N’ayez pas peur du crabe !

Le cancer est la première cause de mortalité chez les hommes, et la deuxième chez les femmes. Il s’agit donc bien d’un sujet central en matière de santé. Beaucoup d’argent a été englouti dans des plans cancer successifs, en France comme aux États-Unis. Beaucoup d’effet d’annonce et beaucoup de réjouissances sur les progrès à venir et les espoirs de traitement de cette maladie emblématique. Mais pour quels résultats finalement ? L’heure du bilan a sonné, et il est temps de mesurer les réelles améliorations en termes de survie, et en termes de qualité de vie.

 

La récolte est bien maigre. En effet, dès lors que l’on ajuste les chiffres en tenant compte des modifications démographiques, accroissement ou vieillissement de la population, la réalité apparaît. Réalité dure à admettre, mais réalité chiffrée : la chute de la mortalité est inférieure à 5 %, sur une période de 50 ans, et sur un ensemble de 40 pays occidentaux ! [1]. Pas de quoi fanfaronner avec de tels résultats, et aucun « progrès de la médecine » en vue malgré les bonnes volontés. Pourtant, en dépit de ces piètres résultats, le cancer est, avec la vaccination, le deuxième grand tabou auquel il ne faut pas toucher si on veut s’épargner les foudres de la bien-pensance médicale. Même les revues indépendantes de santé dites alternatives ne s’y risquent pas, et se cantonnent simplement à la gestion de l’après-traitement  [2]. Mais par respect pour les malades, à qui nous devons plus de transparence sur ce qui les attend, nous allons nous y coller.

Nous nous proposons de traiter ce sujet difficile en trois parties. Une partie chronologique sur les illusions servies au grand public, qui contrastent cruellement avec le néant des avancées thérapeutiques. Un vernis qui peut donner un temps à l’observateur extérieur la sensation que la science et la médecine maîtrisent leur sujet, mais nous verrons que le vernis craquelle vite dès lors que l’on s’approche d’un peu plus près, et encore plus vite si l’on est concerné. Puis une deuxième partie plus conséquente, à notre sens passionnante, sur les évolutions de la manière de penser le cancer, sur les modes thérapeutiques et les déconvenues de la recherche en cancérologie, pour mettre en lumière que nous ne savons toujours rien sur la cellule cancéreuse, pas plus les Prix Nobel que les Centres Cancer. Mais nous présenterons aussi les résultats irréfutables de chercheurs indépendants dont les travaux pourtant publiés n’ont malheureusement pas été suivis. Et une dernière partie, que nous espérons plus pratique, pour aider les bien-portants à le rester. Pour aider les malades, et les familles des malades, à établir avec discernement et recul, la meilleure stratégie possible pour eux-mêmes. Et nous l’espérons pour redonner espoir.

 

Première partie : Nous allons vaincre le cancer (? !)

 

Une connaissance vieille de 4 500 ans

2 500 ans avant JC, Chakara, un célèbre sage hindou classifiait les tumeurs en deux catégories. Il distinguait « arboda », les tumeurs bénignes, d’une part, et « ghataka », les tumeurs malignes, de l’autre. Notre sage conseillait de ne traiter QUE les tumeurs bénignes. Était-ce une façon de souligner l’importance de la prévention et de baliser les limites d’intervention humaines possibles ? Mais c’était il y a 4 500 ans. Depuis, nous pouvons imaginer que nous n’en sommes plus là.

Mille ans plus tard, on retrouve en Égypte la trace retranscrite du plus ancien cas connu de cancer : un cancer du sein. Ainsi, on apprend grâce au Papyrus Ebert, qu’il n’existe à cette époque aucun traitement à proposer au malade, sinon palliatif. Si l’on s’en réfère au déchiffrage du papyrus, la technique d’ablation chirurgicale de la tumeur était d’ailleurs tout à fait analogue aux techniques actuelles. Mais ça, c’était il y a 3 500 ans. Nous pouvons nous attendre aujourd’hui à un arsenal thérapeutique efficace.

Encore plus tard, en 490 avant JC, Alossa, reine de Perse, se découvrit une tumeur. Par crainte du cancer, elle la fit ôter par un esclave grec. Il ne s’agissait pourtant que d’un abcès. Cet interventionnisme, il y a 2 500 ans de cela, est l’exemple type d’actions inconsidérées, motivée par la terreur du cancer. Cette maladie mène très souvent au même genre d’excès encore aujourd’hui, tant du côté des patients que de celui du personnel soignant.

 

La cascade des prophéties médicales

Plus proche de nous, au cours de ses études, le doyen de notre section Santé se souvient de la lecture d’un livre déjà ancien sur le sujet, puisque datant d’avant la guerre de 14. On y annonçait avec triomphalisme que le cancer serait vaincu dans les… deux ans ! Mais ça, c’était il y a 100 ans. Aujourd’hui, nul doute que la cancérologie a fait de grands bonds en avant, que l’on imagine proportionnels aux fonds injectés dans la recherche.

Plus tard encore dans les années 60, on pouvait lire dans Médecine Praticienne, revue qui a sans doute disparu depuis, à l’occasion d’un numéro de fin d’année, un article qui se risquait à quelques pronostics sur le développement de la recherche médicale. Parmi les plus audacieuses prévisions de ce Nostradamus médical figurait la guérison de cancer, prévu pour…1985 !

 

Le saint Graal de la cancérologie ou l’imminence de la solution

La littérature médicale internationale se rassure sans cesse par la présence des fameux opérateurs grammaticaux de la langue anglaise. Les auteurs emploient généralement de prudentes conjonctions, écran de fumée fort utile qui masque l’absence de résultat. Le fantôme rassurant du wishfull thinking, le tutélaire « vœu pieux » ne coûte pas grand-chose finalement. On dit bien que les promesses n’engagent que ceux qui y croient… Il sera ainsi fait un usage généreux de formules évasives (sous réserve, à condition, peut-être) qui finissent par endormir la vigilance et attendrir la vérité. À leur lecture, la solution est toujours imminente et l’on n’a jamais été aussi proche de découvrir un traitement. « Chers lecteurs, chers malades », lit-on en substance, « encore un peu de patience, on est presque arrivé ». C’est une constante, un optimisme béat illumine la plupart des millions de publications au fil des ans. Et des parutions, il y en a ! Pour la seule période entre 1970 et 2000, on ne compte pas moins de 10 000 000 articles « scientifiques » sur le cancer.

Les malades en revanche se heurtent vite à la dureté du principe de réalité. Il semblerait bien que cette solution imminente ne soit malheureusement jamais atteinte, à l’image de cette métaphore du poète Jean Richepin décrivant l’horizon qui s’éloigne chaque matin, pour ne jamais être atteint le soir. Une perspective moins réjouissante qui change fondamentalement la vision des choses. Les promesses, généreuses et gratuites, sont hélas rarement suivies d’effets positifs sur la santé. Les paramètres conditionnels qui y sont accolés ressemblent à s’y méprendre à la ligne écrite en tous petits caractères au bas de la page de votre contrat d’assurance. Il y a si souvent en effet, une ou deux closes discrètes faisant en définitive que nous serons très mal remboursés… L’incontournable vedette de ces accessoires de sécurité est sans conteste la formule « Le problème reste encore mal compris ». (Traduisez par « On n’y comprend rien »). Cette close apparaît immanquablement depuis qu’il existe une littérature scientifique. Il existe donc bel et bien un saint Graal de la cancérologie, dont le scénario monotone est toujours le même : il est là, il est tout près, encore un peu de temps et nous toucherons au but. Quel malade n’a pas entendu « On fait des progrès tous les jours, on espère que vous aussi en profiterez bientôt ». Mais vous avez compris qu’il ne fallait pas être trop exigeant sur la validité des promesses.

 

La pauvreté des moyens disponibles

Est-ce que les fausses promesses sont de véritables mensonges ? Le menteur y croit-il lui-même ? Les faits en tout cas sont souvent invisibles, habilement enveloppés sous le manteau de la statistique. Il existe un gouffre abyssal entre l’apparence de sérieux et de maîtrise du phénomène cancer tel qu’il nous est servi dans les émissions grand public , – blouses blanches, ton docte et gros plan de microscopes – , et la terne réalité vécue par les malades. Idem pour les publications scientifiques. Ce que l’abondante littérature masque en réalité, c’est bien la pauvreté des moyens disponibles. D’honnêtes chercheurs en ont pourtant constamment rendu compte au cours de l’histoire. Harden Jones, à la suite d’une vaste étude portant sur divers type de cancer, concluait en 1956 :

« Le plus vraisemblable, c’est que, en matière d’espérance de vie, la chance de survie n’est pas meilleure avec que sans traitement, et il est possible que le traitement réduise l’espérance de vie ».

Harden Jones rejoignait par cette constatation dérangeante, et au delà des siècles, le conseil avisé de Chakara, notre sage hindou. L’écrasante majorité des études n’apportent rien de nouveau. Voici pour illustrer notre propos, un autre extrait datant de 1967, très révélateur de l’entretien volontaire ou non, de ce langage creux dans la littérature médicale sur le cancer :

« Aujourd’hui, les patients atteints d’un cancer de l’estomac peuvent espérer une guérison à condition que la tumeur soit confinée au seul estomac, et à la condition que le chirurgien soit compétent pour faire ce qu’il faut pour la retirer toute entière ». C.S. Cameron [3]

La conclusion de Camerone se veut rassurante, mais se révèle en réalité bien niaise au lecteur qui se donne la peine de lire entre les lignes. À ce compte-ci, on pourrait tout aussi bien promettre à des sportifs du dimanche un bon espoir de gagner la compétition à condition…qu’ils y prennent part. Ce n’est pas plus absurde : en effet, pourquoi faudrait-il une chirurgie d’exception pour procéder à l’ablation d’une tumeur récente et de surcroît n’atteignant que l’estomac ? L’esclave de la reine Alossa y est bien parvenu, et sans avoir usé les bancs de la faculté de médecine. Tant qu’à faire, dans le même style, nous avons aussi la tirade de Brice de Nice : « Je sais nager…mais pas dans l’eau ». En d’autres termes : on sait guérir un « modèle théorique » de cancer, mais pas les cas particuliers rencontrés dans la vraie vie.

Continuons notre remontée historique. En 1975, c’est un membre de l’OMS cette fois, Logan, qui confirme Harden Jones, en résumant une étude globale du cancer du sein. En effet, Logan montre que malgré des traitements les plus radicaux, non seulement la mortalité n’a pas décliné, mais elle s’est au contraire probablement accrue. À la fin des années 70, plus explicite encore, Thomas Dao du département de chirurgie du Roswell Park Memorial Institute à Buffalo, abonde dans le même sens :

« En dépit de l’amélioration des techniques chirurgicales, des progrès en radiothérapie et de la vaste propagation de la chimiothérapie, la mortalité du cancer du sein n’a pas changé en 70 ans ».

De grands scientifique l’ont dit, l’ont publié, l’ont répété sans être entendus et sans provoquer le moindre changement dans la manière d’aborder le cancer. Il a fallu attendre cette prise de conscience courageuse du Lancet, lançant un pavé dans la marre par le biais d’un éditorial musclé paru en 1993 et intitulé « Cancer du sein : avons-nous perdu la guerre ? » [4].

 

La vérité est dans Vogue

On peut dire que cet éditorial fait date. Écrit comme une véritable confession, humble et réaliste, The Lancet pose en substance les états généraux de la cancérologie :

« Certains lecteurs peuvent être effrayés d’apprendre que l’ensemble de la mortalité par cancer du sein reste stable… Si l’on croit l’énorme battage médiatique, le triomphalisme de la profession dans les publications et les petits miracles claironnés par les fondations contre le cancer, on peut être surpris que les femmes meurent encore de cancer. Pourtant il a fallu que le magazine de mode féminin Vogue [5] attire l’attention sur la vérité inéluctable. La leçon la plus importante que nous avons à apprendre de cette morne période est la capacité extraordinaire de la profession à l’auto-illusion ».

Newsweek (numéro du 30 novembre 1998) reprend ensuite le flambeau de l’énoncé des faits sans double langage. Trente ans après la déclaration du chirurgien Thomas Dao, Newsweek ne laisse pas la place au moindre doute sur l’échec absolu des oncologistes états-uniens, dans une description minutieuse de la situation. En effet, en trois décennies, bien que le président Nixon ait hissé les couleurs et déclaré la guerre au cancer, et après que l’Amérique ait dépensé des milliards de dollars pour trouver de meilleures voies de destruction des tumeurs malignes, on y découvre consternés que le taux de mortalité reste hélas totalement inchangé. Ne nous décourageons pas. Allons encore plus avant avec notre machine à parcourir le temps pour découvrir les derniers développements de cette saga médicale à une période un peu plus récente. L’Hindustan Times du 31 juillet 2003 titre « La guerre contre le cancer est un travail de longue haleine ». L’article explique que, il n’y a pas si longtemps, la défaite du cancer paraissait inévitable (et donc la victoire… certaine !). On annonçait la fin des chimiothérapies aux horribles effets secondaires, grâce à l’émergence de molécules brillamment conçues, qui détruiraient seulement les cellules cancéreuses en laissant intactes les cellules normales. Malheureusement, le succès n’a encore une fois pas été au rendez-vous. Car si les molécules sont bien là, le cancer… aussi. Mais c’était il y a 15 ans, et nul doute qu’aujourd’hui les choses vont enfin changer.

 

On ne va pas vous guérir, mais vous accompagner

En effet, de la nouveauté, il y en a. Notre période contemporaine est marquée par un tournant conceptuel important introduisant un changement de perspective dans la formation des médecins. Si autrefois, la médecine cherchait à guérir, ce n’est plus le cas aujourd’hui. On apprend aux étudiants en faculté qu’il n’est pas possible de guérir, la guérison étant considérée comme un idéal inatteignable. Ainsi, les médecins dispensés de guérir, seront seulement formés à « accompagner » les malades. Un changement de paradigme qui se ressent dans les publications, et qui touche également le phénomène cancer. Lentement mais sûrement, on peut deviner que le cancer sera désormais de plus en plus présenté comme une maladie chronique avec laquelle il faudra négocier tout au long de sa vie. Cette évolution déplace le but de la recherche. La guérison est abandonnée pour une demi-mesure, dont les malades devront se satisfaire.

Pour exemple, la déclaration du docteur Leonard Saltz, expert de l’Institut Sloan-Kettering à propos du cancer : « Il sera malheureusement avec nous pour longtemps ! ». Et le Docteur Craigh Enderson de l’Université de Californie de rajouter : « La société dans son ensemble et la plupart des médecins ont une compréhension erronée de la situation ; ils croient en effet qu’en se réveillant un beau matin ils découvriront que le cancer est vaincu. Cela n’arrivera pas ». Ce que ces auteurs espèrent désormais, c’est de transformer le cancer en une sorte de maladie chronique, comme le diabète. D’ailleurs, le docteur Von Eschenbach envisageait avec beaucoup d’optimisme que cette stratégie de transformation du cancer, serait effective pour 2015. Mais c’était il y a trois ans. Nul doute que… Cette fois on ne peut plus y croire. Le planning devient vraiment trop serré. Aujourd’hui en 2018, sans surprise, on attend toujours. Il conclut : « Éliminer le cancer ? Pas dans un futur prévisible ».

 

Banqueroute scientifique

Ce tour d’horizon démontre l’incroyable capacité de la médecine à s’auto-persuader et à se congratuler pour des progrès qui n’en sont pas. C’est une évidence, les investissements gigantesques dans la recherche contre le cancer n’ont vraiment pas amélioré grand-chose en termes de survie, ni même en terme de qualité de vie. Les stratégies passées ont tout simplement échoué. On passe de la promesse de la guérison à la promesse de la bonne gestion de la maladie, concept qui resterait d’ailleurs à définir, avec deux conséquences à la clé. La fin de nos haruspices médicaux, qui devenaient à la longue pathétiques tout autant que lassants. Et le début d’un nouveau marché (ce qui ne va pas déplaire à Big Pharma), dans la mesure où chronicité du traitement rime avec chronicité des dépenses de santé. Comme quoi en cancérologie aussi, on transforme la guerre violente en une guerre de basse intensité !

Au fond, qui est vraiment dupe ? Toute l’hypocrisie grammaticale des publications scientifiques n’entraîne pas d’adhésion enthousiaste pour la bonne raison qu’elle n’est pas assortie de progrès dans le quotidien des patients. La vérité finissant toujours par transpirer, – ici dans la référence des magazines féminins, Vogue en l’occurrence –, la cancérologie perd peu à peu de sa crédibilité. À tel point que le prix Nobel J. D. Watson a qualifié la cancérologie de « banqueroute scientifique, médicalement inefficace et financièrement ruineuse ». Le pire étant peut-être que le chemin se poursuit jusque dans la tête des cancérologues eux-mêmes, qui malgré un discours de façade, ne peuvent que constater les dégâts réels. Pour preuve, cette enquête du Los Angeles Times. On y apprend que plus de 75 % des oncologues interrogés déclarent que s’ils avaient un cancer, jamais ils n’auraient recours à la même chimiothérapie que celle qu’ils prescrivent à leurs patients. À cause de son inefficacité et de son inacceptable degré de toxicité. Cynique ? Peut-être. Mais prévisible. À l’instar de la déclaration du médecin et ex-ministre Dominique Voynet dévoilant que les enfants les moins vaccinés se trouvaient être ceux des professions médicales. Car dès lors que l’on sait, on est alors en mesure de prendre les décisions qui s’imposent.

– La Section Santé d’E&R –

 

Notes

[1] Laurent Schwartz. « Cancer, un traitement simple et non toxique, les premiers succès du traitement métabolique ». Thierry Souccar Editions, 2016.

[2] Par exemple : « Le cancer est un territoire réservé à la médecine conventionnelle » Plantes & Bien-être de novembre 2017, page 1.

[3] CS Cameron, The Truth about Cancer. Collins Books. New York 1967.

[4] The Lancet editorial 34 (fev) 343-344, 1993

[5] Vogue, Hutton D, breast cancer : private griefs is turning to puplic outrage. Vogue 1993, 157 pages 120-125.

Le cancer est la première cause de mortalité chez les hommes, et la deuxième chez les femmes. Il s’agit donc bien d’un sujet central en matière de santé. Beaucoup d’argent a été englouti dans des plans cancer successifs, en France comme aux États-Unis. Beaucoup d’effet d’annonce et beaucoup de réjouissances sur les progrès à venir et les espoirs de traitement de cette maladie emblématique. Pourtant nous devons nous rendre à l’évidence : cela n’a pas amélioré grand-chose en terme de survie, ni même en terme de qualité de vie.

 

Osons le dire, les stratégies passées ont échoué. En effet, dès lors que l’on ajuste les chiffres en tenant compte des modifications démographiques, accroissement ou vieillissement de la population [1], la réalité apparaît. Réalité dure à admettre, mais réalité chiffrée : la chute de la mortalité est inférieure à 5 %, sur une période de 50 ans, et sur un ensemble de 40 pays occidentaux ! Pas de quoi fanfaronner avec de tels résultats, et aucun « progrès de la médecine » en vue malgré les bonnes volontés.

Pourtant, en dépit de ces piètres résultats, le cancer est, avec la vaccination, le deuxième grand tabou auquel il ne faut pas toucher si on veut s’épargner les foudres de la bien-pensance médicale. Même les revues indépendantes de santé dites « alternatives » ne s’y risquent pas, et se cantonnent simplement à la gestion de l’après-traitement. Mais par respect pour les malades, à qui nous devons plus de transparence sur ce qui les attend, nous allons nous y coller en présentant les résultats irréfutables de chercheurs indépendants.

Nous nous proposons de traiter ce sujet difficile en trois parties. Une partie chronologique sur les illusions servies au grand public visant à faire croire que la science et la médecine maîtrisent leur sujet. Puis une deuxième partie conséquente, à notre sens passionnante, sur les évolutions de la manière de penser le cancer, sur les modes thérapeutiques et les déconvenues de la recherche en cancérologie, pour mettre en lumière que nous ne savons toujours rien sur la cellule cancéreuse, pas plus les Prix Nobel que les centres Cancer. Et une dernière partie, que nous espérons plus pratique, pour aider les bien-portants à le rester. Pour aider les malades, et les familles des malades, à établir avec discernement et recul, la meilleure stratégie possible pour eux-mêmes. Et nous l’espérons pour redonner espoir.

 

Les doxa en cancérologie

 

Le dogme central en cancérologie, depuis plus de cinquante ans, impose l’association de chimiothérapie et de radiothérapie. Pourtant, – et nous avons consacré notre première partie à le prouver –, cette approche est totalement inefficace. Il est tout à fait dérangeant de l’admettre, mais l’histoire contemporaine du cancer est bien l’un des plus retentissants échecs de la recherche médicale. Lorsque l’on arrête de faire mentir les chiffres, il apparaît que nous sommes toujours aussi ignorants au sujet du cancer. Les promesses sont toujours autant atténuées et adoucies de ces fameux paramètres conditionnels désormais bien connus de nos lecteurs. La durée de vie des malades n’est pas allongée d’un iota pour de nombreux types de cancer comme ceux du foie, du cerveau ou du poumon. En revanche, ces traitements présentent deux inconvénients majeurs : non seulement les protocoles classiques rendent la fin de vie pénible, mais ils sont également extrêmement coûteux. Un autre débat à avoir en marge de la question médicale serait celui de la légitimité de faire porter à la collectivité le coût exorbitant de ces dépenses de santé si peu utiles, d’autant plus quand l’IMS Health [2] annonce que le cancer est le premier marché du médicament dans le monde.

Alors, après quoi courrons-nous depuis si longtemps ? Il est temps de faire un point sur l’état de nos connaissances en la matière aujourd’hui. Une vue en travelling de la littérature médicale, du début du siècle à nos jours, est une expérience qui ne laisse pas indifférente. Tant d’impudence, tant de mensonges plus ou moins conscients, plus ou moins intéressés, et depuis tant de temps !

Comme l’écrit le prix Nobel Sir Mac Farlane Burnett :

« Jamais dans l’histoire de l’humanité, tant de mensonges ont été si souvent répétés par un petit groupe de personne pendant autant de temps avec une pareille catastrophe fiscale et humaine. » [3]

Les éléments traditionnels dominant la recherche contemporaine sont les virus et la génétique. Commençons par là.

 

La piste virale

 

Le chercheur américain et prix Nobel Francis Peyton Rous (1879-1970) mit en évidence en 1911, sur des poulets qu’un virus pouvait causer le cancer. Il suggéra que l’agent inducteur du cancer pouvait être un organisme parasite. Ce virologiste a donc identifié le premier des oncovirus, mais cette théorie était si controversée que Rous abandonna un temps la recherche sur le cancer, jusqu’à ce que Richard Shope découvre dans les années 30 un autre virus, un papilloma responsable de cancérisation sur des lapins. Rous retourna alors à l’étude du cancer, maintenant vivante la théorie virale du cancer. Il fallut attendre des décennies après cette première description de 1911 pour que le virus du sarcome de Rous (Src), connue aujourd’hui comme un rétrovirus soit identifié comme l’oncogène provoquant des tumeurs chez le poulet. Et en effet, lorsqu’on injecte ce virus cancérigène à un poulet sain, il développe bien un cancer. Mais les développements de la recherche ont ensuite marginalisé la théorie des virus, qui n’a pas vraiment abouti. Des études dans les années 70 ont démontré que les vertébrés contiennent bien l’information génétique nécessaire à la production d’un virus tumoral non exprimé dans leurs cellules. Cette information, qui fait partie de la constitution génétique des vertébrés depuis le début de l’évolution, peut persister pendant des centaines de générations en culture cellulaire sans production manifeste de virus. Ces études montrent que les virogènes endogènes et les oncogènes sont maintenus sous une forme non exprimée par des répresseurs dans les cellules normales. Ce qui peut transformer les cellules en « activant » l’information oncogène endogène, c’est l’interaction avec divers agents venus de l’extérieur (rayonnement, agents cancérigènes chimiques ou virus ajoutés de manière exogène [4]. Depuis, les publications les plus récentes concernant le rôle des virus n’ont apporté aucun éléments nouveaux, ni dans le diagnostic, ni dans le traitement.

 

Le dogme génétique

 

Autre piste, le génome a été largement pointé par la recherche comme explication du cancer. Le cancer est-il pour autant inscrit dans les gènes ? Oui, et non. Oui, car le signal du cancer est dans les gènes. Mais nous pourrions ajouter : comme pour toutes les autres maladies !

Selon le cancérologue Laurent Schwartz, le facteur génétique intervient bien dans le cancer, mais plus en tant que conséquence d’un chaos provoqué qu’en tant que cause. Aujourd’hui, l’analyse du génome permet de savoir si nous sommes porteurs d’un gène anormal. C’est une avancée scientifique extraordinaire, mais qui reste à manier avec prudence. Les progrès de la génétique permettent par exemple de repérer une tare héréditaire pouvant conduire à un cancer chez un fœtus. Cet examen donnant alors aux parents la possibilité de planifier un avortement thérapeutique, on perçoit combien la génétique est un sujet sensible, éthique, et qui peut diviser. Impossible de faire l’économie d’une réflexion ouverte sur un tel sujet ! Car le dogme imposé du « tout génétique », sans mise en perspective est aussi faux que dangereux. Il fait notamment courir le risque de comportements extrémistes et irréparables, comme nous allons le découvrir. Statistiquement, nous savons qu’une femme sur 500 est porteuse d’une prédisposition génétique au cancer du sein et/ou des ovaires, due à une altération des gènes BRCA1 et BRCA2. Suivant une logique exclusivement génétique, certains médecins ont donc conseillé une mammectomie aux femmes porteuses de ces gènes, dans le but de prévenir le développement du cancer du sein. L’actrice Angelina Jolie a fait ce choix, et l’histoire de sa double opération à fait le tour de la planète. Décision radicale, d’autant plus quand on sait que les théories en médecine suivent des cycles, comme la mode, et que la vérité d’aujourd’hui risque fort d’être considérée comme une erreur demain. Et en effet, c’est bien ce qui est en train de se passer : l’option irréversible de l’ablation mammaire est de moins en moins valorisée aujourd’hui, notamment grâce aux travaux de plusieurs épidémiologistes de l’University Rochester Medical Center de New York. L’histoire de leur découverte est tout à fait instructive. Mais avant d’aborder leur étude, il faut ouvrir une parenthèse sur le support qu’ils ont utilisé : la Women’s Health Initiative (WHI), une des plus grandes études américaines sur la santé des femmes, s’étalant sur plusieurs dizaines d’années.

Cette étude évaluait entre autres les bienfaits du traitement substitutif de la ménopause, autrement dit la supplémentation en hormones dès lors qu’elles ne sont plus produites naturellement. Il se trouve que le Data and Safety Monitoring Board de la WHI a demandé l’arrêt du traitement substitutif de la ménopause au bout de cinq ans seulement, lorsqu’il est devenu clair que le groupe de femmes prenant les hormones avaient un risque accru de développer un cancer du sein ou des ovaires. La parenthèse refermée, revenons à notre sujet. Cette grande étude, de par sa taille et sa durée, a constitué une mine d’informations précieuses pour nos épidémiologistes : l’équipe du Rochester Medical Center a pu montrer, sur la base des données de la WHI et contre toute attente, une incidence de cancer identique dans le groupe des femmes prenant le traitement hormonal, quelle que soit leur prédisposition génétique. Leur conclusion est d’une grande importance : il faut comprendre que les particularités génétiques n’ont pas eu d’impact sur la cancérogenèse, à la différence des hormones, qui ont joué le rôle d’élément déclenchant, alors même qu’ils étaient extérieurs aux gènes.

 

Le contrepoids de l’épigénétique

 

Ainsi la génétique est une mauvaise piste. La plupart des cancers en effet ne sont pas héréditaires, et lorsque l’on analyse le génome des cellules cancéreuses, il existe des milliers de gènes dont l’expression est anormale : impossible de les rectifier un par un ! La vision déterministe imposée par la génétique depuis un siècle montre ici ses limites. Aujourd’hui, des approches plus systémiques, dans la même veine que l’étude mentionnée ci-dessus, voient le jour. L’épigénétique notamment, postule que pour qu’un gène s’exprime, il faut que les conditions extérieures à la cellule le permettent. Cela peut être de l’air, de l’eau, la nourriture que nous ingérons, les toxines auxquels nous sommes exposés, les molécules de synthèse, et plus largement notre mode de vie. L’épigénétique permet de sortir du modèle étroit, très conditionnant de la génétique. Saluons ce rebondissement épistémologique majeur, qui signe un changement de paradigme important, en redonnant à l’homme les possibilités d’action sur sa propre vie.

Continuons notre tour d’horizon. Bien avant l’époque quasi totalitariste de la génétique, comme explication du cancer, d’autres théories avaient vu le jour, notamment inflammatoire et métabolique.

 

La théorie de l’inflammation

 

Considéré comme le « père de la pathologie moderne », Rudolf Virchow a suggéré le lien entre inflammation et cancer dès le XIXe siècle, en observant un infiltrat de leucocytes dans les tumeurs. Et en effet, l’épidémiologie montre que l’inflammation et la réponse immunitaire ont une action sur le cancer. À l’inverse, on sait aussi que les produits cancérigènes sont tous toxiques et inflammatoires. Donc, un organe subissant une inflammation chronique cancérise d’autant plus facilement, comme dans le cas bien connu de la cirrhose de l’alcoolique ou de la bronchite du fumeur. Les hygiénistes d’antan définissaient l’inflammation par la formule « Rubor, Tumor, Calor, Dolor », formule empruntée à l’alchimiste suisse Paracelse, qui avait été le premier à décrire les signes cardinaux de l’inflammation. Rien n’a changé : le tissu inflammé est toujours rouge, gonflé de lymphe, chaud et douloureux. D’autre part, si de nombreuses maladies inflammatoires chroniques augmentent le risque de développement de certains cancers comme nous venons de le voir, un système immunitaire déficient peut prédisposer lui aussi à un sous-ensemble différent de cancers, comme dans l’exemple classique du SIDA.

Aujourd’hui, des travaux récents démontrent la même chose : il y a toujours une cellule inflammatoire infiltrée dans le cadre d’une tumeur complexe. Quelles que soient les innombrables causes de l’agression des tissus, cette réaction du corps entraîne la lésion des vaisseaux sanguins et le déversement des protéines dans le tissu. En temps normal, le corps sait très bien gérer cette inflammation : les vaisseaux se colmatent et la situation revient à la normale. Mais lorsque l’inflammation se prolonge et devient chronique, il y aura une forme d’accoutumance des cellules au surplus de nourriture que représentent les protéines issues des vaisseaux lésés. L’oxygène se diffusant mal à travers l’œdème inflammatoire, la mitochondrie s’asphyxiera d’autant plus, baissant le rendement énergétique. Cette nouvelle condition bouleverse l’environnement des cellules, jusqu’à modifier son patrimoine génétique. Une étude de Balkwill et Mantovani [5] en 2001 suggère que les cellules inflammatoires et les cytokines trouvées dans les tumeurs sont plus susceptibles de contribuer à la croissance, à la progression et à l’immunosuppression des tumeurs que de monter une réponse antitumorale efficace. La métaphore utilisée est parlante : si les dommages génétiques allument le feu du cancer, certains types d’inflammation peuvent fournir le carburant qui alimente les flammes. Les auteurs suggèrent en conclusion d’étudier le blocage des cytokines et l’usage des médicaments anti-inflammatoires non stéroïdiens, tant en chimioprévention que pour le traitement des maladies malignes. Ainsi, l’inflammation et le système immunitaire pourrait être ciblés dans les traitements contre le cancer, comme pour la prévention.

Il reste que dans tous les cas, la réponse du corps à un cancer a de nombreux parallèles avec l’inflammation et la guérison des plaies, ce que n’ont pas manqué de relever certains chercheurs novateurs, comme nous le verrons plus loin.

 

La théorie de Warburg (1924)

 

Otto Warburg explore dès les années 20 la piste métabolique, par la suite mise de côté pour longtemps, avant que de courageux et atypiques oncologues, ne le réintroduise aujourd’hui presque dans le secret. Pour bien comprendre cette approche métabolique, un petit rappel de biologie élémentaire s’impose. La cellule, c’est-à-dire la plus petite unité fonctionnelle du corps, puise son énergie de la production en son sein d’adénosine triphosphate (ATP), sorte de carburant cellulaire. Dans les cellules normales, cette production dépend de l’oxydation des sucres par une longue chaîne d’enzymes connue sous le nom de cycle de Krebs, et situé au cœur des mitochondries. Les mitochondries ont été comparées à un mini poumon cellulaire, qui fournit à la cellule l’énergie dont elle a besoin. Ce qu’il faut savoir, c’est que la mitochondrie de la cellule cancéreuse fonctionne mal, ce qui a pour effet de l’asphyxier. Or, les mitochondries ne pouvant pas fournir autant d’énergie que la cellule cancéreuse, en perpétuelle division, lui réclame, vont mettre en place un plan B. Les mitochondries vont alors user d’un circuit court de production d’ATP par « fermentation du sucre » et non plus par oxydation. Mais, le rendement de cette fermentation étant bien moindre, la cellule cancéreuse va se ruer sur le sucre, autant qu’elle le pourra. C’est ce qui a fait écrire en 1924 à Otto Warburg :

« Le cancer, comme toutes les maladies, a d’innombrables causes secondaires, mais il n’y a qu’une cause primaire : le remplacement de la respiration de l’oxygène dans les cellules normales de l’organisme par la fermentation du sucre ».

Bien que la cancérologie officielle actuelle dénigre l’aspect métabolique du cancer, cette affinité de la cellule cancéreuse pour le sucre est utilisée tous les jours, à travers le PET Scan qui injecte du glucose radioactif pour visualiser les métastases. Comme si cette application technique du métabolisme perturbé de la cellule cancéreuse était hors contexte !

Mais cette réalité métabolique étant indiscutable, elle refait régulièrement surface. En 1956 dans Science tout d’abord, la théorie de Warburg était revisitée par Richard Smith. Puis, en 2010, Seyfried Th & Laura Shella reprennent le flambeau. Ils soulignent que :

« Des évidences émergentes indiquent que les perturbations métaboliques sont la caractéristique essentielle de pratiquement tout les cancers, quelles que soient leurs origines tissulaires. Le cancer est fondamentalement une maladie métabolique. En dépit des efforts de la recherche, les stratégies de management des métastases ont pratiquement les mêmes défis posés par la théorie métabolique, il y a 40 ans. » [6]

Puis à nouveau un an plus tard, Elsevier, R. Diaz Ruiz et Den Rigoulet reviennent à la charge [7] et nous apprennent que :

« Il est crucial de comprendre le mécanisme par lequel on peut réguler son énergie métabolique de manière réversible. »

Ainsi, soit dit en passant : en 2011, 87 ans après que Warburg ait posé sa théorie, on ne savait toujours rien sur un élément crucial ! 10 000 000 publications pour n’avoir fait qu’un immense rond dans l’eau en somme…

Toujours en 2011, Segfried TH et RE Flores écrivent à nouveau que le cancer est une maladie métabolique, et ils prévoient son implication pour de nouveaux traitements. Seyfried encore soulignait la confusion, voire l’obscurité, entourant l’origine du cancer [8]. L’auteur, incapable d’échapper au traditionnel couplet patriotique, nous promettait que les dix ans à venir produiraient un catalogue de nouvelles molécules. Très bien, mais où sont-elles donc ?

Et plus récemment encore, en 2011 dans Science Direct [9], on apprend que la dernière décennie a été témoin de la renaissance de l’hypothèse fondamentale d’Otto Warburg, ainsi que de celle du prix Nobel Albert Szent-Györgyi, chercheur génial dont il est temps de présenter les découvertes.

 

Albert Szent-Györgyi (1971)

 

Vers la fin de sa vie, Albert Szent-Györgyi (ASG) se consacre aux radicaux libres comme cause potentielle de cancer. Il voit dans le cancer un problème électronique au niveau moléculaire.

« Le charme de la biologie est dans les subtilités merveilleuses de ses réactions et je ne pourrais jamais croire qu’elles peuvent être apportées par des macromolécules maladroites sans la participation de molécules beaucoup plus petites et unités sensibles qui ne peuvent pas être autre chose que des électrons délocalisés et peu réactifs. Le fait qu’il y avait un fossé important dans notre connaissance de base, que toute nos perspectives sur la vie pouvait être défectueuses m’étaient suggéré par la stagnation complète de le recherche ». [10]

Il distingue deux états dans l’organisation biologique : l’état de la cellule embryonnaire, et l’état de la cellule différenciée. La forme la plus simple de la vie, celles des cellules embryonnaires, doit proliférer aussi vite que possible. ASG nomme cet état, l’état α. Cette étape est marquée par la fermentation et la prolifération. L’état alpha est favorisé par l’absence de structure et la simplicité du modèle. L’état β est celui de la différentiation et l’apparition de structures complexes, notion que G. Whiteside explicite très bien par la métaphore suivante :

« Le plus petit mycoplasme est incommensurablement plus complexe que n’importe quelle réaction chimique en réseau, que l’on pourrait fabriquer en laboratoire avec une technologie actuelle ». [11]

Autrement dit, la structure complexe « naturelle » ne se laisse pas imiter si facilement. Petite remarque : nous sommes ici en plein hylémorphisme, cette philosophie développée par Aristote qui considère que tout être est composé de manière indissociable d’une matière et d’une forme. Ce qu’il faut retenir, c’est que l’état α est naturellement incompatible avec l’élaboration de structures complexes. Pour y accéder, un ordre doit être donné pour bloquer l’état α. Mais le développement, lui, reste tributaire de la multiplication cellulaire, processus à la fois complexe et mystérieux. Pour se faire, la cellule doit démonter ses structures. D’abord le noyau dont la membrane se dissout, la chromatine se condensant en un petit nombre de chromosomes. Puis les mitochondries, usines productrices de l’énergie cellulaire, sont dissoutes à leur tour : elles aussi doivent être démontées. Comprenez bien le mécanisme : dans ces conditions, pour obtenir l’énergie nécessaire, la cellule devient beaucoup plus dépendante du processus de fermentation. Ensuite, une fois la cellule divisée, elle doit retrouver le chemin de retour vers l’état β, ce chemin dépendant de l’oxygène, reconstruire ses structures et ses chaînes de transports d’électrons.

Conclusion : si la voie de retour est perturbée ou inaccessible, ou rendue instable par quelques facteurs externes, alors la cellule n’a plus comme destin que de persister dans l’état α et la tumeur se développe.

 

L’exemple parlant de la réparation des fractures

 

Nous avons évoqué plus haut le parallèle entre le processus de cancérisation et celui de la guérison des plaies. La description par R. O. Becker du mécanisme de réparation d’une fracture osseuse illustre très bien la réalité de ce phénomène. Il est tiré de The body electric de Robert Becker [12], livre malheureusement non traduit en français. Voyons cela de plus près.

Chaque os est enveloppé d’une couche épaisse de collagène, ingrédient majeur de l’os et des tissus conjonctifs, ce qui maintient la cohésion de l’organisme associé aux cellules qui la fabriquent. Ces deux enveloppes forment le périoste. Lors de la fracture, les cellules du périoste commencent leur délicat processus de réparation. Pendant qu’une des cellules filles reste à sa place, l’autre migre vers le caillot sanguin entourant la fracture et se transforme en ostéoblaste, c’est-à-dire en cellule chargée de fabriquer de l’os. Ces nouvelles cellules construisent un renflement annulaire d’os nommé « cal », autour de la fracture. Simultanément un nouveau tissu non spécialisé se forme dans la cavité médullaire, comme si du béton commençait à s’accumuler sur un chantier. Ce tissu se forme par un retour à l’état embryonnaire, le fameux état α. Les cellules se transforment alors successivement en cellules cartilagineuses primitives, puis matures, et enfin en cellules osseuses, assurant la réparation par l’intérieur. Ici, un point crucial est à considérer. Sous un microscope, le changement observé des cellules internes, particulièrement chez l’enfant, une semaine ou deux après la fracture, semble incroyablement chaotique et apparaît affreusement similaire à un cancer osseux, extrêmement malin. Mais heureusement, dans l’immense majorité des cas, leurs transformations sont contrôlées et l’os guérit. Une question se pose alors : qui ou quoi, dans notre corps, contrôle ce phénomène incroyable ? Qui l’a étudié, « seulement » étudié ? Notons que ce processus est analogue à la régénération tissulaire telle que décrite par le Dr Marshall Urist en 1960.

À contre-courant de la doxa, Becker estimait que le cancer n’était pas génétique [13] mais qu’il s’agissait en réalité d’une erreur typographique dans le chapitre des acides aminés. Pour lui, la cellule cancéreuse provient toujours d’une cellule normale. Les cellules cancéreuses sont plus primitives que leurs précurseurs sains. Plus une cellule est simple, plus vite elle croît et plus elle est difficile à traiter. En revanche, les cellules plus proches du tissu d’origine sont moins malignes.

En définitive, les cellules malignes se définissent par :

- Leur vitesse de croissance ;

- Leur débordement (les cellules cancéreuses ne respectent pas les frontières comme le feraient les cellules normales. Bien au contraire, elles empiètent de manière impérialiste sur leurs voisines) ;

- Leur priorité métabolique (elles s’approprient le meilleur des micronutriments. L’hôte est ravagé et meurt).

Arrivés à cette étape, soulignons qu’il s’agit des trois mêmes caractéristiques normales de la croissance embryonnaire et de la régénération. On retrouve bien les phénomènes de simplicité cellulaire, de vitesse du métabolisme et de priorités métaboliques, à cette différence fondamentale qu’ils se passent ici en l’absence de tout contrôle.

Poursuivons ce passionnant mais fort déprimant voyage sur la route des occasions manquées et des méconnaissances catastrophiques. Il s’agit maintenant de l’extraordinaire expérience de Meryl Rose.

 

Ramener une cellule cancéreuse à un fonctionnement normal

 

L’idée générale du docteur S. Meryl Rose est que la cellule embryologique, fonctionnant partiellement en anoxie, peut revenir à l’état normal. En 1948, il décide d’élucider la question suivante : l’environnement biologique d’un membre de salamandre en cours de régénération pourrait-il contrôler les cellules primitives cancéreuses comme il le fait pour le blastème ? Pour répondre à cette question, il transplanta des morceaux de tumeur rénale cancéreuse banale chez la grenouille. Il la transplanta sur le membre de la salamandre. L’expérience tua rapidement les animaux en l’absence de tout contrôle.

Cependant, et soyez très attentifs à ce qui suit, lorsque Rose amputa le membre juste en dessous ou à travers la tumeur maligne, la régénération normale se déroula et les cellules cancéreuse se dédifférencièrent complètement en même temps que le blastème. Oui, vous avez bien lu : Rose a réussi à normaliser les cellules cancéreuses ! Encore plus incroyable, les cellules de la grenouille se distinguaient facilement de celles de la salamandre par leurs petits noyaux, mais les études microscopiques montrèrent un mélange entre les muscles de la salamandre et de la grenouille ! On obtient la même chose pour les cellules de cartilages, etc. [14]. L’hypothèse de Rose, prouvée par son expérience, est une révolution : le système de guidance de la régénération pourrait bien aussi contrôler le cancer. Cela implique que les cellules cancéreuses n’étaient pas « spéciales » mais seulement des cellules embryonnaires dans un corps post-embryonnaire.

Le travail de Rose mena directement à la théorie du suisse G. Andres quelques années après, théorie qui éclaire ces phénomènes. Andres démontre en synthèse que l’embryon est un organisme complet qui n’a rien avoir avec les mécanismes adultes, et dont le contrôle sur ses propres cellules lui est totalement personnel. Pour arriver à cette conclusion, G. Andres a implanté des cellules cancéreuses de grenouilles dans les tissus d’une grenouille adulte. Si la greffe n’est pas rejetée, les cellules de la grenouille adulte dégénèrent et donnent une tumeur métastatique hautement maligne. L’auteur propose la théorie suivante qui reste totalement d’actualité et extrêmement provocante : une cellule normale devient cancéreuse par dédifférenciation. Ce changement n’est pas dangereux en soi, mais, se produisant chez un animal post-fœtal, le contrôle chargé de maintenir l’ordre chez ces cellules néo-embryonnaire n’est tout simplement pas fonctionnel.

Malheureusement, la biologie était encore fermement tenue par l’ « anti-dédifférenciationisme », et cette idée a été à moitié ridiculisée et à moitié ignorée. Cette fermeture a malheureusement fait retourner en arrière la recherche contre le cancer pendant des décennies, à cause du dogme implicite que la carcinogenèse, comme la différenciation, était irréversible. Comme Robert Becker l’écrit, paraphrasant la devise du corps des Marines : « Once a cancer cell, always a cancer cell ! ».

Les conséquences sont de taille : la seule possibilité de traitement était alors d’enlever la tumeur ou de la détruire par chimiothérapie ou radiothérapie. Avec plusieurs obstacles infranchissables. Premièrement, la chirurgie ne marche seulement que contre des tumeurs qui ne se sont pas encore étendues. Et la chimiothérapie ainsi que la radiothérapie produisent des dommages, des effets secondaires, parmi les cellules normales également. C’est ce qui a fait écrire à Becker :

« Dans notre guerre contre le cancer, on s’est embourbés nous même dans une sorte de syndrome du Viêt Nam. Pour détruire nos ennemis, on est en train de tuer nos amis. » [15]

Ainsi se termine la triste histoire des découvertes majeures de deux découvreurs de génie, Sentz Györgyi et Meryl Rose, que personne ne connaît aujourd’hui. Pourtant auteur et co-auteur de plus de cinquante publications, dont certaines en collaboration avec son épouse Florence, Meryl Rose est cité 31 fois seulement dans toute la littérature scientifique depuis 1931 ! Quel chercheur a fait mieux depuis ?

 

Conclusion

 

Pour clore notre tour d’horizon, il reste à présenter une publication exceptionnelle dans son retentissement, puisque citée près de 30 000 fois. Douglas Hanahan et Robert Weinberg nous permettent de faire le bilan de nos connaissances actuelles sur le cancer [16]. En définitive, les caractéristiques du cancer se limitent à six capacités biologiques qui s’acquièrent au cours du développement de la tumeur, et constituent un principe d’organisation. Les voici :

- Le maintien de la signalisation proliférative ;

- L’évitement des suppresseurs de croissance ;

- La résistance à la mort cellulaire (apoptose) ;

- L’activation de l’immortalité réplicative ;

- L’induction de l’angiogenèse ;

- L’activation de l’invasion et de la métastase.

Sous-jacent à ces six phénomènes, on retrouve une instabilité génomique et de l’inflammation. Indépendamment de la qualité de l’article, la conclusion à tirer est que la somme de ce que nous savons aujourd’hui sur le cancer se concentre en six caractéristiques : cela tient sur une carte de visite ! Ainsi, nous devons bien admettre l’état de la recherche sur le cancer aujourd’hui : malgré la somme des budgets alloués et les publications nombreuses, nous sommes toujours totalement ignorants sur le sujet. Notre ignorance débute d’ailleurs très tôt, avec notre incapacité à définir le cancer. Le problème, simple en apparence, est conceptuellement indépassable aujourd’hui. R. Virchow, le père de la pathologie cellulaire, faisait déjà remarquer au XIXème siècle que personne, pas même sous la torture, ne serait en mesure de définir le cancer ! Les changements de siècles n’ont malheureusement nullement changé les conclusions de Virchow.

Quant à L. Fould, autre cancérologue britannique, il proclamait de son côté que définir le cancer en terme biologique serait un événement qui ferait certainement date dans le domaine de la recherche. Albert Szent Györgyi enfonçait le clou avec cette question lancée lors d’un symposium :

« Comment puis-je différencier une cellule normale d’une cellule cancéreuse quand je ne sais pas ce qu’est une cellule normale ? ».

Laissons le dernier mot Sir Mac Farlane Burnett :

« S’il l’on pouvait faire une étude complète et impartiale des résultats de la recherche sur le cancer, je crois que l’on finirait sa tâche avec une impression de futilité dévastatrice. Nous devons faire face à la réalité, que les résultats pratiques des centaines de milliers d’années de travail sur le mécanisme de la carcinogenèse chimique, la signification du virus carcinogène, le contrôle de la morphogenèse et l’aspect immunologique du cancer sont précisément nuls. »

Déclarer la guerre au cancer, revient à déclarer la guerre à la grêle ! Honnêtement, quelles sont nos chances ? La meilleure façon de guérir du cancer étant de ne pas tomber malade, il serait temps de se concentrer sur la prévention. C’est ce que nous aborderons dans notre troisième partie, qui sera l’occasion de parler, entre autres, des travaux d’André Gernez.

– La Section Santé d’E&R –

Notes

[1] Laurent Schwartz. « Cancer, un traitement simple et non toxique, les premiers succès du traitement métabolique ». Thierry Souccar Editions, 2016.

[2] L’IMS Health est une société d’étude spécialisée dans la pharmacie et la cancérologie.

[3] Sir Mac Farlane Burnett, www.cancerfondamentalthruth.com

[4] Proc Natl Acad Sci U S A. 1972 Apr ;69(4):1009-15. N.A.S. symposium : new evidence as the basis for increased efforts in cancer research.Todaro GJ, Huebner RJ.

[5] Lancet. 2001 Feb 17 ;357(9255):539-45. Inflammation and cancer : back to Virchow ? Balkwill F, Mantovani A.

[6] Segfried Th et al (Segfried Th, Shella M S.« Nutrition & metabolism » 2010-7-7).

[7] Référence initiale dans Nutrition and métabolism (reprogrammation métabolique à long terme des cellules cancéreuses 2011 Elsevir-Diaz Ruiz R. et al « biochemical biophysical acta ».

[8] Segfried TH. Origine management and prevention of cancer. John Willey and son. Hoboken.NY. pp15-24

[9] Science Direct ; Molecular Aspect of medicine, 31, n°5, 1 march 2011.

[10] A. Szent-Gyorgyi. Electronic Biology and Cancer. Marcel Dekker. NY 1976.

[11] Whiteside G. et al ; The improbability of live in. Fitness of the cosmis for life biochemistry and fine tunings (Eds Barrons et al.. pp 12. Cambridge University Press).

[12] Robert O. Becker ; Gary Selden. The body Electric pp.30-31.

[13] R.O.Becker 241 sq. op.cit.

[14] S. Meryl Rose. Ann. NY.Acad.Sc. 1949.n°5 control of cancer kydney controlled by regeneration following amputation of salamander.

[15] R.O. Becker 219 sq. op.cit.

[16] D. Hanahan, R. Weinberg « Hallmarks of Cancer : The Next Generation » (DOI : https://doi.org/10.1016/j.cell.2011…)

Le cancer est la première cause de mortalité chez les hommes, et le deuxième chez les femmes. Il s’agit donc bien d’un sujet central en matière de santé. Beaucoup d’argent a été englouti dans des plans cancer successifs, en France comme aux USA. Beaucoup d’effet d’annonce et beaucoup de réjouissances sur les progrès à venir et les espoirs de traitement de cette maladie emblématique. Pourtant nous devons nous rendre à l’évidence : cela n’a pas amélioré grand-chose en termes de survie, ni même en terme de qualité de vie. Osons le dire, les stratégies passées ont échoué.

 

En effet, dès lors que l’on ajuste les chiffres en tenant compte des modifications démographiques, accroissement ou vieillissement de la population [1], la réalité apparaît. Réalité dure à admettre, mais réalité chiffrée : la chute de la mortalité est inférieure à 5%, sur une période de 50 ans, et sur un ensemble de 40 pays occidentaux ! Pas de quoi fanfaronner avec de tels résultats, et aucun « progrès de la médecine » en vue malgré les bonnes volontés. Pourtant, en dépit de ces piètres résultats, le cancer est, avec la vaccination, le deuxième grand tabou auquel il ne faut pas toucher si on veut s’épargner les foudres de la bien-pensance médicale.

Même les revues indépendantes de santé dites alternatives ne s’y risquent pas, et se cantonnent simplement à la gestion de l’après-traitement. Mais par respect pour les malades, à qui nous devons plus de transparence sur ce qui les attend, nous allons nous y coller en présentant les résultats irréfutables de chercheurs indépendants. Nous nous proposons de traiter ce sujet difficile en trois parties. Une partie chronologique sur les illusions servies au grand public visant à faire croire que la science et la médecine maîtrisent leur sujet. Puis une deuxième partie conséquente, à notre sens passionnante, sur les évolutions de la manière de penser le cancer, sur les modes thérapeutiques et les déconvenues de la recherche en cancérologie, pour mettre en lumière que nous ne savons toujours rien sur la cellule cancéreuse, pas plus les Prix Nobel que les Centres Cancer. Et une dernière partie, que nous espérons plus pratique, pour aider les bien-portants à le rester. Pour aider les malades, et les familles des malades, à établir avec discernement et recul, la meilleure stratégie possible pour eux-mêmes. Et nous l’espérons pour redonner espoir.

 

 

Déjouer le cancer

« Le médecin du XXIème siècle deviendra progressivement un conseiller. Il aidera ses patients sains à le rester et à gérer à long terme leur capital santé. » (Jean Dausset, Prix Nobel de médecine)

Pré-ven-tion !

Un vieux professeur des Beaux-Arts avait coutume de répéter cette formule à ses élèves : « Ne pas salir, pour ne pas nettoyer ». Quelle logique implacable ! On pourrait dire la même chose à propos de la maladie en général et du cancer en particulier : « Pour éviter d’avoir à guérir, ne tombez pas malade ! ». Si vous avez tiqué, c’est qu’il existe l’idée sous-jacente que la prévention, ça vaut pour les rhumes, mais aussi pour les cancers. Une grande partie du public, que l’on a réussi à convaincre de notre statut de victime face à la maladie, ressentira peut-être de la colère à la lecture de ce conseil. C’est ce qu’exprime cette phrase entendue en cabinet : « Déjà qu’on est malade, si en plus on doit se sentir coupable… ».

Toutes les médecines traditionnelles, de la Médecine Traditionnelle Chinoise à l’Ayurveda, en passant par la vieille bonne naturopathie occidentale, ont en commun d’accorder une grande importance à ce qu’on appelle « l’éducation du patient ». Force est de constater que ce n’est pas l’option choisie par la médecine hospitalière. La prévention demeure le parent pauvre de la médecine, malgré le Service Sanitaire, dernier né d’une série de programmes qui devra faire la preuve de son efficacité (voir notre article). En effet, on en arrive aujourd’hui au paradoxe aberrant de dire « c’est de votre faute », sans donner les clés de cette auguste prévention, dont tout le monde parle, mais que peu maîtrisent. Il est impératif que le concept de prévention soit mieux cerné, car finalement, c’est bien une des seules armes dont nous disposons. Surtout quand la confusion entre dépistage et prévention primaire persiste autant, voire est entretenue, dans l’esprit du public.

 

Le discours institutionnel

Dans le jargon médical, on parle de prévention primaire, secondaire et tertiaire. Mais dans les faits, que ce soit en consultation ou dans le discours des organismes officiels, on n’aborde pratiquement que la notion de dépistage, valorisée par son adjectif de « précoce », qui se veut rassurant. Par exemple, le discours préventif de l’Institut National contre le cancer pose d’emblée des limites à la prévention.

« Aujourd’hui, il est possible de limiter la survenue des cancers du poumon ou des cancers de la peau, par exemple, parce qu’on en connaît la cause principale – respectivement le tabac et le soleil – et que l’on peut agir dessus en modifiant ses habitudes. Mais pour d’autres cancers, dont certaines causes – comme l’âge ou l’hérédité – peuvent difficilement être influencées par un changement de comportements, la prévention n’est pas réellement possible à ce jour. C’est le cas, par exemple, du cancer du sein, pour lequel le dépistage précoce demeure le moyen d’agir le plus efficace. » (Extrait du site de l’Institut National contre le cancer)

Hélas, le dépistage précoce, ça à l’air d’être de la prévention, ça a la couleur de la prévention, mais ce n’est pas de la prévention ! En tout cas, pas digne de ce nom. En pour cause : pour « dépister une maladie », il faut assurément qu’elle soit « déjà là ». Une stratégie véritablement préventive est autre chose. Il n’y a pas 36 solutions pour agir en amont, avant que la maladie ne se déclare.

En prévention primaire, on identifie les facteurs de risque afin de les supprimer ou de les minimiser, et on valorise les « conduites anti-cancer ». Pour arriver à ce résultat, on s’appuie sur l’épidémiologie, dont le rôle est de mettre en lumière les chaînes de risques ou au contraire les effets protecteurs. Un exemple de prévention primaire très efficace : l’abandon du traitement substitutif de la ménopause, qui a permis de diminuer le nombre de cancers du sein chez les femmes ménopausées [2].

Logiquement, l’arsenal préventif devrait être un processus dynamique concernant autant les professionnels que les acteurs politiques et la sphère économique. Mais il faut compter avec les limites de l’intervention de l’État : il y a toujours une forme de viscosité à mettre en place les mesures qui s’imposeraient. On savait par exemple depuis un siècle la nature cancérogène de l’amiante. En dépit de cela, il n’y a pas eu de protection drastique des travailleurs et des populations. L’interdiction de l’amiante est intervenue très tardivement, et nous allons malheureusement encore comptabiliser dans l’avenir des décès imputables à l’amiante. Les mêmes ingrédients produisant les mêmes recettes, il n’y a aucune raison que ce genre de catastrophe ne se reproduise pas. Considérons bien que nous ne sommes que du menu fretin, et prenons conscience que les dégâts collatéraux pèsent peu dans la balance économique et politique. À nous d’être vigilants, de se tenir informés, et de ne pas croire sur parole, ni les grands pontes, ni les décideurs politiques.

La prévention secondaire met l’accent sur le dépistage des maladies, avec l’intention d’intervenir de façon précoce sur celle-ci. Mais comme nous venons de la voir, c’est une façon de jouer sur les mots : la maladie étant déjà là, on devrait parler de traitement précoce. Nous venons de le voir, le mot « dépistage précoce » est un leurre, car dans les faits le cancer se détecte… trop tard. C’est la démonstration magistrale que le docteur André Gernez n’a cessé de faire au cours de sa carrière, et que nous reprenons ici. Voyez plutôt.

 

 

L’évolution d’une cellule cancéreuse en tumeur mortelle suit la courbe dite « de Collins », du nom du chercheur états-unien qui l’a décrite.
La vitesse du développement est très lente au début :

- 16 cellules la première année (la première cellule cancéreuse se divisant 4 fois) ;
- 1 000 cellules à 3 ans. Jusque-là le tissu cancéreux est instable et peut disparaître spontanément ;
- 1 million de cellules à 5 ans. Cette étape du million de cellules est décisive : c’est le moment où le cancer devient irréversible. Mais, notez bien qu’il n’est toujours pas décelable à ce stade.
- 1 milliard de cellules à 8 ans. Ainsi, il faut attendre la 8e année pour que la masse cancéreuse devienne décelable. Elle pèse alors 1 gramme et mesure 1 cm de diamètre. On parle de stade d’émergence clinique. Face à ce constat, on peut dire que le dépistage est donc, non pas précoce, mais au contraire très tardif !
- Le dernier stade est celui de 1 000 milliards de cellules. La tumeur pèse 1 kg, ce que ne peut supporter l’organisme qui en meurt.

Une conclusion de bon sens s’impose : le stade de détection, huit ans après la cellule cancéreuse initiale (1 milliard de cellules), n’a aucun intérêt biologique. Il est bien trop éloigné du stade d’irréversibilité (1 million de cellules). Or, ce passage de la réversibilité à l’irréversibilité est le seul stade qui soit utile quand on vise la guérison. Il faut admettre cette vérité : dépister un cancer signe en réalité l’échec de la prévention.

« Le sens commun veut qu’il est plus facile d’écraser un gland qu’un chêne. » (Docteur André Gernez)

La prévention tertiaire, pour finir, concerne l’après traitement. Avec l’objectif de continuer le traitement lorsque la maladie devient chronique, pratique de plus en plus courante en cancérologie. Ou, si on a la chance d’être guéri, avec celui ne pas rechuter. Dans ce cas, la prévention tertiaire se confond avec une nouvelle phase de prévention primaire.

 

Encore l’épigénétique

Il est important d’insister encore sur l’idée que c’est, non pas le patrimoine génétique, mais bien l’environnement en général qui joue un rôle majeur dans la genèse des cancers. Dans la deuxième partie de notre article, nous avons déjà abordé cette nouvelle discipline scientifique, l’épigénétique, qui étudie l’influence du comportement humain dans toute sa latitude. Nos habitudes quotidiennes, qu’il s’agisse de notre alimentation, de nos interactions affectives, de notre façon de gérer le stress ou de notre degré de sédentarité, ont une action directe sur la modulation de l’expression du programme génétique.
En synthèse, des anomalies épigénétiques contribuent au développement du cancer à toutes les étapes de la vie de la cellule : division cellulaire, différenciation, survie, mobilité, etc. Toute aberration épigénétique peut ainsi être impliquée dans la cancérogenèse.

Nous avons maintenant la preuve que les gènes ne sont pas les seuls porteurs de l’hérédité. Des études sur des jumeaux monozygotes, au patrimoine génétique identique, mais aux modes de vie différents, ou d’autres études sur les populations migrantes adoptant le style de vie du pays d’accueil montrent clairement que 60 à 80 % des cancers sont liés à l’environnement. Parmi ces facteurs environnementaux, l’alimentation et le tabac tiennent les premiers rôles. Ainsi les stimuli extérieurs modifient l’expression des gênes, sans toucher à la séquence de l’ADN. Comme métaphore, nous pouvons imaginer que le chromosome est une bande magnétique de cassette audio (un effort de visualisation est nécessaire pour nos jeunes lecteurs) sur laquelle chaque gène est une piste enregistrée sur la bande. Considérons alors que les modifications épigénétiques sont des morceaux de ruban adhésif repositionnables qui vont masquer ou démasquer certaines pistes, les rendant illisibles ou lisibles. Et, fait remarquable, les modifications de l’expression des gênes peuvent être transmises aux générations futures, toujours sans modification de la séquence nucléotidique.

 

 

L’action de l’épinard sur l’ADN

Ce sont les « histones », sorte de gaines de protection de l’ADN, qui peuvent être bloquées ou ouvertes par des agents chimiques, dits de « méthylation » ou « d’acétylation ». On dit d’un gène avec des groupements méthyl attachés qu’il est « méthylé ». Cette « méthylation des gènes » est un mécanisme chimique, lié à la structure de la chromatine, et elle peut se produire à des degrés divers. Ainsi, la méthylation n’obéit pas une loi de type « tout ou rien » : il existe des gènes partiellement méthylés. Ce qu’il faut retenir, c’est que la méthylation de l’ADN permet à un gène de ne pas s’exprimer. À l’inverse, un déficit en capital méthyle peut entraîner une instabilité et une modification de l’expression des gènes, tout autant qu’un déficit de réparation de l’ADN.

La bonne nouvelle, c’est que nous pouvons nous approvisionner en groupements méthyl directement par notre alimentation, à partir d’acides aminés comme la méthionine et la bétaïne ou de vitamines comme choline. Parmi les donneurs de méthyle, ce sont « bêtement » les folates, dont la vitamine B9 est la figure de proue, qui jouent le rôle le plus important. On en trouve notamment dans le foie, les oléagineux, les « feuilles vertes », comme les salades et les épinards, et le jaune d’œuf. D’autres éléments chimiques à puiser dans notre alimentation sont également nécessaires pour transporter des groupements méthyles à travers le corps et pour les attacher soigneusement à l’ADN : zinc et vitamine B12 notamment.

Trop simple pour faire sérieux sans doute, car le message passe mal dans les medias. Une nouvelle science, la nutrigénomique rend compte de l’action de substances alimentaires sur l’expression des gènes. Ainsi, S. Donaldson Michaël a montré qu’on peut réduire de 30 à 60% le risque de cancer en agissant seulement sur son alimentation [3], avec une action plus efficace que l’arrêt du tabac. (Mais c’est bien de le faire aussi ! Car le tabac est toujours responsable de plus d’un tiers des cancers).

 

Prêts pour une mise en pratique ?

« 80 à 90% des cancers sont liés à notre mode de vie et à l’environnement. Cela inclut la nutrition, la sédentarité, le tabagisme, l’alcool, le stress, les médicaments, l’exposition chimique et les infections. » (Christopher Wild, Centre international de recherche contre le cancer)

À ce stade de l’article, et à des fins pédagogiques, nous avons choisi d’être volontairement un peu redondant. Nous allons vous présenter d’abord le « négatif de la diapositive du cancer » avec les facteurs de risques, suivi de la « diapositive positive anti-cancer » alimentée de bons conseils pratiques. Commençons par un tour d’horizon des facteurs favorisants le cancer. Nous sommes ici en pleine prévention primaire, et dites-vous qu’il n’est jamais trop tard pour améliorer la situation. En tout premier lieu, les facteurs alimentaires.

Les facteurs alimentaires

 

Le sucre et la notion d’index glycémique

Le rappel des travaux d’Otto Heinrich Warburg dans notre deuxième partie a permis de comprendre que le métabolisme de la cellule cancéreuse dépendait du sucre. La majeure partie des cellules cancéreuses ont des récepteurs à l’insuline sur leur membrane. Ainsi un cercle vicieux s’installe :
- L’insuline est en elle-même un facteur de croissance et de prolifération.
- Mais l’insuline stimule également la sécrétion de l’Insuline growth factor (IGF1) par le foie,
- L’IGF1 stimule à son tour la multiplication cellulaire, ainsi que la production d’œstrogènes.
- Pour boucler le tout, les œstrogènes vont stimuler la croissance d’éventuelles cellules cancéreuses situés dans les seins.

L’index glycémique quand à lui mesure la vitesse d’absorption des différents sucres dans notre organisme. Plus un sucre s’absorbe vite, plus il fera monter rapidement la glycémie avec un effet direct sur la production d’insuline. Or, lorsque le cancer est déclaré, mais également à titre préventif, vous avez compris qu’il faut limiter sa production d’insuline.
Le docteur Laurent Schwartz rapporte que le seul peuple totalement protégé du cancer est une population naine d’Équateur, qui génétiquement est incapable de capter le sucre. Non seulement, ils ne développent pas de cancer, mais ils sont aussi protégés du diabète et de la maladie d’Alzheimer [4].

 

 

En pratique :

- Supprimer les sucres rajoutés (bonbon, soda, fructose présent dans tous les produits industriels).
- Limiter les produits à index glycémique élevés : céréales raffinées, pain blanc, alcool. Procurez vous des « tables » d’index glycémique si besoin. Rajouter des légumes crus ou cuits dans vos préparations pour apporter les fibres qui diminueront l’index glycémique de vos recettes.
- Réintroduire les légumineuses si elles sont bien digérées (lentilles, haricots, poids chiches).

 

L’équilibre en acides gras

Nous avons déjà beaucoup parlé des acides gras et des causes du déséquilibre du ratio Oméga-3/Oméga-6 dans l’article Le chaînon alimentaire manquant du XXème siècle.

Pour notre sujet, ce qu’il faut retenir en synthèse, c’est que les Oméga-6 favorisent le stockage des graisses, la rigidité des membranes cellulaires et tout l’arsenal de la réponse inflammatoire (vasomotricité, agrégation plaquettaire et inflammation). En effet, ils servent de base à la synthèse des médiateurs pro-inflammatoires qui vont préparer le terrain des maladies dites de civilisation. Ainsi, l’excès d’Oméga-6 augmente aussi les risques de cancer. Les oméga-3 au contraire interviennent dans la fluidité et la souplesse des membranes cellulaires, limitent la fabrication de tissu graisseux, participent à la constitution du tissu nerveux, et calment les réactions inflammatoires. Que du bon ! Ils assurent de ce fait la prévention du cancer, mais pas seulement. En bonus, ils agiront sur la prévention des maladies cardio-vasculaires, de la dépression, et du syndrome métabolique (graisse abdominale, diabète, hypertension).

Parmi les acides gras, soulignons que le conjugated linoléic acid (C.L.A.) a démontré son efficacité dans la lutte contre le cancer. Il est présent naturellement dans certains fromages, lorsque les animaux sont nourris à l’herbe. En pratique, cela signifie cependant qu’il est absent des rayons fromage des supermarchés.

Évitez radicalement les acides gras trans industriels, apparus début XXème avec les premières margarines, et systématiquement employés en boulangerie industrielle et dans l’industrie céréalière (gâteaux secs, d’apéritifs, viennoiseries, pizza, quiche, etc.). Ce sont ces acides gras trans qui sont le plus néfaste pour la santé. L’INSERM a montré que les femmes ayant un taux sérique élevé d‘acide gras trans avaient deux fois plus de risque d’avoir un cancer du sein que celles ayant le taux le plus bas. D’ailleurs, certains pays comme le Danemark et le Canada en ont pris note et ont interdit leur usage.

 

En pratique :

- Cuisiner maison à partir de produits non transformés est la première mesure à mettre en place. S’il ne doit y en avoir qu’une, que ce soit celle-là ! Nous avons bien conscience que c’est difficile lorsque l’on travaille et que l’on rentre tard à la maison. Équilibrer sa vie, ou la vie familiale entraîne souvent une réflexion globale sur sa manière de vivre, et sur les changements qu’on est prêt à mettre en place. A minima, vous pouvez commencer par éliminer les produits de traiteurs, les soupes en briques, les plats cuisinés surgelés et tous les produits céréaliers industriels, ainsi que les charcuteries et fromages de supermarchés. Devenez les champions du râpage de carottes !
- Manger du poisson gras, environ trois fois par semaine : anchois non salés, maquereaux, sardines, hareng non fumés. Ce sont des poissons de petite taille qui se trouvent en de début de chaîne alimentaire, peu pollués et en même temps riches en Oméga-3. Il faut éviter les gros poissons (saumon, thon, espadon, roussette et saumonette) qui ont eu le temps d’accumuler les métaux lourds, car la majeure partie des toxines se stockent dans le gras. Des études ont révélé que le saumon d’élevage contient autant de dioxines, PCB et pesticides que les poissons de mer.
- Pour vos assaisonnements, consommez de l’huile de Colza ou de Noix. Rajoutez des graines de lin broyées à vos préparations.

 

 

Le lait et la viande

L’épidémiologie montre qu’il y a une augmentation du cancer du sein dans les pays les plus consommateurs de laitage. Ceci est aussi valable pour le cancer de la prostate qui augmente parallèlement à la consommation de produits laitiers [5].
Un autre lien existe entre la consommation quotidienne de viande rouge et/ou charcuterie et le cancer colorectal d’une part et celui de la vessie de l’autre.

 

En pratique :

- Comptez votre nombre de portions de produits laitiers consommés par jour en plus du beurre et réfléchissez à votre stratégie préventive. Le journaliste Thierry Souccar conseille d’en consommer entre 0 et 1 par jour [6]. Choisissez-les au lait cru et bio si vous souhaitez continuer à en consommer.
- Soyez sûr du restaurant où vous consommez votre viande : il y a des chances qu’elle soit bourrée d’antibio, d’OGM et de mauvaises graisses. Trouvez plutôt une AMAP (Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne), et ressortez les livres de cuisine pour concocter pot-au-feu, blanquette de veau et bœuf bourguignon pour les grandes occasions.

 

L’alcool et le tabac

La consommation d’un à deux verres de vin biologique par jour est protecteur, sans doute grâce à la présence de resvératrol et de ses propriétés anti-inflammatoires et anticancéreuses. En revanche, l’alcool augmente l’exposition aux substances cancérigènes, comme les nitrosamines et les hydrocarbures aromatiques polycycliques, du fait de son caractère de solvant. C’est le cas de certaines bières et whiskies. Ainsi l’alcool augmente le risque du cancer de tout le tractus digestif, de la bouche à l’anus ; mais aussi du poumon, de la prostate, de la vessie et de la thyroïde. Nos lectrices doivent savoir que tout type d’alcool, même le vin rouge est préjudiciable à la santé des seins.
Last but not least, le tabac est toujours responsable d’un tiers des cancers.

 

En pratique :

- Diminuer est toujours mieux que de ne rien faire.
- Nous sommes toujours étonnés de constater en cabinet à quel point l’arrêt du tabac est vécu comme une victoire personnelle hautement valorisée. Lancez-vous dans la course pour protéger votre santé et celle de vos proches. Par la même occasion, vous relèverez le défi de sortir de la dépendance. Souvenez-vous que le pourcentage de chance d’arrêt définitif augmente avec le nombre de tentatives. Soyez persévérant.

 

La cuisson

C’est le mode de cuisson des viandes qui contribue le plus à leur caractère pro-cancéreux. Les composés de Maillard, responsables du goût délicieux des cuissons au barbecue sont cancérigènes. Il faut impérativement couper les bouts d’aliments carbonisés et les laisser sur le bord de l’assiette. Les aliments fumés sont également cancérigènes.

En pratique :

- Introduire du cru quand c’est possible (bon système digestion, période estivale).
- Limiter les cuissons à la poêle et au four, et surtout au barbecue.
- Cuisson à la vapeur comme le préconise le professeur Joyeux depuis plus de 30 ans !
- Mijoter et privilégier les cuissons lentes à petit feu. Cela demande du temps, mais moins de surveillance.
- N’oubliez pas les soupes en hivers : vous récupèrerez tous les sels minéraux dans l’eau de cuisson.

Passons maintenant en revue aux facteurs extra-alimentaires, en commençant par notre environnement pollué d’un nombre vertigineux de substances étrangères toxiques : perturbateurs endocriniens, pesticides et médicaments.

Les substances étrangères toxiques

 

Les perturbateurs endocriniens

Notre corps est un réseau de cellules en contact extrêmement cohérent. Ce contact passe par deux grandes voies de communication dans notre corps : le système nerveux, dont le fonctionnement est électrique, et le système hormonal à médiation chimique. Un perturbateur endocrinien est une substance chimique qui perturbe les glandes endocrines, c’est-à-dire le système hormonal. Même si elles proviennent en majorité de l’industrie pétrochimique, leur composition moléculaire se rapproche de nos hormones naturelles, et vont venir « perturber » la communication chimique au sein de notre corps. Mais les perturbateurs endocriniens auront également à la longue une action délétère sur le système nerveux en jouant sur l’humeur, la fatigue et en perturbant le sommeil. C’est pourquoi on lit de plus en plus le terme de perturbateurs endocriniens et nerveux. Pour le professeur en biologie moléculaire Gilles-Éric Séralini, les perturbateurs sont comme des spams qui ralentissent le fonctionnement d’un logiciel avec le temps. Il les appelle « les maladies de la communication cellulaire ».

 

 

Dans les faits, nous sommes en permanence exposés aux perturbateurs endocriniens. Pour agir à la source, il faudrait envisager un abandon progressif du pétrole et de ses dérivés. Pas seulement en agriculture, à travers l’usage intensif des engrais, mais absolument partout : regardez comme nous sommes cernés de plastique ! Ces substances sont présentes dans l’air, l’eau, et nous les manipulons quotidiennement : jouets, ustensiles de cuisine, produits ménagers ou cosmétiques, aliments et leurs emballages, peinture, textile, etc. La production de produits chimiques de synthèse a permis de réduire drastiquement les prix des biens de consommation modernes, qui sont devenus jetables et renouvelables à l’infini. Comme pour la question de l’amiante évoquée plus haut, les responsables politiques, qui dépendent toujours autant de qui les financent, sont pris en sandwich par des acteurs économiques très influents. Le Bisphénol A a été interdit dans les biberons, mais reste utilisé partout ailleurs (PVC, emballages plastiques d’aliments, lunettes, matériel médical).

 

Pesticides : micro-doses, période et effet cocktail

Tous les produits phytopharmaceutiques – encore un nom destiné à endormir la vigilance du consommateur – sont des pesticides, substances très nocives. Les agriculteurs en ont fait les frais sans avoir été avertis, avec des risques décuplés de lymphomes non hodgkiniens, de leucémie, cancer de la prostate et autres cancers hormonaux dépendants. L’exposition avant la conception, pendant la vie intra-utero et dans la petite enfance augmente le risque de cancer. Ils ont un impact très négatif sur la fertilité.

Même à très faibles doses les pesticides (dont beaucoup sont des perturbateurs endocriniens) peuvent être nocifs. En effet, au-delà de la dose, c’est la période qui compte. Les périodes de forte activité hormonale et donc de transformation des humains sont critiques (gestation, petite enfance, adolescence). C’est là que les ravages peuvent être les plus terribles.

Il existe également un effet cocktail, car nous sommes exposés à plusieurs produits chimiques à la fois, et les effets se combinent entre ces produits. Les effets sur notre santé sont alors supérieurs dans ce cas à la somme des effets individuels de ces produits.

 

Médicaments

Les molécules de synthèse « médicamenteuses », qui ont toutes des effets secondaires, sont considérées comme des substances étrangères toxiques. En particulier les traitements hormonaux, de la pilule au traitement substitutif, augmentent la dérégulation cellulaire. Ces molécules de synthèse interfèrent dans le dialogue à l’intérieur d’une cellule d’une part, et entre cellules d’autres part.

 

En pratique :

- Lire les étiquettes. Éviter les Bisphénols (pas que le A), les phtalates et les parabènes en priorité.
- Manger bio. L’intérêt d’adopter une alimentation biologique est d’apporter dans le même temps plus de micronutriments et moins d’additifs chimiques. En effet, les rapports de l’EFSA, l’Autorité européenne de sécurité des aliments, montre que « seuls » 2% des fruits et légumes bio contiennent des pesticides, contre 38% des fruits et légumes issus de l’agriculture intensive.
- Conserver vos aliments dans des bocaux en le verre, en grès, ou en céramique. Éliminez les canettes et les boîtes de conserves. Revenez aux biberons en verre.
- Supprimer les ustensiles de cuisine en téflon, qui est un composé perfluoré. Ces molécules contiennent du fluor qui, pendant la cuisson, est transféré aux aliments. Les matériaux anciens (inox, terre cuite, fonte émaillée, fer) ne posent aucun problème.
- Revenir à des matières nobles comme le bois, les fibres végétales. Acheter moins, mais garder plus longtemps. Chercher des artisans qui ont un savoir-faire et qui seront fiers de nous proposer leur production. C’est valable pour le mobilier, les jouets, les cosmétiques, etc.

Passons à l’hygiène de vie, élément sur lequel nous avons encore une grande latitude d’action.

L’hygiène de vie

 

L’obésité

Voici un facteur de risque immédiatement repérable : la prise de poids dégrade la santé. Le tissu graisseux « blanc » de stockage, par opposition à la graisse brune qui joue un rôle dans la thermorégulation, est maintenant reconnu comme un organe endocrine sécrétant des adipokines. Assimilées à des hormones, ces adipokines interviennent dans la régulation de l’appétit, le métabolisme lipidique et la sensibilité à l’insuline. Le surpoids est corrélé à une augmentation du taux d’insuline, et de l’IGF1, dont nous savons maintenant qu’ils favorisant la croissance des cellules cancéreuses. L’obésité est caractérisée par une insulinorésistance et un état chronique d’inflammation à bas bruit, objectivable par des marqueurs circulant (CRP, TNF alpha, interleukine 6, etc.). Ces facteurs pro-inflammatoires favorisent la prolifération et l’angiogenèse, comme nous l’avons évoqué dans la deuxième partie de l’article. La leptine, la première adipokine découverte, favorise aussi la prolifération des cellules cancéreuses. Pour finir, l’obésité entraîne également une augmentation des œstrogènes dans le sang grâce au rôle des aromatases du tissu adipeux qui transforment les stéroïdes sexuels en œstrones. Bonne nouvelle, la perte de poids normalise tous ces facteurs circulants.

 

 

En pratique :

Parents, soyez attentifs aux habitudes alimentaires que vous donnez à vos enfants, car elles auront un retentissement tout au long de leur vie. La prévention la plus intelligente serait de ne jamais prendre de poids, car l’amincissement n’est pas sans risque. En effet, la graisse corporelle stocke de possibles cancérigènes qui seront alors relargués dans la circulation sanguine lors des pertes de poids importantes. Nous pensons tout de même qu’il est préférable de perdre du poids plutôt que de le conserver. Il faudra viser un amincissement très lent, et s’assurer du bon fonctionnement des systèmes d’élimination du corps. Il est d’usage de parler d’IMC (Indice de Masse Corporelle), et de conseiller qu’elle soit maintenue entre 18,5 et 25. Mais entre nous, un coup d’œil averti peut suffire. Cela évitera le stress de la balance et l’obsession des chiffres. Pour vous motiver, dites vous que si vous appliquez nos conseils précédents sur l’alimentation, vous allez initier une perte de poids, presque naturellement.

 

La sédentarité

La sédentarité augmente la surmortalité par cancer. Mais le contraire est vrai aussi ! Le prix Nobel de physiologie et de médecine E. Blackburn a prouvé que l’expression de nos gènes est façonnée et recorrigée en permanence par la stimulation aérobie de l’effort. D’autres études ont montré que la pratique d’une activité physique diminuait le risque de rechute, qui a été évalué 5 ans après l’apparition d’un cancer. C’est tout à fait logique, puisque le sport diminue la production d’insuline et d’IGF, réduit le tissu graisseux, et lutte contre la dépression.
Une activité physique modérée est particulièrement bénéfique pour réduire l’incidence du cancer du sein, de l’endomètre et du côlon.

En pratique :

- Tout ce qui vous conviendra !
- Sinon, 30 minutes de marche rapide 5 fois par semaine ou 20 minutes de jogging 3 fois par semaine serait un excellent programme.
- Pas d’effort intense dans un environnement pollué.

 

 

Le stress, l’isolement et la culture du bonheur

Le stress fait des ravages, et parfois même, sans que l’on s’en aperçoive : on s’habitue à tout, même au stress. Ce facteur insidieux est loin d’être accessoire pourtant. Une étude de 1967, The social readjustment rating scale [7], du médecin états-unien Thomas H. Holmes et du psychologue Richard H. Rahe, évalue le retentissement du stress sur la santé. Holmes et Rahe ont établi une liste de situations de la vie courante issues de l’expérience clinique (de la mort du conjoint à la contravention) et les ont traduites en nombres de points en fonction du niveau de stress qu’elles étaient capables de susciter chez les personnes qui y étaient soumises. Cette étude montre de façon magistrale la proportionnalité entre le pourcentage de stress et le pourcentage de personne contractant une maladie grave l’année suivante. En résumé, plus on cumule de stress, et plus on a de « chance » de tomber malade. L’étude était encore plus significative pour le type de maladie qui nous intéresse dans cette série d’articles, à savoir le cancer. Cette corrélation est parfaitement d’actualité : il faut bien comprendre que la gestion du stress est en réalité la prévention primaire de toutes les maladies, y compris du cancer.

La solitude et l’isolement sont toujours des facteurs aggravants. Les travaux du psychiatre nord-américain David Spiegel par exemple, montrent entre autres que le soutien psychologique double les chances de survie des patientes atteintes de cancer du sein, pronostiqué incurable.

Le bonheur, qui bénéficie d’un large corpus d’études, est identifié aujourd’hui par l’OMS comme un élément clé de la bonne santé. Les travaux des sociologues Christakis et Fowler [8] ont mis en évidence une forme d’expansion naturelle du bonheur, qui n’exprime pas uniquement la tendance d’une personne heureuse à côtoyer d’autres personnes heureuses. Quelqu’un d’heureux dans son environnement immédiat produit en réalité des effets proportionnels. Il y a biens des niches de bonheur à l’intérieur de notre réseau social, qu’il serait bon de « dénicher ». À l’opposé du bonheur, le même phénomène se passe avec la solitude et l’obésité. Le bonheur (comme l’obésité) est contagieux !

 

En pratique

- Apprenez à diminuer votre stress quotidien par la méthode qui vous plaira, ce n’est pas ce qui manque !
- Dans le cas où la maladie est déjà déclarée, Carl Simonton a montré qu’on pouvait augmenter les chances de guérison avec la méditation, la visualisation et le biofeedback [9]. Intéressez vous à la question, vous en récolterez a minima une meilleure qualité de vie.
- Souvenez-vous que ce n’est pas tant la nature du stress qui est préjudiciable, mais le fait qu’il soit vécu dans l’isolement. Cultivez les amitiés et enrichissez vos activités sociales. Créez ou intégrez des réseaux de solidarité.
- Donner un sens à sa vie, (en donnant « tout court » si vous n’avez pas d’autre idée), est une excellente façon de rester en bonne santé !

Sortir de l’impuissance

 

La prévention active d’André Gernez

En réalité, même la prévention primaire est un phénomène passif. Elle se borne à la suppression des facteurs de risque et la promotion des facteurs positifs. Le type de prévention primaire que Gernez a conçu est une prévention active, en ce sens qu’elle n’attend pas le stade de détection, précoce ou non, puisqu’à ce moment, c’est déjà trop tard ! Le principe incontournable étant d’agir avant le point de non retour.

« Le souffle qui éteint l’allumette est incapable, quelque multiplié et renouvelé qu’il soit, d’avoir le même effet au stade de l’incendie » (A. Gernez)

La prévention active consiste à pratiquer une ou deux cures anti-cancer annuelle. S’appuyant sur l’incidence du cancer par tranches d’âge, Gernez à adressé sa cure aux adultes entre 35 et 70 ans. Elle doit être suffisamment longue : 40 jours (ou deux fois 20 jours), qui correspondent à une phase biologique.

La cure préparatoire est destinée à placer l’organisme dans un état défavorable à la cancérisation : sans le carburant du sucre, en état d’acidose, et en oxygénation maximum. Cette cure suffit par elle-même à éradiquer les micro-cancers les plus fragiles. Elle consiste « tout simplement » en une réduction de la ration calorique globale de 30%, par réduction de la ration glucidique, (vous savez maintenant pourquoi) et diminution des aliments riches en cholestérol et de la viande rouge. Ces changements alimentaires vont placer le corps en acidose. Comme Warburg en avait fait l’observation, à partir d’un certain degré d’acidification, le cancer ne peut plus utiliser le sucre dont il est friand. André Gernez fait la remarque pertinente que le taux le plus bas de cancérisation est détenu par le tissu le plus acidosique, c’est-à-dire le muscle, dont le pH est inférieur à 7.

En parallèle, on supplémentera en vitamines et oligo-éléments, l’élément le plus important étant le magnésium. Et on veillera à oxygéner (suppression du tabac pendant la cure, gymnastique respiratoire, bol d’air Jacquier, prise de vitamine C). La chasse terminale des micro-cancers est en option, à faire lors des derniers jours et sous la supervision d’un médecin. Elle implique l’usage de médicaments anticancéreux à très faible dose.

 

Carpe diem

Le développement des maladies de civilisations en général et des cancers en particulier découle en droite ligne de notre type de civilisation : agriculture intensive, pollution environnementale, habitudes de consommations, agitation et stress chronique.

Malgré un contexte de jeunisme et de lutte pour l’égalité des sexes, le cancer est statistiquement plus le fait de l’homme âgé. Mais si tout le monde n’est pas égal face au cancer, les cas augmentent en général, toutes catégories confondues, et encore plus chez les enfants. L’exposition aux substances cancérigènes viendra accélérer cette tendance.

À ce stade, nous ne pouvons plus seulement espérer passer entre les gouttes. Nous vous conseillons vivement de solliciter autour de vous les récits de personnes ayant accompagné un membre de leur famille. Le parcours médical du cancer est très éprouvant, physiquement et moralement, et pas seulement pour le malade. Nous entendons très fréquemment en cabinet le genre de phrases « si c’était à refaire… ». Écouter le vécu de ces personnes est hautement instructif. Personne ne peut se l’imaginer sans l’avoir vu de l’intérieur. Cela change parfois radicalement sa vision des choses. Ils ont peut-être de bons conseils, surtout pour mieux gérer la qualité de vie des derniers instants.

En conclusion, nous n’avons pas d’autres choix, si nous voulons comprendre les événements que nous vivons, et si nous voulons sortir de l’impuissance, de chercher les lois et les principes qui se sont exprimés. Sans culpabilité, mais avec esprit de méthode. La formule est valable en géostratégie, comme en prévention santé. À chacun de faire son état des lieux, et de se concocter une stratégie personnelle. Réfléchissez alors que vous êtes en bonne santé, car, comme le dit la formule, « on n’apprend pas à nager en pleine tempête au milieu des rochers ». Notre nature étant mortelle, et les progrès en cancérologie si peu glorieux, il y a forcément une réflexion à mener sur la nature des derniers instants que nous souhaitons vivre. En attendant : Carpe diem, mes amis, carpe diem

– La Section Santé d’E&R –

Notes

[1] Laurent Schwartz. « Cancer, un traitement simple et non toxique, les premiers succès du traitement métabolique ». Thierry Souccar Éditions, 2016.

[2] H. Rochefort, J. Rouesse. « Cancer du sein, incidence et prévention. » Rapport de l’Académie de médecine du 8 janvier 2008.

[3] S. Donaldson Michaël : Nutrition and cancer : a review of the evidence for an anticancer diet, Nutrision Journal, 2004.

[4] Laurent Schwartz. « Cancer, un traitement simple et non toxique, les premiers succès du traitement métabolique ». Thierry Souccar Editions, 2016.

[5] Pour se faire une idée plus complète sur le sujet, lire : Thierry Souccar, Lait, mensonge et propagande, Éditions Thierry Souccar, 2008.

[6] Pour se faire une idée plus complète sur le sujet, lire : Thierry Souccar, Lait, mensonge et propagande, Éditions Thierry Souccar, 2008.

[7] Journal of Psychology Research. Vol 11. pp213 to 2018. Pergamon Press, 1967.

[8] J. H. Fowler et N. A. Christakis, « Dynamic spread of Happiness in a Large Social Network : Longitudinal Analysis over 20 Years in Framinham Heart Study », British Medical Journal 337 (2008) : a2338.

[9] Simonton Carl, L’aventure d’une guérison, Edition Belfond, 1993.

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