Qui est Michèle Marchand, la patronne de presse qui gère l’image du couple Macron ?

Discrète « reine de la presse people », Michèle Marchand, septuagénaire au parcours sinueux, veille sur l’image d’Emmanuel Macron. « Brigitte » et « Mimi », les deux faces d’une même médaille.

 

« Elle parle avec une voix éraillée, une gouaille de mec des bas-fonds […] C’est Ma Dalton en blonde aux yeux bleus. […] Les photos d’elle sont rarissimes, la discrétion fait sa force. […] Interroger sur son compte les personnes qui l’ont connue ou croisée donne une idée de sa puissance. Beaucoup refusent de parler, d’autres prétendent contre toute évidence qu’ils ne la connaissent pas. […] Flics et voyous, elle fait partie de la famille. »

Le Monde, 22 février 2014

 

« Elle a pris place incognito au premier rang des meetings d’Emmanuel Macron. Personne ne s’est soucié de cette dame d’un certain âge à l’allure respectable. […] Apparemment, Brigitte Macron la connaît bien. […] Elle la tutoie, lui claque la bise, l’invite en coulisse et leurs confidences, souvent, finissent en éclat de rire, sous l’œil amusé d’Emmanuel. “Mimi” comme l’appellent les Macron, telle une cousine du Touquet à qui on a confié les clefs de la maison. »

Vanity Fair, avril 2017

 

« Les putes, les macs, les gens du show-biz et les flics »

 

Les cinquante premières années de la vie de Michèle Marchand, fille d’un couple de coiffeurs à Vincennes (Val-de-Marne), née le 24 mars 1947, sont « un roman [raconté] par bribes selon les époques et les interlocuteurs » explique Vanity Fair, qui évoque « un certain tropisme pour le gangster – deux de ses anciens maris ont séjourné derrière les barreaux », laisse penser qu’elle a un casier judiciaire chargé et rapporte qu’elle a séjourné deux ans en prison à la fin des années 80.

Dans Les Dessous de la presse people (Éditions de La Martinière, 2006), Léna Lutaud et Thiébault Dromard racontent, sans plus de précisions, qu’elle a été embauchée à 25 ans dans un garage du quartier des Champs-Élysées : « J’ai rencontré aussi bien les putes que les macs, les gens du show-biz et les flics. » Liée depuis la fin des années 60 à « la reine de la nuit » Régine Choukroun, elle a géré Le Cirque, discothèque de la rue de Ponthieu et a tenu, dans les années 80 et 90, Le Garage, boîte de nuit de la rue de Washington ainsi que le Memories, une boîte de nuit réservée aux lesbiennes située Porte Maillot. « Copine avec l’ex-patronne de la PJ Martine Monteil qu’elle a connue commissaire à la brigade mondaine, mais aussi avec des voyous » (Marianne, 20 septembre 2008), elle a été déférée et placée sous contrôle judiciaire, le 17 juillet 1994, pour trafic de stupéfiants au Maroc, d’après les fiches des Renseignements généraux.

Mère de deux enfants (Christophe Hipeau et Carole Kohen) et quatre fois grand-mère (Sarah, Lola, Darius et Samuel), elle a épousé, le 11 septembre 2015 à Neuilly-sur-Seine, devant Jean-Claude Darmon, Cyril Hanouna, Marc-Olivier Fogiel ou encore le couple Bruni-Sarközy, Jean-François Ablondi, connu au milieu des années 90, ancien fonctionnaire du ministère de l’Intérieur, commandant de police aujourd’hui retraité et gérant de Chouet’Press, société sise à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine) et raison sociale de l’agence Bestimage, l’agence de photographies de la « dealeuse de la presse people ».

 

Patronne invisible de Voici

 

Forte d’un « réseau exceptionnel et varié, fait de show-biz et de politique, de grands bandits et de grands flics, de concierges d’hôtel, de garçons de bar et de filles diverses, de ce monde de la nuit parisienne grouillant et complexe où elle a fait ses armes » (Le Monde), Michèle Marchand devait se recycler à cinquante ans dans la presse, après avoir été recrutée par Dominique Cellura, alors rédacteur en chef de Voici. Ne figurant pas dans l’organigramme, celle qui signe sous le pseudonyme de Michèle Leroy s’impose rapidement comme la véritable rédactrice en chef, alimentant le navire amiral de la presse à scandales en scoops à hauteur de 90 % des informations françaises : « Elle avait monté le plus fameux réseau de la capitale ; elle avait des antennes partout : show-biz, télé, presse, cinéma, police, justice. Il suffisait de demander. Chaque jour, elle dressait un inventaire des activités nocturnes et diurnes du Tout-People » rapporte Jacques Colin (Voilà ! 1663 jours dans les coulisses de Voici, Ramsay, 2002). À l’époque, Michèle Marchand gère parallèlement et officieusement l’image de nombreuses « stars », de Johnny Hallyday à Régine en passant par Jean-Marie Bigard et Pierre Palmade.

Elle se fera toutefois remarquer en vendant à Voici pour 50 000 francs une interview de Trevor Rees-Jones. Ce dernier, garde du corps de Lady Diana, assure que l’entretien est bidonné (son avocat sera tabassé au passage) et gagne son procès contre le titre. Le 17 août 1998, Voici porte plainte et réclame 1 million de francs de dommages et intérêts. Mise en examen pour faux et usage de faux, « Mimi » échappera finalement à une condamnation.

Et comme Axel Ganz, le PDG de Prisma Presse, s’inquiète autant des méthodes que de la dépendance du titre vis-à-vis de Michèle Marchand, Jacques Colin, rédacteur en chef du titre, lui propose de créer sa propre agence de presse, une manière d’externaliser la source quasi unique du titre. Ce sera chose faite et « Mimi » installe bientôt sa société Shadow & Cie dans son appartement de la rue Daru, à quelques pas des locaux du magazine. Furieux, Axel Ganz finit par licencier Jacques Colin et son successeur Hedi Dahmani est mandaté pour se débarrasser de la sulfureuse pourvoyeuse de scoops. Mise sur la touche en 2001, elle voit éclater le scandale dit de « la caisse noire de Voici » : « Tracfin, la cellule de renseignements financiers de Bercy, est alertée par La Poste de mouvements de fonds suspects sur le compte de Mimi. Entre 1997 et 2001, elle aurait retiré de son compte environ 750 000 euros en liquide pour payer de façon occulte son réseau d’informateurs » résume Marianne. Au cours de l’enquête, Axel Ganz, Dominique Cellura, Jacques Collin, Laurence Pieau et le patron d’Abaca Press, Jean-Michel Psaïla, sont entendus, l’éditeur du magazine Patrick Cau placé 9 heures en garde à vue tout comme le journaliste Thierry Moreau (48 heures), tandis que Michèle Marchand, mise en examen pour blanchiment aggravé, est incarcérée en mars 2003 à la prison de Fresnes. L’affaire se soldera par un non-lieu prononcé en novembre 2008. Elle obtiendra d’être floutée dans le documentaire Les Méthodes choc des paparazzis (Canal +, 2009) où elle apparaît au tribunal correctionnel, sa seule apparition filmée connue.

 

 

Au cœur du système de chantage de l’État profond ?

 

Notons que Michèle Marchand a recours aux services du cabinet d’avocats de Francis Szpiner lors de ses démêlés successif avec la justice, comme lors du placement en redressement judiciaire, le 6 février 2006, de Shadow & Cie. La protégée de Régine devait bientôt rebondir avec People Press, puis s’associer à Cédric Siré, ancien directeur de la communication de Capgemini, dans Pure People, le site Internet à l’origine de la publication, en 2008, de la photo de Rachida Dati – sa « grande copine » – enceinte, puis les photos du couple présidentiel à Disneyland Paris. Notons qu’à l’époque, Pierre-Jérôme Henin, un de ses anciens stagiaires de Voici, occupait le porte-parolat de l’Élysée. « L’éminence grise de la presse people » (Le Monde), proche de Carla Bruni, a été membre des grands donateurs de l’UMP, toujours au premier rang des meetings de Nicolas Sarközy jusqu’à la primaire de l’automne dernier, toujours assise à côté de « Carla ».

Ayant revendu ses parts dans Pure People en 2010, elle rachète l’agence de Daniel Angeli, « roi des paparazzis » (elle a récupéré au passage ses archives), dont elle a fait Bestimage, la principale agence de photos en France, fournissant aujourd’hui un tiers des couvertures d’hebdomadaires et comptant comme client la quasi-intégralité de la presse sur papier glacé (Paris Match, Gala, Voici, Closer, Ici Paris, etc.). Elle a surtout propulsé une de ses protégées, Laurence Pieau, issue du Figaro Magazine et connue à Voici, qu’elle a accompagnée au lancement de Public (avec Nicolas Pigasse, frère du banquier Matthieu Pigasse), puis de Closer en 2005. Depuis, l’ombre de la « papesse de la presse à scandale » (Elle) plane sur nombre de révélations, comme celle, dans Closer, de la liaison de François Hollande avec Julie Gayet (photographiés par Sébastien Valiela, dont elle est le témoin de mariage), de l’outing de Florian Philippot, etc. « Ce coffre blindé de secrets qu’elle livre ou retient au gré de ses coups de cœur et de ses intérêts […] a désormais sa place dans l’establishment. […] Elle déjeune avec Xavier Niel, Ramzi Khiroun, le bras droit d’Arnaud Lagardère ou Bernard-Henri Lévy, au Ritz. […] Il l’a appelée un jour paniqué après avoir été paparazzé à New York : dans l’heure tout était réglé. Pour ceux-là et pour quelques autres, Michèle Marchand est un bouclier » (Vanity Fair).

Alors que les bruits sur l’homosexualité d’Emmanuel Macron s’amplifiaient et que la parution de photos compromettantes dans Closer paraissait imminente, Xavier Niel, PDG d’Iliad, copropriétaire du Monde, au cours d’un dîner avec les Macron, leur recommande les services de « la Mata Hari des paparazzis » (Le Monde), avant d’organiser une rencontre dans son hôtel particulier du Ranelagh quelques mois plus tard : « Il arrive souvent qu’[il] recommande Mimi à des amis soucieux de protéger leur vie privée. Il connaît l’étendue de ses qualités et de son circuit interne qui branche toutes les lignes intérieures de l’Élysée à Beauvau, du Canard enchaîné à BFMTV. » Depuis, toute la presse aura été abreuvée par les photos d’un couple idyllique vendues par « Mimi » et Bestimage. C’est encore elle qui a convaincu Emmanuel Macron de court-circuiter « l’affaire Mathieu Gallet » (vraisemblablement entretenue par le banquier homosexuel Philippe Villin) lors d’un discours à Bobino en février dernier. Ces derniers mois, son dévoué Sébastien Valiela a suivi Manuel Valls, Jean-Luc Mélenchon, Marion Maréchal-Le Pen ou encore François Fillon, tandis que Michèle Marchand multipliait les publireportages sur Emmanuel Macron et « scoops » gênants pour ses adversaires.

« Mimi offre aux Macron de s’occuper de leur image. Allez, la tranquillité vaut bien quelques photos posées, choisies et retouchées en bonne intelligence. [ …] Avec “Brigitte”, la ligne fonctionne désormais vingt-quatre heures sur vingt-quatre. » (Vanity Fair)

 

 

 

 

Cet article a été écrit en exclusivité pour Égalité & Réconciliation par la revue Faits & Documents, fondée par Emmanuel Ratier.

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