Un nouveau crime commis par les groupes armés en Syrie : 190 civils tués et 200 pris en otage

Un nouveau crime de guerre vient s’ajouter au registre noire des bandes armées terroristes en Syrie : Début août 2013, des groupes armés ont tué au moins 190 civils et en ont pris plus de 200 en otages, dont la grande majorité sont des femmes et des enfants, dans le gouvernorat de Lattaquié, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié vendredi 11 octobre.

Pour ce rapport de 105 pages, intitulé : « You can still see their blood’ : Executions, Indiscriminate Shootings, and Hostage Taking by Opposition Forces in Latakia Countryside » (« On peut encore voir leur sang : Exécutions, tirs sans discernement et prises d’otages par les forces de l’opposition dans les zones rurales près de Lattaquié »), l’ONG a effectué une enquête sur place et interrogé plus de 35 personnes, dont des habitants qui ont survécu à l’offensive, des membres des équipes de secours d’urgence, ainsi que des combattants et des militants des deux camps.

Attaques et meurtres
Entre 4h30 et 5h00 du matin du 4 août, premier jour de la fête musulmane de l’Eid al-Fitr, qui marque la fin du Ramadan, les combattants d’opposition ont lancé une attaque planifiée et coordonnée contre la population civile de ces villages. Ils ont enfoncé les positions des éléments de l’armée gouvernementale qui gardaient la zone et ont pénétré dans plus de 10 villages alaouites. Le gouvernement a lancé une contre-offensive pour reprendre la région le 5 août, regagnant le plein contrôle de celle-ci le 18 août.

Dans des entretiens séparés, des habitants et un agent des services de renseignement militaire du gouvernement affecté dans la région, ont indiqué que les combattants ont tout d’abord pénétré dans la zone de Sheikh Nabhan dans la région de Barouda, où les troupes gouvernementales étaient positionnées. Après avoir enfoncé cette ligne ainsi que d’autres positions militaires voisines, ils ont attaqué les villages de Barouda, Nbeiteh, al-Hamboushieh, Blouta, Abu Makkeh, Beyt Shakouhi, Aramo, Bremseh, Esterbeh, Obeen et Kharata. Les jours suivants, les combattants d’opposition ont aussi pris le contrôle de Qal’ah, Talla et Kafraya.

Quatorze habitants de huit de ces villages ont déclaré qu’ils avaient été tirés de leur sommeil par des tirs de fusil et de mortier et par les voix des combattants d’opposition qui arrivaient. Ils ont décrit des tentatives de fuite précipitées alors que les combattants d’opposition envahissaient la zone, ouvrant le feu apparemment sans discernement et, dans certains cas, tirant délibérément sur les résidents.

Dans certains cas, les combattants d’opposition ont exécuté ou abattu des familles entières. Dans d’autres cas, des survivants ont dû fuir en laissant sur place des membres de leur famille. Un habitant d’un hameau situé entre Blouta et al-Hamboushieh a décrit comment il avait quitté précipitamment sa maison en compagnie de sa mère au moment où les combattants d’opposition entraient dans le secteur, en abandonnant son père âgé et sa tante aveugle à cause de leurs handicaps. Il a affirmé que lorsqu’il était revenu après que le gouvernement eut reconquis la région, il avait constaté que son père et sa tante avaient été tués.

Quatorze résidents et membres de services de secours d’urgence, interrogés séparément, ont déclaré qu’ils avaient été témoins d’exécutions ou avaient vu des cadavres portant des signes d’une exécution, notamment des corps qui avaient été ligotés et d’autres décapités. Un médecin travaillant à l’hôpital national de Lattaquié, où ont été envoyées les victimes en provenance des zones rurales, a dit que l’hôpital avait reçu les corps de 205 civils tués pendant l’opération du 4 au 18 août.

Le médecin a montré à Human Rights Watch un rapport d’autopsie émis par l’hôpital le 26 août, affirmant que « selon les constats effectués sur plusieurs [cadavres], la mort était due à de nombreux impacts de balles sur tout le corps, en plus de blessures infligées à l’aide d’un instrument coupant, compte tenu de la décapitation observée sur la plupart des corps … Certains cadavres ont été retrouvés complètement calcinés et d’autres avaient les pieds entravés … ». Le rapport précisait que le degré de décomposition des corps permettait de confirmer que les victimes avaient été tuées aux alentours du 4 août.

Prises d’otages
Selon des sources au sein de l’opposition, parmi lesquelles un officier de l’opposition originaire de Lattaquié qui a participé à des négociations, deux groupes, l’État islamique d’Irak et de Syrie et Jaish al-Muhajireen wal-Ansar, détiennent en otages plus de 200 civils originaires de villages alaouites, en grande majorité des femmes et des enfants. Neuf habitants des zones rurales autour de Lattaquié ont indiqué séparément à Human Rights Watch que des membres de leurs familles avaient été pris en otages. Trois de ces résidents locaux ont affirmé avoir vu leurs proches dans l’arrière-plan d’une vidéo publiée sur YouTube le 7 septembre. Cette vidéo montrait des civils de la région retenus en otages par Abou Souhaib, le dirigeant local, d’origine libyenne, du groupe Jaish al-Muhajireen wal-Ansar.

Une habitante de Barouda a déclaré à Human Rights Watch que 23 membres de sa famille avaient disparu. Elle a affirmé avoir vu plusieurs d’entre eux sur cette vidéo de YouTube : « Le fils aîné de mon frère … [qui a été exécuté] aurait dû commencer sa scolarité … Il a deux fils, [un] âgé de six ans et [un autre] de quatre ans et demi ».

Profanation d’un site religieux
A Barouda, des combattants d’opposition ont délibérément endommagé un maqam alaouite (un site où une personnalité religieuse est enterrée) et semblent avoir intentionnellement détérioré la sépulture du religieux qui y est enterré. Le 4 août, les combattants d’opposition ont enlevé et ultérieurement exécuté Sheikh Bader Ghazzal, le dignitaire alaouite local de Barouda qui avait autorité sur le maqam. Le groupe d’opposition Jabhat al-Nusra a publié une déclaration sur son site internet présumé, dans laquelle il reconnaît que ses membres ont exécuté le sheikh, qui était apparenté à Fadl Ghazzal, conseiller de l’ancien président syrien Hafez al-Assad, parce que le sheikh soutenait le gouvernement syrien.

Recommandations aux gouvernements des pays voisins et des autres pays concernés
Enfin, l’ONG a appelé tous les pays, notamment la Turquie, toutes les compagnies et tous les particuliers à cesser immédiatement de financer et de vendre ou de fournir des armes, des munitions ou du matériel à ces groupes. « Les gouvernements devraient également interdire l’utilisation de leur territoire national pour l’acheminement d’armes, de munitions et d’autre matériel à ces groupes », a ajouté Human Rights Watch.

Et l’ONG de poursuivre : « La Turquie devrait intensifier ses patrouilles le long de la frontière et empêcher le passage en Syrie de combattants et d’armements destinés à des groupes qui ont été accusés de manière crédible de violations systématiques des droits humains ».

Des déclarations publiques faites par des collecteurs de fonds et des financiers, des militants et des combattants de l’opposition syrienne, ont permis d’établir qu’au moins une partie des fonds nécessaires pour effectuer l’opération de Lattaquié provenaient de personnes résidant au Koweït et dans d’autres pays du Golfe. Les gouvernements devraient restreindre les transferts de fonds de la part d’habitants des pays du Golfe à destination de groupes qui ont été accusés de manière crédible de violations systématiques des droits humains.

Source : HWR et agences

Al AhedNews

Source :

http://www.al-imane.org/spip.php?article607

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