Retour sur la bataille médiatique d’Alep

Rarement sans doute, dans l’histoire, un conflit comme celui de la Syrie n’aura suscité une campagne médiatique aussi partiale et mensongère. Un jour, peut-être, les historiens analyseront et essayeront de décrypter les raisons de la folie  qui a entraîné dirigeants, politiques et médias dans une véritable hystérie(1). La bataille pour la libération d’Alep(septembre-décembre 2016) a été l’occasion d’une désinformation d’un niveau sans doute jamais atteint. Un livre récent,(2) écrit par Maria Khodynskaya-Golenishcheva(3), a le mérite de faire le point sur cette période.

Le site Arrêt sur info a publié de nombreuses contributions(4) sur les événements tragiques de Syrie et fut sans doute parmi les premiers sites alternatifs à présenter un point de vue objectif sur cette guerre meurtrière. Nous avons mentionné  quelques unes seulement de ses contributions, mais   il y en a bien d’autres qu’il est possible  de consulter sur le site concerné(5).

Certes, le sujet a fait l’objet d’investigations de la part de certains chercheurs, mais leurs travaux n’ont JAMAIS été publiés dans les médias dominants(6). On relèvera l’extraordinaire travail, malheureusement totalement occulté par les mêmes médias, de François Belliot, dans le décryptage de la désinformation concernant la Syrie, dans ses deux ouvrages(7). Le site Arrêt sur info a d’ailleurs repris une série de chroniques de François Belliot(8).

Le livre de Maria Khodynskaya-Golenishcheva nous fait découvrir, dans l’analyse quotidienne des événéments relatifs à la libération d’Alep, comment une énorme machine à désinformer a fonctionné pendant toute la durée de cette bataille, et continue, faut-il le préciser.

Au moment où j’écrivais cette chronique, j’ai entendu une émission sur France Culture, dans la matinée du  dimanche 28 octobre 2018, qui  reprenait TOUS les arguments de désinformation répétés comme une mantra, sur Bachar qui égorge son peuple, sur l’attaque chimique de 2013 (attribuée à Assad sans preuves), sur le recul d’Obama, alors que le France était prête à bombarder la Syrie, ce qui aurait constitué le grand tournant de ce conflit, et  aurait laisser carte blanche, soi-disant, aux  dictateurs, Poutine en faisant partie bien entendu,….etc.

Résumer le livre de Maria Khodynskaya-Golenishcheva est une tâche difficile, tant il suit au plus près l’actualité de cette période douloureuse pour les Alépins. Nous avons jugé plus approprié de présenter aux lecteurs une grille d’analyse faisant apparaître certains événements, et les principaux acteurs de la désinformation au cours de cette période.

 

Evénement Acteurs Désinformation
Bombardement ciblé des hôpitaux par les avions russes 

A relever que même l’organisation mondiale pour le Santé(OMS) -connue pour sa neutralité- a été contrainte par les Occidentaux de prendre position dans  »l’ affaire des hôpitaux ». Le 20 novembre 2016, l’OMS fit une déclaration selon laquelle il n’y aurait plus d’établissements de santé dans cette ville de 250 000 habitants à cause des attaques aveugles sur les hôpitaux

Les Casques blancs 

ONG créée en mars 2013 en Turquie, dirigée d’abord par James Le Mesurier, un spécialiste britannique en sécurité et renseignement, financée essentiellement par des dons américains et britanniques.

On se souvient de l’information diffusée selon laquelle  » le dernier pédiatre d’Alep avait été tué dans un bombardements »Les casques blancs ont fini par se discréditer complément en diffusant sur Internet des mises en scènes de faux sauvetages de victimes de bombardements russo-syriens

Fake News Alert:CNN Finally Admits »White Helmets » Stage Fake Video. 27/11/2016

http://globalresearch.ca/fake-news-alert-cnn-finally-admits-white-helmets-staged-fake-video:555916

 

 

Evénement Acteurs Désinformation
Libération d’Alep-Est 

(qualifiée dans l’ensemble des

médias de  » chute  » d’Alep)

Ban Ki-moon, Secrétaire général de l’ONU 

A noter qu’il n’y avait sur le terrain aucun personnel onusien susceptible de fournir ces données au Secrétaire général.

A l’évidence, Ban Ki-moon s’est  contenté de relayer la campagne de désinformation engagée par les pseudo- défenseurs des droits de l’homme

Le 12 décembre 2016, il fit part de sa désapprobation de la politique du gouvernement syrien relative à la  » prise  » d’Alep. Il dénonçait le » massacre de civils  », victimes de bombardements d’un  »niveau sans précédent ». Il répéta le même jour que des  » atrocités » étaient commises contre un grand nombre de civils, y compris femmes et enfants. Il désigna le gouvernement syrien et ses alliés comme seuls responsables
Crimes soi-disant commis par le gouvernement syrien à Alep (régime syrien selon la  terminologie de l’ensemble des médias dominants) Haut-commissariat des Nations unies aux droits de l’homme( HCDH)

 

Cet organisme s’appuyant sur des messages Internet en provenance de défenseurs des droits de l’homme affirmait que des exécutions extra-judiciaires à Alep au moment de sa libération étaient le fait des force du régime. 
Crimes soi-disant commis par le gouvernement syrien à Alep  Commission d’enquête indé-pendante, autre institution de l’ONU, créée en août 2011 Cette commission s’est montrée, dès son installation très hostile au gouvernement syrien. Elle accusa les forces du régime d’avoir commis  »  de nombreuses violations, y compris exécutions massives, des arrestations arbitraires…. » mais ne trouva RIEN à redire aux multiples crimes commis par les rebelles (bombardements quotidiens de la partie ouest d’Alep, provoquant  la mort de 18 000 personnes)(Statement by the Independent International Commission of Inquiry on the Syrian Arab Republic on the Situation of Civilians Affected by the Capture of Aleppo. 14 Décembre 2016)
Frappes aériennes russes Human Rights Watch En février 2017, les activistes de Human Rights Watch publièrent des  » informations » affirmant que Moscou refusait les enquêtes concernant les  »frappes aériennes intentionnelles » ayant entraîné la mort d’au moins 141 personnes

 

 

Evénement Acteurs Désinformation
Soutien aux représentants des groupes armés d’Alep-Est  François HollandePrésident de la République Française ( 2012-2017) Va-t-en-guerre assumé, prêt à punir la Syrie en la bombardant(9)Le recul d’Obama l’empêcha de mettre son projet à exécution. Il en resta inconsolable.

Il se rattrapa en recevant en grande pompe le 19 octobre 2016 un certain Brita Hagi Hasan, présenté par les médias comme le  »maire d’Alep »

Soutien aux représentants des groupes armés d’Alep-Est Roland FabiusMinistre des Affaires étrangères dans le premier gouvernement de F.Hollande Auteur de la boutade sur le Front Al Nosra : ces gars là font du bon boulotJamais poursuivi pour apologie du terrorisme !
Attaque  contre le convoi humanitaire de la Société syrienne du Croissant-Rouge à Orum al-Koubra le 20/09/2016.20 civils qui aidaient à décharger les camions ainsi qu’un bénévole avaient trouvé la mort Ban Ki-moon 

 

 

Stephen O’Brien, Secrétaire adjt.aux affaires humanitaires

 

Paulo Pinheiro, Chef de la Commission indépendante pour la Syrie

 

John Kerry, Secrétaire d’Etat

et l’ensemble de la presse américaine

 

 

Une commission  fut chargée le 21 octobre 2016 d’enquêter sur cette attaque ( elle était composée de représentants appartenant au  groupe des  »Amis de la Syrie’‘ ainsi que du général indien A.Gukh)

[ Les Amis de la Syrie, formule  élégante, et trompeuse, pour désigner les pays de la coalition anti- Bachar ]

 

Le secrétaire général de l’ONU dénonça une  »attaque ignoble, barbare et probablement, ciblée » 

O’Brien déclara : »Je ressens du dégoût et de l’horreur  »

 

Paulo Pinheiro dénonça une   »attaque cruelle contre les Syriens »

 

Le 21 septembre 2016, John Kerry accusa directement la Russie d’avoir détruit le convoi humanitaire

 

Bien évidemment, cette Commission, qui notons-le, n’avait aucune possibilité d’analyser ou de collecter des informations fiables, accusa l’armée syrienne d’avoir bombardé ce convoi, commettant ainsi  »un crime de guerre »

 

 

Evénement Acteurs Désinformation
Recption à l’Elysée le 19 octobre 2016 de Brita Hagi Hasan, présenté comme le  » Maire d’Alep »(10) et de Rahed  Saleh, le chef des Casques Blancs.Le 15 Décembre 2016, c’est le Président du Conseil européen Donald Tusk qui les accueillit Les casques blancs se sont fait connaître dans l’opinion pour leurs interventions dans les ruines d’Alep au secours des victimes ensevelies. Il s’agit en réalité, comme les preuves en ont été apportées depuis, d’une organisation soutenant les groupes de l’opposition, armée et financée par les E.U et la Grande BretagneBrita Hagi Hasan, le  » maire d’Alep » était un parfait inconnu avant son adoubement par F.Hollande L’opinion a été abusée par les médias qui ont présenté Brita Hagi Hasan comme  »le maire élu démocratiquement d’Alep ». La vérité, qui a filtré depuis, est moins reluisante pour ce personnage( dont d’ailleurs certains sites, comme Arretsurinfo, mettait déjà en doute la représentativité)Le conseil local  » urbain » fut créé en 2013 à l’initiative de la Coalition nationale des forces syriennes révolutionnaires. Ce conseil  »urbain », ainsi qu’un deuxième conseil  »provincial » d’Alep dépendaient d’un   »gouvernement temporaire en exil » installé en Turquie. Le conseil  » urbain » était dirigé par le fameux Brita Hagi Hasan.

Ces »conseils » et leurs dirigeants se sont bien entendu  » évaporés » depuis la libération de la ville et ont disparu de la couverture médiatique.

Mais ce qu’il faut retenir de cet épisode, c’est que ces  »conseils » sont les principaux responsables de l’échec des convois humanitaires projetés par l’ONU en août 2016

Ils se sont opposés aux pauses de 48 heures annoncées par la Syrie et la Russie, alors même que la plupart des groupes armés y étaient favorables

Pour les responsables de ces   »conseils », dont le  dénommé Brita Hagi Hasan, il s’agissait clairement de faire capoter toute initiative destinée à soulager la population civile.(11)

 

 

Evénement Acteurs Désinformation
Projet de résolution présenté au Conseil de sécurité le 8 Octobre 2016 

La motivation principale du projet français crevait les yeux : réitérer le coup de la Libye en créant une zone  »d’exclusion aérienne » au-dessus d’Alep. Avec l’appui de Washington, Paris cherchait à renouveler les dispositions de la résolution 1973 qui lui avait si bien réussi pour justifier son intervention militaire en Lybie au printemps 2011

( aux  conséquences  catastrophiques pour la Lybie d’abord, plongée dans le chaos, pour l’Europe ensuite, avec le flot de migrants africains exploités par les trafiquants lybiens)

Jean-Marc Ayrault, devenu ministre des Affaires étrangères dans  le gouvernement dirigé par Manuel Vals 

Premier ministre calamiteux du premier gouvernement de François Hollande, son passage aux affaires étrangères ne laissera de ce personnage aucun souvenir.

Incapable de prendre une  initiative quelconque pour redresser l’image de la France au Proche-Orient, il fut un factotum sans charisme pour le compte d’intérêts étrangers, abaissant encore plus la France .

Le ministre avait joué le grand jeu devant le Conseil et devant la presse, où il se présenta aux côtés de John Kerry pour accuser la Russie. Il affirmait qu’Alep était entre les mains de   »bourreaux » , et que l’opération militaire visait la  »capitulation » de la ville, précisant même qu’Alep risquait de connaître le sort de Guernica, de Srebnica ou de Grozny. Il osait ajouter que Bachar était complice de l’EIL et d’Al-Qaïda pour détruire l’opposition »modérée » ! 

Security Council.Seventy-first year.7785th meeting.8 October 2016. UN Document S/PV.7785

 

Il serait trop long de relever toutes les officines qui ont participé à l’élaboration de nouvelles et de statistiques anti-russes et anti-syriennes, et à leur diffusion dans les médias grand public. Citons néanmoins le Réseau syrien pour les droits de l’homme, basé à Doha ; l‘Observatoire syrien des droits de l’homme( OSDH), longtemps la seule source d’information de nos médias, installé à Londres ; Médecins pour les droits de l’homme à New York, Boston et Washington.

Aujourd’hui, n’en déplaise à l’ensemble de nos médias dominants, parmi lesquels le Nouvel Observateur(12), le Monde, Libération, France Inter et France Culture, et bien entendu tous les autres médias écrits et audiovisuels, Alep est LIBÉRÉE des groupes islamistes armés qui terrorisaient la population civile pendant des années. Curieusement, ces mêmes médias ont depuis, semble-t-il, oublié Alep et n’ont pas consacré des chroniques depuis sa libération…

Nous conclurons, en citant Maria Khodynskaya-Golenishcheva :

« Lorsque le temps sera venu d’exhumer et d’écrire l’histoire de ces événements, les chercheurs pourront comprendre et expliquer que le guerre civilo-globale de Syrie – et tout particulièrement la Bataille d’Alep- ne furent pas menées seulement  »sur le terrain ». Une autre bataille, tout aussi meurtrière et totale, a été livrée dans le cœurs et les âmes. L’ensemble des organisations de  »défenseurs des droits de l’Homme », des responsables des organisations internationales, des dirigeants occidentaux et l’ensemble des médias ont participé à une énorme opération de propagande. Il s’agissait de justifier la politique de soutien aux groupes rebelles, en alimentant sans relâche la fiction du  » régime sanglant de Bachar-El-Assad », surnommé  » le boucher de Damas », accusé de vouloir  » tuer son peuple »…etc.

Il fallait dépeindre la bataille d’ Alep-Est comme un  »massacre », un  »crime contre l’humanité » , et non comme une opération de reconquête et de libération.[…]Il est clair qu’une si  »puissante » offensive médiatique, orchestrée par différents organismes internationaux ayant la confiance du public, impressionna de nombreuses personnes de bonne foi. Lecteurs, auditeurs et téléspectateurs non avertis n’avaient à priori aucune raison de douter de tous ces messages anti-russes et anti-syriens propagés au nom de la défense des droits humains et de la   »démocratie ». »(13)

MARC Jean

(1)https://arretsurinfo.ch/france-hysterie-collective-contre-les-forces-qui-en-syrie-combattent-les-terroristes/

(2)  Maria Khodynskaya-Golenishcheva, Alep, la guerre et la diplomatie, Editions Pierre Guillaume de Roux, Paris, 2017

(3)Maria Khodynskaya-Golenishcheva, arabisante, historienne et docteur en géopolitique, diplomate de premier rang à la Mission permanente de la Fédération de Russie auprès des Nations unies à Genève. Elle a été une figure majeure des négociations de Genève sur la Syrie, et a publié en 2015 Du bon côté de l’histoire- La crise syrienne dans le contexte du devenir de l’ordre mondial multipolaire aux éditions moscovites Olma Media Grupp

(4) https://arretsurinfo.ch/syrie-pourquoi-nos-medias-ont-ils-ignore-le-massacre-perpetre-par-les-rebelles-a-adra-silvia-cattori/

https://arretsurinfo.ch/lettre-ouverte-dun-pretre-arabe-de-syrie-au-president-hollande/

https://arretsurinfo.ch/syrie-les-journalistes-des-principaux-medias-devraient-avoir-le-courage-davouer-quils-ont-trompe-lopinion-publique-silvia-cattori/

https://arretsurinfo.ch/video-47-enfants-dechiquetes-par-les-barbares-de-l-opposition-a-homs/

(5) https://arretsurinfo.ch/category/international/moyen-orient/syrie-irak/page/73/ (chroniques 1 à  74)

(6) A l’exception de la London Review  of  Books qui publia l’étude exhaustive de Seymour Hersh qui mettrait en doute la version officielle de l’utilisation d’armes chimiques par le gouvernement syrien en 2013( après  refus du New Yorker (qui l’avait pourtant commandée) et du Washington Post)https://arretsurinfo.ch/armes-chimiques-qui-donne-des-lecons/ 

(7)François Belliot, tome 1,Guerre en Syrie, le mensonge organisé des médias et des politiques français, Sigest, 2015

François Belliot, tome 2, Guerre en Syrie, quand médias et politiques instrumentalisent les massacres, Sigest, 2016

(8)https://arretsurinfo.ch/comment-les-medias-intoxiquent-lopinion-publique-le-cas-de-la-syrie-v/

(9)https://arretsurinfo.ch/lorsque-le-president-hollande-voulait-bombarder-la-syrie/

(10) https://arretsurinfo.ch/la-sale-guerre-contre-la-syrie/

(11) Maria Khodynskaya-Golenishcheva, Alep, la guerre et la diplomatie,p.81-87

(12)https://arretsurinfo.ch/le-nouvel-observateur-soutien-inconditionnel-de-lopposition-armee-au-regime-syrien/

(13) Maria Khodynskaya-Golenishcheva, Alep, la guerre et la diplomatie,p.64-70

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