurs témoins.

Paul Boateng est entré au ministère de la santé, où il avait en charge les services sociaux et la santé mentale, puis il a été chargé des “questions de l’enfance” au ministère de l’économie.

Il dirige aujourd’hui une compagnie militaire privée, Aegis Defense Services.

Boateng a été anobli et manifestement lui et sa famille sont bien protégés : son fils, accusé d’avoir violé une femme de 23 ans, n’a été condamné qu’à une faible peine.

En 2006, il avait déjà échappé une condamnation pour le viol d’une adolescente en Afrique du sud.

Plusieurs politiciens de Lambeth ont quand-même été condamnés pour des faits de pédophilie, comme Susan Smith, qui a pris 18 mois pour avoir agressé une mineure, en 1992.

Smith, politicienne du labour, avait été chargée du comité des services sociaux.

Mais elle n’hésitait pas à rater des séances pour ses “parties de sexe” avec la mineure.

En 2010, c’est un autre conseiller du Labour, Toren Smith, qui a été arrêté pour production et détention de pédopornographie mais a échappé à une peine de prison ferme.

Et on a aussi vu Cyril Smith, le député aux 144 plaintes pour viols et abus sexuels restées lettre morte, ami de Savile et client d’Elm Guest House, trainer du côté de Lambeth, pas loin du Parlement.

Un appartement de ce secteur a fait partie des cibles d’une enquête menée sur un réseau pédophile VIP auquel appartenait Smith, dont les victimes étaient des gamins des orphelinats ou de jeunes prostitués, ce qui n’était pas si rare à Londres à l’époque, notamment du côté de Picadilly circus.

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Il est clair qu’on n’a levé qu’un coin du voile sur le réseau de Lambeth et ses connexions avec d’autres réseaux, dont celui des VIP.

Aujourd’hui, on peut réellement douter, malgré le travail de la police, que les coupables toujours en vie et toujours en activité seront punis.

 

[1] Mais finalement les autorités ont conclu qu’il n’y avait aucune preuve que des flics étaient impliqués, ni que des abus ont pu être commis dans ce donjon.

[2] Ne pas confondre Lambeth et Islington, un autre arrondissement, au nord de Londres, où tous les orphelinats publics abritaient des réseaux pédophiles pendant que Margaret Hodge dirigeait le conseil local et a couvert les agissements des pédophiles.

Apparemment, des enfants circulaient entre Lambeth et Islington.

D’ailleurs, un certain Abraham Jacobs, condamné en 1986 pour kidnapper et exploiter de jeunes fugueurs, avait travaillé dans les orphelinats des deux arrondissements.

Il envoyait ensuite les gamins chez des pédophiles VIP.

[3] Sur à peu près 7.000 enfants passés par les orphelinats de Lambeth à cette période.

[4] En 1966, à 18 ans, il a été condamné pour l’agression d’un gamin de 12 ans.

Carroll a quand même été viré en 1991 pour sa mauvaise gestion des orphelinats.

Mais il a pu s’acheter deux demeures à plus de 500.000£ chacune.

[5] Il était poursuivi pour 76 agressions sexuelles qu’il a niées, commises entre 1966 et 1986.

[6] On ne l’a appris que très récemment : quand Allen a été arrêté et condamné à 11 ans de prison.

[7] Peter Morrison, grand ami du clan Rothschild et de Tony Blair, est cité, comme Paul Boateng dont on va parler plus bas, dans une liste de membres d’une sorte de culte satanique, et pédophile.

Il y a une dizaine de mentions de Mandelson dans le carnet d’adresses d’Epstein, qui fréquentait aussi Bill Clinton, le prince Andrew et un tas de gens du gotha, et prostituait des mineures dans ses partouzes.

[8] Par exemple, Carroll, lui-même passé par les orphelinats dans son enfance, emmenait des garçons de l’orphelinat en camping au Pays de Galles. Carroll tenait un bar à Wrexham au nord du Pays de Galles, où des enfants ont été violés.

Il y avait aussi une résidence, et avait acheté un hôtel dans une ville proche.

 

700 victimes de l’orphelinat de Shirley Oaks, à Londres, se sont regroupées dans une association afin d’obtenir justice pour les abus qu’ils ont subis enfants.

La Shirley Oaks Survivors Association (SOSA) regroupe aussi les témoignages des victimes, qui dénoncent l’existence d’un vaste réseau pédocriminel d’exploitation des enfants, qui opérait dans les orphelinats de l’arrondissement de Lambeth à Londres.

Les enquêtes sur le réseau pédophile VIP sont étouffées les unes après les autres, et finalement aucun politicien anglais n’est mis en cause par la justice. Un véritable tour de force.

Tous seraient donc innocents, doit croire le grand public.

Oui mais voilà : des centaines de victimes des orphelinats d’un arrondissement londonien dont on a déjà beaucoup parlé, Lambeth, se rebiffent.

Retour sur le Lambeth des années 80

En 1992, trois travailleurs sociaux des orphelinats de Lambeth sont renvoyés au tribunal pour des viols et agressions sexuelles commises sur des enfants dont certains étaient à la charge de services sociaux.

En 1993, il est question de “centaines” de garçons de Southvale, West Norwood, et quatre autres orphelinats de Lambeth, qui seraient tombés entre les mains d’un réseau de production de pédopornographie. Trois types ont été arrêtés et immédiatement relâchés sous caution.

La même année, Bulic Forsythe, responsable des services sociaux de Lambeth, est assassiné après avoir commencé à regarder de plus près ce qu’il se passe dans les orphelinats du secteur et menacé de tout balancer.

Il suivait la piste d’un réseau de pédopornographie qui tournait des films dans les locaux des services sociaux de Lambeth, et était tombé sur des politiciens, des flics et des employés du conseil.

Il a été tué dans les heures après avoir annoncé son intention d’exposer le dossier.

Le lendemain de sa disparition, alors qu’on a retrouvé son corps deux jours après, des voisins ont vu des types emporter des documents de chez Forsythe.

Sari Conway, qui a été chef du conseil de Lambeth en intérim, a dû quitter son domicile, puis son poste, suite à des menaces qui ont commencé quand elle démarré une enquête interne sur les faits d’abus sexuels.

 

En 1995, il est question de pédopornographie réalisée dans les locaux du conseil de Lambeth, monté avec les ordinateurs du conseil, par des employés du conseil.

Mais aucun film n’aurait été trouvé.

Cette année-là, une femme victime d’abus dans ces mêmes orphelinats lorsqu’elle y a travaillé  [1] manque d’être brûlée vive par un type, alors qu’elle avait entamé une procédure contre un des agresseurs.

Cette femme avait dit avoir été violée par plusieurs membres du conseil de Lambeth, de manière ultra violente, dans les sous-sols du conseil de Lambeth, et cela en même temps que des enfants et des animaux.

Elle avait déjà subi diverses menaces auparavant.

Malgré la tentative d’immolation, elle a décidé de maintenir sa plainte, et là un type est entré chez elle de nuit et l’a aspergée d’essence sur le lit où elle dormait.

Elle en a réchappé de peu.

En 1995, l’ensemble des orphelinats de Lambeth est fermé.

En 1997, la presse de ce grand arrondissement du sud de Londres, situé pas très loin de Pimlico, a relaté la découverte d’un donjon de tortures au sein même du commissariat.

Ledit donjon était tout équipé, avec menottes, chaînes, lumière rouge et instruments divers.

Ce sont des employés civils de la police qui avaient raconté l’histoire avant de tous se faire virer.

Scotland Yard est quand même passée voir de quoi il retournait.

On a donc regardé les nombreux contenus pédopornographiques qui étaient conservés dans le commissariat, ce qui a permis de voir que des enfants des orphelinats des alentours étaient amenés dans ce commissariat pour y subir diverses agressions.

Apparemment, plusieurs officiers prostituaient carrément ces enfants dans le commissariat.

Mais finalement les autorités ont conclu qu’il n’y avait aucune preuve que des flics étaient impliqués, ni que des abus ont pu être commis dans ce donjon.

Le policier Clive Driscoll a alors été nommé sur cette affaire, mais quand son enquête l’a mené sur la piste de politiciens, il a été muté hors de Lambeth.

Driscoll avait cependant compris que les 25 orphelinats de Lambeth, sous la responsabilité du conseil local, abritaient un réseau de pédocriminels, et il avait une liste de suspects, parmi lesquels figuraient des politiciens locaux et nationaux.

 

Il semble que “beaucoup de gens haut placés tentent d’éteindre cette enquête”, confiant un responsable de la protection de l’enfance en 1998.

Et Scotland yard a tout fait pour clore l’enquête de Drsicoll au plus vite, pendant que la Metropolitan police tentait de décrédibiliser une lanceuse d’alerte, Anna Tapsell [2], qui tentait d’avoir des explications sur le cas d’un certain Michael John Carroll.

En 1999, ledit Carroll, ex employé des services sociaux de Lambeth, qui dirigeait l’orphelinat de Angels Road [3] (malgré une condamnation pour des faits de pédophilie en 1966), a enfin été inquiété pour quelques agressions sexuelles pour lesquelles il a pris 10 ans de prison – et il est sorti en 2004 après moins de 6 ans de taule.

Quand il a été arrêté, un député travailliste a tenté de faire pression sur la police pour que l’enquête soit abandonnée.

Et quand Carroll est sorti de prison, il est parvenu à payer cash un hôtel pour 725.000£ et une maison pour 500.000£, alors que son salaire à Lambeth était relativement modeste.

Une travailleuse sociale de Lambeth, Libby Blake, a expliqué à Driscoll que

“Carroll était seulement le sommet de l’iceberg.

Les orphelinats étaient un terrain de jeux pour les riches et les puissants depuis des années”.

Et selon cette femme, Anna Tapsell était la seule responsable à Lambeth qui allait lui dire la vérité.

En 2000, suite à l’opération Middleton [4], on parle de 40 pédophiles qui travaillaient dans les orphelinats de Lambeth. Tous considérés comme des prédateurs isolés, cela va sans dire [5].

A ce moment, les flics estiment qu’il doit y avoir environ 200 victimes d’abus dans l’affaire des orphelinats de Lambeth.

En 14 mois d’enquête, seulement cinq types et deux femmes ont été arrêtées.

A l’époque, certains travailleurs sociaux qui avaient enquêté sur Carroll savaient bien que l’affaire des orphelinats de Lambeth ne se limitait pas à Lambeth, et avait des ramifications au Pays de Galles et dans d’autres orphelinats du pays et de Londres (notamment à Islington).

Les enfants étaient envoyés d’une région à l’autre, entre des orphelinats aujourd’hui connus pour avoir été des lieux d’abus à grande échelle.

Mais, pour protéger les politiciens impliqués, toute l’affaire a été étouffée.

En janvier 2011, un flic de Lambeth a été condamné pour production et diffusion de pédopornographie (à 4 mois de prison !).

On ignore combien de films ont été tournés à Lambeth ou même dans le commissariat, et le type, Jordan Janssen, a refusé de donner les noms des autres flics impliqués [6].

 

Obtenir justice, le rêve fou des victimes

L’association des victimes de Shirley Oaks a réussi à gagner au civil, et pas moins de 40 millions de livres seront débloquées par le conseil de Lambeth (donc les contribuables évidemment) en guise de compensation pour les victimes.

C’est la plus grosse somme qui a jamais été versée dans ce type de dossier : même les 160 victimes reconnues des orphelinats du Pays de Galles n’ont touché que 3 millions, et les 166 victimes officielles de Jimmy Savile n’ont eu que 2,3 millions de livres à se partager, ponctionnés sur ses biens.

Un rapport réalisé par l’association sur ce dossier affirme que le réseau pédophile comptait une soixantaine de pervers qui se rendaient dans les orphelinats du coin : médecins, profs, flics, entraîneurs de sports (dont Eddie Heath, un coach de foot cité dans le dossier des pédophiles dans le monde du foot anglais), employés du conseil de Lambeth ou encore prêtres.

Ledit rapport précise aussi que les responsables du conseil ont étouffé les plaintes, et que les flics ont eux aussi couvert le réseau, permettant aux violeurs d’échapper à la justice.

Les victimes rappellent d’ailleurs que Carroll ou Leslie Paul, deux pédophiles condamnés pour faits à Angels Road, un orphelinat géré par le conseil de Lambeth, avaient de nombreux liens avec la Met, la police Metropolitaine.

Par ailleurs, 48 enfants sont morts [7] entre 1970 et 1989, alors qu’ils étaient entre les mains des sévices sociaux de Lambeth, dont 20 étaient des victimes d’abus à Shirley Oaks, l’un des orphelinats de Lambeth.

Les abus auraient commencé à une échelle industrielle dès les années 50.

 

Au fil des années, pas moins de 15 rapports ont évoqué les abus sexuels commis sur les enfants des orphelinats de Lambeth.

Il ne s’est, évidemment, rien passé.

Le rapport de SOSA affirme aussi que Jimmy Savile, qui avait l’habitude de visiter des orphelinats dans tout le pays, a violé des enfants de Shirley Oaks.

Il venait le soir ou la nuit, parfois seul mais souvent accompagné.

Les abus n’ont pas eu lieu qu’à Shirley Oaks, qui était un orphelinat géant avec des maisonnettes disséminées dans un grand parc, fermé en 1983, mais aussi dans les autres orphelinats de Lambeth (Angel Road ou South Vale, qu’on a déjà évoqués), dit le rapport, confirmant par là ce qu’on savait déjà depuis longtemps.

Une bonne partie des pédos sont encore en vie et, manifestement, encore protégés.

Dans les années 2000, alors que c’est interdit, le conseil de Lambeth a détruit 140 dossiers d’enfants à charge des orphelinats locaux.

Aujourd’hui, on est censés croire que six enquêtes sont en cours sur les abus à Shirley Oaks.

Mais on commence à avoir l’habitude : l’enjeu sera surtout de détruire les preuves et de faire taire les victimes.

Durant une période à l’époque des abus, les orphelinats de Lambeth étaient dirigés par Janet Boateng, la femme de Paul Boateng, politicien du labour qui a été ministre de la Santé puis de l’Intérieur et de l’Économie de Tony Blair, nommé conseiller de la Reine en 1999, puis ministre de la Jeunesse en 2000, et qui est aussi cité dans une liste de membres d’un culte satanique [8].

Boateng a aussi joué un rôle actif dans la politique Every Child Matters, une réforme des services de l’enfance qui a finalement industrialisé le placement abusif d’enfants.

 

D’ailleurs, dans la retranscription des auditions de victimes de Shirley Oaks pour la « grande enquête indépendante » sur les abus étouffés, c’est Paul Boateng qui est désigné comme étant le politicien du Labour, futur ministre, grand ami de Carroll, qui venait violer des gamins le soir, et allait et venait à sa guise dans l’orphelinat d’Angels Road.

Il a même signé plusieurs fois le registre des visites mais nie avoir jamais connu Carroll.

C’est aussi Boateng qui aurait tenté d’intervenir pour que Carroll et sa femme puissent devenir des familles d’accueil.

Pas de bol, c’est justement cette procédure, qui n’a pas abouti en raison de sa précédente condamnation en 1966, qui a mené certains membres du conseil à regarder de plus près qui est Carroll.

Il existerait une photo de Carroll avec Boateng, mais celle-ci aurait disparu après avoir été donnée aux flics par un témoin, dans les années 90.

Carroll était aussi dans les années 80 l’un des piliers de l’Association of Combined Youth Clubs (ACYC), qui était semble-t-il un repère de pédophiles (plusieurs membres ont été condamnés).

Ça a commencé à se savoir franchement dans les années 90 seulement, mais au regard des personnalités qui y ont contribué, comme la princesse Anne ou Paul Boateng, justement, on aurait pu s’interroger avant.

L’ACYC, créée en 1977, était connectée à l’église catholique (qui en Angleterre aussi essuie des centaines d’accusations d’abus sexuels dans ses écoles et orphelinats), mais aussi à des politiciens en vue et des flics.

La princesse Anne était la marraine de l’association, et le présentateur vedette de la BBC (autre réseau pédophile) David Dimbleby en était le directeur, au moins jusqu’en 1990.

L’association organisait des camps de vacances pour les enfants de divers orphelinats.

D’après au moins un témoin, Boateng venait y rejoindre Carroll et les dizaines d’enfants qui partaient avec lui.

C’est d’ailleurs une photo de Boateng et Carroll à un de ces camps d’été qui a disparu de chez les flics.

Au moins 124 enfants des orphelinats de Lambeth ont été expédiés dans d’autres orphelinats dans le pays, notamment au Pays de Galles où opéraient aussi des réseaux pédophiles, tous plus ou moins reliés entre eux.

En 1986, la presse évoqué le procès d’un travailleur social de Lambeth qui prostituait des garçons (une vingtaine avaient été identifiés) à Picadilly Circus, haut lieu de la prostitution de mineurs à l’époque, pour des hommes d’affaires, souvent étrangers paraît-il.

La même année, un gamin handicapé de 12 ans parle à sa mère des nombreux abus qu’il a subis dans un foyer de Lambeth pour enfants handicapés.

Le gamin avait été menacé de mort s’il parlait.

L’enquête a été vite close et personne n’a été arrêté bien que les abus aient été confirmés par des médecins.

Fermer le dossier était d’autant plus facile que d’autres victimes dans ce même foyer étaient incapables de parler.

Finalement dans les années 90 on a fait un peu mine de prendre le problème en main, en cherchant des victimes et quelques coupables.

Pendant dix ans, ça remue un peu en disant qu’il faut une grande enquête, quelques investigations sont même menées.

Qui n’ont bien sûr abouti à rien.

 

Et aujourd’hui?

Un écrivain passé par Shirley Oaks entre 1966 et 1978, Alex Wheatle, a parlé des abus sexuels qu’il y a subis, des types qui venaient la nuit dans l’orphelinat, des camarades suicidés, des enquêtes qui n’ont rien donné ou presque.

Weathle a dit qu’il était « certain » qu’un réseau pédophile opérait à Shirley Oaks, qui a fermé en 1983, et que les autorités étaient parfaitement au courant.

Suite à ces déclarations, en 2014, d’autres anciens résidents de l’orphelinat, dont un qui a écrit un livre sur l’histoire de Shirley Oaks, oubliant de mentionner les abus sexuels, ont dit que les lieux étaient un vrai paradis pour les enfants.

Puis d’autres encore ont décidé de dénoncer publiquement les abus qu’ils ont subis, par le staff et par des visiteurs nocturnes de l’orphelinat.

C’est là que l’association a commencé à se mettre en place.

Bref, là encore on a de l’information et de la contre information, comme cela devient le cas de manière assez systématique ces derniers temps.

La contre information venant de la presse commerciale.

Ces victimes ont dit clairement qu’elles n’avaient aucune confiance dans la justice, et qu’elles iraient au bout dans leur dénonciation des faits.

En novembre, SOSA a dénoncé la “grande enquête indépendante sur les abus sexuels contre les enfants”, qui en est à son quatrième chef suite à trois démissions successives et n’a pas avancé d’un iota depuis son lancement en 2014 [9].

Et l’association a quitté le panel de ladite “grande enquête” en claquant la porte.

Les victimes de Jersey avaient fait de même, et beaucoup d’autres victimes ont décidé de ne pas s’investir une fois de plus dans une usine à gaz qui n’a clairement pas pour but de faire la lumière sur ce qu’il s’est passé.

Le rapport préparé par l’association identifie pas moins de 60 pédocriminels qui ont abusé d’enfants à Shirley Oaks.

On est donc bien loin des trois misérables et vagues condamnations de l’opération Middleton.

680 victimes se sont fait connaître.

On a appris le 20 décembre qu’une enquête allait être rouverte, sur la disparition d’un adolescent de Croydon, la ville juste à côté de Lambeth, il y a 30 ans.

En 1986, Kevin Hicks a disparu pas loin de Shirley Oaks alors qu’il était sorti faire une course.

Aujourd’hui, la police pense qu’il a peut-être été assassiné par un pédophile, et qu’il avait en réalité rendez-vous avec la personne qui l’a enlevé [10] et avec qui il était certainement en contact depuis un moment.

[1] Cette travailleuse sociale avait porté plainte contre des responsables politiques de Lambeth

[2] Tapsell a aussi eu la visite de deux types des renseignements à son domicile, venus lui dire de ne pas se mêler des affaires d’abus sexuels sur les enfants des orphelinats de Lambeth.

[3] Un politicien travailliste, futur ministre de Blair et jamais nommé publiquement a été vu se rendant au Angels Road Childrens home au moins quatre fois en trois mois, à l‘époque où Carroll le dirigeait.

Les deux passaient des soirées entières dans l’orphelinat, et emmenaient des enfants dans une annexe où plusieurs victimes ont dit que des abus se déroulaient.

Mais les flics, excepté Driscoll, ont estimé que c’était n’importe quoi.

Des policiers venaient aussi, ainsi que des éducateurs d’autres orphelinats de Lambeth.

Le politicien faisait même sortir des enfants de l’orphelinat, seul ou avec Carroll.

[4] L’enquête ne portait que sur des abus commis entre 1974 et 1994, comme si tout avait cessé brusquement, alors que l’impunité était de mise et qu’on sait que les viols ont commencé au moins dans les années 60.

De plus, alors qu’en principe elle visait à étudier 120 accusations différentes, l’opération Middleton a été refermée prématurément.

Ladite enquête était pourtant censée porter sur un énorme réseau pédophile implanté dans l’ensemble du pays.

Après 5 ans d’ « enquête », l’opération Middleton n’a débouché que sur 3 condamnations . 19 abuseurs n’auraient pas pu être identifiés, et 16 étaient morts.

Une victime de Shirley Oaks a dit qu’au lieu d’être focalisée uniquement sur des faits survenus dans la piscine de l’orphelinat, l’enquête aurait du s’intéresser à ce qu’il se passait dans les 34 « bungalows » où étaient répartis les enfants.

[5] Pourtant, les enquêteurs avaient compris que plusieurs abuseurs étaient reliés entre eux et s’échangeaient des victimes et du matériel pédoporno.

[6] Apparemment, des contenus pédopornographiques ont d’abord été retrouvés au commissariat.

En les visionnant, des enquêteurs ont compris que des enfants des orphelinats du coin étaient violés dans les locaux du commissariat et filmés, et pensaient que plusieurs officiers « louaient » ces gamins.

Clive Driscoll a été d’abord nommé sur cette affaire, puis Scotland Yard a repris le dossier en main.

[7] Parmi ceux-ci, deux garçons tués à Shirley Oaks, qui ont été enterrés dans un bois d’un golf à côté.

Le policier Clive Driscoll a eu cette même information par une autre source, en 1998.

Il y a aussi cet ado de 15 ans retrouvé pendu en 1977 dans l’orphelinat, qu’on pense être un meurtre.

Deux ans plus tôt, ce jeune, Peter Davis, a été témoin lors d’un procès pour viol dans un autre orphelinat, Old Bailey.

Quand en 2003, des journalistes ont cherché à obtenir les minutes du procès et les documents relatifs à l’affaire, ils ont appris que le secret avait été imposé pour 100 ans.

Ce qui signifie que ces documents pourraient mettre en cause des politiciens et hauts fonctionnaires toujours en vie.

[8] Boateng a démarré sa carrière politique en 1981 comme conseiller municipal.

Puis il a été “responsable des questions de l’enfance” pour l’Union Européenne lors de la présidence britannique en 1998, et ambassadeur en Afrique du Sud de 2005 à 2010.

Il a été anobli en 2010 grâce à l’appui du pédophile Lord Greville Janner (qui vient d’échapper aux poursuites) et passe pour un militant des droits de l’homme.

D’après le document, il a été cité par plusieurs victimes comme étant un membre du réseau.

Aujourd’hui, Boateng est directeur non exécutif d’Aegis Defense Services, une boite de sécurité militaire privée.

Au sujet de Boateng, on note également que l’un de ses fils a failli échapper à des poursuites pour viol.

En 2006, il avait été acquitté du viol d’une adolescente en Afrique du Sud.

Apparemment, le fils Boateng pense être au-dessus des lois grâce à ses parents, et a même accusé la victime de l’avoir cherché.

Il a finalement pris 3 ans de prison.

[9] En réalité, la « grande enquête » a surtout permis de clore des enquêtes vaguement ouvertes, de décrédibiliser des victimes et de blanchir des VIP incriminés.

Au final, on peut s’attendre à ce que la conclusion de cet étouffoir en règle soit qu’il n’y a jamais eu de réseau pédophile, et encore moins de VIP impliqués dedans.

[10] Dans les cas où des ados disparaissent pour se retrouver dans des réseaux pédophiles, on sait que souvent la victime était déjà en contact avec ses agresseurs depuis un moment.

C’était le cas par exemple de Christine van Hees ou de Sylvie Carlin dans l’affaire Dutroux, et probablement de Manuel Schadwald en Allemagne.

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