Outreau: Un mensonge répété dix fois reste un mensonge, répété dix mille fois il devient une vérité

Capturejo2Après plus d’un semaine passée à Rennes, il est temps de faire le point sur la mascarade médiatique et même judiciaire en cours. Etant journaliste et ayant couvert quelques procès d’assises, je suis assez étonnée de la manière dont les débats sont retranscrits par mes confrères. Mais le pire dans ce procès réside dans l’inversion totale des valeurs. Aujourd’hui, ce sont les défenseurs des victimes qui sont violemment attaqués par tout un tas de révisionnistes judiciaires.

 

Depuis le début de ce procès, on assiste à diverses manoeuvres dont le but est assez clair: il s’agit d’enterrer définitivement la parole des enfants victimes de cette affaire d’Outreau. De sceller la chape de plomb sur les enfants victimes, ceux d’Outreau mais aussi tous les autres.

Il s’agit de valider la théorie des faux souvenirs, inventée par des pédophiles américains dans les années 80, quand de nombreux enfants se sont mis à dénoncer des abus sexuels de type rituels dans des dizaines d’écoles maternelles et de crèches à travers le pays.

On veut aussi diffuser l’idée fausse dans l’opinion selon laquelle il n’y a eu que quatre victimes à Outreau alors que la justice elle-même en a reconnu 12 à Paris. Cela qui ne manque pas de piquant, quand on sait que ce sont bien les avocats de Daniel Legrand qui nous ont traités de « révisionnistes ».

 

Inversions

CapturematchOn a déjà évoqué l’inversion symbolique qui a eu lieu à Saint-Omer, lors du premier procès. Les enfants ont été obligés de témoigner dans le box des accusés, car il était trop petit pour contenir tous les accusés et qu’on n’a pas investi pour que le procès se déroule dans des conditions normales.

Depuis les prémisses du procès de Rennes, on a placé Daniel Legrand dans le statut de victime, et je dirais même de la seule et unique victime puisqu’une fois de plus la quasi totalité de l’espace médiatique (et donc du temps de cerveau) a été occupé par la défense et le fan club de Daniel Legrand.

Il est clair que les avocats des victimes, en revanche, n’ont pas choisi une stratégie de communication.

Il y a une nouvelle inversion, qui s’est développée ces derniers jours avec les auditions de Myriam Badaoui [1], Thierry Delay, Aurélie Grenon et David Delplanque, les quatre adultes condamnés pour avoir agressé et violé des enfants. Une parole prise bien plus au sérieux, jugée crédible sans aucune critique, que celle de tous les enfants, auditionnés plusieurs fois, et qui ont raconté divers sévices commis par tout un tas d’adultes.

Que sont venus dire ces braves gens? Eh bien ces quatre personnes, condamnées à des peines allant de quelques années à 20 ans de prison pour avoir violé des enfants, sont venus dire qu’elles ont menti à l’époque, qu’elles ne connaissaient pas Daniel Legrand, mais surtout, surtout, qu’en fait les seules victimes de toute cette affaire sont les enfants Delay. Bien-sûr toute la presse leur a emboité le pas: « Daniel Legrand disculpé par tous les condamnés » (L’Express), « Myriam Badaoui disculpe à son tour Daniel Legrand » (La Dépêche), « Le quatrième et dernier condamné disculpe Daniel Legrand » etc.

imagesLe gros problème, outre le fait qu’ils soient tous revenus sur des déclarations concordantes avec les aveux de Daniel Legrand lui-même et avec les déclarations de plus d’une dizaine d’enfants qui ont été reconnus victimes par la justice, c’est que ces quatre condamnés ont dit que leurs seules victimes étaient les enfants Delay.

Thierry Delay et Myriam Badaoui, pourtant condamnés pour les 12 enfants, n’ont parlé que de leurs quatre fils. Quand à l’ex couple Grenon-Delplanque, qui a été condamné pour les viols des deux enfants de Delplanque, ils ne se rappelaient plus avoir violé que les enfants Delay.

Finalement, on comprend que la parole de quatre pédocriminels pèse, du moins pour la défense et pour les médias, plus lourd que celle des 12 victimes et de la cour d’assises de Paris.

Ce lundi, c’était le couple Lavier qui est venu nous dire, outre qu’il ne connaissait pas Daniel Legrand, que leurs fille reconnue victime au procès de Paris n’est plus victime. Et Sandrine Lavier de pleurer sur cette fille qu’elle dit ne pas avoir revue depuis l’affaire, ce qui peut se comprendre quand on a lu les témoignages de la petite.

8 victimes oubliées

CaptureprocesCela nous amène à l’un des buts, dévoilés au cours de la semaine, des avocats de Daniel Legrand: réduire l’affaire d’Outreau à une histoire d’inceste, et cela malgré l’existenc de 12 enfants victimes issus de cinq fratries différentes.

On s’est demané pourquoi Aubenas avait parlé « d’inceste dans le huis clos d’une cage d’escalier » il y a quelques jours, tellement ce concept était absurde. On s’est demandé pourquoi Dupond Moretti n’a parlé que de « quatre » victimes, puisqu’il y en a bien 12 reconnues comme telles à Paris.

On a compris ces derniers jours avec les témoignages des condamnés, venus disculper Daniel Legrand [2]. Ils ne se rappeaient de rien, même pas de comment leurs sont venus tous les détails qu’ils ont donnés dans leurs aveux, et qui étaient confirmés par les déclarations des autres adultes et des enfants, mais par contre ils se rappelaient d’une chose: ils n’ont jamais vu Daniel Legrand à Outreau.

Cela, c’est du révisionnisme judiciaire. Car à Rennes, on n’est pas au procès d’Outreau, comme nous le répétons depuis le début. On est au procès de Daniel Legrand. Et le statut de victime des 12 victimes ne sera pas plus remis en cause que le statut d’acquittés des des acquittés. Aujourd’hui, on comprend mieux pourquoi les avocats de Daniel Legrand tenaient tellement à rappeler à la barre 40 à 50 protagonistes de l’affaire: il s’agissait bien de « refaire le match« , comme Me Julien Delarue nous accusait de vouloir le faire.

enfants ours menteursQuant aux témoignagex des frères Delay, ils ont été décrédibilisés par deux experts qui ont changé de version par rapport à leurs expertises des enfants, Jean-Luc Viaux et Brigitte Bonnaffé, qui sont venus nous parler de « confusion » et de souvenirs évolutifs en quelque sorte.

Mme Bonnaffé a vu les enfants Delay pendant le procès de Saint-Omer, où déjà les médias commençaient à traiter les enfants de menteurs et à véhiculer les arguments de la défense.

A elle, les frères Delay auraient dit qu’ils avaient parfois menti, et c’est cette experte qui vient de nous parler de « confusion » à cause des médias [3].

Il semble assez évident en l’occurrence, que si « confusion » il y a eu, c’est dans leurs dénégations. Peut-être qu’à force d’être traités de menteurs, ils se sont dit que ce serait plus simple de dire qu’il ne sont pas vraiment victimes, de s’aligner sur la version martelée à longueur de journée par les avocats de la défense et par le choeur des médias…

Les médias se sont empressés de parler d’enfants « affabulateurs » et de reprendre ce discours étrange des deux experts, tous deux travaillant dans le public, cela mérite d’être précisé.

 

Arrivée de Badaoui au palais de justiceAttaques contre les défenseurs de l’ « autre vérité » judiciaire

Comme on l’a déjà dit, à Rennes on est au procès de tout le monde sauf de Daniel Legrand, dont on parle finalement assez peu et qui est fermement défendu par l’avocat général en plus de ses six avocats.

On a évité de peu le procès des victimes, du moins durant l’audience.

> Procès du juge Burgaud: en permanence, le travail du juge Burgaud est remis en question, et cela bien qu’aucune faute n’ait été relevée, ni par la commission d’enquête parlementaire, ni par l’Inspection Générale des Services Judiciaires. En outre, les avocats de la défense et leurs témoins ne cessent de répéter que le juge Burgaud a « soufflé » les réponses aux prévenus. Mais en début de procès, le greffier de Burgaud a dit qu’il n’a aucun souvenir de choses pareilles. Et puis, les avocats étaient là et auraient réagi si Fabrice Brugaud avait à ce point bidonné son instruction. Enfin, c’est sans compter les témoignages des enfants qui confirment les déclarations des adultes.

> Procès des experts: Evidemment, ce ne sont pas tous les experts qui sont attaqués à grand renfort de raccourcis et de mensonges répétés inlassablement par la défense. Paul Bensussan, psychiatre appelé à la rescousse par la défense lors du premier procès d’Outreau dans le but de décrédibiliser la parole des enfants, lui, est pris très au sérieux. Ce qui n’a pas été le cas d’Hélène Romano, attaquée d’une manière aussi brutale qu’injustifiée (on lui a reproché de n’avoir pas été présente aux autres procès et de ne pas avoir vu les enfants alors qu’elle était appelée en tant que témoin, par exemple), ni de Marie-Christine Gryson, qui a été à deux doigts de se faire traiter de complotiste elle aussi.

Un certain « Maitre Eolas » a même osé la qualifier de « complètement tarée » parce qu’elle a dit que le statut des victimes devrait être protégé comme l’est celui des acquittés. Eh bien cette phrase, de pur bon sens pour ceux qui sont sur le terrain, a fait monter les tenants de l’omerta sur la parole des enfants, qui ont piqué leur crise. On peut d’ailleurs se demander pourquoi ils sont si énervés, si ils sont sûrs d’avoir raison. Parce que nous, nous parvenons à rester calmes, ce qui n’est pas toujours simple devant autant de bêtises répandues avec autant d’acharnement et de mauvaise foi. En tout cas, cela donne une idée du niveau des débats.

Screenshot - 31_05_2015 , 18_36_10> Procès des « conspirationnistes »: Alors que Dupont-Moretti, Delarue & Co voient des complots partout, ce sont les journalistes, experts et citoyens qui osent rappeler l’existence de 12 victimes qu’ils traitent de « révisionnistes » et de « conspirationnistes ». Dans le prétoire comme dans les médias, et jusque sur Twitter, cette clique de révisionnistes critique le documentaire de Serge Garde, dans lequel 24 personnes s’expriment, le traitant de « film-propagande truffé de mensonges colportés par des révisionnistes« , ou encore de « plaidoyer révisionniste« . Car ce documentaire est bien embêtant, puisqu’il rappelle les nombreux dysfonctionnements de l’affaire qui, malgré tout, a débouché sur quatre condamnations et la reconnaissance de 12 victimes en appel.

Quand Laurence G., l’auteure du blog Caprouille qui énerve tellement Me Dupond Moretti, est venue témoigner, on se serait cru à la 17e chambre correctionnelle, celle qui est dédiée aux procès de presse. Car Laurence G. a hébergé deux des frères Delay, qu’elle a aidés pendant de nombreux mois puisqu’ils se sont retrouvés seuls et pour ainsi dire à la rue. Elle a parlé de leurs souffrances, des menaces de mort de Chérif contre Daniel Legrand et d’autres acquittés, de leurs difficultés à s’en sortir. Mais ce qui intéressait le défense, c’était seulement de dire qu’elle avait écrit des « horreurs » depuis 10 ans (en réalité, cela fait moins de quatre ans, et il n’avait qu’à porter plainte pour diffamation s’il n’était pas content).

Laurence G. a donc eu droit à son procès dans le procès, tout comme Jacques Cuvillier, pointé du doigt par Moretti et traité de révisionniste parce qu’il ose simplement contredire la théorie brevetée par la défense, qui est hélas devenue la version communément admise, à tel point que rappeler la vérité amène à se faire traiter de révisionniste. On marche sur la tête.

Capturejd1Il faut dire que pour obtenir tous ces acquittements, il a fallu développer un raisonnement assez compliqué, car le dossier, auquel on s’est surtout attaché à ne pas revenir, était pour le moins cohérent.

Quand Homayra Sellier, la présidente d’Innocence en Danger, est venue témoigner à son tour, c’est Dupond Moretti qui l’a passée à la question. Il nous a fait le procès d’Innocence en Danger (IED), du documentaire de Serge Garde (contre lequel personne n’a porté plainte, pas plus que contre le livre de Jacques Thomet d’ailleurs), des « révisionnistes », des blogs, des livres etc. On n’a pas du tout parlé de Daniel Legrand, là n’était pas le but. Homayra Sellier, tout comme Marie-Christine Gryson et Hélène Romano, avaient même du mal à répondre à leurs « questions » car les avocats de Legrand ne les laissaient pas parler: ils faisaient eux-mêmes les réponses, se lançant dans des monologues paranoïaques. Les avocats de Legrand ont même tenté de faire croire que Me Reviron, l’avocat de Jonathan, était au comité juridique d’IED [4].

Ce qui est reproché à tous ces gens, c’est de manipuler les frères Delay. Dans quel but? « Par vengeance« , nous a-t-on dit. Mais personne n’en veut personnellement à Daniel Legrand. La seule chose que veulent les victimes et ceux qui les soutiennent, c’est un procès avec des débats sereins, au cours duquel les frères Delay puissent s’exprimer.

 

Malhonnêté des médias

Screenshot - 02_06_2015 , 20_36_02Au fil des jours, on a vu la quasi totalité des médias s’aligner sur la thèse de la défense, véhiculée par quelques journalistes déjà présents lors des premiers procès. Leurs comptes rendus du procès sont tellement lacunaires qu’ils en deviennent souvent mensongers.

Dans les médias, vous n’aurez pas tous ces moments où divers témoins ont été mis en difficulté, où leurs incohérences ont sauté aux yeux. Vous n’aurez pas le détail de l’audition du médecin de famille des Delay, qui n’a rien vu, même pas l’armoire à cassettes pornos qui se trouvait au milieu du salon des Delay où ce médecin se rendait au moins une fois par mois, de 1996 à 2001. Vous n’aurez pas les contradictions de Daniel Legrand au sujet de ses aveux détaillés.

Vous n’aurez pas la liste incroyable  de mensonges montés en épingle par les avocats de la défense, ni la violence de leurs attaques contre les témoins des parties civiles. Il n’y aura rien sur ces aveux bien gênants, et trop réalistes, ni sur les explications contradictoires de Daniel Legrand quant à la motivation de ses aveux [5].

On ne s’étale pas sur les aveux concordants des mis en cause, ni sur le fait qu’ils mentent quand ils accusent le juge Burgaud de leur avoir « soufflé » les réponses.

Derrière ces médias, et derrière cette thèse des avocats de la défense selon laquelle les enfants Delay, seules victimes d’Outreau, seraient manipulés, derrière ces insultes contre ceux qui osent encore rappeler l’existence de ces 12 victimes, il y a comme un déferlement de haine par des gens qui croient avoir tout compris du dossier en lisant la presse et en écoutant TF1. On voit des injures, du mépris, de la suffisance, en boucle dans les émissions et les commentaires laissés par des personnes trop sûres d’elles. Mais il est vrai qu’il est plus rassurant de croire que rien de toutes ces horreurs n’est vraiment arrivé, et que les enfants ont menti. On peut ainsi dormir sur ses deux oreilles.

Screenshot - 02_06_2015 , 21_10_10Ca ne gêne absolument pas les médias de nous dire que « L’un après l’autre, les quatre condamnés pour les viols des quatre enfants Delay – leur père Thierry, leur mère Myriam Badaoui, puis leurs anciens voisins – ont assuré que Daniel Legrand n’était pas coupable ».

On a eu un Stéphane Durand Souffland qui trouvait « émouvant » le témoignage d’un policier ayant assuré la garde-à-vue de Daniel Legrand, et qui le pensait innocent. Il a même titré là-dessus, alors qu’il n’a pas accordé cette importance aux témoignes de Chérif et Jonathan, pourtant autrement chargés en émotion et autrement poignants. Tout est dans ce qui n’est pas dit.

Les petits briefings matinaux des avocats de la défense semblent porter leurs fruits aussi bien que lors des procès d’Outreau, ma mécanique est bien rôdée et ces gens pensent avoir l’impunité.

Quant au le témoignage de Dimitri, les médias ont insisté sur une pseudo scission entre Chérif et Dimitri Delay, le premier n’ayant « pas soutenu » le second, ce qui est faux [6]. On a privilégié les rétractations de Chérif Delay au sujet de la culpabilité d’un couple mis en cause, encore ce mercredi, par son frère Dimitri, et par Jonathan dans eses déclarations de l’époque. Stéphane Durand Souffland s’est même permis de dire que Dimitri « est prisonnier d’une fantasmagorie où se mêlent le vrai et le faux« , et on se demande bien d’où il peut tirer une telle certitude.

Screenshot - 02_06_2015 , 21_11_43Au lieu d’insister sur des détails dans l’affaire (qui ne concernent pas Daniel Legrand), ces journalistes auraient pu entrer davantage dans le détail de ce qu’a dit DImitri. On aurait ainsi pu rappeler l’essentiel, c’est-à-dire qu’il a maintenu ses accusations contre Daniel Legrand [7] et contre les autres personnes dont il avait encore le souvenir. Il  a aussi reparlé de la Belgique, dont il se souvient bien, ainsi que de certaines personnes qui venaient aussi. Dimitri a reparlé de la petite fille qui a été tuée par son père, et avec laquelle il a joué dans sa chambre, avec un de ses frères. Il explique qu’il se rappellent qu’ils faisaient une cabane tous les trois, puis il se rappelle des cris de la petite fille et de son père… Il a aussi parlé de Daniel Legrand père, du bébé mort dans le placard, de son ressenti suite aux procès et à l’usure de se faire traiter de menteur. Il a dit que d’après ses souvenirs, ce réseau « dépassait Outreau« .

Questionné par un avocat général résolu à lui faire dire qu’il a menti plus ou moins, il a simplement répondu: « Je crois que peu importe ce que je dirai, vous aurez votre avis. Je sais ce que j’ai vécu. Je ne suis pas dans un jeu ici. Je peux comprendre que vous ayez un doute, mais moi je me rappelle de ce que j’ai vécu, et je ne pense pas que vous étiez là. Je ne reviendrai pas sur ce que j’ai dit « .

Bref, le parti pris de trop nombreux médias est tellement flagrant qu’il en devient ridicule.

 

 

Screenshot - 02_06_2015 , 23_34_09Enjeux cachés?

Mais pourquoi la parole de pédophiles est-elle plus crédible que celle de 12 enfants pourtant reconnus victimes? Pourquoi d’ailleurs aucune des victimes extérieures à la fratrie Delay n’a été appelée à venir témoigner? Pourquoi une telle propagande médiatique? Pourquoi une telle absence de fair play dans les plaidoiries de la défense? Pourquoi les gens n’y comprennent-ils « plus rien » comme on l’entend de plus en plus à la sortie de la salle d’audience? Pourquoi une telle mobilisation des acquittés?

Selon les observateurs attentifs, il est devenu clair que derrière les huit victimes oubliées de l’affaire d’Outreau, c’est la parole des enfants en général qu’il est question d’effacer. On a eu l’autre matin un de ces spécialistes qui diffusent des téhories anti victimaires, alors qu’on sait tous à quel point les victimes sont déjà trop souvent bafouées une seconde fois par le système judiciaire.

Ledit spécialiste, un certain Marc Melen à qui ont doit un livre intitulé « Témoins sous influence: recherches de psychologie sociale et cognitive », publié en 1995 et co écrit avec trois autres psys. Un livre qui nous était chaudement recommandé par l’avocat général, qui avait appelé ce témoin. Marc Melen était venu nous expliquer la théorie des faux souvenirs, dont on a déjà ici qu’elle est issue des délires d’un pédophile dénommé Ralph Underwager, et qu’elle est de plus en plus utilisée dans les tribunaux à défaut d’avoir une véritable reconnaissance dans le milieu de la psychologie.

Il a explique comment faire les meilleures auditions possibles des enfants victimes: une seule audition, la plus courte possible, sans poser de question.

Si avec cela, un enfant parvient à raconter une série de sévices comme ceux que les enfants Delay ont subis, c’est un miracle.

Screenshot - 02_06_2015 , 23_42_51On anticipe déjà un flot d’articles et autres publications sur les faux souvenirs, car la France est encore assez réticente avec ce genre de discours en revanche très populaire en Suisse, au Canada ou en Belgique, justement trois pays où Hubert Van Gijseghem, le double de Paul Bansussan, qui se rapand dans la presse et dans les tribunaux pour diffuser sa théorie fétiche, sur le « syndrôme d’aliénation parentale », une invention d’un pédophile. En gros, il s’agit de dire qu’un enfant peut être manipulé par un de ses parents (mais ce sont les mères qui sont visées) quand il dénonce des abus sexuels commis par son père dans le cadre d’un divorce. Il s’agit donc encore de nous parler des enfants menteurs.

Car, tout ce petit monde semble oublier qu’un adulte mis en cause pour sa participation à un réseau pédophile, qui plus est s’il se trouve impliqué dans le meurtre d’un enfant, a bien plus intérêt à mentir qu’un enfant. En outre, il en a les capacités, certainement bien plus qu’un gamin de 5 ou même 10 ans.

Van Gijseghem viendra témoigner mercredi, et c’est lui clôturera les débats pour le plus grand bonheur des avocats de Daniel Legrand. Il fait partie de ceux pour qui la pédophilie est « une orientation sexuelle », comme les autres en somme [8], et pas une perversion. Rien de grave quoi.

88951300_oLui aussi dit que les enfants ne doivent pas faire plusieurs auditions, et ne pas revenir sur les faits. Soyons clairs: un gamin truamatisé commence par nier les faits, c’est ce qu’un spécialiste de ces auditions que j’ai interviewé m’a confirmé. Il m’a dit également qu’en 20 minutes d’audition en moyenne, il est quasiment impossible de faire dire tout ce qu’il vit à un enfant, surtout dans des dossiers aussi lourds qu’Outreau. Van Gijseghem est aussi contre la prévention, parce que ça donne des idées aux enfants.

Il a aussi contribué à la formalisation des auditons d’enfants victimes : que des questions ouvertes, une seule audition filmée et courte.  Selon Gijseghem, « Le pédophile est l’un de ces agresseurs sexuels qui ne fait pas mal physiquement à l’enfant », les pédos idéalisent une relation d’amour avec des enfants et sont loin de l’agressivité car il fait la différence entre les pédophiles et les agresseurs d’enfants, et selon lui seulement 20% des agresseurs sexuels d’enfants sont des pédophiles.

Il déclare aussi que le fait pour un enfant de dévoiler les abus sexuels (il appelle cela « avouer », encore un glissement de langage) est encore plus traumatisant que les abus eux-mêmes, et que finalement, il n’y a vraiment pas besoin de mêler la justice à tout cela. D’ailleurs, même la prévention est néfaste. Ses « analyses » étaient réalisées à partir des cas qu’il a connus dans les tribunaux. Il relativise la pédopornographie[6], la pédophilie, l’impact des abus sur les victimes… Pour lui, les pédophiles ne violent que des gamins non pubères. Donc une fillette pubère à 11 ans est bonne pour les rapports sexuels.

Van Gijseghem a aussi un problème avec « les femmes », auxquelles il ne cesse de faire des procès d’intention. C’est probablement parce que les mères ont une furieuse tendance à s’interposer entre les pédophiles et leurs enfants, et même à porter plainte… Pour Gijseghem, de toute manière, « on est arrivé au constat que le père est le meilleur gardien » pour un enfant. Qui est « on », et selon quels critères a-t-il travaillé ?

childabuseretoucheLors d’un procès au cours duquel il a défendu un père accusé d’avoir sodomisé son fils à plusieurs reprises, le jugement a extensivement repris les élucubrations de Van Gijseghem. On y lit : « Le docteur [Van Gijseghem] soutient qu’il n’est pas approprié de croire les propos rapportés par l’enfant car celui-ci est incapable de décrire en détail ce qui s’est réellement passé [sic !], soit les faits survenus lors de la commission de l’acte reproché. De toute façon, ajoute-t-il, il est généralement impossible d’infirmer ou confirmer des allégations d’abus sexuel. [Sic !] Il suggère à Madame [la médecin] de consulter un psychologue car il est à craindre que sa conviction que l’enfant est abusé ne l’amène à porter d’autres accusations. […] Il maintient que Madame [la médecin] a tout inventé. Rappelons que le garçon a été sodomisé à plusieurs reprises par son père et que le médecin qui l’a examiné a constaté deux fissures à l’anus […], l’ouverture anormale de l’anus […], l’enfant a perdu le réflexe de constriction […], la muqueuse de l’anus est aplatie. Van Gijseghem  oppose au rapport de cet examen physique qu’il ne faut pas accorder beaucoup de poids à celui-ci car, dit-il, elle [la médecin] voit des cas d’abus dans la majorité de ces dossiers et il affirme que l’enfant a pu s’auto-stimuler ou s’auto-mutiler » Heureusement, le tribunal a suivi les constatations médico légales et a déchu le pédophile de son autorité parentale et sa victime a pu changer de nom.

Un autre cas est rapporté par Dominique Farvan : « Dans un procès de 1993, un homme accusé d’avoir sexuellement agressé une fille de 10 ans (attouchements et tentative de viol) avait été expertisé par Van GIJSEGHEM : celui-ci lui avait donné quatre tests évidemment scientifiques et objectifs, donc non projectifs pour que celui-ci les remplisse… tranquillement chez lui. Lors du procès, Van GIJSEGHEM avait déclaré : » Il n’est pas très probable que M. S. ait posé les gestes qui lui sont imputés. […] Mon flair clinique ne m’a pas fait voir de danger ».  Ni son flair clinique, ni ses tests objectifs semblent très opérationnels, puisque l’homme accusé se révélera plus tard être récidiviste (en 1979, il avait été condamné à 6 mois de prison pour le viol dune fille de 15 ans et il avait reconnu un autre viol aux Pays-Bas). Cet homme, M. S., reconnaîtra plus tard non seulement l’agression sexuelle contre cette fille de 10 ans, mais également deux autres viols. Il sera condamné à 1 an de prison ferme ».

Son manque total de rigueur scientifique, ses approximations, l’écho inconsidéré qui lui a été fait notamment dans Le Journal du Droit des Jeunes, ont été dénoncés par nombre de professionnels depuis des années. Pourtant, force est de constater que ses théories se sont propagées et que ces professionnels n’ont pas été entendus. Par exemple, le Dr Pierre Sabourin l’a qualifié de « Faurisson de la maltraitance ».

Je ne vais pas métaler sur ce sujet, je pense que les compétences des « spécialistes » appelés à la rescousse par les avocats de la défense parlent d’elles-mêmes. On risque de les entendre de plus en plus et il ne faudrait pas que le procès de Daniel Legrand donne un prétexte à ces tenants de l’omerta sur la parole des enfants pour diffuser davantage et imposer une approche aussi dangereuse pour les enfants victimes, et, par ricochet, pour la société toute entière.

 

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Des enjeux, il y en a clairement derrière ce procès, même si tous ne nous sautent pas au yeux. En tout cas, on y a mis les moyens: plus de 50 témoins payés par le contribuable pour défendre Daniel Legrand (5 pour les trois victimes), un rouleau compresseur médiatique enclanché plusieurs semaines avant le procès, des attaques aussi perfides que mensongères contre ceux qui osent rappeler l’existence de 12 victimes dans l’affaire d’Outreau, un pathos indigeste du début à la fin du procès, et une tonne de témoignages sans intérêt pour noyer le poisson.

Il nous semble alors évident qu’on n’est pas près de clore cette affaire.

 

Comptes-rendus sérieux des audiences ici.

 


[1] Il est intéressant de préciser aussi dans quelles conditions Myriam Badaoui a été amenée à la barre: elle est arrivée dans un fourgon de police par l’arrière du tibunal, avec une couverture sur la tête. Elle est aussi le seul témoin qui est entré par l’entrée des magistrats et des jurés, encadrée de deux policiers (pour la protéger car elle n’est pas détenue), avec une capuche et un foulard sur la tête. Elle s’est même payé le luxe de refuser d’enlever son foulard. C’est aussi une Myriam badaoui déguisée que le public n’a donc pas vue, en fait, car elle n’est pas du tout musulmane, au contraire elle a dit être allée à Lourdes et prier de plus en plus. Elle est aussi devenue coquette, se maquille, porte des lunettes, pas du tout un sweat pourri comme celui qu’elle avait mercredi. Bref, on la croiserait dans la rue, il serait impossible de la reconnaître. Ajoutons aussi qu’il a été strictement interdit de la filmer, de la photographier, de lui parler. Même le peintre de presse a été viré de la salle, et le portait qui a été diffusé a du être retiré. On peut se demander la raison d’un tel traitement de faveur.

[2] Delay a toujours nié un maximum de faits et n’a pas varié, à part quand il a dit, en fin d’audition, que « Dimitri n’a pas menti« . Une phrase oubliée par la presse, mais qui pose un gros problème car Dimitri est le principal accusateur dans cette histoire.

Le mercredi, Badaoui est venue faire son numéro, pour dire que Legrand n’a rien fait et qu’elle a tout inventé, accusant le juge Burgaud de lui avoir montré les mis en cause, de l’avoir forcée à avouer: « il frappait« , dit-elle en pleurant avant de préciser queques minutes lus tard que c’est sur la table qu’il « frappait« . De toute manière, ces propos ont été démentis par le greffier du juge Burgaud qui pourtant ne l’appréciait pas du tout, et il faut aussi savoir que les avocats des accusés étaient présents. S’il y avait eu une telle manipulation, il est certain qu’ils se seraient fait une joie de le souligner. Mais ce point est essentiel, car comment a-t-elle pu inventer autant de détails, ensuite confirmés par le couple Grenon-Delplanque, et par Daniel Legrand, et qui est confirmé par plusieurs enfants?

Quant à Aurélie Grenon, elle est devenue tellement amnésique qu’elle a même oublié qui avait violé les deux enfants de son compagnons David Delplanque. Un Delplanqje des plus taciturnes qui a quand même dit que si ses enfants ont dénoncé des viols « c’est que c’est vrai ». Il aurait été intéressant de faire venir la mère de ces deux enfants, reconnus victimes à Paris, pour avoir son point de vue.

[3] « Même avant le procès, les enfants Delay étaient submergés par les informations » a-t-elle déclaré. A écouter ecs deux experts, on aurait aussi bien pu ne rien croire du tout de ce que disaient les enfants tellement ils auraient été « contaminés ». Au passage, Mme Bonnaffé en a profiter pour dire que l’entourage actuel des frères Delay les « entretient » dans leur statut de victime, ce qui est une pure hypothèse et montre bien le peu de cas qu’elle fait de la réalité. Car ce qui a entretetenu pendant des années ces enfants dans leur conditions de victimes, c’est justement qu’ils n’ont pas été reconnus comme tels par l’opinion publique et ont même été traités de menteurs par cette même opinion publique, sombre troupeau de moutons abrutis par une certaine presse.

[4] Ils ont tenté de refaire le coup qu’ils ont fait à Marie-Christine Gryson, c’est-à-dire de monter en épingle une rumeur colportée par eux-mêmes via des journalistes peu scupuleux. Car cette info impliquant Me Reviron s’est retrouvée dans un quotidien du Nord la veille. Si le journaliste avait pris la peine d’appeler IED il aurait su que c’était faux.

[5] En effet, jusqu’à présent Daniel Legrand et ses avocats nous expliquaient qu’il avait avoué avoir commis des viols en réunion et été présent lors du meurtre d’une petite fille dans le but de sortir de prison, une explication étonnante. Mais lorsqu’il a été entendu vendredi, il a dit que c’était pour être transféré plus près de sa famille puis il a dit que c’était pour renvoyer en prison Aurélie Grenon (qui avait été libérée définitivement après 6 mois de préventive) « parce qu’elle était coupable » (comment le savait-il?). Enfin, il a déclaré qu’il savait très bien qu’il restrait en prison s’il avouait, avant de redire à nouveau qu’il a parlé pour sortir de prison. Il y avait de quoi avoir très mal au crâne, ce vendredi après-midi.

[6] En fait, aors que Catherine L., infirmière, et son ex mari Stéphane L. désignés comme figurant parmi les abuseurs par les frères Delay, sont venus témoigner, le président a demandé à Chérif s’il connaissait les témoins, et Chérif a répondu que non et qu’ils n’ont pas fait partie des agresseurs. Dimitri, quant à lui, a dit qu’il ne reviendrait pas sur ses accusations.

[7] « Je sais qu’il était là et je l’ai vu abuser d’enfants dont moi et mes frères. Dans mes souvenirs, je l’ai vu plusieurs fois dans plusieurs endroits. Je sais que mon père lui mettait la pression parce que c’était filmé »

[8] « Les pédophiles qui ont été interrogés dans des recherches qualitatives ont tous avoué que jamais ils ne changeraient d’orientation« , a-t-il déclaré.

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