Un réseau de corruption juif découvert à la prison de Fresnes

Six hommes, dont un cadre et un surveillant de la prison de Fresnes (Val-de-Marne), deux détenus et un aumônier de prison juif, ont été placés aujourd’hui en garde à vue, soupçonnés de participer à un réseau de corruption, selon des sources proches de l’enquête.

L’un des trois chefs de division de la prison de Fresnes, l’une des plus grandes de France, et un surveillant « sont soupçonnés d’avoir touché de l’argent en échange d’un traitement de faveurs accordé à des détenus majoritairement membres de la communauté juive », ont expliqué ces sources proches de l’enquête.

Les deux détenus, considérés comme « les corrupteurs » par les enquêteurs, sont Arnaud Mimran, un financier déjà condamné dans un volet de fraude à la TVA sur le marché des droits à polluer, considérée comme une spécialité du milieu franco-israélien, et Eric Robic, le chauffard français qui avait écrasé une Israélienne Lee Zeitouni à Tel-Aviv en septembre 2011 avant de prendre la fuite.

L’enquête a été ouverte l’été dernier à la suite d’un signalement à la justice au titre de l’article 40 du Code de procédure pénale par la Contrôleure générale des lieux de privation de liberté, après des plaintes de plusieurs détenus qui avaient dénoncé des traitements de faveur et des menaces s’ils dénonçaient ces pratiques. Fabrice Touil, également poursuivi pour une vaste escroquerie à la TVA sur le marché du CO2, a été interpellé à Paris, dans le XVIe arrondissement. Il est soupçonné d’avoir remis de l’argent à plusieurs reprises au cadre de la prison de Fresnes.

Les enquêteurs soupçonnent l’aumônier juif régional d’Île de-France d’avoir participé à ce réseau de corruption via une association financée en partie par des proches de détenus et soupçonnée d’avoir joué un rôle de banque. Les investigations sont menées par la Brigade de répression de la délinquance économique (BRDE) de la PJ parisienne et la BRB de la PJ de Versailles dans le cadre d’une information judiciaire ouverte à Créteil pour « corruption en bande organisée et blanchiment de corruption en bande organisée ».

L’aumônier juif régional d’Île-de-France soupçonné

Arnaud Mimran, renvoyé aux assises dans une affaire de séquestration et d’extorsion de fonds d’un banquier suisse kidnappé en janvier 2015, a été extrait lundi de la prison du Havre où il est détenu depuis deux mois, après avoir été emprisonné à Fresnes. Eric Robic a lui été extrait de Fresnes.

Une autre figure impliquée dans une vaste escroquerie à la TVA sur le marché du CO2, Fabrice Touil, a été interpellé à son domicile à Paris dans le XVIe arrondissement. Il est soupçonné d’avoir remis de l’argent à plusieurs reprises au cadre de la prison de Fresnes.

Enfin les enquêteurs cherchent à comprendre le rôle qu’aurait pu jouer l’aumônier juif régional d’Île de-France, un proche du directeur de Fresnes, dans ce réseau de corruption.

« L’association cultuelle, financée en partie par des proches de détenus, a-t-elle joué un rôle de banque? » s’interrogent-ils.

Une enquête préliminaire ouverte en février 2017

Une enquête préliminaire avait débuté en février 2017 à la suite d’un signalement de l’administration pénitentiaire à la justice, a détaillé le parquet de Créteil.

Une information judiciaire avait été ouverte en novembre pour « corruption d’une personne dépositaire de l’autorité publique, corruption par une personne dépositaire de l’autorité publique, blanchiment de corruption d’une personne dépositaire de l’autorité publique et association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un délit puni de dix ans d’emprisonnement », a-t-il précisé.

Les investigations sont menées par la Brigade de répression de la délinquance économique (BRDE) de la PJ parisienne et la BRB de la PJ de Versailles.

« Les agents sont plus surpris qu’autre chose. Que la corruption puisse toucher un directeur, c’est stupéfiant », a déclaré à l’AFP Frédéric Godet, délégué syndical Ufap-Unsa justice à Fresnes, appelant à « respecter la présomption d’innocence ».

En décembre 2016, deux surveillants avaient été mis en examen, soupçonnés d’avoir notamment fourni des téléphones portables, de la nourriture et de l’alcool à des détenus contre de l’argent.

Des conditions « épouvantables » à la prison de Fresnes

La prison de Fresnes – 2.600 détenus et occupée à près de 200 pour cent de sa capacité – souffre de conditions « épouvantables » avec « des rats à peu près partout », avait dénoncé la Contrôleuse des prisons Adeline Hazan avant une visite du président Emmanuel Macron début mars.

En janvier, Fresnes notamment avait été secouée par un mouvement social des gardiens pénitentiaires, le plus grand de ces 25 dernières années. Provoqué par l’agression mi-janvier d’un surveillant à la prison Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais), il avait entraîné le blocage de plus d’une centaine de prisons dans tout le pays pendant près de deux semaines.

 

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