Rôle du monde occulte en terre d’Islam

Maçonnerie turqueLa Franc Maçonnerie en Turquie par FLAVIEN BRENIER.(page 2)

L’année 1867 avait vu la rupture de Mustapha Fazyl avec le sultan et la constitution de la Jeune-Turquie. Abd-ul-Aziz, tiré de sa somnolence par ce défi, sévit contre ceux des conjurés qu’il pouvait atteindre : leurs journaux furent supprimés, un certain nombre de hauts fonctionnaires et de jeunes gens affiliés au mouvement furent arrêtés, soixante-dix autres suspects furent bannis. Mais, tandis qu’il acceptait ainsi la guerre que lui déclarait la fraction la plus avancée de la Franc-maçonnerie turque, le sultan continuait à s’entourer de FF\moins compromis, tels que Ali pacha, Fuad pacha et Midhat pacha, dont le loyalisme apparent ne rachetait pas la politique pernicieuse. Il leur dut la création, à grands frais, de multiples écoles laïques (destinées à répandre l’athéisme dans l’empire le plus religieux du monde)[1], et une série de persécutions contre les populations chrétiennes, qui finit par leur mettre à toutes les armes à la main; il leur dut aussi, grâce à de coûteuses et inutiles imitations des institutions occidentales, la ruine financière de l’empire[2]. Après avoir contracté dix emprunts en onze ans, la Turquie aboutit, en 1875, à une banqueroute partielle, dont le crédit ottoman ne s’est jamais relevé. Cette œuvre de ruine s’acheva sous l’impérialat de Mustapha Fazyl pacha, qui (comme l’avait prévu l’article Ier des statuts de la Jeune-Turquie, que nous reproduisons ci-dessus) avait fait une soumission apparente pour pouvoir rentrer en Turquie, et avait obtenu — en 1871 — le portefeuille des finances.
L’année 1876 avait commencé sous de funèbres auspices. Après la Crète, la Macédoine et la Bulgarie, c’était au tour de la Bosnie et de l’Herzégovine de se soulever devant les vexations des fonctionnaires jeunes-turcs. Car les Jeunes-Turcs étaient partout, et surtout dans les ministères, d’où ils n’avaient pas bougé depuis dix ans (sauf une réaction de quelques mois sous Mahmoud pacha). Abd-ul-Aziz, berné, n’avait que des éclairs de clairvoyance. Le 12 mai 1876, un nouveau ministère jeune-turc fut constitué, avec les FF\Méhémet Ruschdi pacha, comme grand vizir, Hussein Avni pacha comme ministre de la Guerre, Khaïr Ullah comme cheïk ul Islam, et Midhat pacha comme ministre sans portefeuille. Ce dernier, qui avait succédé comme chef de là Jeune-Turquie à Mustapha Fazyl pacha, mort l’année précédente, était résolu à en finir avec le sultan, dont les fluctuations inquiétaient la Franc-Maçonnerie.
En quinze jours, toutes ses dispositions furent prises pour disposer des chefs de la garnison et des administrations en vue d’un coup de force. Le 27 mai, le sultan constatait qu’il était retenu prisonnier dans ses appartements, et ses ministres, survenus, lui en disaient la raison : il fallait abdiquer immédiatement en faveur de son neveu, le F\prince Mourad. Trois jours durant, Abd-ul-Aziz résista aux menaces qui lui étaient faites. Enfin, le 3o mai, il se résigna à accepter le décret de déposition signé par le cheïk ul Islam, le F.’. Kaïr Ullah. On le transférait immédiatement au palais de Cap Copoû, et son neveu était proclamé sous le nom de Mourad V. Quatre jours plus tard, le sultan déchu était trouvé mort dans sa chambre, les veines coupées et de petits ciseaux ensanglantés près de lui. Le procès des FF\Midhat pacha, Hussein Avni pacha et Kaïr Ullah, qui furent jugés cinq ans plus tard, a démontré que le crime avait eu lieu par leur ordre ( Midhat pacha, Hussein Avni pacha et Kaïr Ullah furent condamnés à mort pour régicide. Abd-ul-Hamid II, alors régnant, commua leur peine en celle de la déportation à vie. Ils sont morts tous trois en exil à Taïf (Arabie)).
Au prix d’un régicide, la Franc-Maçonnerie turque était enfin arrivée à ses fins : le sultan Mourad promettait d’être entre ses mains l’instrument des tentatives les plus hardies. Mais un événement que la sagesse humaine ne permettait pas de prévoir vint bouleverser les plans si patiemment conçus : à peine proclamé, Mourad V se révéla fou. La longue réclusion dans le palais de Tchéragan, à laquelle son oncle l’avait condamné, avait déjà affecté son cerveau bouillant ; les événements qui lui donnaient la couronne achevèrent de le mettre hors de son bon sens. Dès les premières séances du Conseil qu’il présida, les régicides constatèrent avec effroi qu’ils avaient élevé au trône un dément.
La situation, cependant, exigeait un sultan qui se manifestât à son peuple : la guerre menaçait de toutes parts. Alors, comme de nos jours, le triomphe de la Jeune-Turquie avait donné le signal de la curée à toutes les convoitises rassemblées autour de l’empire. En Bosnie, en Herzégovine, en Macédoine, en Bulgarie, en Crète, l’insurrection faisait rage. Le 3 juillet, le Monténégro et la Serbie avaient déclaré la guerre ; la Roumanie et la Russie se préparaient a en faire autant. Le bruit de la folie de Mourad V s’étant répandu parmi le peuple surexcité, les ministres comprirent qu’il fallait lui donner un successeur.
Ce devait être normalement l’aîné de ses frères, Abd-ul-Hamid, alors âgé de trente-quatre ans, et dont le caractère était peu connu, tant l’attention s’était concentrée sur son frère Mourad pendant le règne de leur oncle. Mais la dictature exercée par la Jeune-Turquie était momentanément si absolue qu’elle n’eût pas hésité, si elle avait pu pressentir quelque danger dans ce choix, à violer l’ordre de succession et à couronner le deuxième frère de Mourad, Méhémet-Réchad (aujourd’hui régnant sous le nom de Mahomet V). Abd-ul-Hamid sut éviter cette éventualité en manifestant la plus vive sympathie pour les assassins de son oncle et leur politique. Il gagna si bien leur confiance, et surtout celle de Midhat pacha, que le ministère résolut de rendre au plus tôt l’infortuné Mourad à sa prison dorée. Le 31 août, après trois mois de règne, le sultan dément était déposé et son frère prenait le pouvoir sous le nom d’Abd-ul-Hamid II.
Pouvoir bien incertain et d’exercice difficile ! Au milieu de ses ministres francs-maçons, le nouveau souverain avait l’allure embarrassée d’un profane égaré dans une Loge ; il ne pouvait y être en sûreté qu’à condition d’imiter strictement les attitudes de son entourage et de dire amen à toutes ses volontés. C’est ainsi que quelques jours après son avènement il signa docilement plusieurs décrets qui annonçaient, dans l’administration de l’empire, des réformes ayant un caractère presque républicain. Le sultan, ce khalife (vicaire) d’Allah, chargé par lui de gouverner les Croyants, devenait un monarque investi de sa charge « par la volonté du peuple ». Et l’exercice de cette charge était limité par les termes d’une Constitution promise pour la fin de l’année. En un mot, la situation d’Abd-ul-Hamid, avec un ministère tyrannique et toujours prêt au régicide, avec les troubles intérieurs et la guerre aux frontières, ressemblait assez à celle où s’était trouvé Louis XVI en 1790. Mais si Louis XVI réalisait le type de cet homme « toujours bon », dont Machiavel a dit que la perte était assurée au milieu de la perversité du monde, il était loin d’en être ainsi d’Abd-ul-Hamid. Les conspirateurs de la Jeune-Turquie avaient trouvé en lui leur maître de politique et de dissimulation.
On s’en aperçut aux craquements qui ne tardèrent pas à se faire entendre dans le ministère. Abd-ul-Hamid avait soin d’approuver publiquement toutes les outrances radicales de Midhat pacha ; mais en même temps il éveillait les inquiétudes des membres les moins avancés de la Jeune-Turquie, et notamment du grand vizir Ruschdi pacha. Ce dernier, ne voulant pas laisser son pays glisser jusqu’à la République, protesta contre la Constitution purement, démagogique rédigée par Midhat pacha. Mis en minorité dans le ministère, il se retira, et le sultan fut le premier à féliciter Midhat pacha de cette chute, qui coupait en deux la Franc-Maçonnerie turque.
Le 19 décembre 1875, Midhat pacha était grand vizir ; le 23 décembre, sa Constitution était mise en vigueur ; dans le courant de Janvier se réunit l’Assemblée nationale, qui allait devenir le principal pouvoir de l’empire. Mais déjà cette organisation précipitée était menacée de mort. Les puissances, qui n’avaient pas pour les régicides jeunes-turcs les égards jadis témoignés au sultan Abd-ul-Aziz, avaient sommé Midhat pacha de soumettre à une conférence internationale la question du statut des Chrétiens d’Orient. Appuyé sur l’Assemblée nationale, et hypnotisé par le souvenir de 1793 et de la Convention, Midhat pacha refusa. Sur quoi, la Russie déclara la guerre.

C’était un événement d’une portée incalculable. Depuis des années qu’ils occupaient les avenues du pouvoir, depuis huit mois qu’ils y étaient complètement installés, les Jeunes-Turcs n’avaient rien fait pour améliorer la situation militaire. Dès le premier moment, le désarroi se révéla général et tout le monde fut unanime à en faire retomber la responsabilité sur le ministère maçonnique et sur Midhat pacha. Abd-ul-Hamid comprit que le moment était venu de cesser déteindre. Aussi bien, la gravité des circonstances tournait tous les regards vers le sultan et rendait brusquement à sa fonction toute son autorité morale. Tout en proclamant la guerre sainte contre les Russes, le souverain se hâta donc de frapper sur son ministère un coup décisif : le 3 février 1877, Midhat pacha était brusquement destitué et exilé dans l’île de Mitylène. Le fait passa presque inaperçu au milieu du branle-bas guerrier.
Abd-ul-Hamid eut soin, cependant, de ne pas renoncer tout de suite à son attitude de souverain constitutionnel. Tandis qu’il déployait sa puissance de travail bien connue pour mettre la Turquie sur le pied de guerre, il laissait la Constitution en vigueur et l’Assemblée nationale réunie — bien certain que le peuple ottoman, dont l’attention était tout entière fixée sur la guerre, n’attacherait nulle importance aux bavardages du Parlement. C’est ce qui arriva, en effet, et l’héroïque résistance opposée aux Russes et aux Roumains par Osman pacha fut, pendant des mois, l’unique préoccupation de la Turquie. Quand la fortune devint mauvaise et que l’armée russe, franchissant les Balkans, menaça Constantinople, l’angoisse nationale aurait dissipé, chez les Turcs, tout désir de régime représentatif, s’ils en avaient jamais eu. Personne ne fit même attention à la décision prise par Abd-ul-Hamid, le 18 février 1878, de dissoudre le Parlement. Celui-ci ferma ses portes sans incident. Le sultan, d’ailleurs, ne supprimait pas la Constitution qu’il avait signée quatorze mois plus tôt : il se bornait à en suspendre les effets pour un temps indéterminé. Cette suspension devait durer trente ans…
Nous n’avons pas à retracer ici le règne d’Abd-ul-Hamid, sur lequel nous ne partageons pas entièrement l’opinion courante[3]. Sans doute ce règne fut hideux par certains côtés, en raison du sang qui coula dans les massacres de populations inoffensives comme les Arméniens, massacres que le sultan toléra, s’il ne les encouragea pas ; mais, par d’autres côtés, et en se plaçant au point de vue purement turc et musulman, il ne manqua pas de grandeur. Abd-ul-Hamid fut, en effet, le véritable créateur du mouvement panislamique ; patiemment, pendant trente années, il enveloppa les deux cents millions de musulmans, du Niger à la Chine, d’un réseau de missionnaires du Koran, et leur fit accepter sa suprématie religieuse ; en même temps, par sa diplomatie sans cesse en éveil, par sa guerre heureuse contre la Grèce en 1897, il relevait le prestige de la Turquie. Quant à sa politique intérieure vis-à-vis des libéraux turcs, qu’il soumit à un régime permanent de délation et d’arbitraire, il faut, pour la juger sainement, se rappeler l’assassinat du sultan Abd-ul-Aziz et les angoisses que traversa Abd-ul-Hamid lui-même au lendemain de son avènement. C’est alors que se forma son caractère sombre et méfiant, qui a fait la stupéfaction de tous ceux qui l’ont approché.
Comme bien on pense, au lendemain de la guerre russo-turque et de la dissolution du Parlement, la Jeune-Turquie traversa une crise redoutable. Ainsi que nous l’avons indiqué précédemment ( Midhat pacha, Hussein Avni pacha et Kaïr Ullah furent condamnés à mort pour régicide. Abd-ul-Hamid II, alors régnant, commua leur peine en celle de la déportation à vie. Ils sont morts tous trois en exil à Taïf (Arabie)), Abd-ul-Hamid fit arrêter et juger les ministres régicides. En même temps, les personnages les plus compromis dans le mouvement jeune-turc étaient jetés en prison ou réduits à s’expatrier. Mais, s’il montra une grande rigueur contre un parti connu par ses complots, le sultan paraît ne s’être pas douté des origines maçonniques de ce parti. En effet, à aucun moment, les Loges maçonniques existant en Turquie ne furent inquiétées ou soumises à une surveillance quelconque.
Pour plus de sûreté, celles-ci s’étaient, d’ailleurs, rattachées à des obédiences étrangères, de manière à se ménager, le cas échéant, une protection diplomatique. C’est ainsi qu’à Salonique, sur quatre Loges existantes, deux, les Loges Macedonia Risorta et Labor et Lux, étaient affiliées au Grand Orient d’Italie; une, la loge Veritas, adhérait au grand Orient de France, et la dernière, la loge Persévérant, relevait du Grand Orient espagnol. Les loges de Constantinople et des principales villes de l’empire imitaient cet exemple. Ce n’était pas fortuitement que ces affiliations avaient été nouées. Un des principaux chefs de la Jeune-Turquie actuelle, Refik Bey, a déclaré à un rédacteur du Temps, dans un interview paru le 20 août 1908, que les Loges affiliées au Grand Orient d’Italie avaient obtenu de ce dernier la promesse de faire intervenir immédiatement, en cas de besoin, l’ambassade italienne à Constantinople.
C’est sous le couvert de cette protection diplomatique que le deuxième assaut de la Jeune-Turquie fut organisé par les Loges. Refik Bey, dans l’interview que nous citons, reconnaît volontiers que ce fut, cette fois encore, au sein des Loges turques que le mouvement prit naissance. « Nous nous y réunissions comme maçon », dit-il, « parce qu’en effet un grand nombre d’entre nous sont francs-maçons ; mais, en réalité, nous nous y réunissions pour nous organiser. En outre, nous choisîmes une grande partie de nos camarades dans ces Loges, qui servaient à notre Comité comme de crible, en raison du soin avec lequel elles faisaient leurs enquêtes sur les individus. » Ce que Refik ne dit pas, c’est que cette préparation d’un deuxième mouvement a duré plus de vingt ans.
C’est en 1887 qu’un certain nombre de francs-maçons de Constantinople résolurent de reconstituer la Jeune-Turquie. Leur chef était un professeur à l’école de médecine de Constantinople, le F\Ibrahim Temo Bey, natif d’Albanie. Il fit appel à quelques amis personnels, francs-maçons comme lui, les docteurs Cherafeddine Bey, Abdullah Djevdet Bey, Issac Sukouti Bey et Ilmet Bey. Une dizaine d’autres membres vinrent grossir le Comité, qui prit le nom de « Comité Union et Progrès », et qui se réunissait dans l’ancienne propriété du F.-. Midhat pacha, dans la banlieue de Constantinople. Bientôt, le Comité fit une recrue précieuse, celle de Mourad Bey, professeur d’histoire universelle à la faculté de Constantinople, l’homme de ce temps qui a eu le plus d’action sur la formation politique de la jeunesse intellectuelle de Turquie. Le Comité rayonna ensuite sur les différentes villes où la Franc-Maçonnerie possédait des Loges et préleva dans ces dernières les sujets les plus propres à une conspiration. En même temps, le docteur Ibrahim Temo Bey, cédant la présidence à Mourad Bey, partait pour l’étranger, où, reprenant le rôle de Simon Deutsch en 1867, il créa des relations à la Jeune-Turquie en différents pays. Vers 1900, le mouvement police hamidienne, était redevenu très puissant.
C’est alors que se produisit dans son sein une évolution assez curieuse, qui ne sera bien comprise que de ceux qui ont tourné leur esprit vers les combinaisons subtiles et imprévues que comporte le gouvernement des sociétés secrètes. Le « Comité Union et Progrès » primitif, qui se réunissait dans la villa Midhat pacha, à Constantinople, était resté la tête, inconnue, mais passivement obéie, de la Jeune-Turquie. Il arriva que les investigations policières contraignirent la plupart des membres du Comité à chercher un refuge à l’étranger ; mais Ibrahim Temo Bey s’étant fixé en Roumanie, Chérafeddine-Bey en Egypte, Issac Sukouti Bey en Italie, d’autres sur différents points de l’Europe, l’action du Comité, faute d’un centre principal, se trouva paralysée. A la place du groupement directeur qui se dissociait ainsi, il en apparut promptement deux autres, d’inégale importance. L’un était le groupe des Jeunes-Turcs réfugiés à Paris, dont l’organe le Mécheveret, dirigé par Ahmed Riza Bey, attirait surtout l’attention. L’autre était le nouveau « Comité Union et Progrès », qui n’avait dans son sein que quelques individualités provenant de l’ancien, et dont le siège était Salonique, ville aux deux tiers juive et principal centre maçonnique de l’Orient. Ce nouveau comité s’identifiait presque avec l’état-major des quatre Loges de Salonique, Macédonia Risorta, Labor et Lux, Veritas et Persévérant.
C’est cette dualité de direction qui permit aux Jeunes-Turcs de mener leur conjuration à bonne fin. La police hamidienne, en effet, surveillait étroitement les révolutionnaires réfugiés à Pans et l’entourage du Mécheveret ; mais elle était fort éloignée de redouter quelque chose des francs-maçons de Salonique. Ceux-ci purent donc tout à leur aise travailler à se créer dans l’administration et dans l’armée les complicités nécessaires. On va voir qu’ils y réussirent pleinement. Mais, tout d’abord, il nous faut signaler une particularité intéressante : l’influence décisive prise par l’élément juif dans le nouveau « Comité Union et Progrès ».
Salonique, nous l’avons rappelé, est une ville juive ; c’est dire que les Juifs sont en majorité parmi les membres des quatre Loges locales, dans lesquelles se recrutait le « Comité Union et Progrès ». Mais, outre les Juifs orthodoxes, on y trouvait aussi de nombreux représentants d’une secte islamo-juive, les « mâmins », dont l’origine est curieuse : au XVIIe siècle vivait en Turquie un Juif du nom de Chabbethaï, qui descendait d’une famille juive chassée d’Espagne. Il était entouré d’une grande vénération par ses coreligionnaires, tant à cause de sa science talmudique qu’en raison de ce fait qu’on supposait sa famille issue du roi David. Un jour Chabbethaï proclama qu’il était le Messie et compta, en peu de temps, un nombre important de partisans. L’étonnement fut grand quand on vit ce messie se convertir publiquement à l’islamisme et entraîner avec lui dans sa conversion la plupart de ses disciples.
Chabbethaï ne s’était converti à la religion de Mahomet que pour fonder dans le sein ; de celle-ci une secte des plus curieuses : celle des « mâmins », appelés aussi « donmehs ». Musulmane en apparence, cette secte est juive en réalité, et on n’y admet guère que des Juifs ; ses membres ont l’obligation de ne se marier qu’entre eux. Il semble qu’elle se soit proposée pour but[4] de pénétrer l’Islam de la pensée juive et des principes philosophiques et sociaux que les Juifs s’efforcent de faire triompher dans tous les pays[5].
Or, il n’est pas indifférent de remarquer que le « Comité Union et Progrès », reconstitué à Salonique vers 1902, comptait dans son sein à peine un quart de musulmans : tous les autres membres étaient juifs ou « mâmins » (La proportion s’est encore augmentée depuis lors. En 1911, au témoignage du général Chérif pacha (que son passage dans le Comité met en possession de connaître le dessous dus cartes), le directoire du « Comité Union et Progrès » se composait de : trois Juifs, MM. Carasso, Cahen et Faraggi ; neuf mâmins, Djavid Dey, Dr Nazim, Osman, Talaat Bey, Baldgi, Kiani Ipeck, Karakasch, Kiazim et Osman-Adil ; les membres turcs n’étaient que trois : un cinquième à peine du Comité !.). C’est ce qui explique pourquoi la Révolution turque de 1908 s’est trouvée ne profiter qu’au petit clan israélite de Salonique et a déçu si complètement la plupart des Jeunes-Turcs qui formaient l’opposition historique. Le Directoire suprême étant toujours resté inconnu de l’immense majorité des membres du parti, ceux-ci ne se sont aperçus qu’une fois la Révolution faite que l’influence simplement maçonnique du début avait fait place à une influence purement juive. (à suivre).

[1] Remarque importante. On a dit : (…) Si Macé se soucie de l’avenir de la Maçonnerie, l’évêque de Metz, lui, s’inquiète du salut de ses ouailles et de l’Eglise. Dans son mandement de Carême pour 1868, il dénonce la Ligue de l’Enseignement comme étant une oeuvre maçonnique : « Semblable au Protée de la fable, la Franc-Maçonnerie sait multiplier à l’infini ses transformations et ses noms : hier elle s’appelait le solidarisme ou la morale indépendante, ou la libre-pensée; aujourd’hui, elle s’appelle la Ligue de l’enseignement, demain elle prendra quelque autre nom pour abuser les simples ».
L’osmose entre la franc-maçonnerie et la Ligue existe bel et bien.
Macé la confirme : « J’ajouterai sans crainte d’effaroucher aucun de ceux qui se sont ralliés à la Ligue, que son oeuvre, la diffusion de l’instruction, est en effet une oeuvre essentiellement maçonnique, que ses principes, la liberté d’action laissée à tous et l’abstention de toute polémique, politique et religieuse, sont entièrement conformes aux principes acceptés dans les Loges4… ».
A cette époque, quinze loges rejoignent la Ligue, parmi elles « la Parfaite Harmonie » de Mulhouse, , « La Fidélité » de Colmar, « la Fraternité Vosgienne » d’Epinal, « Les Frères Réunis » de Strasbourg, et ce n’est pas pur hasard si ces loges la rallient. Macé en revendique même la paternité. « Loin de renier le concours des Loges, je l’avais invoqué, réclamé même, par la raison toute naturelle que l’oeuvre de la Ligue est bien réellement la mise en pratique des principes proclamés dans les loges, l’exécution de l’engagement que l’on prend, en y entrant, de travailler à éclairer les hommes pour les rendre meilleurs. […] c’est pour cela, je puis bien le dire, que je me suis fait franc-maçon5 ».
Pour Jean Macé, la maçonnerie se trouve « dans le respect de soi-même et des autres, dans le dévouement fraternel au progrès humain dont elle fait une loi à ses adeptes. Qu’on appelle cela une religion, ou qu’on choisisse un autre mot, si l’on en trouve un qui soit bon, elle restera toujours une croyance, avec l’obligation des actes à l’appui, et c’est par là que je la vois appelée à remplir la place que commencent à laisser vide les croyances qui s’en vont6 ».
A noter que le Grand-Orient écartera de ses statuts toute référence au Grand Architecte de l’Univers en 1877.
Malgré les liens étroits qui unissent la Ligue et le Grand-Orient, Macé tient à rendre à César ce qui est à César : « La Ligue Française de l’Enseignement est un enfant de ce pays. Vous l’avez vue venir au monde, et vous savez tous que vos loges n’ont pas été son berceau. Ce n’est donc pas un oeuf de Franc-Maçon que les ligueurs ont couvé, comme on a trouvé plaisant de le leur dire, c’est un oeuf de citoyen. Mais comme il y a un citoyen dans tout franc-maçon, la Maçonnerie ne pouvait pas ne pas reconnaître une soeur dans la Ligue, et c’est bien aussi ce qui est arrivé7 ».
La contribution maçonnique aux combats pour l’obligation, la gratuité et la laïcité de l’école se trouve illustrée dans les propos du F \ Francolin de la Loge de « l’Ecole Mutuelle » : « J’affirme hautement nos sympathies pour ces instituteurs et ces institutrices, véritables martyrs de vingt-huit ans d’oppression. J’ai cru qu’il fallait dire nettement que nous sommes l’avant-garde de l’éducation laïque et républicaine et que partout où il y a un enfant, et que partout où il y a une école, on trouvera la main d’un Franc-maçon, afin que la parole célèbre devienne une vérité : la Maçonnerie et l’Education sont une seule et même chose et toujours en face de l’Internationale noire qui veut les ténèbres et la soumission, l’on trouvera vigilante et dévouée l’Internationale bleue*, qui veut la Lumière, la Justice et la Liberté8 ».
L’initiation de Ferry et de Littré, le 8 juillet 1875, symbolise de manière solennelle le lien fort qui unit le Grand-Orient à la IIIème République et à la Ligue. Au cours de la cérémonie qui rassemble entre autres Louis Blanc, Brisson et Garnier-Pagès,
Juliette Adam demande à Gambetta et à Challemel-Lacour : « L’importance que vous accordez à l’entrée de Littré et Ferry dans la Franc-Maçonnerie cache-t-elle un plan ? Est-ce avec eux que vous allez combattre le cléricalisme ? » La réponse est spontanée et simultanée : « Oui!9 »
L’association Ligue-Grand-Orient atteint son apogée lors du premier Congrès de la Ligue qui se déroule en 1881 … dans les locaux du Grand-Orient de France, rue Cadet. L’appartenance du Président de la Ligue à la Maçonnerie n’a alors plus rien de secret, ni même de discret. Macé la clame haut et fort, publiquement, dans son discours de clôture du Trocadéro :
«… qu’il soit permis au F\ Jean Macé, auquel les ennemis de la Ligue font encore, à l’occasion, l’innocente plaisanterie des trois points symboliques accolés à son nom, de profiter de cette occasion solennelle pour accepter tout haut une solidarité qui existe en effet. Les deux institutions sont certainement indépendantes l’une de l’autre; mais elles sont soeurs aussi très certainement, le principe étant le même, la guerre à l’ignorance et à l’intolérance. Les nombreux délégués envoyés par les Loges à notre Congrès sont là pour attester que l’oeuvre de la Ligue est une oeuvre maçonnique aussi bien que patriotique. Quand une Loge se trouve derrière une société d’Instruction qui se fonde, elle est dans son rôle ». (Source : JEAN MACÉ, UN FRANC-MAÇON).
Conclusion. Les Dualistes (quelque soit leur nom d’emprunt) ont tous, disent les Savants, un seul but : 1) détruire la Religion divine : la Soumission, 2) répandre le mal, la corruption, la mécréance, l’athéisme, la perversité, la licence, la turpitude et le blâmable, la transgression des lois divines, la désobéissance au divin Créateur, ce Grand Architecte et Dispensateur de la Création. Et comme le révèle le verset :
Et quand on leur dit (1) : « Ne commettez pas de désordre sur la terre (2) », ils disent : « Nous ne sommes que des réformateurs (3) ! » Ce sont eux, n’est-ce pas, les fauteurs de désordre (4), mais ils sont inconscients !
Et quand on leur dit : « Croyez comme les gens ont cru », ils disent : Croirons-nous comme ont cru les sots (5) ? » — C’est eux, n’est-ce pas, qui sont les sots ; mais ils ne savent pas.
Et quand ils rencontrent ceux qui ont cru, ils disent (6) : « Nous croyons » ; et quand ils se trouvent (7) seuls avec leurs diables (8), ils disent : « En vérité, nous sommes avec vous ; et, rien d’autre : nous nous moquons (9). »
Dieu se moque d’eux (10) et les enfonce (11) dans leur rébellion : ils marchent à l’aveuglette.
C’est eux qui ont troqué (12) la guidée contre l’égarement. Eh bien, leur marché n’a point profité (13). Et ce ne sont pas ceux-là qui se guident (14) !
Notes :
(1) Entendre : les croyants leur disent…
(2) Par la mécréance, la médisance, faire du mal, etc. Et la mécréance est le plus grand désordre de la terre.
(3) Ils le disent en mentant comme leur parole : nous avons cru…
(4) Par la mécréance, et par leur invitation à celle-ci.
(5) Soufahâ’a : les ignorants. En langue arabe, le safîh est celui à qui il manque la raison, la maîtrise de soi, peu patient. Et le safîh menteur, c’est celui qui croit en une chose mais sans aucune science.
(6) Ils mentent par peur de ceux qui croient…
(7) Khalaou : …partent, etc.
(8) C’est-à-dire : Les têtes pensantes de la mécréance avec leurs diables. On a dit : les diables : les génies. Ainsi appelé à cause de leur enfoncement dans le mal, après avoir accompli le bien. Et il n’y a pas de prêtre sans diable. Et ici, il n’y a pas de gens du Dualisme sans diables. « J’ai créé Mes esclaves tout en étant entièrement acquis à la religion divine ; les diables en se présentant à eux, les ont successivement éloignés de leur religion, ont rendu illicite ce que J’avais déclaré licite, et enfin leur ont ordonné de Me donné des associés, chose à l’appui de laquelle Dieu n’avait fait descendre aucune preuve ».
(9) Preuve de la faiblesse de leur foi.
(10) Trois avis : 1°) nom donné pour les châtiments, 2°) pour le péché, comme Sa parole : Ils stratégient, Dieu [aussi] stratégie (Coran III 54). Ou enfin, adapté pour eux. Ex.: « Arrière ! retournez ! puis cherchez de la lumière. » (Coran LVII 13).
(11) Les enfonce. Litt. : les étend. Autre : augmente dans…, d’où enfoncer dans.
(12) Ils ont laissé la guidée, s’y tenant, ils sont alors tombés dans l’égarement.
(13) Après avoir mentionné le mal, il est mentionné ce qui le suit de prise de bénéfice ou de perte. Ceci est exprimé ici au sens figuré, et l’on prend pour exemple le commerce. Dans ce dernier : prise de bénéfice ou perte concernent tous deux le commerçant. Selon Zamakhchari : Il y a absence de bénéfice dans Sa parole : « profité », et empêchement de perfection du capital dans Sa parole : « guidés ».
(14) Dans ce genre de commerce ou d’une façon formelle.
Rappel concernant la Mécréance : La mécréance (ou l’incroyance) est la négation. Origine du mot : le voile. Ainsi a été nommé la nuit, parce qu’elle cache les choses par les ténèbres. De même l’agriculteur, puisque qu’il cache le grain par la terre. Le mécréant quant à lui cache la vérité par sa négation. Quant à la mécréance, elle est de quatre sortes : la mécréance répulsive qui est la non connaissance, à l’origine, de Dieu et le refus absolu de le reconnaître comme tel. Il mécroit en Lui. Secundo : la mécréance négationniste. Il connaît Dieu en son cœur mais refuse de Le reconnaître par sa langue. Ex.: du diable et la mécréance des Juifs (Coran II 89). Troisièmement : La mécréance opiniâtre, qui est la reconnaissance de Dieu en son cœur et par la bouche, mais en refuse toute pratique. Ex.: Abou Tâlab, oncle du Prophète… Quatrièmement : La mécréance hypocrite (ou sournoise) : Reconnaître par la langue ce qu’il n’y a pas dans le cœur. Conclusion : Celui qui viendra devant son Créateur avec une de ses quatre sortes ne sera pas pardonné par Lui.
L’attitude des gens du Dualisme. N’est-ce pas, disent les Savants, de se cacher derrière un voile dénommé le Laïcisme ? Leur religion nouvelle ! Et à elle de s’aligner sur le Sabéisme, Laquelle religion prône le passage du monde de l’hétéronomie au monde de l’autonomie. Leur monde ! Et l’homme laïc ne s’est-il pas donner, au fil des siècles, comme slogan : Abat la pudeur ! Vive la liberté sexuelle ! comme la préconise notre maître adoré Lucifer ! Oui, à la licence ! Oui, à la fornication ! Oui, à l’adultère ! Oui, à la mixité partout et en tout lieu ! Profitons de notre corps et de notre vie, car pas d’autre vie que celle-ci ! Oui, à la fin de la cellule familiale ! Oui, à l’Antithéisme ! Le Paradis des gens du Dualisme existe-t-il ? Où se trouve-t-il ? Vous l’ont-ils décrit ? Quelles sont leurs promesses pour une vie après la Mort ? D’où leur parole, partout et en tout lieu : Non, à la Religion divine ! Non, au prosélytisme ! Oui, à notre prosélytisme ! Mais au Grand Architecte de l’Univers, à Hachem de leur dire : et le magicien ne gagne pas, où qu’il aille. (Coran XX 69).
[2] Idem.
[3] Idem.
[4] Idem.
[5] Comme Abd Allah fils de Sabaa.

Source :

http://le-carrefour-de-lislam.com/Occultare/occultus2.htm

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