YouTube supprime une vidéo de Nasrallah appelant à la libération de la Palestine

Un extrait du dernier discours du secrétaire général du Hezbollah appelant à la libération d’Al-Quds (Jérusalem) et de la Palestine a été supprimé presque immédiatement après sa mise en ligne au prétexte d’un « non-respect des règles concernant le contenu violent ou choquant de YouTube ».

 

YouTube ne détaille jamais plus avant les raisons de ses suppressions, renvoyant simplement à son règlement. Une contestation est possible, mais en 200 caractères maximum (espaces compris), et la réponse de YouTube ne contient aucune explication. Enfin, pour compléter ce cadre kafkaïen, en cas de déboutement, tout recours est interdit pendant 60 jours, toutes vidéos et procédures confondues.

 

La vidéo sur Vimeo :

 

J’ai immédiatement effectué cet appel, mais en vain, ma contestation ayant été rejetée en 12h (voir ci-dessous). Je l’avais également fait pour une autre vidéo qui m’a valu un premier avertissement en octobre (sa transcription est disponible ici : Daech est l’allié d’Israël et vise La Mecque et Médine), mais après bientôt deux mois, je n’ai toujours pas reçu de réponse.

 

 

Comme on peut le voir dans les textes des deux discours incriminés, il n’y a rien de légalement répréhensible dans les propos de Sayed Hassan Nasrallah (pas d’appels à la haine, au meurtre, etc.), mais simplement un appel à lutter contre Daech et contre Israël, dont la collusion est rappelée, ainsi qu’une annonce de la libération prochaine de la Palestine, certes par la force : rappelons que la lutte armée contre un occupant est légitime selon les conventions internationales (Résolution 37/43 des Nations Unies du 3 décembre 1982 réaffirmant « la légitimité de la lutte des peuples pour l’indépendance, l’intégrité territoriale, l’unité nationale et la libération de la domination coloniale et étrangère par tous les moyens disponibles, y compris la lutte armée »). Un appel au démantèlement de l’État colonial, raciste et terroriste qu’est Israël, champion des violations du droit international et des droits de l’homme, relève donc de la liberté d’expression et constitue un message politique légitime.

Une application sans discernement de l’interdiction d’ « encourage[r] à commettre des actes de violence » de YouTube, indifférente au contexte et à la légitimité des combats, aurait mené par le passé à la censure de l’Appel du Général de Gaulle le 18 juin 1940 encourageant à la résistance contre le nazisme, ou de discours d’Aimé Césaire contre le colonialisme, et entrainerait dans le présent la censure d’appels à la lutte contre le terrorisme, voir de tout propos de responsables politiques ou militaires dans un cadre guerrier, qui n’auraient pas (eu) leur place sur YouTube d’après cette compréhension littéraliste du Règlement. Du reste, l’annonce même de Donald Trump concernant la reconnaissance d’Al-Quds (Jérusalem) comme capitale d’Israël, propos autrement plus « choquant » pour des centaines de millions de personnes dans le monde, et illégal selon le droit international, ne saurait être supprimée, le droit à l’information, qui doit également s’étendre à ceux qui sont opposés à cette décision, devant primer en la matière. Du reste, si par le passé les médias alternatifs (et les réseaux sociaux, notamment YouTube) étaient la seule source relayant les discours de Sayed Hassan Nasrallah, ils sont maintenant rapportés par toute la presse mainstream (Le Monde, Le Figaro, Libération, La Croix, BFM, New York Times, Washington Post, Daily Mail, …). YouTube deviendrait-il une exception après avoir été un précurseur ?

Pour s’assurer qu’il ne s’agit pas non plus d’un « discours encourageant ou cautionnant la violence envers des individus ou des groupes en raison de leur race, origine ethnique, religion », visé par un autre alinéa du règlement de YouTube, il suffit de considérer que même des personnalités et organisations juives ont appelé au démantèlement de l’État d’ Israël. Sur la chaîne YouTube de l’une d’entre elles, on peut voir les Neturei Karta, orthodoxes juifs, brûler publiquement un drapeau israélien en plein Jérusalem pour exprimer leur opposition à l’existence même de cet État. Cela n’a, à juste titre, pas été dénoncé et/ou considéré comme un contenu violent ou choquant.

Cette suppression-éclair (en moins d’une demi-heure), ainsi que celles qui l’ont précédée, confirment que la liberté s’arrête aux frontières (interminablement extensibles) d’Israël, et que c’est bien la personne même de Sayed Hassan Nasrallah qui est victime de la censure de YouTube, également traqué par les cyber-délateurs de Tsahal, surtout en cette période très sensible (des pratiques de censures concertées entre Google et le gouvernement israélien ont été dénoncées par le passé et encore récemment). Elle s’inscrit dans le processus de suppression de toutes les chaînes relayant la voix de l’Axe de la Résistance en Occident, à travers une parodie de procédure légaliste qui bafoue la justice, la liberté d’expression et le droit à l’information. La principale chaine traduisant les discours de Sayed Hassan Nasrallah en français et en anglais avait peu de chances d’y échapper. Rappelons qu’après trois avertissements, une chaîne est purement et simplement supprimée, ce qui en l’occurrence détruirait cinq ans d’archives précieuses (400 vidéos, plus de 6 millions de vues et bientôt 10 000 abonnés). Mais elle a l’avantage de confirmer l’importance de ce travail de traduction, et constitue un encouragement à le poursuivre et même à redoubler d’efforts.

Que peut-on faire face à cela ? Soutenir ce travail en suivant le blog et en s’abonnant à la chaîne YouTube Sayed Hassan (tant qu’elle existe), ainsi qu’aux comptes Dailymotion et Vimeo de secours ; dénoncer cette censure et protester auprès de Google [1] ; télécharger, (re)publier et partager les vidéos existantes au maximum (les sous-titres peuvent être obtenus avec Downsub, etc.), en privilégiant les plateformes alternatives – Dailymotion, Vimeo, RuTube, etc., le théâtre de la guerre s’étendant également à l’information. Comme le préconisait Sayed Hassan Nasrallah, face à la machine de propagande adverse, une véritable Intifada électronique doit inonder les réseaux sociaux, qui doivent être transformés en champ de bataille quotidien. Les dangers sont grands, mais la victoire n’a jamais été aussi proche.

 

Notes

[1] Pour contacter Google France : 8 rue de Londres, 75 009 Paris Par courriel : mmechin@google.com / press-fr@google.fr Par téléphone : 01 42 68 53 00

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