L’héroïsme palestinien, la barbarie israélienne et le syndrome juif de l’Occident par Zineddine Sekfali

sekfaliZineddine Sekfali a exercé depuis 1963 différentes fonctions dans la magistrature. Il a été nommé à de hautes fonctions au sein du Ministère de la Justice, au Ministère de l’Intérieur puis au Premier Ministère ; enfin membre du gouvernement de 1984 à 1986 en qualité de vice-ministre chargé du tourisme. Il nous livre ici une analyse de la question palestinienne via un paradigme non occidental très intéressant.


Réagissant à l’expression «complexe de culpabilité» de l’Occident envers les juifs, utilisée dans l’entretien publié le 4 août 2014 dans Le Soir d’Algérie, un lecteur m’a amicalement reproché de n’avoir pas suffisamment développé mon point de vue à propos de ce complexe ou syndrome, qui expliquerait, sans bien entendu le justifier, le parti pris systématique de l’Occident envers Israël et son soutien multiforme à cet état créé quasiment de toutes pièces, par les Européens eux-mêmes, sur un territoire qui ne leur a jamais appartenu.
Le reproche qui m’est fait me paraît fondé. Je dirais cependant à ma décharge que dans un entretien, les réponses de l’interviewé doivent être nécessairement brèves et concises. Cependant, c’est volontiers que j’exposerais ci-après les conditions dans lesquelles ledit complexe de culpabilité est apparu puis a évolué au point de devenir un élément déterminant de la politique arabe de nombreux pays européens. Ce syndrome juif des Européens c’est surtout ce qui permet à Israël de tout faire contre les Palestiniens, et ce, en toute impunité.Rappelons que tout est parti d’une lettre de dix lignes, datée du 17 novembre 1917, envoyée par le ministre des Affaires étrangères britannique Lord Balfour à un autre lord du nom de Rothschild, lui confirmant que la Grande-Bretagne était d’accord pour la création d’un «foyer juif» en Palestine. Contrairement aux apparences et à certains termes de la lettre, le geste britannique n’avait rien d’altruiste ou de philanthropique. C’était de toute manière un geste hostile aux Palestiniens. C’était aussi l’annonce d’un des plus honteux hold-up territorial commis contre les Arabes. En outre, il est à présent établi que la «Prude Albion» voulait par la création de ce «foyer juif», contrer ou contenir l’influence française au Moyen-Orient, mettre en place à terme un État ami au cœur du monde arabe, contrôler une région riche en hydrocarbures, et enfin surveiller la zone du canal de Suez, voie de passage stratégique… Le processus engagé par cette lettre, appelée déclaration Balfour, connaîtra sa pleine application, suite aux méfaits commis par les nazis et les fascistes, contre les minorités nationales juives, durant la Deuxième Guerre mondiale ; ceux-ci fuient leurs pays vers la Palestine qui deviendra, au mépris des droits légitimes des Arabes de Palestine, l’asile et le refuge des juifs rescapés de l’holocauste et de la shoah.
La manifestation la plus remarquable du complexe de culpabilité des Occidentaux vis-à-vis des juifs, c’est sans doute aucun, la suppression dans les textes liturgiques, de l’expression «peuple déicide», par laquelle les chrétiens ont pendant des siècles, qualifié les juifs. Pour les chrétiens en effet, le Christ a été tué par les juifs. A cette «révision» penaude des textes religieux, il convient d’ajouter une «négation», puisque l’on a décidé de nier que ce sont les rabbins du Sanhédrin – Assemblée législative et tribunal suprême du peuple juif — qui ont livré Jésus-Christ à Ponce Pilate, le gouverneur romain de la Palestine, afin de le crucifier. Ces «révisionnisme» et «négationnisme» par rapport aux textes religieux et historiques ont été précédés par un long travail d’abord de théorisation ensuite de vulgarisation de ce que l’on a appelé «le judéo-christianisme», concept hybride participant à la fois du judaïsme et du christianisme. L’un des plus fervents militants du «judéo-christianisme» a été le Français Jean Daniélou (1905-1974), de l’Ordre des jésuites, cardinal et membre l’Académie française. Ce haut dignitaire de l’Église catholique est l’auteur d’un livre publié en 1957, sous le titre de Théologie du judéo-christianisme. L’accueil réservé par les autorités religieuses juives, au «judéo-christianisme» fut plutôt hostile, et en tout cas peu enthousiaste. Ces autorités y ont d’emblée vu une manœuvre dont le but serait une manipulation du judaïsme en vue de sa dissolution dans le christianisme, et peut-être encore une tentative insidieuse d’évangélisation des juifs. Cette expression autant équivoque que suspecte a aussi provoqué de vives polémiques chez de nombreux chrétiens qui, sans nier que le Christ fut d’origine juive par sa mère Marie, réaffirment avec force que le christianisme est en rupture totale et radicale avec le judaïsme, du point de vue du dogme, du credo et des principes de base. D’autres chrétiens sont plus catégoriques et préfèrent se qualifier d’«helléno-chrétiens», afin de bien marquer leur origine européenne et leur appartenance à la culture gréco-romaine. Mais la polémique s’est nettement atténuée en France «fille aînée de l’Église catholique», après la mort du cardinal Daniélou, à l’âge de 69 ans, dans des conditions suspectes, voire sulfureuses, au domicile d’une prostituée parisienne chez laquelle il se rendait de temps en temps, semble-t-il. D’où l’oubli dans lequel sont tombés les travaux et les écrits de ce prélat, sur le «judéo-christianisme». A vrai dire, ce qui est incontestable c’est que «le révisionnisme et le négationnisme» développés par la grande majorité des chrétiens afin de se dédouaner de leur antisémitisme ont été officiellement initiés par «le Concile Vatican 2», assemblée générale solennelle des cardinaux et autres grands dignitaires de l’Église catholique, réunie d’octobre 1962 à décembre 1965, sous la présidence d’abord du Pape Jean XXIII, puis de Paul VI. Par la suite, «le catéchisme de l’Église catholique» de 1992, a formellement consacré ce revirement de doctrine sans précédent dans l’histoire du christianisme. Voici quelques extraits significatifs de ce «catéchisme» : «Les juifs ne sont pas collectivement responsables de la mort de Jésus… En tenant compte de la complexité historique du procès de Jésus manifestée dans les récits évangéliques, et quel que puisse être le péché personnel des acteurs du procès que seul Dieu connaît, on ne peut en attribuer la responsabilité à l’ensemble des juifs de Jérusalem, et ce, malgré les cris d’une foule manipulée et les reproches globaux contenus dans les appels à la conversion… Aussi bien l’Église a-t-elle déclaré au concile Vatican II : «Ce qui a été commis…. ne peut être imputé ni indistinctement à tous les juifs vivant alors ni aux juifs de notre temps. (…) Les juifs ne doivent pas être présentés comme réprouvés par Dieu, ni maudits comme si cela découlait de la Sainte Écriture». L’Église catholique faisait son «mea-culpa» et se repentait officiellement. Depuis lors, c’est tout l’Occident qui a entamé sa repentance vis-à-vis des juifs, repentance ponctuée, comme chacun sait, de cérémonies religieuses ad hoc, de commémorations, d’expositions, d’édification de mémoriaux et de mausolées, de multiples diffusions de films et documentaires sur l’holocauste et la Shoah, au point du reste, de faire oublier non seulement les autres millions de morts de la Deuxième Guerre mondiale, mais aussi les dizaines de millions de victimes de l’esclavage, du colonialisme et des autres guerres injustes et asymétriques comme la guerre d’Algérie, la guerre américaine dévastatrice contre les Vietnamiens, l’invasion de l’Irak et sa déstabilisation, le génocide des Palestiniens, etc.
En France, une nouvelle étape a été franchie quand le Parlement a adopté, une loi dite loi Gayssot de juillet 1990 «tendant à réprimer tout acte raciste, antisémite et xénophobe». Sous le prétexte de lutter contre l’antisémitisme, délit que cette loi distingue expressément du racisme et de la xénophobie, car il ne faut pas mélanger le peuple élu avec autres les peuples, cette loi permet d’envoyer en prison quiconque dénonce le terrorisme d’état d’Israël et ses infamies contre les Palestiniens. Remarquons que cette législation spéciale puisqu’elle est édictée au seul bénéfice des juifs, permet — par un étrange retournement de l’histoire — de traduire en justice ce qu’on appelle «les révisionnistes et le négationnistes», c’est-à-dire toute personne qui émet un avis différent de celui développé dans la vulgate relative à la Shoah ou à l’holocauste. On a même vu l’Abbé Pierre, le père fondateur de l’association caritative d’Emmaüs du nom d’une localité proche de Jérusalem, obligé sous la pression du lobby sioniste français de se réfugier quelque temps en Suisse, parce qu’il avait osé critiquer la politique d’Israël !
En termes plus simples, le lynchage médiatique alors déclenché contre l’Abbé Pierre, ce symbole de la charité chrétienne, signifiait pour tous que les Israéliens sont autorisés à spolier et tuer autant de Palestiniens qu’ils le veulent. D’autres personnalités françaises subirent un sort plus rigoureux que celui qui a été réservé à l’Abbé Pierre, dans la mesure en effet qu’en plus d’un lynchage médiatique, ils ont été traînés en justice et condamnés. C’est ainsi que Roger Garaudy (1913-2012), homme politique, philosophe et écrivain fut plusieurs fois traduit en justice pour antisémitisme. Garaudy se défendait en proclamant : «Le judaïsme est une religion que je respecte, le sionisme une politique que je combats.»
Cet ancien militant communiste se convertit à l’Islam : c’est la goutte qui a fait déborder le vase ! L’autre persécuté du sionisme et de la justice française est Robert Faurisson, professeur d’université. Alors que Noam Chomsky l’avait assuré de son soutien dans ses déboires judiciaires, M. Robert Badinter, ancien ministre de la Justice, le traitait par contre de «faussaire de l’histoire».
Rappelons au passage que R. Faurisson fut membre du «Comité Audin». Pour le faire taire, le gouvernement français le fit mettre d’office à la retraite. Enfin, tout le monde est aujourd’hui au courant de la persécution judiciaire déclenchée en France contre l’humoriste franco-africain Dieudonné qui affiche, au grand dam du CRIF, association annexe de l’ambassade d’Israël à Paris, son soutien à la cause palestinienne. Je ne peux pas ne pas citer ici, l’intellectuel américain Noam Chomsky qui a dit il y a onze ans : «Israël est une base américaine offshore… tant que l’Etat hébreu est utile à l’extension de la puissance américaine, il peut faire ce qu’il veut…» Il a également déclaré le 17 juillet 2014 : «Quand Israël se “comporte bien”, plus de deux enfants palestiniens sont assassinés chaque semaine, un chiffre constant depuis 14 ans.
La cause profonde de tout ceci est l’occupation criminelle des territoires palestiniens et toutes les mesures prises contre Ghaza pour que sa population puisse à peine survivre, tandis que les Palestiniens de Cisjordanie sont obligés de rester cantonnés dans des zones invivables et où Israël s’empare de ce qu’il veut, le tout dans une violation flagrante du droit international et des résolutions explicites du Conseil de sécurité des Nations unies, sans parler d’un minimum de décence humaine. Et tout ceci continuera tant qu’Israël sera soutenu par Washington et toléré par l’Europe – à notre grande honte !» Mais il n’y a pas que lui qui a honte devant tant d’injustice ! Il me faut signaler que Noam Chomsky est juif, et que le gouvernement juif d’Israël lui a interdit l’accès en Israël.
Ainsi soumises à un lavage de cerveau permanent, les masses européennes sont convaincues que le colon israélien qui s’accapare des terres des Arabes est «une victime», tandis que le Palestinien spolié et jeté hors de chez lui, est «coupable et responsable» de ce qui lui arrive.
Alain Finkielkraut, ci-devant membre de l’Académie française et idéologue attitré de la xénophobie, a récemment soutenu, dans un écrit publié par Le Figaro, que le responsable des tirs qui ont tué des enfants palestiniens en train de jouer sur une plage à Ghaza n’est pas le soldat israélien qui a appuyé sur la gâchette de son arme, mais «l’architecte» qui a creusé des souterrains sous Ghaza. Lui faisant écho, le Premier ministre Netanyahou a récemment déclaré que «si les Palestiniens souffrent, c’est la faute à Hamas !». C’est du cynisme à l’état pur. Mais ce n’est pas tout : on a encore appris, grâce à la presse, qu’Israël qui déjà viole quotidiennement les conventions de Genève de 1949 relatives à la protection des populations civiles et au traitement des prisonniers, a en outre adopté en 1986 un document interne dit «Protocole d’Hannibal» qui permet aux commandements de Tsahal de tuer leurs propres soldats, quand ils sont capturés par la résistance palestinienne, quitte par la suite à les déclarer morts au combat ! En fait, avec ce «protocole d’Hannibal», Israël démontre qu’en plus d’être cynique, il est un Etat amoral et ne fait plus de distinction entre le mal et le bien.
Enfin, Il me semble intéressant de rappeler que le quotidien on line Fr24 du 30 octobre 2013 a annoncé presqu’en jubilant que «l’armée égyptienne avait resserré l’étau sur Ghaza et que les Palestiniens se plaignaient désormais d’être sous le coup de deux blocus, l’un israélien, l’autre égyptien !». Apparemment, l’Occident a trouvé au Moyen-Orient d’autres Ben Arafa, Glaoui, Bao Daï, et Bellounis… Mais pour en finir avec Alain Finkielkraut, dont les simagrées et contorsions amusent de moins en moins, j’avoue en ce qui me concerne que sa seule vue me terrorise, parce qu’il me rappelle le serial killer Aussaresses et ses sbires, qui pratiquaient sans état d’âme la gégène, les défenestrations, les largages des suppliciés en haute mer et organisaient des corvées, pour torturer, assassiner et faire disparaître les Algériens qui avaient osé prendre les armes et revendiquer la libération de leur pays et de leur peuple. Or, c’est précisément ce combat que mène aujourd’hui encore, Hamas et son bras armé, à partir de la bande de Ghaza, toujours encerclée et transformée par Tsahal en champ de tirs et de manœuvres militaires, avec des cibles humaines vivantes.
Mais, malgré toutes les manipulations des services de l’action psychologique israéliens, et en dépit de la forte emprise des lobbies sionistes sur les médias et les ONG, cela n’empêchera pas la vérité d’apparaître au grand jour. Déjà, rompant avec l’hypocrisie ambiante et le parti pris des médias et des politiciens français pour Israël, le journal Le Monde a intitulé son éditorial du 6 août 2014 : «Il faut lever le blocus de Ghaza !». En effet, il va bien falloir que Finkielkraut, Netanyahou, Obama, Hollande, Ban Ki-moon, et probablement aussi Sissi, se rendent à l’évidence : sans le blocus imposé par Israël au peuple de Ghaza, il n’y aurait pas de tunnels sous Ghaza ! Qu’on arrête aussi de dire, chaque fois qu’Israël lance des expéditions punitives contre les Palestiniens, que les Israéliens ont le droit de se défendre. Tout peuple agressé a le droit de se défendre, y compris le peuple palestinien qui lui est agressé et opprimé depuis 1948, par les Israéliens ! Que cesse l’imbécile goujaterie des grands de ce monde qui, alors que des Palestiniens meurent sous leurs yeux, «exigent» des résistants palestiniens de «libérer immédiatement» un soldat israélien «pris les armes à la main, au cours d’une opération militaire, sur le territoire palestinien» !
Que ces soi-disant grands aient le courage d’ordonner à Netanyahou l’arrêt des massacres d’innocents dans Ghaza ! Et enfin dans un sursaut de conscience, que ces Excellences aient l’audace de dire stop au génocide des Palestiniens et stop au colonialisme israélien !
Ghaza a fait éclater au grand jour l’imposture d’Israël, et du même coup, à mis à nu la lâcheté des prétendus grands dirigeants de ce monde ! Les peuples libres de tous les continents, de toutes les races et de toutes les religions, s’en souviendront longtemps.

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